Jour 144 ☼ — Élie surgit : le feu de Dieu commence
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Résumé : Après l'anarchie du royaume du Nord, Dieu envoie Élie le Tishbite, qui fait irruption sans présentation pour annoncer au roi Acab une sécheresse de plusieurs années. Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 17 du premier livre des Rois : la fuite au torrent de Kérit, les corbeaux nourriciers, la veuve de Sarepta et la résurrection de son fils. Le commentaire souligne le changement de rythme narratif, l'entrée in media res d'Élie, l'ironie des corbeaux impurs signes de providence et de jugement, et la préfiguration évangélique de ces miracles de nourriture et de vie. La fine pointe du chapitre : l'affrontement entre Yahvé et Baal, mené en plein territoire phénicien, et la foi d'une païenne plus grande que celle d'Israël.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous avons vu l'état d'anarchie profond du royaume du Nord et je vous avais dit que Dieu n'allait pas rester longtemps ainsi, qu'il leur réservait un chien de sa chienne. Eh bien, le chien de sa chienne, il porte un nom : il s'appelle Élie. Nouvelle série dans le livre des Rois, le cycle d'Élie le Tishbite.
J'en profite pour faire ma petite pub, pour vous dire : à votre bon cœur, Monsieur-Dame, c'est l'instant denier du culte. Ce podcast vous plaît ? Il y a des nouvelles pour suivre. Franchement et honnêtement, un podcast comme ça, vous pouvez quand même vous dire qu'à peu près tous les mois, c'est l'équivalent d'un livre que vous avez lu, un livre de commentaires. Bon, je dis ça, je dis rien, mais je pense que ça, on peut le dire, ça me paraît honnête. Donc voilà, il est gratuit parce que la vie est belle, que je vous aime et que j'aime Dieu. Mais si vous voulez nous aider, moi, je ne dis pas non. Le lien est en bas. Merci.
Allez, maintenant, Premier livre des Rois, chapitre 17, d'Élie le Tishbite, le chien de la chienne de Dieu. Je pense que ça lui va très bien comme surnom.
Lecture : 1 Rois 17
Le prophète Élie, de Tishbé en Galaad, dit au roi Acab : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d'Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n'y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j'en donne l'ordre. »
La parole du Seigneur lui fut adressée : « Va-t'en d'ici, dirige-toi vers l'est et cache-toi près du torrent de Kérit, qui se jette dans le Jourdain. Tu boiras au torrent, et j'ordonne aux corbeaux de t'apporter ta nourriture. »
Le prophète fit ce que le Seigneur lui avait dit et alla s'établir près du torrent de Kérit, qui se jette dans le Jourdain. Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, matin et soir, et le prophète buvait au torrent.
Au bout d'un certain temps, il ne tombait plus une goutte de pluie dans tout le pays, et le torrent où buvait le prophète finit par être à sec.
Alors la parole du Seigneur lui fut adressée : « Lève-toi, va à Sarepta, dans le pays de Sidon, tu y habiteras. Il y a là une veuve que j'ai chargée de te nourrir. »
Le prophète Élie partit pour Sarepta et il parvint à l'entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois. Il l'appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d'eau pour que je boive ? » Elle allait en puiser quand il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu, je n'ai pas de pain. J'ai seulement dans une jarre une poignée de farine et un peu d'huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Il lui dit alors : « N'aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d'abord, cuis-moi une petite galette et apporte-la moi. Et ensuite, tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra, jusqu'au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
La femme alla faire ce qu'Élie lui avait demandé, et pendant longtemps le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s'épuisa pas, et le vase d'huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l'avait annoncé par l'intermédiaire d'Élie.
Après cela, le fils de la femme chez qui habitait Élie tomba malade. Le mal fut si violent que l'enfant expira. Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! »
Élie répondit : « Donne-moi ton fils. » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre, en haut de la maison, et l'étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu'à faire mourir son fils ? »
Par trois fois il s'étendit sur l'enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur mon Dieu, je t'en supplie, rends la vie à cet enfant ! »
Le Seigneur entendit la prière d'Élie. Le souffle de l'enfant revint en lui : il était vivant. Élie prit alors l'enfant dans sa chambre, il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant. » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que dans ta bouche la parole du Seigneur est véridique. »
Commentaire
J'espère que vous avez noté le changement de rythme. Au début du récit, avec Salomon, on avait pris le temps de contempler la gloire. Et ensuite, la roue de l'action s'était emballée, on n'arrivait même plus à suivre les événements. Et voilà qu'à nouveau, tout d'un coup, pouf ! Arrêt sur image, sur une histoire en particulier : Élie le Tishbite.
Le Tishbite, c'est une ville, c'est au nord, c'est en Galaad. Élie, qui vient de nulle part, qui surgit. On ne sait même pas comment est-ce qu'il est devenu prophète. On appelle ça une entrée in media res : en plein cœur de l'action, sans aucune justification. C'est quand même une maîtrise assez géniale du rythme narratif : on n'a pas le temps de s'ennuyer. Ça, ça vous indique tout de suite qu'avec Élie, vous n'allez pas être du côté d'un grand intellectuel. Élie, c'est un homme de l'action, c'est un aventurier. Et puis son entrée brutale, ça permet de souligner le fait que l'opposition entre le roi et le prophète, entre Dieu et Baal, existe déjà. Elle n'a même plus besoin d'être introduite.
Bref, Élie vient de nulle part, avec un ordre venu de nulle part, pour dire à un roi qu'il y aura la famine. Et tout de suite après, il est obligé de s'enfuir au désert pour fuir une persécution dont on ignorait qu'elle existât. Ça ne vous rappelle pas l'histoire qu'on avait eue il y a quelques chapitres entre un homme de Dieu et Jéroboam ? Vous savez, celui qui s'était fait manger par le lion. Ça, c'est la même histoire : les prophéties contre l'autel, la persécution contre les rois, la confrontation avec les faux prophètes. Sauf que pour le coup, ce n'est pas le lion qui va bouffer Élie, c'est Élie qui va bouffer le lion. Enfin, je vous préviens tout de suite.
Donc, Élie qui retourne au désert, le lieu où la nation juive avait pris corps, l'alliance avec Dieu. Qui est nourri par des corbeaux, symbole de la providence. Mais symbole ironique. Allez, petite parenthèse sur les corbeaux : les corbeaux sont un animal impur. Dieu est capable de subvenir à vos besoins de manière surprenante, et pas toujours de la manière dont on s'y attendrait. On les retrouvera, ces corbeaux, dans quelques chapitres, dans 1 Rois chapitre 21 : Élie annoncera que les corbeaux dévoreront le cadavre des descendants d'Acab. Les corbeaux, animal impur qui symbolise à la fois la providence de Dieu et son jugement. Étonnant, non ?
Ce que ces corbeaux soulignent aussi, c'est que l'affrontement entre Élie et Acab dépasse le plan humain. C'est toute la création qui participe à cet affrontement. Et derrière les corbeaux, messagers ailés, il y a tout un ordre surnaturel aussi, des puissances angéliques. Cette dimension surnaturelle va devenir de plus en plus accentuée. Vous le voyez avec les miracles que Dieu fait avec cette païenne.
D'ailleurs, ça aussi, ça mérite d'être dit : Élie qui arrive en territoire païen. Ce qui vous rappelle, Jonas, qu'ultimement les prophètes doivent avoir pour horizon la prédication évangélique universelle. Et là, on y est, ce qui est assez paradoxal, parce que s'il y a bien un prophète chauvin et patriote, c'est Élie. Oui, mais derrière Élie, il y a peut-être déjà quelque chose de la puissance de Jésus à l'œuvre.
D'ailleurs, regardez son miracle avec la nourriture : il est capable de faire en sorte qu'une jarre de farine ne s'épuise pas. On qualifiera Élie de prophète eucharistique parce que dans beaucoup de ses miracles, il est question de nourriture, ce qui évidemment vous amène à Jésus. Et puis, deuxième miracle, Élie qui s'étend sur le corps d'un enfant sans vie, qui lui redonne la vie : c'est le premier miracle dans la Bible tout court d'un récit de résurrection. Si derrière il n'y a pas encore l'ombre et la puissance de Jésus, on ne sait pas où on va la trouver.
D'ailleurs, toujours pour continuer : normalement, un cadavre, c'est quelque chose qui vous rend impur. Donc en s'étendant sur le cadavre, le prophète devient impur. Et voilà que, par une contagion inversée, ce n'est pas lui qui devient impur, c'est le cadavre qui retrouve la vie. Et donc, là encore, que ce soit avec les corbeaux ou avec ce cadavre d'un enfant qui retrouve la vie, vous retrouvez les enseignements de Jésus qui bouleversent l'ordre établi entre le pur et l'impur.
Donc, Élie, c'est quand même du lourd. Derrière, ça fait beaucoup de points communs avec l'Évangile : l'universalisme de la prédication en territoire païen, les corbeaux qui amènent du pain — Jésus parlera plus tard du pain descendu du ciel, la manne du désert —, les miracles sur la nourriture, les miracles de résurrection, l'enseignement sur le pur et l'impur. C'est une sorte de petit évangile avant la lettre. Sauf que chez Élie, il y a un caractère de feu, il n'y a pas encore la douceur évangélique. Ce n'est pas le sommet de la révélation, Élie, mais on commence à s'en approcher.
Alors, pour l'instant, ce que je vous dis là — mais ça vous montre la richesse du récit —, ce sont quelques anecdotes glanées au fil du récit. Maintenant, essayez de me trouver la fine pointe de ce chapitre. Est-ce que vous l'avez ? La fine pointe de ce chapitre, c'est l'affrontement entre Yahvé et Baal.
Sarepta, vous ne le savez peut-être pas, mais Sarepta, c'est le territoire d'où vient Jézabel, la reine qui s'est mariée avec Acab : territoire phénicien où Baal est adoré. Donc là, c'est Élie qui va provoquer sur le territoire même de Baal, ce dieu païen, pour montrer son impuissance. Baal, dieu de la puissance ; Baal, dieu de la pluie, qui est incapable de faire cesser la famine ; Baal, dieu de la fertilité, qui est incapable de donner à manger à une veuve. Et Élie, qui ressuscite en territoire païen le fils d'une veuve : c'est Dieu qui se moque non seulement de Baal, mais d'un autre dieu qu'on appelle Mot, un dieu cananéen qui est le dieu des morts.
Mais, ironie cruelle, là encore et redoublée : Dieu ne se moque pas seulement de Baal, il se moque aussi des Israélites. Il vous montre une veuve païenne, une adoratrice de Baal, qui est en fait une plus grande croyante que les Israélites. Enfin, une mère de famille qui perd un enfant, ce n'est pas comme si c'était la première fois qu'on en voyait dans le livre des Rois. On l'a entendu il y a quelques chapitres à peine, avec Ahias le prophète qui prédisait la mort du fils de Jéroboam. On a vu comment l'Israélite, résignée, n'avait même pas demandé à ce que son enfant vive. Et là, on voit une femme païenne qui se bat devant un prophète pour que son enfant vive, et à qui Dieu donne raison. Les femmes se suivent et ne se ressemblent pas.
Bref, pour une entrée en matière, ça, c'est de l'entrée en matière. Et ce n'est que le début.
Psaume 103b
Tu donnes, eux, ils ramassent : tu ouvres la main, ils sont comblés.
Tu caches ton visage, ils s'épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à la poussière.
Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.
Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! Il regarde la terre, elle tremble ; il touche les montagnes, elles brûlent.
Je veux chanter au Seigneur tant que je vis, je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure. Que mon poème lui soit agréable : moi, je me réjouis dans le Seigneur.
Que les pécheurs disparaissent de la terre, que les impies n'existent plus ! Bénis le Seigneur, ô mon âme !
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