Jour 128 ☼ — Un roi affaibli, deux héritiers… et une cour divisée
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Résumé : Nouvelle saison de notre grande série : nous ouvrons le premier livre des Rois. Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 1, où David, vieux et impuissant, ne réagit plus, tandis qu'Adonias se proclame roi et que Bethsabée et le prophète Nathan obtiennent in extremis le sacre de Salomon. Le commentaire montre comment le rédacteur, en dépeignant un roi décati, annonce une institution royale affaiblie et une cour divisée entre les « vieux de la vieille » — Adonias, Joab, Abiathar, tous antérieurs à la royauté — et les nouveaux venus qui lui doivent tout : Salomon, Sadoc, Benaya. En arrière-plan, une question de fond : l'institution royale est-elle assez forte pour faire les hommes, autrement dit sommes-nous enfin dans un État de droit ?
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, 128e jour de notre podcast La Bible en un an, et nous commençons un nouveau livre, le premier livre des Rois.
Par bien des égards, vous pouvez considérer ce livre comme une nouvelle saison dans notre série qui avait commencé avec Samuel, puis David, et maintenant nouvelle saison : Salomon. Vous allez voir, le livre des Rois, c'est à la fois la même chose, la même tonalité que le livre de Samuel, et c'est différent. Mais pour l'instant, chut, je ne spoile pas, et je vous réserve une surprise pour notre deuxième épisode de la journée.
Lecture : 1 Rois 1
Le roi David était vieux, avancé en âge. On le couvrait de vêtements et cela ne le réchauffait pas. Ses serviteurs lui dirent : « Que l'on cherche pour Monseigneur le roi une jeune fille, une vierge. Elle se tiendra devant le roi et prendra soin de lui. Elle se couchera tout contre toi, et cela tiendra chaud à Monseigneur le roi. »
On chercha une belle jeune fille dans tout le territoire d'Israël. On trouva Abishag, la Shounamite, et on la fit venir chez le roi. La jeune fille était vraiment très belle. Elle prit soin du roi et fut à son service, mais le roi ne s'unit pas à elle.
Or Adonias, fils de Hagguith, cherchait à s'élever. Il disait : « C'est moi qui régnerai ! » Il se fit préparer un char, des cavaliers, ainsi que cinquante hommes pour courir devant lui. De sa vie, jamais son père ne l'avait attristé en disant : « Pourquoi as-tu agi ainsi ? » De plus, il avait une très belle apparence. C'est lui que sa mère avait enfanté après Absalom.
Il entra en pourparlers avec Joab, fils de Cerouya, et le prêtre Abiathar. Tous deux se rangèrent à la suite d'Adonias. Mais ni le prêtre Sadoc, ni Benaya, fils de Yoyada, ni le prophète Nathan, ni Shiméi et Rèï, ni les braves de David ne furent avec Adonias.
Adonias offrit en sacrifice des moutons, des bœufs et des veaux gras, près de la pierre qui glisse, qui se trouve à côté de la source du Foulon. Il invita tous ses frères, les fils du roi, et tous les hommes de Juda qui étaient au service du roi. Mais le prophète Nathan, Benaya, les braves de David et Salomon, son frère, il ne les invita pas.
Nathan dit à Bethsabée, la mère de Salomon : « N'as-tu pas appris qui est devenu roi ? Adonias, fils de Hagguith. Et notre seigneur David ne le sait pas. Maintenant, va, laisse-moi te donner un conseil, et ainsi tu préserveras ta vie et celle de ton fils Salomon. Va, entre chez le roi David et dis-lui : "N'est-ce pas toi, mon seigneur le roi, qui as juré à ta servante : Oui, Salomon, ton fils, régnera après moi, et c'est lui qui s'assiéra sur mon trône ? Pourquoi donc Adonias est-il devenu roi ?" Tandis que tu seras là, en train de parler avec le roi, moi-même j'entrerai après toi, et je confirmerai tes paroles. »
Et Bethsabée entra chez le roi, jusque dans sa chambre. Le roi était très vieux, et Abishag, la Shounamite, accomplissait son service auprès du roi. Bethsabée se mit à genoux et se prosterna devant le roi. Le roi lui demanda : « Que désires-tu ? » Elle lui répondit : « Mon seigneur, c'est toi qui as juré à ta servante par le Seigneur ton Dieu : "Oui, Salomon, ton fils, régnera après moi, et c'est lui qui s'assiéra sur mon trône." Or voici maintenant qu'Adonias est devenu roi, et, mon seigneur le roi, tu n'en sais rien. Il a offert en sacrifice des taureaux, des veaux gras, des moutons en grand nombre. Il a invité tous les fils du roi, ainsi que le prêtre Abiathar et Joab, le chef de l'armée. Mais Salomon, ton serviteur, il ne l'a pas invité. Mon seigneur le roi, c'est sur toi que tout Israël a les yeux fixés, pour que tu leur annonces qui s'assiéra sur le trône de mon seigneur le roi après lui. Lorsque mon seigneur le roi reposera avec ses pères, que deviendrons-nous, moi et mon fils Salomon ? Des coupables ? »
Elle parlait encore avec le roi quand Nathan le prophète entra. On annonça au roi : « Voici Nathan le prophète ! » Il entra chez le roi et se prosterna devant lui, visage contre terre. Nathan prit la parole : « Mon seigneur le roi, tu as donc décrété : "Adonias régnera après moi, c'est lui qui s'assiéra sur mon trône" ? Car il est descendu aujourd'hui, et il a offert en sacrifice des taureaux, des veaux gras, des moutons en grand nombre. Il a invité tous les fils du roi, les chefs de l'armée et le prêtre Abiathar. Ils sont tous en train de boire et de manger en sa présence, et ils disent : "Vive le roi Adonias !" Mais moi, ton serviteur, le prêtre Sadoc, Benaya, fils de Yoyada, et Salomon, ton serviteur, il ne nous a pas invités. Est-ce bien de mon seigneur le roi que provient cette affaire ? Pourtant, tu n'as pas fait savoir à tes serviteurs qui doit s'asseoir sur le trône de mon seigneur le roi après lui. »
Le roi David répondit alors : « Appelez-moi Bethsabée. » Elle entra donc chez le roi et se tint debout devant lui. Et le roi fit ce serment : « Par le Seigneur qui est vivant, lui qui a racheté mon âme de toute angoisse, oui, je l'ai juré par le Seigneur, Dieu d'Israël : c'est Salomon, ton fils, qui régnera après moi, et c'est lui qui s'assiéra sur mon trône à ma place. Cela, je le ferai aujourd'hui même. » Bethsabée se mit à genoux, visage contre terre, et se prosterna devant le roi. Elle dit : « Que vive mon seigneur le roi David, à jamais ! »
Le roi David reprit : « Appelez-moi le prêtre Sadoc, le prophète Nathan et Benaya, fils de Yoyada. » Ils entrèrent chez le roi, et le roi leur dit : « Prenez avec vous les serviteurs de votre maître. Vous placerez mon fils Salomon sur ma propre mule et vous le ferez descendre à Guihôn. Là, le prêtre Sadoc et le prophète Nathan lui donneront l'onction comme roi sur Israël. Vous sonnerez du cor et vous direz : "Vive le roi Salomon !" Vous remonterez à sa suite. Il viendra s'asseoir sur mon trône, et c'est lui qui régnera à ma place, car je l'ai établi comme chef sur Juda et sur Israël. »
Benaya, fils de Yoyada, répondit au roi : « Amen ! Et qu'ainsi parle le Seigneur, Dieu de mon seigneur le roi. Comme le Seigneur était avec mon seigneur le roi, qu'il en soit ainsi avec Salomon, et qu'il élève son trône plus haut que le trône de mon seigneur le roi David. »
Alors descendirent le prêtre Sadoc, le prophète Nathan, Benaya, fils de Yoyada, les Kérétiens et les Pelétiens. Ils placèrent Salomon sur la mule du roi et le conduisirent à Guihôn. Le prêtre Sadoc prit dans la tente la corne d'huile et donna l'onction à Salomon. On sonna du cor et tout le peuple dit : « Vive le roi Salomon ! » Tout le peuple remonta derrière lui. Le peuple jouait de la flûte et manifestait une joie débordante, au point que la terre se fendait à leur voix.
Adonias entendit, et tous ses invités avec lui : ils finissaient de manger. Joab entendit le son du cor et demanda : « Pourquoi la cité résonne-t-elle de ce tumulte ? » Tandis qu'ils parlaient, arriva Jonathan, fils du prêtre Abiathar. Adonias lui dit : « Viens, car tu es un homme de valeur. Ce sont de bonnes nouvelles que tu apportes. » Mais Jonathan répondit à Adonias : « Au contraire ! Notre seigneur le roi David a fait roi Salomon. Le roi a envoyé avec lui le prêtre Sadoc et le prophète Nathan, Benaya, fils de Yoyada, les Kérétiens et les Pelétiens, et ils l'ont placé sur la mule du roi. Le prêtre Sadoc et le prophète Nathan lui ont donné l'onction comme roi à Guihôn. Ils en sont remontés tout joyeux, la cité était en tumulte. C'est là le bruit que vous avez entendu. Bien plus, Salomon s'est assis sur le trône royal. Puis les serviteurs du roi sont venus présenter leurs vœux à notre seigneur le roi David en disant : "Que ton Dieu rende le nom de Salomon plus fameux que ton nom et qu'il élève son trône au-dessus de ton trône." Alors le roi s'est prosterné sur son lit. Et enfin, c'est ainsi qu'a parlé le roi : "Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui a donné aujourd'hui quelqu'un pour s'asseoir sur mon trône, et qui a donné à mes yeux de le voir." »
Tous les invités d'Adonias tremblèrent et se levèrent. Ils s'enfuirent chacun de son côté. Adonias eut peur de Salomon. Il se leva et s'en fut empoigner les cornes de l'autel. Cela fut rapporté à Salomon : « Voici qu'Adonias a peur du roi Salomon. Voici qu'il est allé saisir les cornes de l'autel en disant : "Que le roi Salomon me jure dès aujourd'hui qu'il ne fera pas mourir son serviteur par l'épée." » Salomon répondit : « S'il devient un homme de valeur, pas un de ses cheveux ne tombera à terre. Mais si du mal se trouve en lui, il mourra. » Le roi Salomon envoya des gens le faire descendre de l'autel. Adonias vint se prosterner devant le roi Salomon, et Salomon lui dit : « Va dans ta maison. »
Commentaire
Alors, ça vous a plu ? Vous en pensez quoi de notre épisode pilote pour cette nouvelle saison ? Eh bien moi, je dis : curieuse entrée en matière. David a le droit d'être malade, mais pourquoi insister autant sur son aspect maladif, alité, passif ? Ambiance de fin de règne. Et voilà qu'on lui jette au pied une jeune fille belle comme le jour, mais qui manifestement n'éveille en lui aucun désir sexuel.
Alors moi je me dis que, tout au long de la vie de David, il y aura quand même eu un problème entre lui et les femmes. Et de un. Et de deux : il ne faudra pas s'étonner si un jour Salomon aura lui aussi des problèmes avec les femmes. Ça ne viendra pas de nulle part. Tel père, tel fils. On est en train de semer des petites graines ici.
Et trois — et je pense qu'elle est là, la fine pointe — dans ce monde antique, la force sexuelle, ça signifie la virilitas, le charisme, l'autorité. Et pour un roi, c'est quelque chose d'extrêmement important. À vous dépeindre ainsi David, vieux, décati et, disons-le, sexuellement impuissant, c'est une manière pour le rédacteur de vous présenter une institution royale affaiblie, impuissante. Il ne va peut-être pas falloir vous attendre à une épopée glorieuse. Le ton est donné.
La cour royale vous apparaît comme profondément divisée, chacun ayant son agenda politique. La faute en grande partie à David, qui n'a jamais su, manifestement, s'élever contre un de ses fils pour lui faire la leçon.
Il y a deux clans : le clan des vieux de la vieille et le clan des nouveaux. Les vieux de la vieille, c'est Adonias, qui est né à Hébron, la première capitale royale, avant que David ne soit roi à Jérusalem ; avec Joab, le chef de la première heure, on ne le présente plus ; et puis Abiathar, l'ancien, descendant de la lignée maudite d'Éli, oui, mais qui avait aidé David quand il fuyait Saül, et qui, parce qu'il avait aidé David quand il fuyait Saül, avait trouvé refuge à la cour royale. Ces trois hommes-là appartiennent tous au passé de David, avant la royauté. Ce n'est pas David qui les a faits, c'est eux qui ont fait David. Et c'est la royauté qui leur est redevable. Ce sont les vestiges d'un Israël d'avant l'époque royale.
Et de l'autre côté, à l'inverse, on a les petits jeunes, les nouveaux arrivés. Salomon, tout jeune ; Sadoc, qui a été nommé par David quand il était roi à Jérusalem ; et Benaya, qui fait partie des appelés de la dernière heure, que David a nommé chef de la garde prétorienne à Jérusalem, pour contrecarrer l'influence de Joab. Ces hommes-là ont tous en commun d'être tributaires de l'institution royale.
À travers la querelle entre ces deux clans, c'est une question plus profonde qui est posée. Est-ce que l'institution royale est parvenue à maturité ? Est-ce qu'elle est suffisamment forte pour faire les hommes, et que ce soit d'elle que dépendent le mandat et l'autorité, et non pas l'inverse ? Bref, est-ce que maintenant, on est dans un État de droit ?
Ceci dit, on voit tout de suite où va la préférence du rédacteur. Adonias, qui est cité en comparaison avec Absalom — ça en dit long — qui multiplie les chevaux, l'arme de guerre de l'époque, et avec cette sorte d'arrogance malsaine qui fait que, instinctivement, on ne l'aime pas. À l'inverse, lui, Salomon, paraît comme un homme de cour raisonnable, sensé. Et avec lui, on a le sentiment que ce qui triomphe, c'est l'obéissance à l'institution, une certaine forme de sagesse, et puis aussi la magnanimité : il pardonne à Adonias.
Bah, finalement, ça ne commence pas si mal que ça, ce livre ! Non… On verra.
Bon, exceptionnellement, je vais mettre le psaume à la fin du deuxième épisode. La lecture a été longue, je ne vais pas avoir le temps de tout mettre là.
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