Jour 124 ☾ — Absalom tombe au combat… et David pleure son fils
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Résumé : David, retenu par ses hommes, laisse partir son armée divisée en trois corps sous Joab, Abishaï et Itaï, non sans avoir demandé qu'on ménage Absalom. La bataille tourne au désastre pour Israël et Absalom, pris par la chevelure dans un térébinte, est transpercé par Joab malgré l'ordre du roi. Le frère Paul-Adrien montre comment chaque détail du récit — la mule perdue, les cheveux de l'orgueil, les trois bâtons, le monceau de pierres — signe l'humiliation du superbe. Il laisse en énigme le va-et-vient des messagers et termine par une prière pour ne pas ressembler à Absalom.
Introduction
Par certains présages, le vent semble commencer à tourner : c'est l'heure du grand affrontement, l'heure de la vérité. David a eu le temps de rassembler son armée, et même, grâce à ses anciens ennemis, de la ravitailler. Elle est prête. La voici qu'il la passe en revue, qu'il peut à nouveau, et selon l'ancienne tactique de guerre de l'armée israélite, la diviser en trois corps d'armée, avec à leur tête trois généraux capables. Bienvenue dans 2 Samuel, chapitre 18.
Lecture : 2 Samuel 18
David passa en revue ses troupes et mit à leur tête des officiers de milliers et des officiers de centaines. Puis il leur donna le signal du départ : un tiers était mené par Joab, un tiers par Abishaï, fils de Cerouya, frère de Joab, un tiers par Itaï, le Gittite.
Le roi dit à la troupe : « Il faut que je sorte avec vous, moi aussi, pour le combat. » Mais la troupe répliqua : « Tu ne dois pas sortir. S'il nous fallait prendre la fuite, on ne ferait pas attention à nous. Et si la moitié d'entre nous venait à mourir, on n'y ferait pas attention non plus. Toi, tu es comme dix mille d'entre nous, et mieux vaut que tu puisses nous secourir depuis la ville. » Le roi leur dit : « Je ferai ce que bon vous semble. »
Et il se tint près de la porte de la ville pendant que toute la troupe en sortait, regroupée par centaines et par milliers. À Joab, Abishaï et Itaï, le roi donna alors cet ordre : « Par égard pour moi, ménagez le jeune Absalom. » Et toute la troupe entendit quand le roi donna cet ordre aux chefs à propos d'Absalom.
Les troupes sortirent dans la campagne à la rencontre d'Israël, et le combat eut lieu dans la forêt d'Éphraïm. C'est là que les troupes d'Israël furent battues par les serviteurs de David et qu'il y eut de grands combats : vingt mille hommes ce jour-là. Le combat s'éparpilla ensuite dans tout le pays, et la forêt dévora encore plus d'hommes parmi le peuple que l'épée n'en avait dévoré ce jour-là.
Absalom se retrouva par hasard en face des serviteurs de David. Il montait un mulet, et le mulet s'engagea sous la ramure d'un grand térébinte. La tête d'Absalom se prit dans les branches et il resta entre ciel et terre, tandis que le mulet qui était sous lui continuait d'avancer.
Quelqu'un l'aperçut et avertit Joab : « Je viens de voir Absalom suspendu dans un térébinte. » Joab dit à l'homme qui l'avait averti : « Tu l'as vu ? Pourquoi donc ne l'as-tu pas frappé et abattu sur place ? J'aurais dû alors te donner dix pièces d'argent et une ceinture. » L'homme répondit à Joab : « Même si je soupesais maintenant dans la paume de mes mains mille pièces d'argent, je ne porterais pas la main sur le fils du roi. Car nous avons entendu de nos propres oreilles l'ordre que le roi vous a donné, à toi, à Abishaï et à Itaï : "Par égard pour moi, veillez sur le jeune Absalom." Et si j'avais commis cette trahison au péril de ma vie, comme rien n'échappe au roi, tu te serais toi-même tenu à l'écart. » Joab lui dit : « Je ne vais pas perdre mon temps avec toi. »
Il se saisit de trois épieux qu'il planta dans le cœur d'Absalom, encore vivant au milieu du térébinte. Alors dix jeunes écuyers au service de Joab entourèrent Absalom pour le frapper. Ils le mirent à mort. Joab sonna du cor. La troupe, faisant demi-tour, cessa de poursuivre Israël, car Joab l'en empêcha. On prit Absalom, on le jeta dans la grande fosse en pleine forêt et l'on érigea par-dessus un monceau de pierres très imposant. Tout Israël s'était enfui, chacun à ses tentes.
De son vivant, Absalom avait entrepris de se faire ériger une stèle qui se trouve dans la vallée du Roi. Il se disait : « Je n'ai pas de fils pour faire mémoire de mon nom. » Et il donna son nom à la stèle. Aujourd'hui encore, on l'appelle Monument d'Absalom.
Ahimaas, fils de Sadoc, dit à Joab : « Permets que je coure porter au roi la bonne nouvelle : le Seigneur lui a rendu justice en l'arrachant aux mains de ses ennemis. » Mais Joab lui répondit : « Non, aujourd'hui tu ne serais pas un porteur de bonne nouvelle. Tu le seras un autre jour. Mais aujourd'hui tu ne peux pas porter une bonne nouvelle, car c'est le fils du roi qui est mort. »
Et Joab dit à l'Éthiopien : « Va rapporter au roi ce que tu as vu. » L'Éthiopien se prosterna devant Joab, puis il partit en courant. Mais Ahimaas, fils de Sadoc, insista et dit à Joab : « Quoi qu'il arrive, permets que je coure aussi derrière l'Éthiopien. » Joab lui dit : « Pourquoi veux-tu courir, toi aussi, mon fils, alors qu'il n'y a pas de bonne nouvelle qui te vaudrait une récompense ? » Ahimaas répondit : « Quoi qu'il arrive, je veux courir. » Et Joab lui dit : « Cours. » Ahimaas prit en courant le chemin de la région du Jourdain. Il dépassa l'Éthiopien.
David était assis à l'intérieur de la double porte de la ville. Un guetteur allait et venait sur la terrasse de la porte, au-dessus du rempart. Comme il regardait au loin, il aperçut un homme, seul, qui courait. Le guetteur cria pour avertir le roi, et le roi dit : « S'il est seul, c'est qu'il a une bonne nouvelle à nous annoncer. » Tandis que l'homme continuait d'approcher, le guetteur vit courir un autre homme. Il cria au portier : « Voici encore un autre homme en train de courir, seul. » Le roi dit alors : « Celui-là aussi apporte une bonne nouvelle. » Le guetteur ajouta : « Je reconnais la façon de courir du premier : c'est celle d'Ahimaas, fils de Sadoc. » Le roi dit alors : « C'est un homme de bien, il vient sûrement porter une bonne nouvelle. »
Ahimaas s'approcha et dit au roi : « C'est la paix. » Il se prosterna face contre terre devant le roi et ajouta : « Béni soit le Seigneur ton Dieu : il a livré les hommes qui s'en étaient pris à mon seigneur le roi. » Le roi demanda : « Le jeune Absalom est-il en bonne santé ? » Ahimaas répondit : « J'ai bien remarqué une grande agitation au moment où Joab a envoyé l'Éthiopien, serviteur du roi, et ton serviteur, mais je ne sais pas ce qu'il y avait. » Le roi lui dit : « Écarte-toi et tiens-toi là. » Il s'écarta et attendit.
Alors arriva l'Éthiopien, qui déclara : « Bonne nouvelle pour mon seigneur le roi ! Le Seigneur t'a rendu justice aujourd'hui en t'arrachant aux mains de tous ceux qui se dressaient contre toi. » Le roi demanda : « Le jeune Absalom est-il en bonne santé ? » Et l'Éthiopien répondit : « Qu'ils aient le sort de ce jeune homme, les ennemis de mon seigneur le roi et tous ceux qui se sont dressés contre toi pour le mal ! »
Commentaire
David ne sort pas avec son armée. Alors, entendons-nous bien : au début de ce livre, on avait dit que c'était le devoir d'un chef que de sortir avec son armée, et David restant à Jérusalem, souvenez-vous, ça a amené l'épisode de Bethsabée. Oui, mais voilà, il y a aussi de vraies raisons de ne pas sortir avec son armée. C'est, comment je pourrais vous dire ça, par affection. Ce n'est pas pour un pays que combat l'armée, c'est pour un homme. Et par affection pour lui, il n'est pas question qu'il meure au combat. Si toutes ces personnes-là se sont rassemblées pour partir à la guerre, c'est précisément pour protéger David. Qu'il meure au combat n'aurait pour eux aucun sens, au contraire.
Peut-être aussi — vous savez, on peut toujours interpréter les choses de deux manières — peut-être aussi ont-ils peur que David soit plutôt une entrave à la guerre. Tout le monde connaît l'affection de David pour ses fils. Et David qui part à la guerre pour ses fils, il est capable, et les soldats le savent, de négocier une reddition devant son fils. Et David, par docilité, reste en retrait. Regardez ce qu'il dit : « Faites ce que bon vous semble. » Parvenu à ce niveau-là de sainteté, maintenant David bénit, et sa seule bénédiction vaut comme arme de guerre.
En attendant, pour Absalom, c'est la fin. Et alors là, quand même, le récit est cruel envers Absalom. D'abord, on vous dit qu'il perd sa mule. Et j'arrête pas de vous dire que les mules, c'est un symbole royal. Donc vous sentez tout ce que ça veut dire.
Ensuite, vous avez ce curieux passage où sa tête avec ses cheveux se prennent dans les branches. Alors, je me souviens de mes anciens cours d'exégèse qui me disaient : « Ah, Absalom, figure christique, qui meurt entre le ciel et la terre, suspendu au bois comme Jésus-Christ. » Euh… calmons-nous. La figure du Christ ici, c'est David. Absalom, ses cheveux qui se prennent dans cet arbre, ça ne vous fait pas penser au début, le texte qui avait soin de vous préciser qu'Absalom était fier de ses cheveux et que, quand il allait chez le coiffeur, ça faisait deux cents sicles — 2,28 kg, on avait dit ? Eh bien, ce sont ces mêmes cheveux, symboles de son orgueil. Je vous avais dit : l'anti-nazir. Celui qui se rase les cheveux parce qu'il n'appartient pas à Dieu. Celui qui cause sa perte.
En plus, c'est quelque chose de très beau, parce que si c'est par la tête, vous sentez que c'est par l'orgueil, quitte à faire un mauvais jeu de mots. Vous sentez bien que tout au long de ces chapitres, Absalom avait pris un melon disproportionné. C'est par orgueil qu'il n'avait pas écouté les conseils d'Ahitofel, pour chercher la gloire militaire. C'est par orgueil qu'il a voulu coucher avec les concubines. C'est par orgueil qu'il a voulu la royauté. Eh bien, si Dieu élève les humbles, Dieu rabaisse les superbes. Absalom le premier.
Mais ça ne s'arrête pas là. Joab prend trois épieux pour frapper Absalom. Et même, si vous regardez exactement le mot, c'est plutôt une sorte de gourdin, de bâton. C'est un mot que l'on retrouve une autre fois dans la Bible, dans le livre des Proverbes : « Celui qui refuse le gourdin à son fils le hait ; celui qui le réprimande et le corrige l'aime. » Joab qui le frappe avec ces bâtons, c'est dans le texte l'humiliation du fils qui se prend une fessée par son père.
Ensuite, on prend son corps, qu'on ensevelit à la hâte sous des pierres. D'après la prescription du livre du Deutéronome, celui qui est maudit, on l'enterrera sous des pierres. Et ensuite, Absalom le beau, Absalom le grand, Absalom le superbe, lui qui s'était fait construire un monument, une stèle, parce qu'il n'avait pas de fils — probablement que des enfants, il en avait eu, mais qu'ils étaient morts en bas âge — le voilà que la seule stèle qu'il aura, c'est un cimetière de malédiction.
Bon, eh bien, que tout cela nous serve de leçon : ne soyez pas orgueilleux, j'ai pas envie de vous retrouver pendus à un arbre.
Ou alors, après, il y a encore cette histoire avec les messagers. C'est comme une marotte qui revient. Je ne sais pas exactement ce qu'il faut en faire, mais je n'ai pas trouvé… je ne sais pas. Donc ça, je vous le livre en énigme, en bonus : celui qui arrive à me trouver pourquoi est-ce que dans le texte on n'arrête pas de nous parler des messagers qui vont et qui viennent voir David — eh bien, vous me contactez, vous me le dites.
Nous terminons par une prière. Nous demandons dans notre prière de ne pas ressembler à Absalom.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, quand je me prends pour un roi, comme Absalom, que je veux tout contrôler, imposer ma vérité, quand je pense savoir mieux que toi ce qui est juste, arrache de mon cœur la fierté qui me trompe.
Apprends-moi à ne pas me croire invincible, à ne pas mépriser les conseils. Aide-moi à rester petit, Seigneur. Apprends-moi l'humilité.
Et fais-moi ressembler, je t'en supplie — que je puisse ressembler à David, lui qui, parvenu au bas-fond de l'humiliation et de l'exil, parvint par là même au sommet de la sainteté.
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