Jour 143 ☾ — Joël : catastrophe et promesse de vie !
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Résumé : Nous entrons dans le livre de Joël, dont le point de départ n'est ni une coalition ni un empire, mais une catastrophe naturelle : un fléau de sauterelles qui met tout un pays à genoux. Le frère Paul-Adrien explique pourquoi Joël lit ce fléau comme un envoi de Dieu — méthodique, ordonné, destiné à attirer l'attention des fermiers, des prêtres et du roi — et comment ces sauterelles deviennent le tremplin d'une vision cosmique : le jour du Seigneur, genre littéraire que Joël invente et que reprendront Isaïe, Jésus et l'Apocalypse. Après avoir effrayé tout le monde, Dieu ouvre brusquement une porte de sortie : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements », suivie d'une promesse de restauration et de fécondité. L'épisode se termine par le discours eschatologique de l'Évangile et l'appel « Maranatha, viens Seigneur Jésus ».
Introduction
Nous commençons aujourd'hui un nouveau livre prophétique : Joël. Joël ne prend pas comme point de départ une coalition internationale, ou une guerre, ou un grand empire assyrien ou babylonien. Non, le point de départ de Joël est une catastrophe naturelle, un fléau de sauterelles.
Les fléaux de sauterelles, ça existe et c'est dramatique. En 2013, par exemple, à Madagascar, vous avez eu 100 milliards de sauterelles qui ont absolument tout ravagé. Et vous mettez un pays entier à genoux en une journée. Mais il n'y a plus rien après. Et probablement qu'en Juda il y en a eu un, et c'est à partir de cet événement-là que Joël a prophétisé le jour du Seigneur.
Alors, je dois quand même dire que certains exégètes — d'ailleurs la majorité — mettent généralement Joël après l'exil. J'ai choisi de suivre pour une fois la version minoritaire et de le mettre avant l'exil. Et je vous le mets là, juste après Michée. Michée, c'était présenté contre Juda : un premier niveau d'avertissement, mais duquel on pouvait se repentir. Là, avec Joël, toujours contre Juda, on passe à un autre niveau. Avec ce fléau de sauterelles et le jour du Seigneur qui arrive, c'est Dieu qui promet une catastrophe, mais de grandeur internationale. Le fameux jour du Seigneur, Yom Yahvé, qui est quelque chose d'absolument… attendez quelques instants, vous allez l'écouter.
Ce sera le passage du chapitre 1, le fléau de sauterelles, et du chapitre 2, le jour du Seigneur. Vous allez commencer par le chapitre 1, avec ces sauterelles. Vous savez, dans l'histoire de l'humanité, ce ne sera pas la première fois qu'une catastrophe naturelle est interprétée comme un fléau divin. Vous pouvez, par exemple, penser à la crise du Covid.
Là, ce qui est intéressant, c'est que le texte vous donne certains critères. Pourquoi est-ce qu'il est évident que c'est Dieu qui a envoyé les sauterelles ? Déjà, parce que ça s'est déjà vu dans la Bible. Souvenez-vous des dix plaies d'Égypte, et puis souvenez-vous des fléaux dans le livre du Deutéronome : Dieu a prévenu que si jamais le peuple ne suivait pas ses commandements, il enverrait des fléaux type les sauterelles.
Mais ici, en plus, vous regarderez comment Joël présente ses sauterelles. Les sauterelles sont présentées ici comme un fléau ordonné. Les sauterelles ne viennent pas par hasard : elles arrivent par vagues successives et elles détruisent méthodiquement toute la nourriture. On a l'impression qu'il y a quelqu'un derrière, il y a une logique. En fait, Joël le présente comme étant le moyen que Dieu a utilisé pour attirer l'attention de tout le monde. Il attire l'attention des fermiers, qui n'ont plus rien à vendre. Il attire l'attention des prêtres, qui n'ont plus rien à offrir. Il attire l'attention du roi, qui ne peut plus lever d'impôts. Le pays est à genoux.
Et c'est à partir de ce fléau de sauterelles — « ce que le criquet a laissé, la sauterelle l'a dévoré ; ce que la sauterelle a laissé, la chenille l'a dévoré », Joël chapitre 1, verset 4 — qu'on va passer au jour du Seigneur. Les sauterelles, c'est le tremplin à partir duquel Joël parle du jour du Seigneur. Et ces sauterelles deviennent une armée implacable : « Comme l'aurore, un peuple nombreux et puissant s'avance. Il n'en a jamais existé et après lui, il n'en existera jamais plus. » Cette armée est tellement puissante, tellement implacable, tellement méthodique, que c'est comme les sauterelles : ce n'est pas possible qu'elle soit purement humaine. Il y a quelque chose d'autre derrière, qui la guide.
Vous allez voir, ça va même prendre des dimensions cosmiques, cette affaire. Citation de Joël : le soleil et la lune qui s'obscurcissent, les étoiles qui perdent leur clarté. Ce qui engage Juda engage la terre entière, et même engage — le mot n'est pas dit, mais engage déjà — les armées célestes.
Donc là, vous avez Joël qui est tellement génial qu'il invente carrément un genre littéraire. Il va être repris par Isaïe, il va être cité par Jésus, et même dans le livre de l'Apocalypse ses sauterelles vont devenir un fléau divin. Ce sera repris dans l'Apocalypse chapitre 9 : des sauterelles qui ont des dents de lion, des cuirasses de fer, justement comme des chars de guerre, et qui sont dirigées par un ange appelé Abaddon.
Et puis, brusquement, fin du chapitre, une fois que Joël a bien effrayé tout le monde, il va vous présenter Dieu qui tout d'un coup vous ouvre une porte de sortie, dans l'espoir que vous vous mettiez à courir pour la prendre. C'est comme si c'était Dieu qui, à la place de vous dire « Courage, fuyons ! », vous disait « Courage, repentez-vous ! »
Lecture : Joël 1-2
Parole du Seigneur adressée à Joël, fils de Pétouël.
Écoutez ceci, les anciens. Prêtez l'oreille, tous les habitants du pays. Cela s'est-il passé de votre temps, ou même du temps de vos pères ? Cela, racontez-le à vos fils, et vos fils à leurs fils, et leurs fils à la génération qui suivra.
Ce que laisse la chenille, la sauterelle le dévore. Ce que laisse la sauterelle, le criquet le dévore. Et ce que laisse le criquet, le grillon le dévore.
Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez. Tous les buveurs, lamentez-vous sur le vin nouveau, car il s'est retiré de votre bouche.
Oui, une nation est montée contre mon pays. Elle est puissante et innombrable. Ses dents sont les dents d'un lion, elle a les mâchoires d'une lionne. Elle a fait de ma vigne un désert. Mon figuier, elle l'a réduit en pièces. Elle l'a écorcé, abattu. Ses rameaux ont blanchi.
Soupire comme une vierge vêtue de toile à sac, pleurant l'époux de sa jeunesse. On a retiré offrandes et libations de la maison du Seigneur. Ils sont en deuil, les prêtres au service du Seigneur.
Les champs sont ravagés, la terre est en deuil. Le froment est ravagé, le vin nouveau fait défaut, l'huile fraîche est tarie. Soyez consternés, laboureurs ! Vignerons, lamentez-vous ! À cause du blé et de l'orge, car elle est perdue, la moisson des champs.
La vigne a séché, le figuier est flétri. Le grenadier, comme le dattier et le pommier, tous les arbres des champs ont séché. Et la joie a disparu de chez les hommes.
Prêtres, mettez un vêtement de deuil et pleurez. Serviteurs de l'autel, faites entendre des lamentations. Venez, serviteurs de mon Dieu, passez la nuit vêtus de toile à sac, car la maison de votre Dieu ne reçoit plus ni offrande ni libation.
Prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle. Réunissez les anciens et tous les habitants du pays dans la maison du Seigneur votre Dieu. Criez vers le Seigneur : « Ah, jour de malheur ! » Le jour du Seigneur est proche. Il vient du Puissant, comme un fléau.
N'est-ce pas sous nos yeux que la nourriture est retirée, que la joie et la jubilation s'éloignent de la maison du Seigneur ? Les graines se dessèchent dans la terre. Les silos sont en ruine, les greniers démolis, le froment asséché. Comme il gémit, le bétail ! Les troupeaux de bœufs sont inquiets, car ils n'ont plus de pâture. Même les troupeaux de brebis sont touchés.
Vers toi, Seigneur, je crie, car un feu dévore les pâturages du désert et une flamme consume tous les arbres des champs. Les bêtes sauvages soupirent aussi vers toi, car les cours d'eau sont à sec et un feu dévore les pâturages du désert.
Sonnez du cor dans Sion. Faites retentir la clameur sur ma montagne sainte. Qu'ils tremblent tous les habitants du pays, car voici venir le jour du Seigneur. Il est tout proche.
Jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuages et de sombres nuées. Et, comme la nuit qui envahit les montagnes, voici un peuple nombreux et fort. Il n'y en a jamais eu de pareil, et il n'y en aura plus dans les générations à venir.
Devant lui, un feu dévore. Derrière lui, une flamme consume. Devant lui, le pays comme un jardin d'Éden. Derrière lui, un désert désolé. Il n'y a rien qui lui échappe.
Son aspect est l'aspect des chevaux. Comme des coursiers, il s'élance. C'est comme le bruit des chars bondissant au sommet des montagnes, comme le bruit des flammes, un feu qui dévore le chaume, comme un peuple puissant rangé en bataille.
Devant lui frémissent des peuples, tous les visages ont perdu leur éclat. Comme des braves, ils courent. Tels des guerriers, ils escaladent le rempart. Chacun va son chemin, ils ne quittent pas leur voie. Ils ne se bousculent pas l'un l'autre, chaque homme va sa route. Ils foncent à travers les projectiles sans rompre les rangs. Ils se ruent dans la ville, ils courent sur le rempart, ils escaladent les maisons, ils pénètrent par les fenêtres comme des voleurs.
Devant lui, la terre tremble, le ciel est ébranlé. Le soleil et la lune se sont obscurcis et les étoiles ont retiré leur clarté. Le Seigneur a donné de la voix devant son armée. Ils sont nombreux, ces bataillons. Il est puissant, l'exécuteur de sa parole. Il est grand, le jour du Seigneur, et très redoutable. Qui peut l'affronter ?
Et maintenant — oracle du Seigneur — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment et laisser derrière lui sa bénédiction. Alors vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu.
Sonnez du cor dans Sion. Prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle. Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte. Rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons. Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre. Entre le portail et l'autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! N'expose pas ceux qui t'appartiennent à l'insulte et aux moqueries des païens. Faudra-t-il qu'on dise : où donc est leur Dieu ? »
Et le Seigneur s'est ému en faveur de son pays. Il a eu pitié de son peuple. Le Seigneur a répondu à son peuple en disant : « Voici que je vous envoie le froment, le vin nouveau et l'huile fraîche. Vous en serez rassasiés. Jamais plus je ne ferai de vous l'opprobre des nations. Celui qui vient du nord, je l'éloignerai de chez vous. Je le chasserai vers un pays aride et désolé, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Et sa puanteur s'élèvera, son infection s'élèvera. Oui, il a fait de grandes choses. »
Ô terre, ne crains plus. Exulte et réjouis-toi, car le Seigneur a fait de grandes choses. Ne craignez plus, bêtes des champs. Les pâturages du désert ont reverdi, les arbres ont produit leurs fruits, la vigne et le figuier ont donné leurs richesses.
Fils de Sion, exultez. Réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, car il vous a donné la pluie avec générosité. Il a fait tomber pour vous les averses, celles de l'automne et celles du printemps, dès qu'il le fallait. Les granges seront pleines de blé, les cuves déborderont de vin nouveau et d'huile fraîche.
« Je vous rétribuerai pour les années dévorées par la sauterelle, par le criquet, le grillon, la chenille, ma grande armée envoyée contre vous. Et vous mangerez à votre faim, vous serez rassasiés, et vous célébrerez le nom du Seigneur votre Dieu, car il a fait pour vous des merveilles. Mon peuple ne connaîtra plus jamais la honte. Et vous saurez que moi, je suis au milieu d'Israël, que je suis le Seigneur votre Dieu, il n'y en a pas d'autre. Et mon peuple ne connaîtra plus jamais la honte. »
Commentaire
Avant de terminer par notre prière, je vous rappelle une ou deux choses que vous avez vues dans ce chapitre. Dieu qui, malgré les apparences, vous ouvre des portes de sortie. Dieu qui est lent à la colère, tendre et miséricordieux.
Et puis autre chose : c'est un chapitre qui vous rappelle aussi que notre horizon, notre destinée, elle se trouve aussi dans ce jour du Seigneur, qui pour nous s'appelle le jugement dernier. C'est ça, ce que les prophètes sont en train de découvrir.
En guise de prière, je vous cite un passage de l'Évangile.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme. Alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel, avec puissance et grande gloire. Il enverra ses anges au son de la grande trompette et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre.
Maranatha, viens Seigneur Jésus.
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