Jour 149 ☼ — Élie monte, Élisée descend, la mission continue
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Résumé : Nouveau livre, dans la continuité du précédent : le frère Paul-Adrien lit les deux premiers chapitres du deuxième livre des Rois — Okozias qui consulte Baal-Zeboub et en meurt, les officiers dévorés par le feu du ciel, puis l'enlèvement d'Élie au ciel dans un ouragan et la double part d'esprit reçue par Élisée. Le commentaire montre que cette montée n'est pas une démission mais un rite sacrificiel : Élie offre sa vie pour continuer au ciel à protéger Israël, tandis qu'Élisée poursuit la mission sur terre. C'est exactement la logique de l'Ascension et de la Pentecôte, que Jean-Baptiste et Jésus reprendront jusque dans les lieux et les gestes. La mission ainsi lancée est le plan B annoncé au Sinaï : implanter des communautés de prophètes fidèles, à Guilgal, Béthel et Jéricho, et refonder Israël de l'intérieur.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, c'est un nouveau livre, mais ça reste quand même dans la même lignée : le deuxième livre des Rois. Pas besoin d'introduction, on retourne tout simplement là où on s'était arrêté. Deuxième livre des Rois, chapitres 1 et 2.
Lecture : 2 Rois 1-2
Après la mort d'Acab, le pays de Moab se révolta contre Israël. À Samarie, Okozias tomba du balcon de sa chambre haute. Il se fit très mal. Il envoya des messagers et il leur dit : « Allez consulter Baal-Zeboub, dieu d'Ékron, pour savoir si je guérirai de ce mal. »
Mais l'ange du Seigneur dit à Élie de Tishbé : « Lève-toi, monte à la rencontre des messagers du roi de Samarie et tu leur diras : "N'y a-t-il pas de Dieu en Israël, que vous alliez consulter Baal-Zeboub, dieu d'Ékron ? Et pourquoi ? Ainsi parle le Seigneur : le lit sur lequel tu es monté, tu n'en descendras pas, car à coup sûr tu mourras." » Élie s'en alla.
Les messagers revinrent auprès du roi, qui leur dit : « Pourquoi donc êtes-vous revenus ? » Ils répondirent : « Un homme est monté à notre rencontre et nous a dit : "Allez, retournez auprès du roi qui vous a envoyés et dites-lui : Ainsi parle le Seigneur : n'y a-t-il donc pas de Dieu en Israël, que tu envoies consulter Baal-Zeboub, dieu d'Ékron ? C'est pourquoi le lit sur lequel tu es monté, tu n'en descendras pas, car à coup sûr tu mourras." » Il leur dit : « Comment était habillé l'homme qui est venu à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? » Ils répondirent : « C'était un homme portant un vêtement de poil et une ceinture de cuir autour des reins. » Il déclara : « C'est Élie. »
Okozias envoya vers Élie un officier avec ses cinquante hommes. Celui-ci monta vers Élie, le trouva assis au sommet de la montagne et lui dit : « Homme de Dieu, par ordre du roi, descends. » Élie répondit à l'officier : « Si je suis un homme de Dieu, qu'un feu du ciel descende et te dévore, toi et tes cinquante hommes. » Et un feu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes.
Le roi envoya encore vers Élie un autre officier avec ses cinquante hommes. Celui-ci prit la parole : « Homme de Dieu, ainsi parle le roi : descends vite. » Élie leur répondit : « Si je suis un homme de Dieu, qu'un feu du ciel descende et te dévore, toi et tes cinquante hommes. » Et le feu de Dieu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes.
Le roi envoya encore un troisième officier avec ses cinquante hommes. Le troisième officier monta, et en arrivant, il fléchit les genoux devant Élie et le supplia par ces mots : « Homme de Dieu, je t'en prie, que ma vie et la vie de tes serviteurs, ces cinquante hommes, aient du prix à tes yeux. Voilà qu'un feu du ciel est descendu et a dévoré les deux premiers officiers avec leurs cinquante hommes. Mais maintenant, que ma vie ait du prix à tes yeux. »
L'ange du Seigneur dit à Élie : « Descends avec lui, ne crains rien de sa part. » Élie se leva et descendit avec lui vers le roi. Il dit au roi : « Ainsi parle le Seigneur : tu as envoyé des messagers consulter Baal-Zeboub, dieu d'Ékron. N'y avait-il donc pas de Dieu en Israël pour consulter sa parole ? Eh bien, le lit sur lequel tu es monté, tu n'en descendras pas, car à coup sûr tu mourras. »
Conformément à la parole du Seigneur dite par Élie, Okozias mourut. Et comme il n'avait pas eu de fils, Joram, son frère, régna à sa place. C'était la deuxième année de Joram, fils de Josaphat, roi de Juda. Le reste des actions d'Okozias, ce qu'il a fait, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois d'Israël ?
Voici comment le Seigneur enleva Élie au ciel, dans un ouragan. Ce jour-là, Élie et Élisée étaient partis de Guilgal. Élie dit à Élisée : « Arrête-toi ici, moi, le Seigneur m'envoie à Béthel. » Élisée répliqua : « Par le Seigneur qui est vivant et par ta vie, je ne te quitterai pas. » Ils allèrent tous deux à Béthel. Les frères prophètes de Béthel sortirent à la rencontre d'Élisée et lui dirent : « Sais-tu qu'aujourd'hui le Seigneur va enlever ton maître au-dessus de ta tête ? » Élisée répondit : « Oui, je le sais. Taisez-vous. »
Élie lui dit de nouveau : « Arrête-toi ici, moi, le Seigneur m'envoie à Jéricho. » Élisée répliqua : « Par le Seigneur qui est vivant et par ta vie, je ne te quitterai pas. » Ils allèrent tous deux à Jéricho. Les frères prophètes de Jéricho s'approchèrent d'Élisée et lui dirent : « Sais-tu bien qu'aujourd'hui le Seigneur va enlever ton maître au-dessus de ta tête ? » Élisée répondit : « Oui, je le sais. Taisez-vous. »
Une troisième fois, Élie dit à Élisée : « Arrête-toi ici, moi, le Seigneur m'envoie au Jourdain. » Mais Élisée répliqua : « Par le Seigneur qui est vivant et par ta vie, je ne te quitterai pas. » Ils continuèrent donc tous les deux. Cinquante frères prophètes qui les avaient suivis s'arrêtèrent à distance, pendant que tous deux se tenaient au bord du Jourdain. Élie prit son manteau, le roula et en frappa les eaux, qui s'écartèrent de part et d'autre. Ils traversèrent tous deux à pieds secs.
Pendant qu'ils passaient, Élie dit à Élisée : « Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour toi, avant d'être enlevé loin de toi. » Élisée répondit : « Que je reçoive une double part de l'esprit que tu as reçu. » Élie reprit : « Tu demandes quelque chose de difficile. Tu l'obtiendras si tu me vois lorsque je serai enlevé loin de toi. Sinon, tu ne l'obtiendras pas. »
Ils étaient en train de marcher tout en parlant, lorsqu'un char de feu avec des chevaux de feu les sépara. Alors Élie monta au ciel dans un ouragan. Élisée le vit et se mit à crier : « Mon père ! Mon père ! Char d'Israël et ses cavaliers ! » Puis il cessa de le voir. Il saisit ses vêtements et les déchira en deux.
Il ramassa le manteau qu'Élie avait laissé tomber. Il revint et s'arrêta sur la rive du Jourdain. Avec le manteau d'Élie, il frappa les eaux, mais elles ne s'écartèrent pas. Élisée dit alors : « Où est donc le Seigneur, le Dieu d'Élie ? » Il frappa encore une fois : les eaux s'écartèrent et il traversa.
Depuis l'autre rive, les frères prophètes, ceux de Jéricho, l'aperçurent et dirent : « L'esprit d'Élie repose sur Élisée. » Ils vinrent donc à sa rencontre et se prosternèrent jusqu'à terre devant lui. Ils lui dirent : « Voici justement qu'il y a parmi tes serviteurs cinquante hommes valeureux. Permets qu'ils aillent à la recherche de ton maître. Peut-être l'esprit du Seigneur l'a-t-il enlevé et déposé sur quelque montagne ou dans quelque vallée ? » Il répondit : « N'envoyez personne. » Mais ils insistèrent tellement qu'il leur dit : « Envoyez-les donc. » Et ils envoyèrent les cinquante hommes, qui cherchèrent Élie pendant trois jours sans le trouver. Ils revinrent vers Élisée, qui était resté à Jéricho. Il leur dit : « Ne vous avais-je pas dit : n'y allez pas ? »
Des gens de la ville dirent à Élisée : « Comme mon seigneur peut le constater, l'emplacement de la ville est bon. Toutefois, les eaux sont mauvaises et le pays stérile. » Élisée dit : « Apportez-moi une écuelle neuve et mettez-y du sel. » Ils la lui apportèrent. Il sortit vers la source des eaux, y jeta du sel et déclara : « Ainsi parle le Seigneur : j'ai assaini ces eaux, il n'y aura plus en elles ni mort ni stérilité. » Et les eaux furent assainies jusqu'à ce jour, selon la parole qu'Élisée avait dite.
De là, il se rendit à Béthel. Comme il montait par le chemin, des gamins sortirent de la ville et se moquèrent de lui en disant : « Vas-y, le chauve ! » Élisée se retourna, les regarda et les maudit au nom du Seigneur. Alors deux ours sortirent du bois et déchiquetèrent quarante-deux de ces enfants. De là, il se rendit au mont Carmel, puis revint à Samarie.
Commentaire
À l'endroit où Élie a été enlevé au ciel, c'est à cet endroit-là que Jean-Baptiste, plus tard, baptisera. Et si ça ne suffisait pas, les deux portaient le même manteau, travaillaient au même endroit, et auront tous les deux des disciples qui les dépasseront. Donc, si vous voulez, si on peut faire autant de liens entre les chapitres que vous venez d'entendre et le Nouveau Testament, ça vous montre leur importance. Ce sont des chapitres qui vont être scrutés par Jean-Baptiste et par Jésus. Nous, on les scrute aussi, pour bien comprendre.
Parce que nous, on se dit quoi ? En première approximation, ça ressemble à une démission. Élie est arrivé à la fin de son ministère, Dieu lui accorde un bâton de maréchal en lui disant : « Tiens, bien travaillé, monte au ciel maintenant », et puis il laisse la place à quelqu'un d'autre. Sauf que, quand on scrute vraiment les détails de ce récit, on s'aperçoit que ça ressemble à tout, sauf à une démission.
En fait, ça ressemble plutôt à un rite sacrificiel. Élie qui traverse le Jourdain : rite d'ablution. Le feu qui, sous la forme d'un chariot, descend du ciel : rite d'holocauste, de consécration totale. Élie qui monte au ciel : l'offrande de sa vie, qui est acceptée. L'esprit d'Élie qui redescend sur terre : ça, c'est la communion au sacrifice.
Regardez maintenant ce qu'a dit Élisée en voyant Élie monter au ciel :
« Mon père ! Mon père ! Char d'Israël et ses chevaux ! »
On se dit : mais qu'est-ce que ça vient faire là ? Pourquoi est-ce que, tout d'un coup, Élisée parle du char d'Israël et de ses chevaux ? Bon, ça veut dire quoi, cette affaire ? Le char de feu, ça représente un attribut divin : le Seigneur des armées, Dieu qui protège son peuple. Et ce char de feu descend sur terre, et Élie monte à l'intérieur pour monter au ciel. Eh bien, c'est clair, non ? En montant au ciel sur un char de feu, Élie est en fait en train de demander à Dieu la permission de continuer, au ciel, à protéger Israël. Élie donne sa vie pour ça. Dieu accepte l'offrande de sa vie. Et de là, cette fameuse double part de l'esprit qui descend du ciel, c'est la force et la puissance de la prière d'Élie qui, maintenant au ciel, intercède pour ses disciples sur terre, qui continuent la mission.
Et ça, vous voyez, c'est moi, en tant que chrétien, qui arrive à décortiquer cette scène, parce que ce que j'ai en tête, c'est ce que Jésus en fera plus tard. C'est exactement l'Ascension et la Pentecôte. Jésus n'est pas monté au ciel pour arrêter sa mission. Il est monté au ciel pour accompagner, par sa prière, la mission que nous, sur terre, nous continuons d'accomplir en son nom.
Maintenant, essayons de qualifier cette mission qu'Élisée essaye de continuer sur terre au nom d'Élie. On remonte un tout petit peu avant l'ascension d'Élie. Pour se rendre à l'endroit où Élie va monter au ciel, Élie et Élisée sont passés par trois villes : Guilgal, Aï et Jéricho. Trois villes historiquement très importantes, parce que c'est dans ces villes-là que Josué a commencé à conquérir la Terre promise. Et on s'aperçoit que dans chacune de ces villes, il y a maintenant des petites communautés de prophètes implantées. Des communautés dissidentes, qu'Élie et Élisée passent voir. Ça, les enfants, c'est totalement nouveau. C'est le début d'une œuvre de subversion politique.
Enfin, remontons encore plus loin, pour que tout le monde comprenne bien ce qui est en train de se jouer ici. Souvenez-vous d'Élie au mont Sinaï, qui parlait à Dieu dans le murmure d'un fin silence. Qu'avait dit Élie ? Il avait dit à Dieu : « Le plan A que tu avais prévu vient d'échouer. » Le plan A, c'était la monarchie : un peuple, une foi, un roi. Et Élie avait dit : « C'est un échec. » D'ailleurs, il n'y a qu'à voir Okozias, au début du chapitre, qui se tourne vers un Baal-Zeboub. « Il faut passer à un plan B », avait dit Élie. Et le plan B que Dieu avait accepté, c'était un prophète qui, à partir d'un reste, d'une communauté restée fidèle, va refonder Israël de l'intérieur. Et c'est exactement ce qui est en train de se passer. Élie et Élisée sont en train d'implanter des communautés dissidentes. Et pour continuer, Élie monte au ciel pour intercéder pour ces communautés auprès de Dieu, et Élisée va continuer de les former sur terre.
Regardez d'ailleurs le dernier épisode du chapitre que vous venez d'entendre. Un épisode un peu curieux, parce qu'il y a des enfants qui se moquent d'un prophète, et le prophète vexé envoie des ours qui viennent les bouffer. Quand même, c'est un peu curieux. Sauf que, quand on regarde, ce n'est pas du tout ça. Cette ville où sont les gamins, c'est Béthel, le sanctuaire du Veau d'or. Et les gamins, ce ne sont pas des enfants : ce sont des prêtres, ce sont des serviteurs du Veau d'or, dont le narrateur se moque en les qualifiant de gamins, et qui ont bien reconnu en Élisée un serviteur du Dieu vivant. Et voilà qu'Élisée les maudit, et deux ours, sortis du bois, les mangèrent.
Le ton est donné, la contre-réforme est lancée. Vous n'avez qu'à bien vous tenir : le deuxième livre des Rois vient de commencer.
Bon, on était un peu long, mais c'est le début d'un nouveau livre, pas le choix. Je vous mets le psaume habituel à la fin du deuxième épisode de la journée, d'accord ?
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