Jour 139 ☼ — La division d'Israël : drame et idolâtrie
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Résumé : Ce chapitre noue enfin les deux fils que nous suivions en parallèle, le livre des Rois et celui des prophètes. À Sichem, Roboam, fils de Salomon, écoute les jeunes arrivistes plutôt que les anciens et répond au peuple par une insulte grossière : les dix tribus du Nord se séparent et font Jéroboam roi. Pour souder son nouveau royaume, Jéroboam fabrique deux veaux d'or et les installe à Béthel et à Dan. Le frère Paul-Adrien montre que Jéroboam ne croyait sans doute pas apostasier : il choisissait simplement le courant religieux majoritaire chez lui, celui d'Aaron et du veau d'or, que Moïse avait jadis intégré par le haut. La division d'Israël devient alors la malédiction qui poursuivra toute son histoire.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Vous savez que depuis quelque temps nous faisons d'un côté le premier livre des Rois et de l'autre côté le livre des prophètes. Eh bien voici le chapitre où nous nouons les deux : c'est dire son importance.
Merci, au cours de ce chapitre, de ne pas me confondre Roboam et Jéroboam. Roboam, c'est le roi de Juda, le fils de Salomon ; et Jéroboam, c'est le rebelle du Nord que Dieu avait suscité contre Salomon.
Le chapitre va commencer à Sichem. Sichem, c'est l'endroit où Abraham était entré avant d'aller à Béthel pour y construire un autel. Sichem, c'est aussi le lieu où l'on avait enterré les os de Joseph quand on était remonté d'Égypte. C'est encore là où Josué avait convoqué le peuple pour renouer l'Alliance. Donc normalement, à Sichem, c'est un bon présage de commencer là. Sauf que Sichem, c'est aussi le lieu qu'Abimélek avait choisi pour devenir le premier roi d'Israël. Souvenez-vous de la parabole du roncier : les arbres qui veulent un roi, et la vigne ne veut pas, l'olivier ne veut pas, et le roncier qui accepte. Alors Jéroboam, ce sera plutôt un Abimélek ou un Josué ?
Lecture : 1 Rois 12
Roboam se rendit à Sichem. C'est à Sichem, en effet, que tout Israël était venu pour le faire roi. Jéroboam, fils de Nebath, apprit la nouvelle. À cette époque, il était encore en Égypte. Il s'était enfui loin du roi Salomon et depuis, il demeurait en Égypte. On envoya chercher Jéroboam. Et il vint, ainsi que toute l'assemblée d'Israël.
Ils s'adressèrent à Roboam en disant : « Ton père a rendu pénible notre joug. Toi, maintenant, allège la pénible servitude imposée par ton père et le joug pesant qu'il nous a infligé, alors nous te servirons. » Il leur répondit : « Retirez-vous pour trois jours, puis revenez vers moi. » Et le peuple se retira.
Le roi Roboam prit conseil des anciens, ceux qui s'étaient tenus en présence de son père Salomon, de son vivant. Il leur dit : « Quelle réponse conseillez-vous de faire à ce peuple ? » Ils lui dirent alors : « Si tu te fais aujourd'hui le serviteur de ce peuple, si tu te mets à leur service, et si dans ta réponse tu leur adresses des paroles bienveillantes, ils seront tes serviteurs pour toujours. »
Mais il négligea le conseil que lui donnaient les anciens. Il prit conseil des jeunes gens qui avaient grandi avec lui et qui se tenaient en sa présence. Il leur demanda : « Que conseillez-vous ? Quelle réponse allons-nous faire à ce peuple qui m'a parlé en disant : “Allège donc le joug que nous a infligé ton père” ? » Les jeunes gens qui avaient grandi avec lui répondirent : « Voici ce que tu répondras à ce peuple qui t'a parlé en disant : “Ton père a rendu lourd notre joug, mais toi, pour nous, allège-le.” Voilà ce que tu leur diras : “Mon petit doigt est plus fort que les reins de mon père. S'il est vrai que mon père vous a accablés sous un joug pesant, je vais, moi, ajouter encore à votre joug. Mon père vous a corrigés avec des lanières, eh bien moi, je vous corrigerai avec des fouets à pointe de fer.” »
Le troisième jour, Jéroboam revint, ainsi que tout le peuple, auprès de Roboam, conformément à la parole du roi : « Revenez vers moi le troisième jour. » Et le roi répondit durement au peuple, en négligeant le conseil donné par les anciens. Il parla au peuple en suivant le conseil des jeunes gens : « Mon père a rendu lourd votre joug, je vais, moi, ajouter encore à votre joug. Mon père vous a corrigés avec des lanières, eh bien moi, je vous corrigerai avec des fouets à pointe de fer. » Le roi n'écouta pas le peuple. En effet, la tournure que prenaient les choses venait du Seigneur, pour que s'accomplisse la parole que le Seigneur avait dite par l'intermédiaire d'Ahiya de Silo à Jéroboam, fils de Nebath.
Tout Israël vit que le roi ne les avait pas écoutés. Le peuple rétorqua au roi : « Quelle part avons-nous chez David ? Pas d'héritage chez le fils de Jessé ! À tes tentes, Israël ! Maintenant, David, pourvois donc à ta maison ! » Et Israël s'en alla dans ses tentes. Quant aux fils d'Israël qui demeuraient dans les villes de Juda, Roboam régna sur eux.
Le roi Roboam envoya Adoram, le chef de la corvée. Mais tout Israël le lapida et il mourut. Et le roi Roboam se vit contraint de monter sur un char pour s'enfuir à Jérusalem. Les dix tribus d'Israël rejetèrent la maison de David. Et cette situation dure encore aujourd'hui, où ceci est écrit.
Dès que tout Israël apprit que Jéroboam était revenu, on l'envoya chercher pour qu'il vienne à la réunion du peuple, et on le fit roi sur tout Israël. Il ne restait pour suivre la maison de David que la seule tribu de Juda.
Roboam arriva à Jérusalem. Il rassembla toute la maison de Juda et la tribu de Benjamin, cent quatre-vingt mille guerriers d'élite, pour combattre la maison d'Israël afin de rendre la royauté à Roboam, fils de Salomon. Alors la parole de Dieu fut adressée à Shemaya, homme de Dieu : « Parle à Roboam, fils de Salomon, roi de Juda, à toute la maison de Juda et de Benjamin et au reste du peuple. Ainsi parle le Seigneur : Ne montez pas, ne faites pas la guerre à vos frères, les fils d'Israël. Retournez chacun chez soi, car c'est moi qui suis à l'origine de cette affaire. » Alors ils écoutèrent la parole du Seigneur et ils s'en retournèrent, selon la parole du Seigneur.
Jéroboam fortifia Sichem dans la montagne d'Éphraïm et s'y établit. Puis il en sortit et fortifia Penouël. Jéroboam se dit : « Maintenant, le royaume risque fort de se rallier de nouveau à la maison de David. Si le peuple continue de monter à Jérusalem pour offrir des sacrifices dans la maison du Seigneur, le cœur de ce peuple reviendra vers son souverain, Roboam, roi de Juda, et l'on me tuera. »
Après avoir tenu conseil, Jéroboam fit fabriquer deux veaux en or, et il déclara au peuple : « Voilà trop longtemps que vous montez à Jérusalem. Israël, voici tes dieux qui t'ont fait monter du pays d'Égypte. » Et il plaça l'un des veaux à Béthel, l'autre à Dan. Ce fut un grand péché. Le peuple conduisit en procession celui qui allait à Dan.
Jéroboam y établit un temple à la manière des lieux sacrés. Il y institua des prêtres pris n'importe où et qui n'étaient pas des descendants de Lévi. Jéroboam célébra la fête le quinzième jour du huitième mois, fête pareille à celle que l'on célébrait en Juda, et il monta à l'autel. Il fit de même à Béthel, en offrant des sacrifices aux veaux qu'il avait fabriqués. Il établit à Béthel les prêtres des lieux sacrés qu'il avait institués. Il monta à l'autel qu'il avait édifié à Béthel, le quinze du huitième mois, date qu'il avait de lui-même fixée. Il organisa une fête pour les fils d'Israël, et il monta à l'autel pour brûler de l'encens.
Commentaire
Jéroboam — j'espère que tout le monde a suivi — Jéroboam, c'est le rebelle du Nord que Dieu avait suscité contre Salomon, et il avait été obligé de s'enfuir en Égypte pour rester en sécurité. Sauf que maintenant, Salomon est mort, et Jéroboam se dit : peut-être que le fils est différent, ça vaut le coup de retenter sa chance. La demande qu'il fait est pleine de bon sens, et n'est pas sans rappeler la demande que Moïse avait faite jadis à Pharaon pour demander d'alléger la corvée.
Oui, mais Roboam, le roi de Juda, comment dire… il a quarante et un ans, et il demande conseil à des jeunes gens, qui devaient probablement avoir son âge, mais c'est la nouvelle génération, arriviste et arrogante, soucieuse de montrer que la place leur appartient.
Alors, la réponse de Roboam, ça va être compliqué d'en parler sans être vulgaire. Quand Roboam dit :
Mon petit doigt est plus fort que les reins de mon père.
en hébreu, « mon petit doigt », ça peut signifier autre chose — je vous laisse deviner quoi. Et « les reins de mon père », ça veut dire ses fesses. Allez, je vais essayer de vous le redire avec mes mots à moi : « Mon père, Salomon, avait posé ses reins sur votre tête ; eh bien moi, je vais y poser mon petit doigt, et ça va être encore plus douloureux. » La classe. La grande, grande classe, Roboam.
On comprend que Jéroboam, le rebelle du Nord, le prenne plutôt mal. Et ce qui devait arriver arriva : les Israélites se scindent en deux. La partie au Nord, Israël ; la partie au Sud, Juda. Et ça, c'est le drame qui va poursuivre comme une malédiction toute l'histoire d'Israël. Parce que non seulement ça rompt l'unité du peuple — et c'est quand même pour cette unité que Jésus va mourir : « qu'ils soient un comme nous sommes un, Père, toi en moi et moi en toi » — et puis, deuxième chose quand même, c'est que face aux empires naissants, les Israélites maintenant seront impuissants : ils seront trop faibles, divisés qu'ils sont.
En tout cas, on continue de faire des liens entre le livre des Rois et le livre des prophètes. On a vu les prophètes arriver, on voit maintenant la division Nord-Sud arriver, et voilà encore un autre lien. Jéroboam, qui prend en main le royaume du Nord, se dit, en bon sociologue des religions qu'il est, qu'avoir une religion nationale, ce serait peut-être quand même une bonne idée pour cimenter le peuple nouvellement créé. Et quitte à manipuler la religion, autant bien le faire. Il construit deux sanctuaires, un au Nord, un au Sud, Dan et Béthel, dans lesquels il met des veaux. D'or.
Et c'est là où vous pouvez me remercier de vous avoir mis Osée et Amos, parce que sinon, ce veau d'or, vous l'auriez oublié, ça aurait été juste un verset. Mais maintenant, après avoir entendu et réentendu toutes les récriminations des prophètes, vous comprenez le poids que ces autels païens vont faire peser.
Il est probable que Jéroboam n'ait même pas eu l'impression d'apostasier. Probablement, la religion juive possédait deux courants : un courant orthodoxe, qui se réclamait davantage de Moïse, de l'Alliance et des dix commandements, et un autre courant hérétique, qui se réclamait d'une tradition idolâtrique, celle d'Aaron et du veau d'or. Et oui : il n'est pas impossible qu'il y ait eu dans le peuple israélite tout un courant qui vénérait Yahvé sous forme d'un veau d'or, symbole de puissance, et qui imaginait le culte de Yahvé comme un culte cananéen — et que, de la même manière que les Cananéens avaient une statue, pourquoi est-ce que Yahvé n'aurait pas le droit d'avoir une statue ? Et quitte à la faire, autant bien la faire : on va prendre le symbole commun de la puissance. Pour énormément d'Israélites, c'est ce que je vous disais, Yahvé, c'était un dieu cananéen comme les autres.
Le coup de génie de Moïse, c'est d'avoir réussi, au mont Sinaï, à intégrer ce courant idolâtrique dans la religion, mais de l'intégrer par le haut. Et on avait donné une place d'honneur, sacrificielle, à cette tradition aaronique — ça ne veut pas dire que les sacrifices sont païens, mais c'était une manière de réconcilier les sensibilités religieuses du peuple dans un système religieux unifié.
Et voilà que c'est à ce courant idolâtrique, mais qui avait toujours été présent dans le peuple, que Jéroboam décide d'identifier le royaume du Nord. Parce qu'il ne faut pas imaginer que Jéroboam se soit dit : « Je vais construire un sanctuaire païen. » Il s'est dit : « Il y a deux courants religieux tout autant légitimes l'un que l'autre au sein de ma propre religion, je vais choisir celui qui est majoritaire dans mon pays », et hop, le tour est joué. Et vous savez, les guerres de religion au temps du protestantisme et du catholicisme, c'est exactement ça qui s'est passé : cujus regio, ejus religio.
Et ça vous donne encore un lien avec le livre des prophètes qu'on lit en parallèle. Quand on vous disait que les Israélites n'étaient même plus capables de faire la différence entre la véritable religion, qui venait de Moïse, révélée sur le mont Sinaï, et les religions cananéennes à coups d'idolâtrie et de statues — eh bien, nous y sommes.
Juste avant de terminer mon commentaire, quand même, une petite phrase : toute proportion gardée, cette partition en deux des Israélites n'est pas sans rappeler la division de l'Église. Et pour ceux qui auraient la tentation de voir derrière la religion du Nord, idolâtrique, ou les catholiques, ou les orthodoxes, ou les protestants, laissez-moi vous dire que la religion du Sud, dans le pays de Juda, n'ira pas beaucoup mieux.
Psaume 98
Le Seigneur est roi, les peuples s'agitent. Il trône au-dessus des Kéroubim, la terre tremble. En Sion, le Seigneur est grand, c'est lui qui domine tous les peuples.
Qu'ils proclament ton nom, grand et redoutable, car il est saint. Il est fort, le roi qui aime la justice. C'est toi l'auteur du droit, toi qui assures en Jacob la justice et la droiture.
Exaltez le Seigneur notre Dieu, prosternez-vous aux pieds de son trône, car il est saint.
Moïse et le prêtre Aaron, Samuel le suppliant, tous ils suppliaient le Seigneur, et lui leur répondait. Dans la colonne de nuée, il leur parlait, ils ont gardé ses volontés, les lois qu'il leur donna.
Seigneur notre Dieu, tu leur as répondu. Avec eux, tu restais un Dieu patient, mais tu les punissais pour leurs fautes.
Exaltez le Seigneur notre Dieu, prosternez-vous devant sa sainte montagne, car il est saint, le Seigneur notre Dieu.
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