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Jour 123 ☼ — Absalom trahit son père : un coup d'État en marche

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Résumé : L'orage annoncé éclate : Absalom, à force de flatteries à la porte de la ville, ravit le cœur des gens d'Israël, puis se fait proclamer roi à Hébron. David doit fuir Jérusalem avec les siens, renvoie l'Arche dans la ville et prie le Seigneur de frapper de folie les conseils d'Ahitofel. Le frère Paul-Adrien montre comment cet exil forcé opère un électrochoc : David redevient le David des premiers jours et dénoue, par sa non-violence et son refus de toute superstition, les fils de malédiction tissés depuis Bethsabée. Il révèle au passage qu'Ahitofel est le grand-père d'Ourias le Hittite — sa trahison est une vendetta — et que Houshaï l'Arkite est la réponse immédiate de Dieu à la prière de David.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Je vous avais dit qu'un orage allait éclater.

Lecture : 2 Samuel 15

Voici ce qui arriva par la suite. Absalom se fit préparer un char, des chevaux, ainsi que cinquante hommes pour courir devant lui. S'étant levé tôt, il se postait au bord du chemin qui mène à la porte de la ville. Chaque fois qu'un homme ayant un procès se rendait auprès du roi pour obtenir un jugement, Absalom l'interpellait en disant : « De quelle ville es-tu ? » Et l'autre répondait : « Ton serviteur est de telle tribu d'Israël. » Alors Absalom lui disait : « Vois, ta cause est bonne et elle est légitime, mais il n'y aura personne de chez le roi pour t'écouter. » Il disait encore : « Ah ! si on m'établissait juge sur le pays ! C'est à moi que viendraient tous ceux qui ont un procès en attente de jugement, et je leur rendrais justice. » Et si l'homme s'approchait pour se prosterner devant lui, il lui tendait la main, le saisissait et l'embrassait. Absalom agissait de la sorte envers tous ceux qui, en Israël, venaient auprès du roi pour obtenir un jugement. C'est ainsi qu'il ravissait le cœur des gens d'Israël.

Au bout de quatre ans, Absalom dit au roi : « Permets que j'aille acquitter à Hébron un vœu que j'ai fait au Seigneur. Oui, ton serviteur, pendant son séjour en Aram, à Gueshour, a fait un vœu en disant : “Si jamais le Seigneur me laisse revenir à Jérusalem, je lui rendrai un culte.” » Le roi lui dit : « Va en paix. » Absalom se mit donc en route et partit à Hébron.

Puis il envoya des espions dans toutes les tribus d'Israël avec cette consigne : « Dès que vous entendrez le son du cor, vous direz : “Absalom est devenu roi à Hébron.” » Avec Absalom étaient partis de Jérusalem deux cents hommes, des invités venus en toute innocence et qui ne savaient rien de l'affaire. Or, pendant qu'ils offraient les sacrifices, Absalom envoya chercher Ahitofel le Guilonite, conseiller de David, dans la ville de Guilo. La conjuration devint puissante et la foule de ceux qui se ralliaient à Absalom de plus en plus nombreuse.

Un messager vint annoncer à David : « Le cœur des hommes d'Israël a pris parti pour Absalom. » Alors David dit à tous ses serviteurs qui étaient avec lui à Jérusalem : « Debout ! Fuyons ! Autrement nous n'échapperons pas à Absalom. Vite, partez ! sans quoi il nous gagnera de vitesse, il nous précipitera dans le malheur et passera la ville au fil de l'épée. » Les serviteurs du roi lui dirent : « Quoi que tu choisisses, monseigneur le roi, nous sommes tes serviteurs. »

Le roi sortit avec toute sa famille sur ses pas, laissant dix femmes, des concubines, pour garder la maison. Le roi sortit avec tout le peuple sur ses pas et l'on fit halte à la dernière maison. Tous ceux qui le servaient marchaient à ses côtés. Tous les Kérétiens et les Pélétiens, ainsi que les Guittites, six cents hommes qui l'avaient suivi depuis Gath, passaient devant le roi.

Le roi dit alors à Itaï le Guittite : « Pourquoi viens-tu, toi aussi, avec nous ? Retourne et reste avec ce roi, puisque tu es un étranger et même un exilé où que tu sois. Tu es arrivé hier, et aujourd'hui je t'obligerais à errer avec nous, alors que moi-même je ne sais pas où je vais. Retourne et ramène tes frères avec toi. Fidélité et loyauté ! » Mais Itaï répondit au roi : « Par la vie du Seigneur et par la vie de mon seigneur le roi, en tout lieu où tu seras, là aussi sera ton serviteur, à la mort, à la vie. » Alors David lui dit : « Va, passe. »

Le roi traversa le torrent du Cédron et tout le peuple passa en face du chemin qui longe le désert. Voici que Sadoc, lui aussi, était là, accompagné de tous les lévites portant l'Arche de l'Alliance de Dieu. Ils déposèrent l'Arche de l'Alliance, alors qu'Abiatar offrait des holocaustes, jusqu'à ce que tout le peuple qui sortait de la ville ait fini de passer.

Le roi dit à Sadoc : « Ramène l'Arche de Dieu dans la ville. Si je trouve grâce aux yeux du Seigneur, il me ramènera et me permettra de la revoir, ainsi que son domaine. Mais s'il dit : “Tu n'as plus ma faveur”, alors me voici, qu'il me traite comme bon lui semblera. » Le roi dit encore au prêtre Sadoc : « Tu vois ce qu'il en est ? Retourne en paix à la ville avec ton fils Ahimaas et avec Jonathan, le fils d'Abiatar. Vos deux fils seront avec vous. »

Comme on avait annoncé à David qu'Ahitofel était parmi les conjurés avec Absalom, il dit : « Je te prie, Seigneur, frappe de folie les conseils d'Ahitofel. »

David arrivait au sommet, là où l'on se prosterne devant Dieu, lorsque Houshaï l'Arkite vint à sa rencontre, la tunique déchirée et la tête couverte de terre. David lui dit : « Si tu passes avec moi, tu me seras à charge. Mais si tu retournes en ville et que tu dises à Absalom : “Je serai ton serviteur, ô roi, j'étais autrefois au service de ton père, mais maintenant, moi, je suis ton serviteur”, alors tu pourras faire échouer à mon profit les conseils d'Ahitofel. N'y a-t-il pas là-bas avec toi les prêtres Sadoc et Abiatar ? Tu pourras les avertir de toute parole entendue chez le roi. Là-bas, il y aura aussi avec eux leurs deux fils, Ahimaas pour Sadoc et Jonathan pour Abiatar. Vous me transmettrez par leur intermédiaire tout ce que vous apprendrez. »

Houshaï, l'ami de David, arriva dans la ville comme Absalom arrivait lui-même à Jérusalem.

Commentaire

On a déjà parlé de David qui ne voit pas grand-chose. Et là, manifestement, on reste sur le même degré de cécité politique. Voir son fils comploter devant soi et ne pas réagir, jusqu'au moment où ça devient quand même problématique.

Et là, le miracle arrive. Il y a un sursaut chez David. David redevient David. On retrouve le David des premiers jours. Il aura fallu un électrochoc. Il aura fallu que David soit chassé hors de Jérusalem et qu'il reparte en exil comme au premier jour, quand il n'était qu'un berger et que la royauté était encore à conquérir et à mériter. Et voilà que David, qui est obligé de tout quitter, refait ses preuves et redevient l'homme de cœur qu'il était.

Ce qui se passe, c'est David qui est en train de dénouer la malédiction qui est tombée sur lui depuis Bethsabée. Sa luxure avait peut-être encouragé Amnon à coucher avec sa sœur Tamar. Sa cruauté avait peut-être encouragé Absalom à prendre l'épée. Et sa lâcheté avait peut-être encouragé Joab à prendre un peu trop de place. Oui, mais voilà David qui est en train de dénouer, par sa non-violence, tous les fils qui s'étaient tissés contre lui. Il n'y a qu'à voir le soutien de la foule.

On retrouve aussi David qui évite toute relation idolâtrique et superstitieuse avec Dieu, et qui laisse à Jérusalem l'Arche de l'Alliance. Et il n'y a qu'à voir, d'ailleurs, la manière dont Dieu répond à ses prières.

Alors, c'est un peu subtil. Et peut-être que pour le comprendre, il faut que je parle d'un personnage secondaire qu'on appelle Ahitofel. Vous avez entendu : Ahitofel, c'est le conseiller que les rois écoutent. C'était le conseiller de David, mais, paraît-il, un conseiller extraordinairement intelligent. Oui, mais il est passé à Absalom. Et ça aussi, c'est intéressant de savoir pourquoi. En fait, en arrivant à regrouper les généalogies, on finit par découvrir qu'Ahitofel, c'est le grand-père d'Ourias le Hittite. Celui-là même que David avait tué. Est-ce qu'il vous faut d'autres raisons pour expliquer la trahison d'Ahitofel, qui en fait ne cherche pas tant le pouvoir pour Absalom que la vengeance personnelle ? Il s'agit d'une vendetta. Quand je vous dis que tous les fils de malédiction depuis Bethsabée étaient croisés autour de David…

Parce qu'avec Ahitofel, c'est parfaitement clair : si Absalom l'écoute, David a perdu la guerre. Ahitofel, c'est le conseiller magique qui est capable de tout expliquer. Et voilà que David se met à prier Dieu pour qu'il l'aide. Et tout de suite après, qu'est-ce qui se passe ? Je vous lis le verset :

Comme on avait annoncé à David qu'Ahitofel était parmi les conjurés avec Absalom, il dit : « Je te prie, Seigneur, frappe de folie les conseils d'Ahitofel. » David arrivait au sommet, là où l'on se prosterne devant Dieu, lorsque Houshaï l'Arkite vint à sa rencontre, la tunique déchirée et la tête couverte de terre.

Houshaï l'Arkite, c'est le miracle de Dieu pour David. C'est le conseiller espion que David va renvoyer près d'Ahitofel pour contrecarrer ses conseils. Souvenez-vous de ce que je vous avais dit : Dieu avait dit qu'un désastre allait s'abattre sur la maison de David, mais que Dieu allait le vivre avec David.

En bonus, avant de terminer par un psaume : vous avez noté qu'il a été question d'un prêtre qui s'appelait Sadoc. Petit bonus, c'est ce prêtre-là, Sadoc, qui vous donnera plus tard le nom de sadducéen. Sadducéen ! Ah, et voilà qu'on est revenu à Jésus. D'ailleurs, il était question aussi du mont des Oliviers. Enfin bon, tout cela sent bon l'Évangile.

Psaume 81

Dans l'assemblée divine, Dieu préside ; entouré des dieux, il juge.

« Combien de temps jugerez-vous sans justice, soutiendrez-vous la cause des impies ?

Rendez justice au faible, à l'orphelin ; faites droit à l'indigent, au malheureux. Libérez le faible et le pauvre, arrachez-le aux mains des impies. »

Mais non, sans savoir, sans comprendre, ils vont au milieu des ténèbres : les fondements de la terre en sont ébranlés.

Je l'ai dit : « Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous. Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous, vous tomberez. »

Lève-toi, Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.

Psaume 82

Dieu, ne garde pas le silence, ne sois pas immobile et muet. Vois mes ennemis qui grondent, tes adversaires qui lèvent la tête.

Contre ton peuple, ils trament un complot, ils intriguent contre les tiens. Ils disent : « Venez, retranchons-les des nations, que soit oublié le nom d'Israël. »

Oui, tous ensemble, ils intriguent, ils ont fait alliance contre toi : ceux d'Édom et d'Ismaël, ceux de Moab et d'Agar, Guébal, Ammon, Amalec, la Philistie avec les gens de Tyr ; même Assour s'est joint à eux pour appuyer les fils de Loth.

Traite-les comme tu fis de Madiane, de Sisara et Yabine, au torrent de Qishôn : ils ont été anéantis à Endor, ils ont servi de fumier pour la terre.

Supprime leurs chefs comme Oreb et Zéeb, tous les princes comme Zébah et Çalmounna, eux qui disaient : « À nous le domaine de Dieu, à nous ! »

Dieu, rends-les pareils aux brins de paille, à la graine qui tourbillonne dans le vent, comme un feu dévore la forêt, comme une flamme embrase les montagnes.

Oui, poursuis-les de tes ouragans et que tes orages les épouvantent. Que leur front soit marqué d'infamie, qu'ils cherchent ton nom, Seigneur.

Frappés d'épouvante et de honte, qu'ils périssent déshonorés, et qu'ils le sachent : toi seul, tu as pour nom le Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre.


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