Jour 140 ☼ — Le vrai danger pour un prophète
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 13 du premier livre des Rois, où un homme de Dieu venu de Juda prophétise contre l'autel de Béthel, voit la main de Jéroboam se dessécher puis guérir, avant d'être trompé par un vieux prophète de Béthel qui l'invite à manger et à boire, ce qui lui coûtera la vie. Le commentaire montre que ce chapitre est une « table des matières » du livre des Rois : les personnages n'ont pas de nom, ils sont des stéréotypes. La vraie épreuve d'un prophète n'est pas de résister au roi, mais de résister aux faux prophètes et de ne pas communier à leur religion au nom d'une fausse fraternité. La mort de l'homme de Dieu, dévoré par un lion, préfigure l'exil de Juda, et le tombeau commun des deux prophètes annonce que c'est dans la mort qu'Israël et Juda seront réunis.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Premier livre des Rois, chapitre 13 : une histoire comme on les aime. Vous verrez.
Lecture : 1 Rois 13
Voici qu'un homme de Dieu vint de Juda à Béthel par ordre du Seigneur. Jéroboam se tenait à l'autel et brûlait de l'encens. L'homme interpella l'autel par ordre du Seigneur en ces termes : « Autel, autel, ainsi parle le Seigneur : Voici, un fils va naître pour la maison de David, son nom sera Josias. Sur toi, il offrira en sacrifice les prêtres des lieux sacrés qui, sur toi, brûlent de l'encens. On consumera sur toi des ossements humains. »
Ce jour-là, il annonça qu'il y aurait un signe. Il dit : « Voici le signe montrant que le Seigneur a parlé : l'autel va se fendre et la cendre qui est dessus se répandra. »
Dès que le roi entendit la parole que l'homme de Dieu avait proférée contre l'autel de Béthel, Jéroboam tendit la main de dessus l'autel en disant : « Saisissez-le. » Mais la main qu'il avait tendue contre l'homme sécha, et il ne pouvait plus la ramener à lui. L'autel se fendit, et la cendre se répandit de l'autel, conformément au signe qu'avait donné l'homme de Dieu par ordre du Seigneur.
Prenant alors la parole, le roi dit à l'homme de Dieu : « Apaise, je te prie, le visage du Seigneur ton Dieu. Intercède pour moi, que ma main revienne à moi. » L'homme de Dieu apaisa le visage du Seigneur, et la main du roi revint à lui, et elle fut comme auparavant.
Le roi s'adressa à l'homme de Dieu : « Viens avec moi à la maison pour te restaurer, et je t'offrirai un cadeau. » L'homme de Dieu dit au roi : « Même si tu m'offrais la moitié de ta maison, je n'entrerai pas chez toi. Je ne mangerai pas de pain et ne boirai pas d'eau en ce lieu. Car il m'a été ordonné par la parole du Seigneur : Tu ne mangeras pas de pain, tu ne boiras pas d'eau, et tu ne rentreras pas par le chemin que tu as pris pour venir. » Il prit donc un autre chemin, et ne retourna pas par le chemin qu'il avait pris pour venir à Béthel.
Or, à Béthel demeurait un vieux prophète. Ses fils vinrent lui raconter tout ce qu'avait fait l'homme de Dieu à Béthel ce jour-là. Tout ce qu'il avait dit au roi, ils le racontèrent à leur père. Leur père leur demanda : « Quel chemin a-t-il pris ? » Ses fils lui montrèrent le chemin qu'avait pris l'homme de Dieu venu de Juda. Il dit à ses fils : « Sellez-moi un âne. » Ils lui sellèrent l'âne, et il monta dessus.
Il partit sur les traces de l'homme de Dieu, et le trouva assis sous le térébinthe. Il lui dit : « Es-tu l'homme de Dieu venu de Juda ? » Il répondit : « C'est moi. » Il lui dit alors : « Viens avec moi dans ma maison manger un morceau de pain. » Mais l'autre répondit : « Je ne puis ni retourner avec toi, ni t'accompagner. Je ne mangerai pas de pain et ne boirai pas d'eau avec toi en ce lieu, car il m'a été dit par ordre du Seigneur : Tu ne mangeras pas de pain, tu ne boiras pas d'eau là-bas, tu ne prendras pas au retour le chemin de l'allée. »
Le vieux prophète insista : « Je suis prophète, moi aussi, tout comme toi. Un ange m'a parlé sur l'ordre du Seigneur. Il m'a dit : Ramène-le avec toi dans ta maison, qu'il mange du pain et boive de l'eau. » Mais il lui mentait. L'homme de Dieu revint donc avec lui, mangea du pain dans sa maison et but de l'eau.
Or, tandis qu'ils étaient à table, une parole du Seigneur fut adressée au prophète qui l'avait fait revenir. Il interpella l'homme de Dieu venu de Juda : « Ainsi parle le Seigneur : Puisque tu as bravé l'ordre du Seigneur, que tu n'as pas gardé le commandement du Seigneur ton Dieu, et puisque tu es revenu, que tu as mangé du pain et bu de l'eau en ce lieu dont il t'avait dit : "Ne mange pas de pain et ne bois pas d'eau", ton cadavre n'entrera pas dans le tombeau de tes pères. »
Après qu'il eut mangé du pain et bu de l'eau, le vieux prophète sella son âne pour l'homme de Dieu qu'il avait fait revenir. Celui-ci partit. Son cadavre gisait sur le chemin. L'âne se tenait à côté de lui. Le lion se tenait aussi à côté du cadavre. Voici que des passants virent le cadavre qui gisait sur le chemin, et le lion qui se tenait à côté du cadavre. Ils allèrent en parler dans la ville où habitait le vieux prophète.
Le prophète, qui avait détourné l'homme de Dieu de son chemin, apprit la nouvelle, et il dit : « C'est l'homme de Dieu qui a bravé l'ordre du Seigneur. Le Seigneur l'a livré au lion, qui l'a broyé et l'a tué, conformément à la parole que le Seigneur lui avait dite. » Il dit à ses fils : « Sellez-moi un âne. » Ils le sellèrent. Il partit et trouva le cadavre gisant sur le chemin. L'âne et le lion se tenaient à côté du cadavre. Le lion n'avait pas dévoré le cadavre, ni rompu l'échine de l'âne. Le prophète releva le cadavre de l'homme de Dieu, le disposa sur l'âne, et le ramena. Et le vieux prophète revint à la ville pour le pleurer et l'ensevelir. Il déposa le cadavre dans son propre tombeau, et on le pleura ainsi : « Hélas, mon frère ! »
Après l'avoir enseveli, il dit à ses fils : « Quand je mourrai, vous m'ensevelirez dans le tombeau où est enseveli l'homme de Dieu. À côté de ses ossements, vous déposerez mes ossements. Car elle se réalisera, la parole qu'il a proférée par ordre du Seigneur contre l'autel de Béthel et contre tous les temples des lieux sacrés qui sont dans les villes de Samarie. »
Après ces événements, Jéroboam persévéra dans sa mauvaise conduite. Il continua d'instituer n'importe qui comme prêtre des lieux sacrés. Il donnait l'investiture à tous ceux qui le désiraient, pour en faire des prêtres des lieux sacrés. Tout cela fit tomber dans le péché la maison de Jéroboam, entraîna sa ruine et provoqua sa disparition de la surface de la terre.
Commentaire
C'est quand même curieux : c'est le prophète qui obéit qui, à la fin, se fait avoir par le prophète désobéissant. Et le prophète désobéissant qui dit : « Tiens, c'est dommage, c'était lui le véritable prophète. » Mais maintenant, vous avez l'habitude des chapitres bibliques qui se présentent à vous sous forme d'énigmes.
Ceci dit, avant de rentrer dans le détail, je voudrais quand même signaler que vous voyez la figure du prophète qui prend de l'ampleur. Je rappelle que là, on est dans les prophètes outsiders, pas dans les prophètes institutionnels. On en a vu un premier, Ahias, qui avait déchiré son manteau pour le donner à Jéroboam, mais ça n'avait duré que quelques versets. Là, on en a un deuxième, mais cette fois-ci, on lui donne un chapitre entier. Et au fur et à mesure du livre des Rois, cette figure du prophète outsider va finir par grandir : ça va vous donner les cycles d'Élie et d'Élisée, jusqu'à ce qu'un jour on leur consacre des livres entiers, Amos, Nahum, etc., que précisément nous lisons en parallèle.
Bon, fin de la parenthèse. Revenons maintenant à notre chapitre et à cette histoire curieuse de prophète qui se fait manger par un lion. Chose curieuse, on ne leur donne aucun prénom. Jéroboam est simplement appelé « roi », et l'homme de Dieu, du titre impersonnel d'« homme de Dieu ». Donc ça veut dire qu'on est dans le stéréotype. En fait, ce que ce chapitre va vous montrer, c'est ce qui va se passer avec tous les rois et tous les prophètes. Ce chapitre, c'est une table des matières.
Donc bon, allons-y. Par quoi commence un bon prophète ? Eh bien, un bon prophète, à lire cette histoire, commence par prophétiser contre un autel. D'ailleurs, pas contre un roi.
« Autel, ainsi parle le Seigneur. »
Cet autel, c'était la religion qui était censée cimenter l'unité du peuple au nord. Mais le prophète va le briser pour montrer que cette religion est fragile, inutile et incapable de cimenter l'unité du peuple.
S'ensuit alors le roi qui essaye de mettre la main sur le prophète. Et par là, comprenez tous les rois qui essaieront de persécuter les prophètes. Sauf que voilà, aussitôt qu'il essaye de mettre la main sur le prophète, sa main droite devient desséchée. Et derrière la main du roi, comprenez sa puissance militaire. Et aussitôt, notre roi, comprenant qu'il n'a plus de force, se retourne vers le prophète pour se repentir. Et Dieu guérit cette main droite, symbole de puissance. Voilà la première partie de notre histoire stéréotypique sur ce qu'est un bon prophète.
Et il y a une deuxième partie, cette fois-ci qui se termine moins bien. Notre prophète… un vrai prophète, c'est quoi ? C'est quelqu'un qui arrive à s'opposer au roi. Mais manifestement, ce n'est pas l'épreuve la plus dure. Pourtant, ils auraient de quoi trembler, parce que la prison israélite à cette époque-là, ça n'a rien de très attractif. Non, dans notre histoire stéréotypique, l'épreuve la plus difficile ne vient pas des rois, mais des autres hommes de Dieu.
Un homme de Dieu, c'est un homme qui, après avoir délivré son message au roi, est censé retourner à Juda sans s'arrêter pour boire ni manger. Par là, comprenez que le royaume de Juda, c'est là où il y a le temple de Salomon et la vraie religion. Et s'arrêter pour manger et boire, c'est communier aux autres religions, aux mauvaises religions du royaume du nord. Oui, manger et boire dans la Bible, c'est rarement simplement manger et boire : c'est participer à un sacrifice en le consommant, comme vous quand vous communiez à la messe.
Parce que qui lui propose de manger et de boire ? C'est un homme de Dieu qui demeurait à Béthel. Et Béthel, c'est quoi ? Si jamais vous avez bien suivi, vous savez que Béthel, c'est le sanctuaire où il y a le veau d'or. Donc l'homme de Dieu qui lui propose de manger et de communier, il se présente comme un homme de Dieu, mais il ne le suit pas. C'est ce qu'on appelle un faux prophète. Et je suis sûr qu'en disant ça, je suis en train de vous l'apprendre. Mais ça veut dire que vous non plus, vous n'avez pas été capable de faire la différence entre un vrai prophète et un prophète corrompu. Ah, ça en dit long sur vous ! Rassurez-vous, je me suis fait avoir aussi.
Donc je reprends mon histoire stéréotypique. Le danger, quand on est un homme de Dieu — c'est ce que vous raconte cette histoire —, ce n'est pas de résister au roi, c'est de résister aux faux prophètes et de ne pas copiner avec eux, sous réserve qu'il y ait une sorte de fraternité religieuse qui vous unit, et que la religion du nord, la religion du sud, Yahvé ou le veau d'or, tout ça, tout ça, quoi. Il voit un prophète qui sacrifie au veau d'or, qui l'invite à table, et lui, il dit : « Mais non, j'ai pas le droit. » Et l'autre prophète, il dit : « Si, si, si, t'inquiète pas, moi aussi je viens de Dieu. » Ah bah très bien, même religion, même Dieu, on y va. Bah voilà, quoi. Et là, il y a une leçon pour nous, parce que souvent, nous aussi, on fait des compromis sur notre religion au nom d'une fausse idée de la tolérance et de la fraternité.
Bon, et ce thème d'arriver à faire la différence entre les vrais prophètes et les hommes de Dieu corrompus, on n'a pas fini de le voir dans le livre des Rois — quand je vous dis que c'est un chapitre programmatique. Et ça, ça vous explique la fin. Cet homme de Dieu qui retourne à Juda et qui, en cours de route, se fait manger par un lion — symbole des armées ennemies —, dans un désert, parce que les lions vivent dans les lieux arides : ça vous préfigure l'exil de Juda, à cause des hommes de Dieu qui n'arriveront pas à s'opposer aux faux prophètes.
Et à ce moment-là, d'ailleurs, le faux prophète se réalise que celui qui a été tué, eh bien, c'était un homme de Dieu. Et ce qu'il demande, c'est d'être enterré avec lui. C'est ça : c'est dans la mort qu'Israël et Juda seront réunis. Ah, ça veut dire autre chose maintenant, cette histoire.
Bon, mettez cette histoire dans un coin de votre tête. On en reparlera peut-être à la fin du livre des Rois. Qui sait ? On ne vous a pas dit qu'un jour ces ossements seraient enterrés ailleurs ?
Psaume 99
Acclamez le Seigneur, terre entière. Servez le Seigneur dans l'allégresse. Venez à lui avec des chants de joie.
Reconnaissez que le Seigneur est Dieu. Il nous a faits et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau.
Venez dans sa maison lui rendre grâce. Dans sa demeure, chantez ses louanges. Rendez-lui grâce et bénissez son nom.
Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour. Sa fidélité demeure d'âge en âge.
Psaume 100
Je chanterai justice et bonté. À toi mes hymnes, Seigneur. J'irai par le chemin le plus parfait. Quand viendras-tu jusqu'à moi ?
Je marcherai d'un cœur parfait avec ceux de ma maison. Je n'aurai pas même un regard pour les pratiques démoniaques. Je haïrai l'action du traître, qui n'aura sur moi nulle prise. Loin de moi le cœur tortueux. Le méchant, je ne veux pas le connaître.
Qui dénigre en secret son prochain, je le réduirai au silence. Le regard hautain, le cœur ambitieux, je ne peux les tolérer.
Mes yeux distinguent les hommes sûrs du pays : ils siégeront à mes côtés. Qui se conduira parfaitement, celui-là me servira.
Pas de siège parmi ceux de ma maison pour qui se livre à la fraude. Impossible, à qui profère le mensonge, de tenir sous mon regard. Chaque matin, je réduirai au silence tous les coupables du pays, pour extirper de la ville du Seigneur tous les auteurs de crimes.
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