Jour 131 ☼ — Le règne idéal de Salomon ?
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 5 du premier livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit la description idyllique du royaume de Salomon : sa domination pacifique de l'Euphrate à l'Égypte, l'abondance de sa table, l'étendue prodigieuse de sa sagesse, puis les accords passés avec Hiram, roi de Tyr, en vue de la construction du Temple. Le commentaire déploie deux thèmes : Salomon nouvel Adam qui accomplit la mission adamique de régner sur la création et de la nommer, et Salomon sage par un don surnaturel qui culmine dans les proverbes, les hymnes et la science. Le frère y voit un jardin d'Éden non pas regretté mais dépassé, contemplé au sommet de la civilisation et du génie humain, dont le Temple à venir sera le couronnement. L'épisode s'achève sur le psaume 89.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons notre description idyllique, j'allais dire édénique, du royaume de Salomon. N'en jetez plus, ça déborde de tous les côtés de gloire, de paix et de douceur. Ça fait du bien quand même, des chapitres où il ne se passe que des belles choses. Ce n'est pas si courant que ça dans la Bible.
Lecture : 1 Rois 5
Salomon dominait sur tous les royaumes, depuis l'Euphrate, le fleuve, sur le pays des Philistins et jusqu'à la frontière de l'Égypte. Ils acquittèrent un tribut et servirent Salomon tous les jours de sa vie.
Les vivres de Salomon comprenaient, pour chaque jour, trente quintaux de semoule et soixante quintaux de farine, dix bœufs gras, vingt bœufs de pâturage, cent moutons, de plus des cerfs, des gazelles, des chevreuils et des volailles engraissées.
Car il était maître des régions en dessous du fleuve Euphrate, depuis Tifsa jusqu'à Gaza, maître de tous les rois des régions en dessous du fleuve, et il avait la paix sur toutes ses frontières alentour. Juda et Israël habitèrent en sécurité, chacun sous sa tente et sous son figuier, de Dan jusqu'à Beersheba, durant toute la vie de Salomon.
Salomon avait quarante mille stalles pour les chevaux de ses chars et douze mille chevaux de selle. Les préfets mentionnés plus haut approvisionnaient le roi Salomon et ceux qui partageaient la table du roi, un mois chacun à tour de rôle ; il ne les laissait manquer de rien. Quant à l'orge et au fourrage pour les chevaux et les attelages, chacun les apportait sur ordre là où séjournait le roi.
Dieu donna à Salomon une sagesse et une intelligence très grandes et un cœur aussi vaste que le sable au bord de la mer. Grande était la sagesse de Salomon, plus que la sagesse de tous les fils de l'Orient, plus que toute la sagesse de l'Égypte. Il fut le plus sage des hommes, plus encore qu'Étan l'Ezrahite, et que Hémane, Kalkol et Darda, fils de Mahol. Son nom était connu de toutes les nations d'alentour.
Il prononça trois mille proverbes et composa des chants au nombre de mille cinq. Il parla des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope qui pousse sur le mur ; il parla des quadrupèdes et des oiseaux, des reptiles et des poissons. Et l'on venait de tous les peuples pour entendre la sagesse de Salomon ; on venait de la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse.
Hiram, roi de Tyr, envoya des serviteurs auprès de Salomon, car il avait appris qu'on lui avait donné l'onction comme roi à la place de David son père. En effet, Hiram avait toujours été l'ami de David.
Salomon envoya ce message à Hiram : « Tu sais que David mon père, harcelé par les guerres, n'a pas pu bâtir une maison pour le nom du Seigneur son Dieu, jusqu'à ce que le Seigneur eût mis sous ses pieds les ennemis qui l'encerclaient. Mais à présent, le Seigneur mon Dieu m'a donné le repos de tous côtés : je n'ai plus d'opposants ni de dangers à craindre. Ainsi, j'ai décidé de bâtir une maison pour le nom du Seigneur mon Dieu, selon la parole du Seigneur à David mon père : “Ton fils, celui que je mettrai après toi sur ton trône, c'est lui qui construira la maison pour mon nom.” Maintenant donc, ordonne que l'on coupe pour moi des cèdres du Liban. Mes serviteurs travailleront avec les tiens, et je te donnerai pour leur salaire ce que tu me fixeras. Car tu sais qu'il n'y a personne chez nous qui sache couper les arbres comme les gens de Sidon. »
Dès qu'il eut entendu le message de Salomon, Hiram se réjouit très fort et il dit : « Béni soit aujourd'hui le Seigneur qui a donné à David un fils d'une telle sagesse pour gouverner ce grand peuple. »
Puis Hiram envoya dire à Salomon : « J'ai reçu ton message. Je te donnerai du bois de cèdre et du bois de cyprès comme tu le désires. Mes serviteurs les feront descendre du Liban à la mer, et moi, je les assemblerai en radeaux sur la mer à destination de l'endroit que tu veux. Là, je les ferai démonter et tu en prendras livraison. De ton côté, tu me donneras des vivres pour ma maison comme je le désire. »
Ainsi Hiram livrait à Salomon, en bois de cèdre et en bois de cyprès, tout ce qu'il désirait. Et Salomon livrait à Hiram vingt mille quintaux de blé pour la nourriture de sa maison, plus vingt quintaux d'huile d'olive concassée. Voilà ce que Salomon livrait à Hiram tous les ans. Le Seigneur avait donné la sagesse à Salomon selon sa promesse. Hiram et Salomon vécurent en paix et ils conclurent une alliance.
Salomon recruta dans tout Israël trente mille hommes de corvée. Il les envoya au Liban, dix mille à tour de rôle : ils restaient un mois au Liban, puis deux mois chez eux. Et Adoniram était chef de la corvée.
Salomon avait aussi soixante-dix mille porteurs et quatre-vingt mille ouvriers pour les carrières dans les montagnes. Il y avait encore les chefs, nommés par les préfets pour diriger le travail, au nombre de trois mille trois cents, qui commandaient aux ouvriers.
Le roi ordonna d'extraire de grands blocs, de belles pierres, pour poser en pierre de taille les fondations de la maison. Puis les maçons de Salomon et ceux d'Hiram, ainsi que les gens de Byblos, taillèrent et préparèrent le bois et les pierres pour construire la maison.
Commentaire
Nous avions quitté le dernier chapitre, 1 Rois chapitre 4, avec la liste des hauts dignitaires. Et l'on pouvait comparer cette cour royale autour de Salomon à la cour céleste qui entoure Dieu dans le ciel. Mais là, c'est un autre thème que l'on avait déjà vu et qui refait son apparition : Salomon, nouvel Adam, ou plutôt, plus que nouvel Adam, celui qui accomplit la mission adamique.
De la même manière que Dieu avait dit à Adam de régner en maître sur toute la création, le texte nous dit que toute cette terre du Proche-Orient est sous la domination de Salomon. Ce ne sont plus le Tigre, le Pishôn, l'Euphrate et le Guihôn qui étaient les fleuves du paradis, c'est l'Euphrate à l'est et l'Égypte au sud. Mais un empire idyllique qui est entré dans le repos, le sabbat, la paix, le shalom de Dieu.
Et c'est là que notre Bible passe d'un premier thème, la comparaison avec Adam, à notre deuxième thème, celui de la sagesse. Et on en rajoute une couche, parce que la sagesse, dans la mystique juive, ça voudra dire quelque chose.
Une sagesse et une intelligence très grandes et un cœur aussi vaste que le sable au bord de la mer.
Ce qui fait écho au nombre des fils d'Israël. On ne sait plus très bien si la promesse faite à Abraham s'accomplit dans le nombre des Israélites ou dans la grandeur de la sagesse de Salomon. Et c'est peut-être la même chose. On vous dit qu'en lui culmine et même est dépassée la sagesse des nations. Il s'agit donc d'une sagesse surnaturelle. Ce n'est pas une sagesse acquise à coups d'intelligence, c'est une sagesse qui est révélée, elle est d'origine divine. C'est l'établissement du royaume de Dieu à travers Salomon. C'est Dieu qui règne par sa sagesse et sa parole sur la terre.
Et puis, la sagesse, manifestement, ça fait rêver le rédacteur, qui n'en finit plus d'en rajouter et qui vous décrit maintenant toute l'étendue de cette sagesse : qui d'abord culmine dans les proverbes, le symbole de la sagesse populaire et de la sagesse philosophique ; qui ensuite culmine dans la grandeur, le nombre et la beauté des hymnes que Salomon a composés. Et là encore, c'est cette forme de sagesse, don de l'Esprit Saint, qui vous amène à louer Dieu, la puissance de la piété, Dieu qui habite les hymnes d'Israël.
Et on continue encore : cette sagesse qui se retrouve à nouveau dans le nombre des écuries, dans la force d'un royaume, le don de force de l'Esprit Saint. Et cette sagesse va même jusqu'à cultiver ce que nous, nous appellerions la science.
Il parla des quadrupèdes et des oiseaux, il parla des arbres, depuis le cèdre jusqu'à l'hysope.
Là, vous avez encore à nouveau un thème adamique : c'est Adam qui nomme tous les animaux, c'est Adam qui connaît la création.
Salomon, au début de son règne, c'est la gloire du jardin d'Éden cultivée dans la puissance de la sagesse, même si on sent qu'il manque encore le clou final au spectacle, la cerise sur le gâteau : la maison de Dieu. Pour l'instant, on n'en est qu'aux préparatifs. Mais vous sentez qu'avec ce temple à venir, la maison de prière, la maison de sacrifice, ce n'est pas le jardin d'Éden retrouvé, c'est le jardin d'Éden dépassé. Enfin, dépassé dans le bon sens du terme : achevé.
Le jardin d'Éden, c'est au début de l'histoire humaine. Là, le temple de Salomon, c'est un avant-goût de la fin de l'histoire humaine. Le sommet de l'art, le sommet de la sagesse, le sommet de la civilisation. Le meilleur est à venir. Adam et Ève sont sortis de l'état de nature, vous êtes dans l'histoire des hommes. Et Salomon retrouve le jardin d'Éden en l'embellissant de toutes les trouvailles que le génie humain a pu accumuler au fur et à mesure des siècles, et viennent contribuer à lui la gloire et la richesse des nations, notamment avec ce Hiram.
Il y a un rêve dans ce chapitre. Et ce qui est extraordinaire, c'est que c'est un rêve réalisé. C'est un rêve dans lequel on a retrouvé le bonheur, le royaume de Dieu et le jardin d'Éden. Mais le jardin d'Éden contemplé sans nostalgie, non comme un trésor qu'on avait perdu, mais au contraire avec une vision optimiste de l'histoire humaine. Ce jardin d'Éden, c'est le sommet de la civilisation. C'est là où va culminer l'art, c'est là où va culminer le génie humain. Ce n'est pas quelque chose qui était à l'origine de l'histoire humaine, c'est quelque chose qui en est l'aboutissement.
D'où ces constructions, d'où ces relations diplomatiques faites de paix et d'admiration réciproque, d'où ces proverbes, d'où cette science, d'où cette maison de prière. C'est le sommet de l'art, c'est le sommet de la musique, c'est le sommet de la connaissance. C'est une certaine forme d'espérance sur ce que peut être l'histoire humaine. Enfin, je veux dire : l'histoire, le progrès, la civilisation, il faut bien que ça culmine quelque part. Eh bien, si ça doit culminer quelque part, c'est là que ça culmine, dans ce chapitre 5 du premier livre des Rois que vous venez d'entendre.
Psaume 89
D'âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge. Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, de toujours à toujours, toi, tu es Dieu.
Tu fais retourner l'homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d'Adam ! » À tes yeux, mille ans sont comme hier, c'est un jour qui s'en va, une heure dans la nuit.
Tu les as balayés : ce n'est qu'un songe ; dès le matin, c'est une herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.
Nous voici anéantis par ta colère ; ta fureur nous épouvante : tu étales nos fautes devant toi, nos secrets à la lumière de ta face.
Sous tes fureurs, tous nos jours s'enfuient, nos années s'évanouissent dans un souffle. Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux. Leur plus grand nombre n'est que peine et misère ; elles s'enfuient, nous nous envolons.
Qui comprendra la force de ta colère ? Qui peut t'adorer dans tes fureurs ? Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joie tes jours de châtiment et les années où nous connaissions le malheur. Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide l'ouvrage de nos mains ; oui, consolide l'ouvrage de nos mains.
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