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Jour 123 ☾ — Absalom frappe, David accuse le coup

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 16 du deuxième livre de Samuel, le frère Paul-Adrien lit la suite de l'exil de David : le serviteur Siba vient au-devant du roi avec des vivres, Chiméi le maudit et lui lance des pierres, tandis qu'à Jérusalem Absalom reçoit d'Ahitophel le conseil de s'emparer des concubines de son père. Le commentaire montre comment le malheur révèle les cœurs et comment David, en refusant de faire tuer celui qui l'insulte, se libère de l'emprise morale de Joab et s'élève jusqu'à une hauteur évangélique. Il décrypte aussi la ruse d'Ahitophel — politique de la terre brûlée, point de non-retour, et peut-être vengeance personnelle pour Ourias — et l'ambiguïté du personnage de Siba.

Introduction

Vous voyez, j'avais passé mes derniers chapitres à me lamenter sur David qui n'était plus un modèle. Eh bien voilà que David, qui était passé de leader charismatique à pécheur, à chef et roi déprimé, est en train maintenant de devenir sous vos yeux un saint. En attendant pour David, la descente aux enfers continue. Il faut bien que David tombe très bas pour devenir le saint roi David. L'exil continue, entre merveille et humiliation.

Lecture : 2 Samuel 16

À peine David avait-il passé le sommet que Siba, le serviteur de Méphibocheth, vint à sa rencontre avec une paire d'ânes bâtés portant deux cents pains, cent gâteaux de raisin sec, cent fruits de l'été et une outre de vin.

Le roi dit à Siba : « Que vas-tu faire de tout cela ? » Siba répondit : « Les ânes serviront de monture à la famille du roi. Les pains et les fruits seront la nourriture des plus jeunes, et le vin, la boisson pour qui sera épuisé dans le désert. » Le roi lui demanda : « Mais où est donc Méphibocheth, le fils de ton maître ? » Siba lui dit : « Il est resté à Jérusalem, car il s'est dit : "Aujourd'hui la maison d'Israël va me rendre la royauté de mon père." » Alors le roi lui déclara : « Tout ce qui est à Méphibocheth t'appartient. » Siba lui dit : « Me voici prosterné devant toi ; que je trouve grâce à tes yeux, mon seigneur le roi. »

Comme le roi David atteignait Bahourim, il en sortit un homme du même clan que la maison de Saül. Il s'appelait Chiméi, fils de Guéra. Tout en sortant, il proférait des malédictions. Il lançait des pierres à David et à tous les serviteurs du roi, tandis que la foule des guerriers entourait le roi à droite et à gauche. Chiméi maudissait le roi en lui criant : « Va-t'en, va-t'en, homme de sang, vaurien ! Le Seigneur a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Saül dont tu as usurpé la royauté. C'est pourquoi le Seigneur a remis la royauté entre les mains de ton fils Absalom. Et te voilà dans le malheur, car tu es un homme de sang. »

« Laisse-moi passer, que je lui tranche la tête ! » Mais le roi répondit : « Que me voulez-vous, fils de Sérouia ? S'il maudit, c'est peut-être parce que le Seigneur lui a ordonné de maudire David. Alors, qui donc pourrait le lui reprocher ? » David dit à Abishaï et à tous ses serviteurs : « Même celui qui est mon propre fils s'attaque à ma vie. À plus forte raison ce descendant de Benjamin. Laisse-le maudire, si le Seigneur le lui a ordonné. Peut-être que le Seigneur considérera ma misère et me rendra le bonheur. »

Or, quand Houchaï l'Arkite, l'ami de David, arriva près d'Absalom, il lui dit : « Vive le roi ! Vive le roi ! » Absalom dit à Houchaï : « Voilà comment tu es fidèle à ton ami ! Pourquoi n'es-tu pas allé avec lui ? » « Qui vais-je servir ? N'est-ce pas son fils ? Comme j'ai servi ton père, ainsi ferai-je pour toi. »

Puis Absalom dit à Ahitophel : « Donnez conseil entre vous. Qu'allons-nous faire ? » Ahitophel dit à Absalom : « Va vers les concubines de ton père, celles qu'il a laissées pour qu'elles gardent la maison. Tout Israël apprendra que tu t'es rendu odieux à ton père, et le pouvoir de tes partisans en sera affermi. » On installa donc pour Absalom une tente sur la terrasse, et il alla vers les concubines de son père à la vue de tout Israël.

En ce temps-là, le conseil donné par Ahitophel avait même valeur qu'une consultation de la parole de Dieu. Il en allait ainsi de tout conseil d'Ahitophel, aussi bien pour David que pour Absalom.

Commentaire

Nous avions laissé David au mont des Oliviers. Voilà que l'exil continue. Cette fois-ci, nous sommes à Bahourim, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. David se rend vers Jéricho. Il n'a pas fini son périple.

Je n'apprends rien à personne en disant que quand on va bien, tout le monde est gentil. Et quand on va mal, c'est là où les cœurs se révèlent. Soit en bonne part, par exemple Siba, qui d'ailleurs apporte des ânesses, monture royale, petit geste délicat. Soit en mauvaise part, Chiméi, dont le malheur de David ravive la rancune et le mépris. Il n'y a pas de gloire à insulter les gens dans le malheur. Mais celui-là ne s'en prive pas, qui rajoute à la déchéance à laquelle il est arrivé la honte et le mépris de profiter de la faiblesse des gens.

Mais je vous avais dit que David était en train de dénouer les liens qui pesaient sur lui de malédiction. En voilà un autre qui est en train de se dénouer. Il y avait cette sorte de supériorité, d'ascendance morale que Joab, pourtant l'homme cruel, avait acquise sur David. Voilà qu'elle se défait. Joab veut tuer Chiméi. Et David lui répond :

Laisse-le maudire, si le Seigneur le lui a ordonné. Peut-être que le Seigneur considérera ma misère et me rendra le bonheur au lieu de sa malédiction.

C'est extraordinaire. Non seulement David qui rend le bien pour le mal, mais qui échappe par la grande porte à cette espèce d'étreinte morale dans laquelle Joab le tenait pour toujours plus de cruauté. On a l'impression d'entendre Jésus : « Si ton ennemi te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite. » On est parvenu à cette hauteur-là. Qui parmi nous peut dire qu'il égale David et sa grandeur d'âme dans des moments de détresse semblables ? David, par son malheur, est en train de retrouver une liberté dans laquelle les intrigues de cour l'avaient enfermé. C'est magnifique.

De l'autre côté, Absalom est entré à Jérusalem. Et voilà qu'Ahitophel, le conseiller des rois, la bouche d'or, se met à prodiguer ses conseils. Voilà le premier : couche avec les concubines de ton père. Il était courant dans l'Antiquité, pour asseoir la royauté, de s'emparer des femmes du roi. Mais il y a peut-être quelque chose de plus ici, et c'est là où on voit toute la subtilité d'Ahitophel. Il y a peut-être une politique de la terre brûlée, comme s'il fallait brûler les navires. C'est-à-dire qu'en couchant avec les concubines, on atteint un point de non-retour, et maintenant la guerre est ouvertement déclarée, qui oblige tout le monde à prendre parti.

Et puis… et puis, Ahitophel connaît David. Il sait que David aime ses fils, peut-être même un peu trop, et qu'il est prêt à tout leur laisser passer. Et il se dit que si la guerre échoue, qu'est-ce qui empêcherait David de pardonner à son fils Absalom ? Rien. Peut-être est-ce pour empêcher David de pardonner à son fils Absalom qu'il lui demande de coucher avec ses concubines. Et peut-être aussi y a-t-il l'espoir secret de se venger de David : de la même manière que David, pour coucher avec Bethsabée, avait tué Urie, le petit-fils d'Ahitophel — Ahitophel, pour humilier David, demande à son fils de coucher avec ses femmes. Vous êtes en pleine vendetta.

Avant de clore ce commentaire et de nous diriger vers la prière, je reviens deux secondes sur Siba, qui était le serviteur qui, sur des ânes, avait apporté de la nourriture à David. Je vous avais dit qu'en bonne part, dans la détresse, on voyait qui étaient les vrais amis. Peut-être ai-je péché par excès de naïveté. Et vous ferez attention quand vous serez dans le malheur : il faut toujours se méfier des gens.

Siba, pour que tout le monde se remette bien, c'est le serviteur de Méphibocheth. Méphibocheth étant le fils de Jonathan. Méphibocheth, si, si, vous savez, c'est celui qui est boiteux parce qu'il avait été lâché à sa naissance dans la fuite, et que David avait installé à sa table pour montrer de la tendresse à Jonathan. Méphibocheth, évidemment, ne peut pas aller au-devant de David : il est boiteux. Et voilà que son serviteur a pris des ânes. Il est en train de se placer devant Méphibocheth. Peut-être, d'ailleurs, que Méphibocheth était content du départ de David, même s'il était peu probable qu'Absalom remette Méphibocheth sur le trône.

Mais mes notes de bas de page, surtout, disent : « Siba fait sa réapparition. Ami ou ennemi ? David lui avait confié la gestion des terres que Méphibocheth avait héritées de Saül. Mais est-ce si sûr ? Siba vient de l'autre côté de la montée des Oliviers, comme cela semble être le cas. » Il ne le rattrape pas : il vint à sa rencontre. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'on ne sait pas très bien si Siba venait à la rencontre de David ou à la rencontre d'Absalom.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, toi qui vois tout, tu sais que parfois la vie nous bouscule, comme David. Parfois nous sommes insultés, parfois nous sommes trahis, parfois nous sommes accablés, au travail, à la maison, par nos amis. On aimerait se défendre, rendre coup pour coup, prouver qu'on a raison.

Seigneur, apprends-nous à baisser les armes. Quand l'orgueil veut nous faire riposter, remplis nos cœurs d'une liberté qui ne dépend pas des autres, mais simplement de chercher la charité, l'amour, la gratuité, une paix qui ne cherche pas à dominer.

Apprends-nous, Seigneur, à chercher le bien, même quand nous sommes au fond du trou. À chercher à être meilleurs, à chercher, Seigneur, à te ressembler, à toi.

Quand l'injustice me frappe, rappelle-moi que c'est toi qui juges, et que c'est toi qui rétablis la vérité. Garde-moi humble, garde-moi libre. Seigneur, je te confie mes souffrances.


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