Jour 156 ☼ — Justice pour Naboth
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 9 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit l'onction secrète de Jéhu par un frère prophète envoyé par Élisée, sa course furieuse vers Yizréel, le meurtre de Joram jeté dans le champ de Naboth, celui d'Ochozias de Juda et la mort spectaculaire de Jézabel. Le commentaire explique pourquoi Dieu agit précisément maintenant : Juda, devenu vassal du Nord, allait être contaminé par le culte de Baal. Il montre aussi que derrière la victoire de Jéhu se tient la communauté prophétique d'Élisée parvenue à maturité, et que le sang de Naboth trouve enfin son apaisement dans un geste aux allures de rite d'expiation. Il termine par un portrait de Jézabel, la grande méchante de la Bible, qui inspirera la grande prostituée de l'Apocalypse.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Au dernier épisode, Élisée avait vu venir à lui Hazaël, et Élisée avait compris que la roue du destin s'était à nouveau mise à tourner. Ça y est, la malédiction prédite par Élie, la malédiction de Dieu, est en train de s'abattre sur la dynastie royale de la maison d'Israël. Élisée reprend son bâton de pèlerin, il sait ce qu'il lui reste à faire. Après Hazaël, Élie avait prédit que Jéhu serait le deuxième instrument de la Némésis divine, et c'est vers ce Jéhu qu'Élisée maintenant se rend.
Lecture : 2 Rois 9
Le prophète Élisée appela un des frères prophètes et lui dit : « Boucle ta ceinture, prends cette fiole d'huile dans ta main et va à Ramoth de Galaad. Arrivé là, tu chercheras à voir Jéhu, fils de Josaphat, fils de Nimshi. Tu entreras, tu le feras se lever du milieu de ses frères, tu le conduiras dans une chambre retirée. Tu prendras la fiole d'huile, tu la verseras sur sa tête et tu diras : "Ainsi parle le Seigneur : je t'ai donné l'onction pour te faire roi sur Israël." »
Le jeune prophète partit pour Ramoth de Galaad. Lorsqu'il arriva, les chefs de l'armée étaient assis. Il dit : « J'ai un mot à te dire, chef. » Jéhu demanda : « Auquel d'entre nous ? » Il répondit : « À toi, chef. »
Jéhu se leva et entra dans la maison. Le jeune prophète versa l'huile sur sa tête et lui dit : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : je te donne l'onction pour te faire roi sur le peuple du Seigneur, sur Israël. Tu frapperas la maison d'Akab, ton maître. Je vengerai ainsi le sang de mes serviteurs les prophètes, et le sang de tous les serviteurs du Seigneur répandu par la main de Jézabel. Toute la maison d'Akab périra. J'exterminerai les mâles de chez Akab, esclaves ou hommes libres en Israël. Je ferai à la maison d'Akab ce que j'ai fait à celle de Jéroboam, fils de Nabath, et à celle de Baasa, fils d'Ahias. Quant à Jézabel, des chiens la dévoreront dans le champ de Yizréel, et personne ne l'ensevelira. » Puis il ouvrit la porte et s'enfuit.
Jéhu sortit rejoindre les serviteurs de son maître, et on lui dit : « Tout va bien ? Pourquoi cet exalté est-il venu te trouver ? » Il répondit : « Vous connaissez bien l'homme, c'est toujours la même rengaine. » Ils répondirent : « Mensonge ! Explique-nous donc ! » Il reprit : « On a parlé. On a parlé de choses et d'autres. Puis il m'a dit : "Ainsi parle le Seigneur : je t'ai donné l'onction pour te faire roi sur Israël." »
Ils se hâtèrent de prendre chacun son vêtement et les étendirent sous ses pieds en haut des marches. Puis ils sonnèrent du cor et dirent : « Jéhu est roi ! »
Jéhu, fils de Josaphat, fils de Nimshi, conspira contre Joram. Celui-ci, avec tout Israël, défendait alors Ramoth de Galaad contre Hazaël, roi d'Aram. Mais le roi Joram était retourné pour se faire soigner à Yizréel des blessures que les Araméens lui avaient faites dans le combat contre Hazaël, roi d'Aram.
Jéhu leur dit : « Si vous êtes bien d'accord, que personne ne s'échappe de la ville pour aller rapporter l'information à Yizréel. » Jéhu monta sur son char et partit pour Yizréel, puisque Joram s'y trouvait alité. Ochozias, roi de Juda, était descendu voir Joram.
Le guetteur posté sur la tour de Yizréel dit : « Je vois une troupe. » Joram dit : « Prends un cavalier, envoie-le à leur rencontre pour qu'il leur demande si tout va bien. » Le cavalier partit à leur rencontre et dit : « Ainsi parle le roi : tout va bien ? » Jéhu répondit : « Que t'importe si tout va bien ? Passe derrière moi. » Le guetteur annonça : « Le messager est arrivé jusqu'à eux, mais il ne revient pas. »
Le roi envoya un second cavalier, qui le rejoignit et dit : « Ainsi parle le roi : tout va bien ? » Jéhu répondit : « Que t'importe si tout va bien ? Passe derrière moi. » Le guetteur annonça : « Il est arrivé jusqu'à eux, mais il ne revient pas. La façon de conduire le char est celle de Jéhu, fils de Nimshi, car il conduit comme un fou. »
Joram dit alors : « Attelez mon char. » Et on l'attela. Joram, roi d'Israël, et Ochozias, roi de Juda, sortirent chacun sur son char à la rencontre de Jéhu, et ils le trouvèrent dans le champ de Naboth de Yizréel.
Jéhu dit à Bidqar, son écuyer : « Enlève-le et jette-le dans le champ de Naboth de Yizréel. Car souviens-toi : nous étions, moi et toi, ensemble sur un char à la suite d'Akab, son père, quand le Seigneur prononça contre lui la sentence que voici : "N'ai-je pas vu hier le sang de Naboth et le sang de ses fils ? — oracle du Seigneur. Je le ferai payer dans ce champ — oracle du Seigneur." Maintenant donc, enlève Joram et jette-le dans ce champ, selon la parole du Seigneur. »
Voyant cela, Ochozias, roi de Juda, s'enfuit par le chemin de Beth-Gane. Jéhu le poursuivit et dit : « Frappez-le, lui aussi. » On le frappa sur son char, à la montée de Gour, près d'Ibléam. Il s'enfuit à Meguiddo, où il mourut. Ses serviteurs le transportèrent sur un char à Jérusalem, et on l'ensevelit dans son tombeau avec ses pères, dans la cité de David. C'est la onzième année du règne de Joram, fils d'Akab, qu'Ochozias était devenu roi sur Juda.
Jéhu entra dans la ville de Yizréel. Jézabel, l'ayant appris, se farda les yeux, apprêta son visage et se pencha par la fenêtre. Comme Jéhu franchissait la porte de la ville, elle dit : « Où vas-tu bien, Zimri, l'assassin de son maître ? » Il leva les yeux vers la fenêtre et dit : « Qui est avec moi ? Qui ? » Deux ou trois dignitaires se penchèrent vers lui. Il dit : « Jetez-la en bas ! » Et ils la jetèrent. Son sang éclaboussa le mur et les chevaux, et Jéhu la piétina.
Il entra, mangea et but. Il dit ensuite : « Occupez-vous donc de cette maudite, ensevelissez-la, car elle est fille de roi. » Ils allèrent pour l'ensevelir, mais on ne retrouva d'elle que le crâne, les pieds et les mains. On revint en informer Jéhu. Il dit alors : « C'est bien ce que le Seigneur avait annoncé par l'intermédiaire d'Élie de Tishbé : "Dans le champ de Yizréel, les chiens dévoreront la chair de Jézabel. Le cadavre de Jézabel servira de fumier à la surface du champ, dans le domaine de Yizréel, et nul ne pourra dire : C'est Jézabel." »
Commentaire
Joram, roi d'Israël. Il a été fatigué par la guerre, le petit bichon, il est en train de se reposer dans la maison secondaire de la famille royale, à Yizréel. Yizréel, souvenez-vous : ce petit lopin de terre qu'Akab, le père de Joram, avait trouvé charmant, et pour pouvoir le faire rentrer dans le domaine royal, il avait tout simplement fait tuer son propriétaire, Naboth. Ça vous rappelle des choses ? Ils étaient comme ça, les Omrides.
Et à côté du roi d'Israël, Joram, vous avez Ochozias, roi de Juda. Ça ne fait pas quelque temps déjà qu'on voit les rois de Juda et d'Israël partir ensemble à la guerre ? Et que là, dans ce chapitre, on les voit gentiment copiner ensemble ? Enfin, verset 16 :
Comme Joram était alité à cause de ses blessures à Yizréel, Ochozias, roi de Juda, était descendu voir Joram.
Petite visite de courtoisie. Sympa, non ? Il y a quelques chapitres, je vous avais dit que le royaume de Juda était devenu un État vassal du Nord. On est en plein dedans. Ce roi de Juda qui s'appelle Ochozias — Ochozias, ça reprend un ancien nom d'un ancien roi d'Israël. En fait, Juda est devenu absorbé par le royaume d'Israël.
Et ça, ça vous explique pourquoi c'est en ce moment que Dieu a décidé d'agir. Parce qu'avec le royaume du Sud, Juda, qui s'est fait absorber par le royaume du Nord, Israël, il allait être trop tard. Bientôt, comme un cancer qui allait métastaser vers le Sud, le culte du dieu Baal que Jézabel avait importé dans la famille royale des Omrides du Nord allait descendre jusqu'au temple de Jérusalem, et bientôt il allait être trop tard.
Et puis, quitte à parler de ces temps qui sont mûrs, regardez par qui Jéhu se fait sacrer. Il se fait sacrer par un prophète de la communauté d'Élisée. Ça, derrière, ça veut dire que le mouvement de contre-réforme inspiré par Élie et Élisée est parvenu à maturité, en tout cas suffisamment influent. On avait vu au dernier épisode comment c'était parvenu jusqu'aux oreilles du roi d'Israël, qui avait tenté de se renseigner. Et maintenant, il est temps pour cette communauté de sortir au grand jour et de tenter une action d'éclat.
Derrière la victoire de Jéhu, c'est la victoire d'Élisée. Ou plutôt d'ailleurs, la victoire de Dieu. La fureur de Dieu qui descend dans la fureur prophétique, qui descend par l'onction royale sur Jéhu, qui conduit comme un fou et qui, dans une fureur toute divine — on a l'impression de relire les grands passages de l'Ancien Testament sur l'anathème — massacre tous les ennemis de Dieu.
Le sang de Naboth qui criait vengeance est apaisé, et à travers le meurtre de Jézabel, Jéhu procède à un rite d'expiation. Son sang qui éclabousse le mur n'est pas sans rappeler l'effusion de sang, et Jéhu qui mange tout de suite après avec les anciens du peuple n'est pas sans rappeler la communion sacrificielle.
Jézabel, c'est vraiment dans la Bible LA grande méchante. Et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de lui trouver une certaine classe. Vous voyez comment elle s'apprête ? Ce fard sur les yeux, pour être belle même… Elle a la classe même le jour de sa mort. Et quand elle voit Jéhu qui arrive, elle l'interpelle en disant : « Salut, Zimri ! » Zimri, on l'avait vu dans le premier livre des Rois, c'était un des premiers généraux en chef du royaume du Nord, en Israël, qui s'était révolté contre son roi, et son règne avait duré sept jours.
Bon. Donc dans ce qu'elle dit, elle a la classe. Dans son apparence, elle a la classe. Et même sa mort, quand elle est jetée en bas et que son sang éclabousse le mur, je ne peux pas dire que ce n'est pas la classe de la mise en scène. Manifestement, je n'ai pas été le seul à être impressionné : Jézabel va devenir la grande méchante dans l'imaginaire biblique, au point que quand saint Jean écrira l'Apocalypse, il s'inspirera de Jézabel pour décrire la grande prostituée, la Babylone sanglante.
Psaume 114
Alléluia ! J'aime le Seigneur : il entend le cri de ma prière. Il incline vers moi son oreille : toute ma vie, je l'invoque.
J'étais pris dans les filets de la mort, retenu dans les liens de l'abîme, j'éprouvais la tristesse et l'angoisse. J'ai invoqué le nom du Seigneur : « Seigneur, je t'en prie, délivre-moi ! »
Le Seigneur est justice et pitié, notre Dieu est tendresse. Le Seigneur défend les petits : j'étais faible, il m'a sauvé.
Retrouve ton repos, mon âme, car le Seigneur t'a fait du bien. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants.
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