Jour 124 ☼ — Absalom hésite, David reprend l'avantage !
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Résumé : Dans ce chapitre 17 du deuxième livre de Samuel, tout se joue sur un conseil. Ahitofel propose de poursuivre David sur-le-champ, Houshaï l'Arkite — infiltré pour le compte de David — plaide au contraire pour une grande armée conduite par Absalom lui-même, et son avis l'emporte. Averti à temps, David traverse le Jourdain tandis qu'Ahitofel, comprenant que le vent a tourné, se pend. Le frère Paul-Adrien relève les trois présages du retournement et s'émerveille de voir d'anciens ennemis venir spontanément ravitailler David au fond de son exil, à Mahanaïm.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur. 2 Samuel, chapitre 17. Nous suivons David dans son exil. La tension est à son comble.
Lecture : 2 Samuel 17
Ahitofel dit à Absalom : « Laisse-moi choisir douze mille hommes et partir cette nuit à la poursuite de David. J'arriverai alors sur lui au moment où il sera fatigué et affaibli, et je le ferai trembler. Toute sa troupe prendra la fuite, et je frapperai le roi quand il sera isolé. C'est ainsi que je ramènerai à toi tout le peuple. Frapper l'homme que tu recherches équivaut à te rallier tout le monde, et le peuple entier sera en paix. »
Cet avis parut judicieux à Absalom et à tous les anciens d'Israël. Absalom poursuivit : « Appelle donc aussi Houshaï l'Arkite, pour que nous entendions ce qu'il a à dire, lui aussi. »
Houshaï se rendit auprès d'Absalom, qui lui déclara : « Voilà comment Ahitofel a parlé. Devons-nous faire ce qu'il a dit ? Sinon, à toi de parler. »
Houshaï répondit à Absalom : « Cette fois-ci, le conseil qu'a donné Ahitofel n'est pas bon. » Puis il ajouta : « Tu connais toi-même ton père et ses hommes : de vaillants guerriers. Ils sont exaspérés comme une ourse sauvage privée de ses petits. Ton père est un homme de guerre. Il ne passera pas la nuit avec le peuple. Voici donc maintenant qu'il se cache dans quelque trou ou dans un autre endroit, et s'il tombe sur les nôtres dès le début, il y aura toujours quelqu'un pour l'apprendre et dire : "C'est une défaite pour le peuple qui suit Absalom." Et alors, même un homme de valeur, au cœur de lion, sentirait fondre son courage, car tout Israël sait que ton père est un vaillant guerrier et ses compagnons des hommes de valeur.
Si j'ai un conseil à donner, le voici : que se rassemble auprès de toi tout Israël, depuis Dan jusqu'à Beer-Sheva, en aussi grand nombre que les grains de sable au bord de la mer. Et tu mèneras toi-même le combat. Nous arriverons sur lui, quel que soit le lieu où il se trouve. Nous nous poserons sur lui comme la rosée tombe sur la terre, et rien ne subsistera de lui, ni d'aucun de ses hommes. S'il se retire dans une ville, tout Israël fera porter des cordes à cette ville, et nous l'entraînerons dans le torrent, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus y trouver le moindre caillou. »
Alors Absalom et tous les hommes d'Israël déclarèrent : « Le conseil de Houshaï l'Arkite est meilleur que celui d'Ahitofel. » En effet, le Seigneur avait décrété de faire échouer le conseil d'Ahitofel — un bon conseil — pour ramener le malheur sur Absalom.
Houshaï rapporta ceci aux prêtres Sadoc et Abiatar : « Voici comment Ahitofel a conseillé Absalom et les anciens d'Israël, et voilà comment, moi, je les ai conseillés. Et maintenant, envoyez vite quelqu'un pour informer David et lui dire : "Ne passe pas cette nuit-ci dans les steppes du désert, mais il faut absolument que tu traverses le Jourdain, sinon ils ne feront qu'une bouchée du roi et de toute la troupe qui est avec lui." »
Or Jonathan et Ahimaats, les fils des prêtres Sadoc et Abiatar, étaient postés à Én-Roguel. Une servante alla les informer pour qu'ils aillent à leur tour avertir le roi David. Eux-mêmes, en effet, ne pouvaient entrer en ville sans être repérés. Toutefois, un jeune homme les aperçut et alla prévenir Absalom.
Partis en grande hâte, ils arrivèrent tous deux à la maison d'un homme de Bahourim, qui avait un puits dans sa cour. Ils y descendirent. Sa femme prit une couverture qu'elle étendit au-dessus du puits. Elle y répandit ensuite du grain pilé, de sorte qu'on ne remarquait rien.
Les serviteurs d'Absalom entrèrent chez cette femme, dans la maison, et demandèrent : « Où sont Ahimaats et Jonathan ? » La femme leur répondit : « Ils ont dépassé les réservoirs des eaux. » Les serviteurs cherchèrent sans les trouver et retournèrent à Jérusalem.
Après leur départ, les deux autres remontèrent du puits et s'en allèrent informer le roi David. Ils lui dirent : « Levez-vous et passez l'eau en toute hâte, car Ahitofel a conseillé de vous attaquer. » David se leva donc, ainsi que toute la troupe qui était avec lui, et ils passèrent le Jourdain. Au lever du jour, il n'en restait plus un seul qui n'ait passé le Jourdain.
Quant à Ahitofel, voyant que son conseil n'était pas suivi d'effet, il sella son âne et se mit en route pour regagner sa maison, dans sa ville. Il donna ses instructions aux gens de sa maison, puis il se pendit, mourut et fut enseveli dans le tombeau de son père.
David arrivait à Mahanaïm quand Absalom traversait le Jourdain avec tous les hommes d'Israël. Absalom avait mis à la tête de l'armée Amasa pour remplacer Joab. Amasa était le fils d'un certain Yitra l'Israélite, qui s'était uni à Abigal, fille de Nahash et sœur de Cerouya, mère de Joab. Israël et Absalom établirent leur camp au pays de Galaad.
Dès que David fut arrivé à Mahanaïm, se présentèrent Shobi, fils de Nahash, de Rabba des fils d'Ammon, Makir, fils d'Ammiel, de Lo-Debar, et Barzillaï le Galaadite, de Roglim. Ils apportaient de la literie, des récipients, de la vaisselle, ainsi que du blé et de l'orge, de la farine, des épis grillés, des fèves et des lentilles, du miel et de la crème, des moutons et des quartiers de bœuf. Ils apportaient ces provisions pour David et la troupe qui était avec lui, car, s'étaient-ils dit, dans le désert toute la troupe a souffert de la faim, de la fatigue et de la soif.
Commentaire
Ahitofel, le grand-père d'Urie le Hittite, est à l'œuvre. Ahitofel, qui est l'Ulysse, l'homme aux mille ruses, et qui a l'oreille des rois, car tous ses conseils réussissent.
Et de fait, les conseils qu'il donne à Absalom sont bons : lancer une bande tout de suite à la recherche de David, parce que le bon sens vous fait dire que David est fatigué, qu'il n'a pas encore pu rassembler autour de lui une armée. Le bon sens vous fait dire aussi qu'il vaut mieux combattre un homme seul plutôt qu'une armée entière. Après tout, la pire des guerres n'est-elle pas la guerre civile ? Si Absalom doit régner, autant qu'il se fasse le moins d'ennemis possible : il suffit de frapper à la tête.
Et puis surtout, il dit à Absalom de rester à Jérusalem, ce qui permettrait à Absalom de ne pas avoir à tuer son père et de ne pas se rendre ainsi odieux pour le reste de la population. Peut-être aussi Ahitofel espère-t-il secrètement être à la tête de cette armée qui doit poursuivre David, pour pouvoir le tuer de ses propres mains et ainsi étancher dans le sang sa soif de vengeance.
Oui, mais voilà : il y a sur Absalom un bon génie, Ahitofel, et un mauvais génie, Houshaï, qui a été envoyé par David et qui secrètement travaille pour le compte de David — celui-là même que Dieu avait envoyé à David comme réponse à sa prière. Absalom, l'orgueil de la jeunesse, qui ne résiste pas au plaisir de se couvrir de gloire militaire, évidemment se trompe de conseiller.
Et Ahitofel, se rendant compte que son conseil n'est pas suivi, va se pendre. Ahitofel le perspicace, Ahitofel le clairvoyant : s'il va se suicider, c'est qu'il a senti le vent tourner. Premier présage.
Deuxième présage : Absalom met à la tête de son armée Amasa, et non pas Joab. Est-ce qu'il avait prévu de mettre Joab à la tête de son armée ? Ça paraît très logique : ils étaient alliés, c'est quand même Joab qui a fait revenir Absalom à Jérusalem. Sauf qu'Absalom — la finesse ! — avait brûlé les terres et les champs de Joab. Souvenez-vous, c'était la ruse d'Absalom pour avoir un entretien avec Joab, et partant un entretien avec David, son père. Sauf que Joab, vieux chef des milices, il y a des choses qu'on ne lui fait pas. Et Joab était resté fidèle à David. Absalom doit se trouver un nouveau général. Deuxième présage.
Troisième présage que le vent a tourné : David traverse le Jourdain. Et toute la charge symbolique qu'il y a derrière ! En traversant le Jourdain, David est retourné au désert, l'endroit même où le peuple hébreu fut forgé. Le voilà parvenu jusqu'au fond de son exil. Il est au lieu où Dieu noue des alliances.
En attendant, ce n'est pas encore tout à fait le désert, mais il est parvenu à Mahanaïm. Mahanaïm, cela ne vous dit peut-être rien, mais on a déjà rencontré cette ville. Hébron était la capitale de Juda ; et Mahanaïm, Mahanaïm était la capitale des partisans de Saül. Hébron, la capitale du Sud ; Mahanaïm, la capitale du Nord, des tribus du Nord. Donc c'est le lieu où il y a normalement tous les ennemis de David. Et là, David, l'ancien ennemi de Saül, est accueilli à bras ouverts. Ça en dit long, ça aussi, sur David.
D'ailleurs, regardez :
Dès que David fut arrivé à Mahanaïm, se présentèrent Shobi, fils de Nahash, de Rabba des fils d'Ammon.
Je vous rappelle, pour que tout le monde s'y retrouve : chapitre 10, il y a eu une guerre contre les fils d'Ammon. David a tué leur roi. C'était lui qui avait coupé la barbe des émissaires. Si, c'est bon, tout le monde remet ! Et là, vous avez le frère du roi tué par David qui fait alliance avec lui. Alors, il y avait peut-être par-derrière le souvenir d'une alliance passée du temps des pères. Bon, on ne va pas refaire toute la diplomatie, mais vous retenez quand même qu'un ancien ennemi, ici, apporte de l'aide à David.
Vous avez aussi Makir, fils d'Ammiel, de Lo-Debar. Alors, Makir, ça ne vous dit rien, mais on l'a déjà vu : c'était celui qui s'occupait des terrains de Mephiboshet. Mephiboshet ! Oh, si, quand même : le fils de Jonathan, celui qui est boiteux. Il faut suivre un petit peu, quand même ! Bon, donc Makir, c'est un partisan convaincu de Saül. Et voilà qu'il accueille David.
Et puis encore Barzillaï, le Galaadite de Roglim. Alors, ce n'est pas très clair ; il y a certaines théories qui disent qu'il aurait toutes les raisons d'en vouloir à David, mais ce n'est pas très bien étayé. Mais vous retenez l'idée : tout au long de l'histoire de David, il a eu quand même beaucoup de raisons de se faire des ennemis — on a vu toutes les intrigues. Et voilà que maintenant, tous ses ennemis, tous ceux-là, viennent voir David au fin fond de son exil, alors que plus personne ne lui doit rien, mais, j'allais dire, par pure amitié, lui offrent de l'aide.
Bon, eh bien, il y a peut-être dans ce chapitre de quoi réconforter ceux qui, parmi vous, sont au fond du gouffre. Restez droits dans vos bottes et souvenez-vous de David : c'est à cette hauteur-là que le Seigneur vous attend.
Psaume 83
De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l'univers ! Mon âme s'épuise à désirer les parvis du Seigneur. Mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant.
L'oiseau lui-même s'est trouvé une maison, et l'hirondelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Seigneur de l'univers, mon roi et mon Dieu !
Heureux les habitants de ta maison : ils pourront te chanter encore. Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s'ouvrent dans leur cœur.
Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source ; de quelle bénédiction la revêtent les pluies de printemps ! Ils vont de hauteur en hauteur, ils se présentent devant Dieu à Sion.
Seigneur, Dieu de l'univers, entends ma prière. Écoute, Dieu de Jacob. Dieu, vois notre bouclier, regarde le visage de ton Messie.
Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille. J'ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter parmi les infidèles.
Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce, il donne la gloire. Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche. Seigneur, Dieu de l'univers, heureux qui espère en toi !
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