Jour 130 ☾ — Amos brise les illusions d'Israël
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien poursuit la lecture d'Amos avec la fin du chapitre 5 et le chapitre 6, qui forment la série des trois malheurs. Le premier renverse l'attente du « jour du Seigneur », espéré comme un jour de victoire et annoncé comme un jour de ténèbres et de jugement, avec la critique d'un culte sans justice. Le deuxième dénonce la fausse tranquillité des repus vautrés sur leurs divans, et s'achève sur l'annonce inouïe de la déportation. Le troisième promet la destruction de Samarie et démonte l'orgueil d'Israël qui s'attribue des victoires militaires insignifiantes. L'épisode se termine par une prière demandant d'être réveillé de l'illusion d'être en sécurité.
Introduction
Nous continuons Amos. Vous ferez attention d'ailleurs, on va commencer avec la fin du chapitre 5. J'ai un peu triché parce que ça correspondait mieux pour la structure.
Si vous reprenez, pour que tout le monde comprenne bien : les deux premiers chapitres d'Amos, vous avez eu l'estocade, l'oracle des nations qui culminait dans l'oracle d'Israël. Ensuite, l'épisode précédent, vous avez eu trois arguments pour justifier que Dieu était en colère, qui se terminaient par la fine pointe, le cœur d'Amos : « Cherchez le Seigneur et vous vivrez. Cherchez le Seigneur et vous vivrez. Cherchez le Seigneur et vous vivrez. » Qui revenait trois fois et sur lequel j'insiste.
Et maintenant, nous remontons cette fois-ci trois malheurs, qui vont commencer chacun par cette phrase-là : « Malheur à ceux… », « Malheur à vous… ».
Le premier malheur, chapitre 5, verset 18, est vraiment saisissant. « Malheur à ceux qui aspirent au jour du Seigneur. Que sera-t-il pour vous, le jour du Seigneur ? » Le jour du Seigneur, pour les Israélites, ça devait être le jour de la victoire, quand Dieu fait rayonner sa gloire sur toutes les nations en donnant la victoire aux Israélites. Et voilà qu'Amos est en train de dire : non, non, non, non, non, les petits gars, vous êtes en train de complètement vous tromper. Ce que vous appelez de tous vos vœux, ce jour du Seigneur, pour vous, ce ne sera pas un jour de victoire, mais un jour de jugement et de malédiction. C'est un complet renversement. Un renversement théologique qu'Amos est en train de proposer. Plus tard, c'est ce qui vous donnera le fameux jour de colère, le jour du jugement, le dies irae des autres prophètes. Mais c'est Amos, le premier, qui aura tracé le sillon en faisant du jour du Seigneur non pas un jour de victoire, mais un jour de défaite.
Allez, je continue un peu mon commentaire, sinon vous risquez d'être perdus. Ce que Dieu va critiquer avec ce premier malheur, c'est le culte israélite, qui n'est d'aucune utilité. Ce qui est d'autant plus vexant pour les Israélites qu'ils étaient très pieux et qu'ils étaient persuadés, à leur manière, d'honorer le Dieu d'Israël. Et ça, vous ferez attention, parce qu'à bien écouter Amos, c'est nous aussi, toutes les fois où nous mettons la religion avant la justice. Ce qui vous donne d'ailleurs cette phrase qui est extraordinaire : « Mais que le droit jaillisse comme une source, la justice comme un torrent qui ne tarit jamais. »
Et arrive le deuxième malheur, chapitre 6 : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion. » Oui, le deuxième malheur que promet Amos, c'est la fausse tranquillité, cette nonchalance morale que le luxe vous apporte en vous endormant, et que Jésus critiquera aussi vertement dans ses discours apocalyptiques à la fin de l'Évangile selon saint Matthieu. Et là encore, en lisant, vous penserez à notre situation, à nous qui vivons de manière bien plus luxueuse que les Israélites. Et ce deuxième malheur va s'achever par une annonce, là aussi révolutionnaire pour l'époque : l'exil. Mais écoutez ça, vous allez l'entendre, ce sera saisissant : « Ils seront les premiers des déportés et la bande des vautrés n'existera plus. »
Arrive alors le troisième malheur, chapitre 6, verset 8 — qui d'ailleurs, lui, n'est pas introduit par la phrase « Malheur à vous ». C'est dommage, cette affaire, ça manque de symétrie comme on les aime. Il va cette fois-ci annoncer la destruction de Samarie. Alors, pour vous, Samarie, c'est la Samaritaine avec laquelle parle Jésus ; mais à l'époque des rois d'Israël, Samarie, c'est la capitale du royaume du Nord. Et donc là, après le malheur, après la déportation, le prophète Amos promet la destruction totale.
Bon, j'en ai dit suffisamment pour vous introduire dans cette lecture : les trois malheurs promis par Amos.
Lecture : Amos 5,18 – 6,14
Malheur à ceux qui aspirent au jour du Seigneur ! Que sera-t-il pour vous, le jour du Seigneur ? Jour de ténèbres et non de lumière. C'est comme un homme qui fuit devant un lion et qui tombe sur un ours ; il arrive à la maison, il pose la main sur le mur, et le serpent le mord. Ainsi sera-t-il ténèbres, le jour du Seigneur, et non lumière ; obscur, sans aucune clarté.
Je déteste, je méprise vos fêtes. Je n'ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas. Vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques, que je n'entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source, la justice comme un torrent qui ne tarit jamais.
Des sacrifices et des offrandes, m'en avez-vous apporté pendant quarante ans au désert, maison d'Israël ? Vous portiez les statues de Sikkouth, votre roi, et de Kiyoune, avec l'étoile de vos dieux que vous aviez fabriquée. Je vous déporterai au-delà de Damas. Le Seigneur a parlé, et son nom est « Dieu de l'univers ».
Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie, ces notables de la première des nations, vers qui se rend la maison d'Israël !
Passez à Kalné et voyez ; de là, partez pour Hamath la grande, puis descendez à Gath des Philistins. Ces villes sont-elles les meilleures des royaumes ? Leurs territoires plus grands que vos territoires ? En croyant repousser le jour du malheur, vous rapprochez le règne de la violence.
Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l'étable. Ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique. Ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe. Mais ils ne se tourmentent guère du désastre d'Israël.
C'est pourquoi, maintenant, ils vont être déportés. Ils seront les premiers des déportés, et la bande des vautrés n'existera plus.
Le Seigneur Dieu le jure par lui-même. Oracle du Seigneur, Dieu d'Israël : « Moi, j'ai en horreur l'orgueil de Jacob et je déteste ses palais. Aussi, je livrerai la ville et ce qu'elle renferme. »
Et s'il reste dix hommes dans une seule maison, ils mourront. Un parent, celui qui sortira les ossements hors de la maison pour les brûler, dira à celui qui est au fond de la maison : « Y en a-t-il encore avec toi ? » Celui-ci répondra : « Plus rien. » Il dira : « Silence ! », car on n'a plus à faire mémoire du nom du Seigneur.
Voici que le Seigneur commande : il frappe la grande maison, elle s'écroule ; la petite maison, elle se fissure.
Est-ce qu'on fait galoper des chevaux sur des rochers ? Est-ce qu'on laboure la mer avec des bœufs, pour que vous changiez le droit en venin et le fruit de la justice en poison ?
Il en est qui se réjouissent pour Lo-Debar — c'est-à-dire « rien du tout » — et qui disent : « N'est-ce pas par notre force que nous avons conquis Karnaïm ? » — c'est-à-dire « les deux cornes ».
Eh bien, maison d'Israël, voici que moi — oracle du Seigneur, Dieu de l'univers — je dresse contre vous une nation. Elle vous opprimera depuis l'entrée de Hamath jusqu'au torrent de la Araba.
Commentaire
Si vous voulez, il y a quand même des phrases et des formules, chez Amos, qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Ce n'est pas pour rien que c'est le premier des prophètes, le premier des petits prophètes — petit, ça ne veut pas dire petit par l'autorité, petit, ça veut dire que le livre est court. Mais quand même, Amos, enfin, je veux dire, c'est lui qui invente le genre prophétique. Après, vous aurez les 66 chapitres d'Isaïe, vous aurez les 54 chapitres de Jérémie, mais n'empêche qu'il suffit qu'Amos vous dise en deux phrases :
Malheur à ceux qui aspirent au jour du Seigneur ! Que sera-t-il pour vous, le jour du Seigneur ? Jour de ténèbres et non de lumière.
Tout est dit. Amos, c'est vraiment sous-coté.
Allez, un dernier petit commentaire sur le dernier paragraphe que vous venez d'entendre, parce qu'il était un peu dur à comprendre.
Il en est qui se réjouissent pour Lo-Debar — c'est-à-dire « rien du tout » — et qui disent : « N'est-ce pas par notre force que nous avons conquis Karnaïm ? »
Ici, c'est Amos qui se moque des victoires militaires d'Israël, parce que leurs victoires sont insignifiantes. Il en est qui se réjouissent pour Lo-Debar, c'est-à-dire rien du tout, et en plus qui ont l'orgueil de s'attribuer à eux-mêmes cette victoire, et qui disent : « N'est-ce pas par notre force que nous avons conquis Karnaïm ? »
Amos vous décrit un Dieu qui est à la fois stupéfait devant l'arrogance totalement déplacée des Israélites, qui ne se rendent pas compte que leurs victoires militaires sont totalement insignifiantes en face de ce qui est en train d'arriver — la naissance d'autres grands empires à l'Orient, du côté de l'Euphrate — et qui en plus ont l'arrogance de s'attribuer à eux-mêmes leur victoire, alors qu'en fait, le général en chef des armées, mais c'est Dieu, c'est pas les Israélites. D'où la réponse finale :
Eh bien, maison d'Israël, voici que moi — oracle du Seigneur, Dieu de l'univers — je dresse contre vous une nation.
C'est le général en chef des armées qui démissionne et qui dit : « Très bien, débrouillez-vous, moi, je démissionne, je passe à l'ennemi, advienne que pourra. »
Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, on est en train d'arriver petit à petit à remettre les wagons en place : on peut terminer par une prière. Enfin ! Bon, ceci dit, vous aviez les psaumes avant.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Nous prions, Seigneur, pour que tu ouvres nos yeux à tes avertissements.
Père, combien de fois ai-je attendu ton jour sans vraiment comprendre ce qu'il signifie ? Moi, je me rassure avec mes prières, mes petites habitudes, mes petites bonnes actions. Mais est-ce que je suis prêt à écouter vraiment ce que tu dis, comme Amos qui l'a crié : ton jour, ton jour ne sera pas une lumière facile, ce sera un feu qui révèle tout.
Seigneur, garde-moi de l'illusion d'être en sécurité alors que mon cœur est loin de toi. Trop souvent, j'ai cherché mon confort et ma tranquillité au lieu de chercher la justice et la vérité, et je me suis installé dans une foi tiède.
Seigneur, je te demande de ne pas être de ceux qui se croient en paix alors que le danger est à leur porte. Secoue-moi, réveille-moi, Seigneur.
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