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Jour 129 ☼ — Salomon roi : fin d'une ère, début d'un règne

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 2 du premier livre des Rois : les dernières recommandations de David à Salomon, sa mort après quarante ans de règne, puis les quatre exécutions par lesquelles le nouveau roi affermit sa royauté — Adonias, Abiathar exilé, Joab et Shiméï. Le commentaire montre comment ces morts soldent les malédictions encourues par David, comment Sadoc inaugure la lignée sacerdotale dont se réclameront plus tard les Sadducéens, et comment Salomon fait passer Israël de l'avant-État au triomphe de l'État de droit. Une dernière remarque, amère, sur la famille de David : aucun de ses fils ne pouvait supporter l'autre.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Ça y est, les dernières paroles de David, s'exclamant quand il voit son fils : « Sois fort et prends courage ! » Ce qui n'est pas sans vous rappeler Moïse mourant, qui exhortait de la même manière Josué à prendre sa place. « Sois fort et prends courage ! » Non pas pour être un roi militaire et victorieux, mais « Sois fort et prends courage ! » pour accomplir la loi du Seigneur. Il est là, le vrai courage chrétien, la vraie force qui plaît à Dieu.

C'est curieux, quand même, cette manière qu'a la Bible tantôt de vous présenter David par le petit bout de la lorgnette, et tantôt de montrer en lui une grandeur d'âme.

Lecture : 1 Rois 2

Comme les jours de David approchaient de leur fin, il exprima ses volontés à son fils Salomon : « Je m'en vais par le chemin de tout le monde. Sois fort ! Sois un homme courageux ! Tu garderas les observances du Seigneur ton Dieu en marchant dans ses chemins. Tu observeras ses décrets, ses commandements, ses ordonnances et ses édits, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse. Ainsi tu réussiras dans tout ce que tu feras et entreprendras. Et le Seigneur réalisera cette parole qu'il m'a dite : "Si tes fils veillent à suivre leur chemin en marchant devant moi avec loyauté, de tout leur cœur et de toute leur âme, jamais tes descendants ne seront écartés du trône d'Israël."

En plus, tu sais toi-même ce que m'a fait Joab, fils de Seroya, ce qu'il a fait aux deux chefs des armées d'Israël, Abner, fils de Ner, et Amasa, fils de Yéter, qu'il a tués. Il a, en temps de paix, versé le sang de la guerre et mis le sang de la guerre sur le ceinturon de ses reins et les sandales de ses pieds. Tu agiras selon ta sagesse et tu ne laisseras pas ces cheveux blancs descendre en paix au séjour des morts.

Envers les fils de Barzillaï de Galaad, tu agiras avec fidélité. Ils seront parmi tes invités à table, car ils ont agi de la même manière quand ils sont venus à ma rencontre alors que je fuyais devant ton frère Absalom.

Mais voici près de toi Shiméï, fils de Guéra, Benjaminite de Bahourim. C'est lui qui m'a maudit d'une malédiction terrible le jour de mon départ pour Mahanaïm. C'est lui aussi qui est venu à ma rencontre au Jourdain lors de mon retour d'exil, et je lui ai juré par le Seigneur : "Je ne te mettrai pas à mort par l'épée." Cependant, toi, ne le tiens pas pour quitte, car tu es un homme sage. Tu sais ce que tu dois faire : tu feras descendre dans le sang ces cheveux blancs au séjour des morts. »

David mourut. Il reposa avec ses pères et il fut enseveli dans la cité de David. Le règne de David sur Israël avait duré quarante ans. Il avait régné sept ans à Hébron et trente-trois ans à Jérusalem. Salomon prit possession du trône de David, son père, et sa royauté fut solidement établie.

Adonias, fils de Haggith, vint trouver Bethsabée, mère de Salomon. Elle lui demanda : « Viens-tu pour la paix ? » Il dit : « Pour la paix. » Il poursuivit : « J'ai à te parler. » Elle dit : « Parle. » Il reprit : « Tu sais bien, toi, que c'est à moi que revenait la royauté. Tout Israël me regardait déjà comme son roi. Mais la royauté m'a échappé au profit de mon frère, car c'est du Seigneur qu'elle lui est venue. À présent, je n'ai qu'une demande à te faire : ne me repousse pas. » Elle dit : « Parle. » Il poursuivit : « Demande, je t'en prie, au roi Salomon — car il ne te repoussera pas — de me donner pour femme Abishag, la Shunamite. » Bethsabée promit : « Bien, je parlerai moi-même au roi en ta faveur. »

Bethsabée se rendit chez le roi Salomon pour lui parler en faveur d'Adonias. Le roi se leva, vint à sa rencontre et se prosterna devant elle. Puis il prit place sur son trône. Il fit installer également un trône pour la mère du roi et elle prit place à sa droite. Elle dit : « Je n'ai qu'une petite demande à te faire : ne me repousse pas. » Le roi lui dit : « Demande, ma mère, je ne te repousserai pas. » Elle reprit : « Que l'on donne pour femme Abishag, la Shunamite, à ton frère Adonias. » Le roi Salomon répondit à sa mère : « Pourquoi demandes-tu Abishag, la Shunamite, pour Adonias ? Demande donc pour lui la royauté, puisqu'aussi bien il est mon frère aîné ! Demande-la pour lui, pour le prêtre Abiathar et pour Joab, fils de Seroya ! »

Salomon fit ce serment par le Seigneur : « Que Dieu amène le malheur sur moi, et pire encore ! C'est au prix de sa vie qu'Adonias a fait cette demande. Maintenant, par le Seigneur qui est vivant, lui qui m'a fermement établi, qui m'a fait asseoir sur le trône de David, mon père, et qui, selon sa parole, m'a édifié une maison, oui, Adonias sera mis à mort aujourd'hui même. » Le roi Salomon envoya donc Benaya, fils de Yehoyada. Celui-ci le frappa et il mourut.

Au prêtre Abiathar, le roi déclara : « Pars pour Anatoth, dans ton domaine, car c'est la mort que tu mérites. Aujourd'hui, cependant, je ne te tuerai pas, car tu as porté l'arche du Seigneur Dieu devant David, mon père, et tu as partagé toutes les épreuves que mon père a endurées. » Salomon démit Abiathar de sa fonction de prêtre du Seigneur, accomplissant ainsi la parole que le Seigneur avait dite contre la maison d'Éli, à Silo.

La nouvelle en parvint à Joab. Joab, en effet, avait pris le parti d'Adonias, bien qu'il n'eût pas pris le parti d'Absalom. Joab se réfugia dans la tente du Seigneur et empoigna les cornes de l'autel. On rapporta au roi Salomon que Joab s'était réfugié dans la tente du Seigneur et qu'il se trouvait à côté de l'autel. Salomon envoya Benaya, fils de Yehoyada, en lui disant : « Va, frappe-le ! » Benaya entra dans la tente du Seigneur et dit à Joab : « Ainsi parle le roi : sors d'ici ! » Mais l'autre refusa : « Non, c'est ici que je mourrai. » Benaya rapporta la chose au roi : « Ainsi a parlé Joab, ainsi m'a-t-il répondu. » Le roi lui répondit : « Fais donc comme il a dit. Frappe-le à mort et enterre-le. Tu détourneras ainsi de moi et de la maison de mon père le sang innocent qu'a répandu Joab. Le Seigneur fera retomber son sang sur sa tête, parce qu'il a frappé deux hommes plus justes et meilleurs que lui. Il les a tués par l'épée, à l'insu de David, mon père : Abner, fils de Ner, chef de l'armée d'Israël, et Amasa, fils de Yéter, chef de l'armée de Juda. Que leur sang retombe sur la tête de Joab et sur la tête de ses descendants à jamais. Mais pour David et pour sa descendance, pour sa maison et pour son trône, que demeure à jamais la paix qui vient du Seigneur. » Benaya, fils de Yehoyada, monta, frappa Joab et le mit à mort. Il fut enseveli dans sa maison, au désert. Le roi mit à sa place, comme chef de l'armée, Benaya, fils de Yehoyada, et il mit à la place d'Abiathar le prêtre Sadoc.

Le roi fit convoquer Shiméï et lui dit : « Construis pour toi une maison à Jérusalem. Tu y demeureras et tu n'en sortiras pas pour aller où que ce soit. Le jour où tu sortiras et passeras le ravin du Cédron, sache-le bien : à coup sûr, tu mourras, et ton sang sera sur ta tête. » Shiméï répondit au roi : « Très bien. Conformément à la parole de mon seigneur le roi, ainsi se conduira ton serviteur. » Il demeura donc de longs jours à Jérusalem.

Mais au bout de trois ans, il arriva que deux serviteurs de Shiméï s'enfuirent chez Akish, fils de Maaka, roi de Gath. On vint en informer Shiméï : « Tes serviteurs se trouvent à Gath. » Shiméï se leva, sella son âne et partit pour Gath, chez Akish, pour rechercher ses serviteurs. Shiméï partit donc et ramena de Gath ses serviteurs. On rapporta à Salomon que Shiméï était parti de Jérusalem pour Gath et qu'il en était revenu. Le roi fit convoquer Shiméï et lui dit : « Ne t'avais-je pas fait prêter serment par le Seigneur ? Et ne t'avais-je pas averti : "Le jour où tu sortiras pour aller où que ce soit, sache-le bien, à coup sûr tu mourras" ? Et tu m'as répondu : "Très bien, j'ai entendu." Pourquoi donc n'as-tu pas respecté le serment fait au Seigneur et l'ordre que je t'avais donné ? » Le roi dit à Shiméï : « Tu sais, et ton cœur le sait, tout le mal que tu as fait à David, mon père. Le Seigneur va faire retomber sur ta tête le mal que tu as commis. Mais le roi Salomon sera béni et le trône de David fermement établi devant le Seigneur pour toujours. » Le roi donna un ordre à Benaya, fils de Yehoyada. Celui-ci sortit, il frappa Shiméï qui mourut. Et dans la main de Salomon fut affermie la royauté.

Commentaire

David mourut, il reposa avec ses pères et fut enseveli dans la cité de David.

Quoi ? Nuls pleurs ? Nul deuil national ? Comme si la Bible ne savait pas très bien quoi en penser, de ce règne n'en finissant plus. On a le sentiment, quand même, du devoir accompli, et il laisse un royaume solidement établi à Salomon. Salomon, qui était peut-être le petit jeune et celui qui était sage, mais qui va bien montrer qui est le chef, maintenant.

Premier meurtre : Adonias. Mais qui, je suis désolé, l'a quand même vraiment bien cherché. C'est évident que de demander à avoir Abishag la Shunamite pour femme, ça ne pouvait être pris que comme une provocation. Mais en attendant, si vous comptez bien, ça fait le combientième fils de David qui va mourir ? Vous avez eu, un, le fils qui était né de l'adultère avec Bethsabée. Deux, Amnon, qui avait couché avec Tamar, sa sœur. Trois, Absalom, qui avait fomenté la révolte. Et maintenant, quatre, Adonias, qui meurt par la main de Salomon. C'était pas David, quand Nathan lui avait raconté cette parabole du riche qui avait enlevé la brebis au pauvre ? C'était pas David qui lui avait dit : maintenant, il faudra que le riche rembourse au quadruple ? Et ainsi s'achève une première malédiction que David avait encourue lors de son règne.

Retournons à Salomon. Deuxième meurtre. Celui-là, il est symbolique, il prend la forme d'un exil : Abiathar, le rejeton de la lignée maudite du grand prêtre Éli, qui est éloigné par Salomon. Une deuxième malédiction qui s'achève. À la place, Salomon instaure Sadoc. Sadoc, ça fait plusieurs fois que je vous en parle, alors vous devez vous dire : il y a quelque chose derrière. Eh bien oui, parce qu'en fait, Sadoc, ce sera lui le premier grand prêtre du temple de Salomon. C'est lui qui inaugure la grande lignée sacerdotale israélite, de laquelle se réclameront tous les héritiers, tous les légitimistes. Et ce qui, plus tard, dans le Nouveau Testament, vous donnera le nom de Sadducéens : les grands prêtres dans le temple d'Hérode au temps de Jésus, qui se réclamaient de cet antique grand prêtre Sadoc.

Troisième meurtre — ça rigole pas — Joab. Alors Joab, il a tenté sa chance. Ça n'a pas marché, mais on ne peut pas lui en vouloir. Il avait vu que, la première fois, Adonias avait saisi les cornes de l'autel et que Salomon lui avait accordé miséricorde, parce que dans la loi de Moïse, on dit que si quelqu'un a versé involontairement le sang, il lui sera fait miséricorde. Donc Joab tente sa chance et saisit les cornes du maître-autel. Sauf qu'on a du mal à se dire que Joab, c'est innocemment qu'il a versé le sang. Souvenez-vous de tous les meurtres politiques qu'il a faits. C'est une crapule, Joab, il ne faut pas l'oublier. Benaya arrive et le tue, on ne discute pas. Salomon est en train de liquider tout le passif de David. C'est un nouveau règne.

Quatrième meurtre, cette fois-ci : Shiméï. Alors Shiméï, il ferait presque de la peine, parce qu'il était enfermé et il y avait un de ses esclaves qui s'enfuit. On se dit : bah oui, mais évidemment, il n'avait pas le choix. La vraie question, c'est : pourquoi l'esclave s'est-il enfui ? Souvenez-vous de Shiméï, quand on l'avait rencontré dans le livre de Samuel. Shiméï, c'était une raclure, il n'avait aucune dignité. C'était lui qui allait poursuivre David en lui jetant des pierres et qui, quand David était revenu, s'était aplati. Enfin, ce n'est pas quelqu'un de bien. Donc, s'il y a probablement un mauvais maître sur terre, c'était probablement Shiméï. Derrière son meurtre, ce que ça veut dire, c'est que la miséricorde, d'une certaine manière, ça se mérite aussi. Tout ne vous est pas dû.

Alors, qu'est-ce qu'il faut penser de tout ça ? Eh bien, que Salomon, malgré les apparences, ne s'en tire pas si mal. Il n'y a pas de cruauté gratuite. Et chacun des meurtres qu'il fait s'explique aussi d'un point de vue politique : ça lui permet d'asseoir son autorité. Mais ils ont tous une justification. Avec Salomon, vous n'êtes plus dans l'avant-État, vous êtes dans le triomphe de l'État de droit. Même si, comme le dira Max Weber, l'État de droit, c'est celui qui a le monopole de la violence légitime. Et là, pour le coup, la violence, il l'a.

Une dernière petite chose, quand même, avant de clore mon commentaire — je n'aurai pas le temps de mettre le psaume, je le mettrai au prochain épisode. C'est que, vous voyez, tous ces fils de David qu'on a vus, manifestement, il n'y en avait aucun qui pouvait supporter l'autre. Ça aussi, ça en dit long sur l'éducation que David a donnée à ses enfants. Ce n'était pas une famille qui respire l'amour et la tendresse.


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