Jour 147 ☾ — Habacuc : prier dans la tempête
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Résumé : Le frère Paul-Adrien présente Habacuc, prophète contemporain des dernières années de Josias, dont le livre n'est pas une proclamation publique mais la transcription d'une prière. Habacuc se plaint à Dieu du droit bafoué, Dieu lui répond en annonçant la venue des Chaldéens, réponse totalement inattendue qui ne le réjouit pas ; il insiste, et Dieu répond une seconde fois par une série de « malheurs » contre Babylone. Deux leçons se dégagent : on n'est jamais déçu des réponses de Dieu, et la prière, ça marche — on peut tout lui dire, même sa colère. L'épisode se termine par le chapitre 3, action de grâce où Habacuc relit l'histoire d'Israël pour se rappeler les merveilles de Dieu.
Introduction
Quelques années ont passé depuis Sophonie. Avec Sophonie, nous étions au temps de la réforme de Josias ; avec Habacuc, nous sommes quelques années plus tard. Habacuc est un prophète qui est assez différent des autres. Ce n'est pas une proclamation sur les places publiques contre les nations, sur Babylone, sur l'Assyrie, contre les rois. En fait, Habacuc a écrit les confidences que Dieu lui faisait au cours de sa prière. C'est le dialogue que vous pourriez avoir le soir envers Dieu, qui vous amène à apprendre deux leçons grâce à Habacuc.
La première leçon, c'est qu'on n'est jamais déçu des réponses de Dieu. Vous allez voir. Et la deuxième leçon, c'est que la prière, ça marche. Quand on pose des questions à Dieu, il répond. Ça vous rappelle la puissance du cœur à cœur avec Dieu dans la prière. Dieu, on peut tout lui dire, on ne le choquera jamais. Il ne faut pas hésiter à lui dire quand on est en colère : il est capable de l'entendre, il répond. Parce que des problèmes, on en a tous, au boulot, à la maison. Ici, c'était un problème politique, une sorte d'amertume politique, devant un pays dont il pressent l'effondrement — ce qui, pour beaucoup peut-être de Français, rappellera des choses. Plutôt que de râler sur la politique, si jamais on en faisait la moitié de la prière, on deviendrait un prophète comme Habacuc.
Donc, plongeons dans la prière d'Habacuc. On commence avec Habacuc qui va se plaindre à Dieu de la situation politique du pays, le droit qui n'est pas appliqué. Et là, surprise, Dieu lui répond. Et en plus, il lui répond par quelque chose de totalement inattendu : il lui dit qu'il est en train d'appeler les Chaldéens, c'est-à-dire les Babyloniens. Alors, les Chaldéens, à cette époque-là, ce sont les grands inconnus de la scène de l'histoire.
Je reprends du côté assyrien. Ce qui s'est passé, c'est qu'ils étaient tellement cruels, ils faisaient tellement peur à tout le monde — souvenez-vous de ce que je vous ai dit, ils écorchaient, ils empalaient. Ce qu'ils ont inventé, c'est deux choses. Un : l'empire militaire. L'Égypte avait bien une armée de métier, mais elle était petite et était gonflée par des recrutements saisonniers pour des campagnes ponctuelles, alors que l'Assyrie, c'est une armée qui s'est érigée en empire. C'était la première chose qu'ils ont inventée, l'empire militaire. Et la deuxième chose qu'ils ont inventée, c'est la terreur. Ils ont compris que pour gagner les guerres, le plus simple, c'était de terroriser les gens. Et donc, ils empalaient, ils écorchaient, ils déportaient.
Et donc, on ne peut pas gouverner comme ça. Les peuples sous domination assyrienne, mais ils crevaient de peur ! Dès qu'il y a eu la moindre petite faille — là, il y a eu un problème de succession qui s'est soldé par une petite crise d'anarchie — tout de suite, il y a un dissident qui s'est autoproclamé roi de Babylone, qui a réussi à faire une coalition rapide avec les Mèdes. Ils sont tout de suite montés contre Ninive pour tenter leur chance, et fin de l'empire assyrien. Bon, ça, c'était Michée.
Donc là, maintenant, dans la prière, Dieu est en train de dire à Habacuc que ce ne sont plus les Assyriens qui vont venir, ce sont les Babyloniens. Personne ne s'y attend. Alors là, grand moment de stupéfaction, parce qu'Habacuc, ça ne lui fait pas du tout plaisir. Vous savez ce que vous perdez, vous ne savez pas ce que vous gagnez. Les Babyloniens, ils n'étaient pas forcément beaucoup meilleurs que les Assyriens — enfin, si, un petit peu plus quand même.
D'où, deuxième tour dans la prière : à nouveau Habacuc qui interroge Dieu, ce qui vous donne une phrase remarquable d'ailleurs : « Seigneur, tu as établi les Chaldéens pour exécuter ton jugement, et tes yeux sont trop purs pour voir le mal. » Sous-entendu : mais enfin, tu ne vois pas ce qu'ils font, les Babyloniens ? Et parce qu'Habacuc veut une réponse et que Dieu ne la lui donne pas, il va persévérer dans la prière. La prière, ce n'est pas magique, c'est un dialogue, ça prend du temps. Là encore, il y a une leçon pour nous. Donc ça vous donnera le début du chapitre 2. Et Dieu finit par répliquer.
Bon, alors, vous avez peut-être déjà fait l'expérience dans la prière : parfois, les deuxièmes réponses de Dieu font encore plus peur que les premières. Donc là, Dieu explique à Habacuc que c'est normal, c'est prévu, ça fait partie d'un plus grand plan ; que s'il ne comprend pas, c'est parce que la vision n'est pas encore en train de s'accomplir en entier. Bon, très bien, merci Seigneur. Et en attendant, Dieu continue en vous disant que oui, il n'est pas du tout dupe des Babyloniens — ce qui n'est pas très réconfortant. Et vous aurez des séries de malheurs qu'il va dire contre les Babyloniens : quel malheur pour ceux qui versent le sang, quel malheur pour ceux qui pratiquent l'idolâtrie. Et dernière phrase que Dieu envoie à Habacuc dans sa prière pour le réconforter : « Mais le Seigneur est dans son temple saint, silence devant lui, terre entière. » Merci Seigneur !
Bonne écoute.
Lecture : Habacuc 1-2
La proclamation de ce que le prophète Habacuc a vu.
Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! » sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence, dispute et discorde se déchaînent. C'est pourquoi la loi est sans force et le droit n'apparaît plus jamais. Quand le méchant cerne le juste, alors le droit apparaît faussé.
Voyez chez les nations et regardez. Soyez dans la stupeur et la stupéfaction. Car je ferai en votre temps une œuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait.
Oui, voici que je suscite les Chaldéens, la nation impétueuse et farouche qui parcourt les étendues de la terre pour s'emparer des demeures d'autrui. Elle est terrible et redoutable. C'est elle qui se donne son droit et sa grandeur. Ses chevaux sont plus rapides que des léopards, plus vifs que les loups du soir. Ses cavaliers bondissent, ils arrivent de loin. Ses cavaliers volent comme un aigle qui fond sur sa proie. Tous, ils arrivent pour la violence, leur face tendue vers l'avant. Tous ensemble, ils ramassent les captifs comme du sable. Cette nation se moque des rois. Les princes sont pour elle un jouet. Elle se joue de toutes les forteresses : par un remblai de terre, elle les prend. Puis le vent tourne et elle s'en va, la criminelle. Sa force est son dieu.
Seigneur, depuis les temps anciens, n'es-tu pas mon Dieu, mon Saint ? Toi qui es immortel ! Seigneur, tu as établi les Chaldéens pour qu'ils exécutent le jugement. Tu en as fait un roc pour exercer le châtiment. Tes yeux sont trop purs pour voir le mal. Tu ne peux supporter la vue de l'oppression. Alors, pourquoi regardes-tu ces perfides ? Pourquoi restes-tu silencieux quand le méchant engloutit l'homme juste ?
Tu traites les hommes comme les poissons de la mer et comme les reptiles que personne ne domine. Le Chaldéen les pêche tous avec son hameçon, les prend avec son filet, il les recueille dans ses nasses. Ça le comble de joie et d'allégresse. Alors il offre des sacrifices à son filet, il fait fumer de l'encens devant ses nasses, car il leur doit une prise abondante et une nourriture copieuse. N'arrêtera-t-il pas de vider son filet, de massacrer sans pitié des nations ?
Je vais me tenir à mon poste de garde, rester debout sur mon rempart, guetter ce que Dieu me dira et comment il répliquera à mes plaintes.
Alors le Seigneur me répondit : « Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu'on puisse la lire couramment. Car c'est encore une vision pour le temps fixé. Elle tendra vers son accomplissement et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. Celui qui est insolent n'a pas l'âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité. »
Assurément, comme le vin est traître, l'homme fort est orgueilleux, sans repos. Il ouvre large sa gorge comme l'enfer. Il est comme la mort, jamais rassasié. Il entasse pour lui toutes les nations, il ramasse pour lui tous les peuples. Tous ne vont-ils pas proférer sur lui une satire, des pamphlets et des énigmes contre lui ?
Ils diront : « Quel malheur pour celui qui s'enrichit du bien des autres ! Combien de temps encore ? Et pour celui qui accumule des gages à son profit ! » Ne vont-ils pas se dresser soudain, tes créanciers, et se réveiller, ceux qui te font trembler ? Par eux, tu seras mis au pillage. Comme tu as dépouillé de nombreuses nations, tout le reste des peuples te dépouillera, à cause du sang de l'homme, à cause de la violence faite au pays, à la cité et à tous ses habitants.
Quel malheur pour celui qui réalise un profit malhonnête pour sa maison, afin d'établir son nid sur la hauteur pour échapper à l'emprise du malheur ! C'est la honte de ta maison que tu as décidée. En éliminant de nombreux peuples, c'est ta vie qui échoue. Oui, du mur, une pierre va crier, et de la charpente, une poutre lui répondra.
Quel malheur pour celui qui bâtit une ville dans le sang et fonde une cité sur le crime ! Cela ne vient-il pas du Seigneur de l'univers, que les peuples se fatiguent pour du feu, que les nations s'exténuent pour le néant ? La connaissance de la gloire remplira la terre comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Quel malheur pour qui fait boire son prochain et lui verse du poison, au point de l'enivrer, pour regarder sa nudité ! Tu t'es rassasié d'infamie plus que de gloire. À ton tour de boire et d'exhiber ton prépuce. Sur toi se renversera la coupe de la droite du Seigneur, et sur ta gloire, l'ignominie. Car la violence faite au Liban retombera sur toi, et le pillage des troupeaux t'effraiera, à cause du sang de l'homme, à cause de la violence faite au pays, à la cité et à tous ses habitants.
À quoi sert une image sculptée, pour que la sculpte son auteur ? Une idole en métal qui enseigne le mensonge, pour qu'en elle se confie l'auteur qui la fabrique ? Les faux dieux qu'il fait sont muets. Quel malheur pour celui qui dit au morceau de bois : « Réveille-toi ! » À la pierre muette : « Lève-toi ! » et qui dit : « Elle va enseigner. » Tout cela est plaqué d'or et d'argent, mais aucun souffle à l'intérieur.
Mais le Seigneur est dans son temple saint. Silence devant lui, terre entière !
Commentaire
Étonnant, non ? Habacuc, ici, en fait, est en train d'inventer un genre littéraire. Ça vous donnera plus tard, dans les Évangiles, les malédictions que Dieu dira contre les pharisiens : « Quel malheur pour vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux, mais qui à l'intérieur sont remplis de pourriture et d'ossements ! »
Alors, nous avons lu les deux premiers chapitres, et j'ai arrêté la lecture alors qu'il y a un troisième chapitre. On en était à « Silence devant lui, terre entière ». Cette phrase-là, qui pourrait être effrayante, elle inspire au contraire chez Habacuc une action de grâce. Et c'est cette action de grâce qui fait le chapitre 3, et que je vous ai gardée comme prière finale. Je ne vais pas me mettre à prier avec mes mots à moi après une prière d'Habacuc, de prophète, qui est dans la Bible ; ça, ça n'a pas de sens.
C'est un poème dans lequel Habacuc relit l'histoire d'Israël. Vous entendrez peut-être des mots compliqués, mais à chaque fois, ça fait référence à des batailles qui ont eu lieu lors du livre de l'Exode, quand Moïse guidait son peuple à travers le désert. C'est une manière de prier qui consiste à accepter le mystère de Dieu et ses réponses qui sont déroutantes, et à continuer de se rappeler toutes les merveilles que Dieu a faites dans notre vie, ce qui nous rappelle qu'il va continuer d'en faire.
Je lui laisse la parole. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Prière
Prière du prophète Habacuc, sur le mode des complaintes.
Seigneur, j'ai entendu parler de toi. Devant ton œuvre, Seigneur, j'ai craint. Dans le cours des années, fais-la revivre. Dans le cours des années, fais-la connaître. Quand tu frémis de colère, souviens-toi d'avoir pitié.
Dieu vient de Témane, et le Saint, du mont Parân, parmi nous. Sa majesté couvre les cieux, sa louange emplit la terre. Son éclat est pareil à la lumière, deux rayons sortent de ses mains. Là se tient cachée sa puissance. Devant lui marche la peste, et la fièvre met ses pas dans les siens.
Il s'arrête, et la terre tremble. Il regarde et fait sursauter les nations. Les montagnes de toujours se disloquent, les collines d'autrefois s'effondrent, qui furent autrefois des routes pour lui. J'ai vu les tentes de Koushane dans la misère, les abris du pays de Madiane chanceler.
Est-ce contre les fleuves, Seigneur, que flambe ta colère ? Contre les fleuves ? Contre la mer, ta fureur, pour que tu montes sur tes chevaux, sur tes chars de victoire ? Tu sors ton arc, tu le tiens en éveil, tu le rassasies des traits de ta parole. Par des fleuves, tu ravines la terre.
Les montagnes t'ont vu, elles tremblent. Une trombe d'eau a passé. L'abîme a donné de la voix. Le soleil, là-haut, a élevé ses mains. La lune s'est arrêtée en sa demeure, à la lueur de tes flèches qui volent, à la clarté des éclairs de ta lance.
Dans ton indignation, tu parcours la terre. Dans ta colère, tu piétines les nations. Tu es sorti pour sauver ton peuple, pour sauver ton Messie. Tu l'as dénudé de fond en comble. Tu as percé de tes traits le chef de ses guerriers. Il se déchaînait pour me disperser, joyeusement, comme pour dévorer dans leurs repaires les malheureux. Tu as foulé de tes chevaux la mer et le remous des eaux profondes.
J'ai entendu, et mes entrailles ont frémi. À cette voix, mes lèvres tremblent. La carie pénètre mes os, et moi, je frémis d'être là, d'attendre en silence le jour d'angoisse qui se lèvera sur le peuple dressé contre nous.
Le figuier n'a pas fleuri, pas de récolte dans les vignes. Le fruit de l'olivier a déçu. Dans les champs, plus de nourriture. L'enclos s'est vidé de ses brebis, et l'étable, de son bétail.
Et moi, je bondis de joie dans le Seigneur. J'exulte en Dieu, mon Sauveur. Le Seigneur, mon Dieu, est ma force. Il me donne l'agilité du chamois, il me fait marcher dans les hauteurs.
Au maître de chant, sur les instruments à cordes.
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