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Livre de · 4 chapitres

Joël

Jl 2,12-18
AELF · Bible liturgique

12 Maintenant – oracle du SEIGNEUR –

revenez à moi de tout votre cœur,

dans le jeûne, les larmes et le deuil !

13 Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements,

et revenez au SEIGNEUR votre Dieu,

car il est tendre et miséricordieux,

lent à la colère et plein d’amour,

renonçant au châtiment.

14 Qui sait ? Il pourrait revenir,

il pourrait renoncer au châtiment,

et laisser derrière lui sa bénédiction :

alors, vous pourrez présenter offrandes et libations

au SEIGNEUR votre Dieu.

15 Sonnez du cor dans Sion :

prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle,

16 réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte,

rassemblez les anciens,

réunissez petits enfants et nourrissons !

Que le jeune époux sorte de sa maison,

que la jeune mariée quitte sa chambre !

17 Entre le portail et l’autel,

les prêtres, serviteurs du SEIGNEUR,

iront pleurer et diront :

« Pitié, SEIGNEUR, pour ton peuple,

n’expose pas ceux qui t’appartiennent

à l’insulte et aux moqueries des païens !

Faudra-t-il qu’on dise :

“Où donc est leur Dieu ?” »

18 Et le SEIGNEUR s’est ému en faveur de son pays,

il a eu pitié de son peuple.

Jl 2,12-18
Commentaire

« Revenez Au Seigneur De Tout Votre Cœur »

Le livre du prophète Joël est très court (il comporte en tout soixante-treize versets répartis en quatre chapitres) ; on le situe généralement vers l’an 600 av. J.-C., c’est-à-dire juste avant l’Exil à Babylone. Trois thèmes s'entremêlent constamment : la perspective de fléaux terrifiants (dont on ne sait s'ils sont réels ou supposés), des appels vibrants au jeûne et à la conversion, et l'annonce du salut accordé par Dieu. C'est le deuxième thème qui nous est proposé ici pour l'entrée en Carême.

L’appel à la conversion débute de manière très solennelle par la formule « Parole du SEIGNEUR » qui, comme toujours chez les prophètes, invite à prendre très au sérieux ce qui va suivre. Et ce qui suit, c’est le mot : « Revenez » qui est le grand mot du langage pénitentiel. Dieu dit à son peuple « Revenez vers moi » et le peuple supplie son Dieu : « Reviens », c’est-à-dire « accorde-nous ton pardon ».

Ce retour vers Dieu doit se faire « dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » C’est là encore une expression consacrée ; mais les prophètes ont toujours appris au peuple à ne pas se contenter de manifestations extérieures ; Joël n’y manque pas : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au SEIGNEUR votre Dieu. » Déjà le premier Isaïe y insistait : « Vos solennités, je les déteste (dit Dieu), elles me sont un fardeau, je suis las de les supporter. Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux, vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous. Otez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice... » (Is 1,14-17).

Et le psaume 50/51 exprime dans une image particulièrement suggestive ce qu’est la véritable conversion, lorsqu’il affirme : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé, tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » Ceux qui ont lu Ézéchiel savent ce que veut dire ici le psalmiste : il faut briser nos cœurs de pierre pour qu’apparaisse enfin le cœur de chair. Joël est bien dans cette ligne quand il dit : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements ».

« Le Seigneur Déborde De Zèle Pour Son Peuple »

Tous ces efforts de jeûne et de conversion avaient pour but, apparemment, sous la plume de Joël, d’échapper à un châtiment mérité : « Revenez au SEIGNEUR votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux... Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment... Pitié, SEIGNEUR, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : Où donc est leur Dieu ? »

Et Joël termine sa harangue en annonçant que le pardon est déjà accordé ; la traduction liturgique dit : « Le SEIGNEUR s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple », mais le texte originel est encore plus fort : « Le SEIGNEUR déborde de zèle pour son pays, il a pitié de son peuple. »

Il restera à découvrir que cette douce pitié de Dieu est pour tous les hommes et ce sera le rôle du livre de Jonas ; curieusement, d’ailleurs, on découvre une très grande parenté entre les deux livres. Dans un style haut en couleurs, la fable de Jonas raconte la conversion de Ninive, la ville impie : « Jonas avait à peine marché une journée en proférant cet oracle : Encore quarante jours et Ninive sera mise sens dessus dessous, que déjà ses habitants croyaient en Dieu. Ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent de sacs, des grands jusqu’aux petits. La nouvelle parvint au roi de Ninive. Il se leva de son trône, fit glisser sa robe royale, se couvrit d’un sac, s’assit sur la cendre, proclama l’état d’alerte et fit annoncer dans Ninive : Par décret du roi et de son gouvernement, interdiction est faite aux hommes et aux bêtes, au gros et au petit bétail, de goûter à quoi que ce soit ; interdiction est faite de paître et interdiction est faite de boire de l’eau. Hommes et bêtes se couvriront de sacs et ils invoqueront Dieu avec force. Chacun se convertira de son mauvais chemin et de la violence qui reste attachée à ses mains. Qui sait ! Peut-être Dieu se ravisera-t-il, reviendra-t-il sur sa décision et retirera-t-il sa menace ; ainsi nous ne périrons pas. Dieu vit leur réaction : ils revenaient de leur mauvais chemin. Aussi revint-il sur sa décision de leur faire le mal qu’il avait annoncé. » (Jon 3,4-10).

Le secret de Dieu, c’est qu’il « déborde de zèle », comme dit Joël, pour tous les hommes, y compris ces mécréants de Ninivites.

Quelques siècles plus tard, Paul dira : « En ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5,8).

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