Jour 139 ☾ — Nahum : la chute de Ninive annoncée
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Résumé : Cent ans après la prédication de Jonas, Ninive est redevenue la capitale d'un empire assyrien d'une violence terrifiante qui a rasé le royaume du Nord et menace Juda. C'est dans ce contexte que surgit Nahum, « consolation », l'un des plus grands poètes de la Bible, qui annonce la destruction de Ninive. Le frère Paul-Adrien situe l'épisode dans l'histoire sainte, souligne les détails prophétiques confirmés par l'archéologie — les soldats vêtus d'écarlate, les portes du fleuve qui s'ouvrent — puis lit les trois chapitres du livre. Le commentaire montre comment Joël et l'Apocalypse de saint Jean puiseront dans cette théophanie terrible et grandiose, avant une prière reprenant le psaume du chapitre 1.
Introduction
Nous étions dans Jonas, qui prêchait aux Ninivites la repentance, et qui s'était repentie. Il faut croire que la repentance n'aura duré qu'un temps, et un temps seulement. Cent ans ont passé, et voilà qu'après la guerre d'Aram, qui avait laissé l'Assyrie exsangue, un chef militaire génial, Tiglath-Phalasar III, a réformé l'Assyrie, qui est redevenue la grande puissance hyper violente.
Du coup, Israël a peur. Israël a peur, mais pas de chance : il mise sur le mauvais cheval. Ils essayent de faire une alliance contre l'Assyrie avec l'Égypte. L'Égypte se fait envahir, et comme Israël est sur le chemin, elle se fait entièrement détruire et déporter. Il n'en est plus rien resté. Ces événements, on les entendra dans le deuxième livre des Rois. Mais c'est pas mal, dès à présent, de vous en avertir. Ce sont des jalons importants, et c'est bien de les voir une ou deux fois, parce que ces événements qu'on connaît moins structurent pourtant l'histoire sainte d'Israël. Il faut bien, à un moment donné, que ça finisse par rentrer dans notre tête. Du coup, la pédagogie étant l'art de la répétition, je vous en parle et je vous en reparle.
Bon, maintenant, retournons à l'Assyrie qui a rasé Israël. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Première campagne de l'Assyrie contre le royaume de Juda, qui ne doit son salut qu'à l'intervention du prophète Isaïe — ça encore, on l'entendra dans le deuxième livre des Rois — qui prie, et Dieu envoie son ange frapper de peste l'armée assyrienne, qui doit lever le camp du jour au lendemain. Mais les Judéens le savent : il y aura une deuxième campagne. Cette fois-ci, ce n'est pas dit qu'il y ait à nouveau un miracle.
Et c'est dans ce contexte-là, alors que l'Assyrie est au sommet de sa gloire, voilà qu'un prophète surgit de nulle part, un prophète dont nous allons entendre le livre aujourd'hui, Nahum, et qui prêche la destruction de Ninive. Nahum, ça veut dire « consolation ». Capharnaüm, la ville où habitera Jésus, ça veut dire « la ville de Nahum », la ville de la consolation. Nahum, c'est un poète, un des plus grands poètes de la Bible, vous allez voir.
Ça commence, verset 2, avec un Dieu jaloux et vengeur. La jalousie, ici, ce n'est pas au sens mesquin, c'est au sens de la passion, de l'exclusivité. C'est d'un Dieu qui veut protéger son peuple parce qu'il aime ; c'est comme ça qu'il est jaloux et vengeur. C'est : « Ne touche pas à ma femme. »
Nous allons donc lire Nahum en entier. Dans le chapitre 1, il va prophétiser la ruine de Ninive. Dans le chapitre 2, il va décrire comment elle va tomber. Et là, c'est assez étonnant, parce qu'il y a pas mal de choses qui ont été confirmées par l'archéologie. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'à la mort du roi Assurbanipal, il y a eu des problèmes de succession anarchiques, et il y a quelqu'un qui en a profité pour se faire sacrer roi sur Babylone : Nabopolassar, qui va s'amasser une armée qu'il va vêtir de rouge, ce qui est la première fois dans l'humanité, le rouge permettant de couvrir le sang, comme ça on ne peut pas deviner les blessures. Et ça, c'est ce que vous entendrez, chapitre 2, verset 4 : « Ces soldats sont vêtus d'écarlate. » Et ça, il n'avait pas pu le deviner.
Ils dressent le siège de Ninive, qui était une ville avec de puissants remparts, qui était absolument imprenable. Et là, vous avez Nahum encore qui prophétise, verset 7 : « Et les portes qui donnent sur le fleuve s'ouvrent, le palais vacille et s'effondre. » On a retrouvé des archives de ce siège par un historien appelé Diodore, qui expliquait qu'il avait tellement plu que le fleuve a débordé et a poussé les murailles, il a créé une brèche. Et c'est à cause du fleuve, qui s'est retourné contre la ville, que les armées babyloniennes ont pu aller à l'intérieur et ont complètement rasé Ninive. Ça fait quand même beaucoup de choses, si vous voulez. Nahum, au niveau de la prophétie, c'est pas mal. L'Assyrie, personne ne l'a vu venir ; l'accoutrement militaire, et même le siège de Ninive, ça aussi, personne ne pouvait le deviner.
Et on va arriver au chapitre 3. Nahum va se moquer de Ninive en dénonçant son avidité, sa cruauté, dans l'espoir que Ninive se repente encore. Et là, vous retrouvez Jonas, vous retrouvez l'universalité de Dieu qui prend soin non seulement de son peuple élu, mais de toutes les nations. Écoutez le dernier verset du livre de Nahum : « Car ta cruauté, sur qui n'est-elle pas passée et repassée ? » La cruauté des Assyriens ! Ils aimaient le sang, ils aimaient empaler leurs ennemis, ils aimaient les écorcher vifs et déporter tout le monde. C'était la terreur de l'Antiquité.
Lecture : Nahum 1-3
Proclamation sur Ninive. Livre de la vision de Nahum, du village d'Elqosh.
Un Dieu jaloux et vengeur, tel est le Seigneur. Il se venge, le Seigneur, il est empli de fureur. Le Seigneur se venge de ses adversaires, lui, il garde rancune à ses ennemis. Le Seigneur est lent à la colère, sa puissance est grande, mais il ne laisse absolument rien d'impuni, lui, le Seigneur.
Dans l'ouragan et la tempête, son chemin ; la nuée et la poussière que soulèvent ses pas. Il menace la mer et la dessèche, il fait tarir tous les fleuves. Le Bashân et le Carmel sont flétris, flétrie la fleur du Liban. Les montagnes tremblent devant lui, les collines chancellent. La terre se soulève devant sa face, le monde et tous ses habitants.
Devant son indignation, qui peut tenir ? Qui peut se dresser devant l'ardeur de sa colère ? Sa fureur se répand comme le feu et les rochers se brisent devant lui.
Le Seigneur est bon, c'est une forteresse au jour de la détresse. Il protège ceux qui se réfugient en lui quand déborde le flot impétueux. Il réduit à néant ceux qui se dressent contre lui, il poursuit ses ennemis jusqu'aux ténèbres.
Quelle idée vous faites-vous du Seigneur ? C'est lui qui réduit à néant Ninive. Vous ne connaîtrez pas une nouvelle détresse. Tels des fourrés d'épines enchevêtrées, tels des liserons entrelacés, tes ennemis seront dévorés comme de la paille bien sèche.
Le voici, loin de toi, celui qui trame le mal contre le Seigneur, l'homme au projet de vaurien.
Ainsi parle le Seigneur : « Si nombreux et si prospères soient-ils, ils seront fauchés et ils disparaîtront. Si je t'ai humilié, désormais je ne t'humilierai plus. Et maintenant, je vais briser le joug qui pèse sur toi et rompre tes chaînes. »
Voici ce que le Seigneur a décrété contre le roi de Ninive : « Nulle descendance ne perpétuera ton nom. De la maison de tes dieux, je supprimerai les idoles, qu'elles soient sculptées ou en métal fondu. Je te prépare un tombeau, car tu es méprisable. »
Voici sur les montagnes les pas du messager qui annonce la paix. Célèbre tes fêtes, ô Juda, accomplis tes vœux, car le mauvais ne recommencera plus à passer sur toi, il a été entièrement anéanti.
Et voici contre toi ceux qui veulent te détruire. Monte la garde aux remparts, surveille la route, ceinture-toi les reins, rassemble toutes tes forces. Le Seigneur revient, avec lui la splendeur de Jacob comme celle d'Israël, alors que les pillards les avaient pillés et avaient ravagé leurs vignobles.
Le bouclier de ces guerriers rougeoie, ces soldats sont vêtus d'écarlate. Les chars flamboient de tout leur acier quand ils montent en ligne, et les coursiers s'agitent. Dans les rues, les chars foncent avec furie, ils se précipitent vers les places. À les voir, on dirait des torches. Comme des éclairs, ils zigzaguent.
On fait appel aux troupes d'élite. Dans leur course, elles trébuchent. Elles se hâtent vers le rempart. On met en place le bouclier de protection. Les portes qui donnent sur le fleuve s'ouvrent. Le palais vacille et s'effondre.
La princesse est déportée, ses servantes sont emmenées. Elles gémissent comme des colombes, elles se frappent la poitrine.
Ninive est comme un réservoir dont les eaux s'échappent. « Arrêtez ! Arrêtez ! » Mais nul ne se retourne. Pillez l'argent ! Pillez l'or ! C'est un trésor inépuisable, une richesse inimaginable d'objets précieux.
Pille ! Saccage ! Ravage ! Le cœur fond, les genoux flageolent, tremblement des reins, tous les visages changent de couleur.
Où est le repaire des lions, l'antre des lionceaux ? La lionne restait là quand partait le lion, et nul n'inquiétait les lionceaux. Pour ses petits, le lion déchirait ; pour ses lionnes, il étranglait. Il remplissait de proies ses tanières et de viande déchirée ses antres.
Et maintenant, je m'adresse à toi, Ninive, oracle du Seigneur : je ferai flamber tes chars et les réduirai en fumée, tes lionceaux, l'épée les dévorera. Je supprimerai de la terre tes rapines, et l'on n'entendra plus la voix de tes messagers.
Malheur à la ville sanguinaire, toute de mensonges, pleine de rapines, et qui ne lâche jamais sa proie.
Écoutez ! Claquement des fouets, fracas des roues, galop des chevaux, roulement des chars, cavalier qui charge, épée qui flamboie, lance qui étincelle, innombrables blessés, accumulation de morts, cadavres à perte de vue. On bute sur les cadavres.
Voilà pour les prostitutions sans nombre de la prostituée, belle et pleine de charme, maîtresse en sortilèges, prenant des nations dans ses filets par ses prostitutions, et des peuples par ses sortilèges.
Maintenant, je m'adresse à toi, oracle du Seigneur de l'univers : je vais relever ta robe jusqu'à ton visage, j'exhiberai ta nudité devant les nations, devant les royaumes, ton infamie. Je vais jeter sur toi des choses horribles, te déshonorer, te donner en spectacle. Tous ceux qui te verront s'enfuiront en disant : « Ninive est dévastée, qui la plaindra ? » Où donc te trouver des consolateurs ?
Vaudrais-tu mieux que la ville de No-Amon, située le long d'une île entourée d'eau, avec pour avant-mur la mer, et la mer encore pour rempart ? L'Éthiopie et l'Égypte étaient sa force, une force sans limite, Pout et les Libyens lui portaient assistance. Or, elle a été condamnée à l'exil, elle est partie en captivité. Ses petits enfants eux-mêmes ont été massacrés à tous les carrefours. Ses notables, on les a tirés au sort, et tous ses grands ont été chargés de chaînes.
Toi aussi, tu seras ivre, complètement hébétée. Toi aussi, tu chercheras un refuge loin de l'ennemi. Tes places fortes sont toutes comme des figuiers chargés de fruits précoces : on les secoue, les figues tombent dans la bouche de qui les mange.
Regarde les troupes qui sont dans tes murs : ce sont de vraies femmelettes. Les portes de ton pays s'ouvrent toutes grandes à l'ennemi. Le feu a dévoré tes verrous.
Puise de l'eau en prévision du siège, consolide tes places fortes. Va dans la boue, foule l'argile, saisis le moule à briques. Là, le feu te dévorera, l'épée te supprimera, comme dévorent les criquets.
Pullule comme les criquets, pullule comme les sauterelles. Tu as multiplié tes marchands plus que les étoiles du ciel. Les criquets déploient leurs ailes, ils s'envolent. Tes gardes sont comme des sauterelles, tes recruteurs comme un essaim d'insectes. Ils campent sur les murs par un jour de froid. Vienne le soleil, ils s'envolent, et nul ne sait où ils se trouvent.
Mais où sont-ils ? Tes bergers sommeillent, ô roi d'Assour, tes capitaines sont endormis. Tes troupes sont dispersées sur les montagnes, et nul ne les rassemble. À ta blessure, pas de remède ; ta plaie est incurable. Tous ceux qui apprennent de tes nouvelles applaudissent des deux mains à ton sujet, car ta cruauté, sur qui n'a-t-elle pas passé et repassé ?
Commentaire
Vous avez entendu la fin de ce chapitre 3. Je vous lis un de mes commentaires à ce sujet.
Une théophanie à la fois terrible et grandiose, à laquelle le prophète Joël empruntera plus tard bien des traits dans son esquisse du jour du jugement, préparant de loin le discours eschatologique de Jésus. L'Apocalypse de saint Jean puisera dans le livre de Nahum beaucoup de détails, en particulier l'évocation de la grande prostituée assise au bord des eaux, prélude de la descente de la Jérusalem céleste, là où se rassembleront tous les fidèles et les élus de Dieu.
Nous terminons avec une prière. C'est toujours compliqué de faire une prière après un livre prophétique, parce que je suis qui, moi, pour faire une prière après Nahum ? D'autant plus que, dans le chapitre 1, c'est un psaume qu'on a l'habitude de prier ; donc je le redis. Il faut imaginer, en le lisant, que c'étaient les Judéens qui ouvraient les yeux écarquillés, sans trop y croire, sur le sort à venir ; mais derrière eux, c'est nous aussi. Quand Dieu prend notre défense, lui qui est un rocher, un défenseur, il est notre salut.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Un Dieu jaloux et vengeur, tel est le Seigneur. Il se venge, le Seigneur, il est rempli de fureur. Le Seigneur est lent à la colère, et sa puissance est grande, mais il ne laisse absolument rien d'impuni, lui, le Seigneur.
Dans l'ouragan et la tempête, son chemin ; la nuée et la poussière que soulèvent ses pas.
Devant son indignation, qui peut tenir ? Qui peut se dresser devant l'ardeur de sa colère ? Sa fureur se répand comme le feu et les rochers se brisent devant lui.
Le Seigneur est bon, c'est une forteresse au jour de la détresse. Il protège ceux qui se réfugient en lui quand déborde le flot impétueux.
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