Jour 156 ☾ — Jérémie : une colère d'amour et de larmes
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 8 et 9 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit la vision macabre des tombeaux profanés dans la vallée de la Géhenne, puis le long réquisitoire contre l'obstination d'un peuple qui refuse de se convertir. Jérémie compare Juda aux oiseaux migrateurs, qui, eux, connaissent le temps de leur retour, et dénonce les scribes et les prêtres qui crient « Paix ! Paix ! » alors qu'il n'y a pas de paix. Le chapitre 9 laisse éclater le cri du prophète épuisé, qui voudrait que sa tête devienne une source d'eau et ses yeux une fontaine de larmes. Le commentaire éclaire la logique du châtiment : Dieu mène jusqu'au bout le culte rendu aux astres, en leur offrant les ossements de ceux qui leur avaient sacrifié leurs fils.
Introduction
Jérémie, chapitres 8 et 9, et nous reprenons la scène là où nous l'avions laissée, sur une vision macabre, dans cette vallée, la vallée de la Géhenne, remplie d'ossements. Et la leçon que vous allez entendre aujourd'hui s'ouvre sur une scène de cauchemar : des tombes profanées.
Et une fois qu'on aura entendu cette scène d'ouverture, alors on pourra entendre la question qui va résonner tout au long du chapitre : pourquoi donc ce peuple persiste-t-il dans son infidélité ? C'est la stupidité humaine. Jérémie pose une question qui résonne encore aujourd'hui : pourquoi est-ce qu'on refuse de changer alors même que tout prouve que vous avez tort ?
Et vous entendrez les comparaisons que Jérémie va faire, des comparaisons issues de la nature. Par exemple, les oiseaux migrateurs. Les oiseaux migrateurs savent quand il faut partir et quand il faut revenir. Mais Juda, non. Il continue tête baissée vers sa propre destruction. « Même la cigogne dans le ciel connaît ses saisons, mais mon peuple ne connaît pas l'ordre du Seigneur. » Il y a plus de sagesse chez les animaux que chez les hommes, parce que les hommes ont choisi de se mentir à eux-mêmes. Les scribes et les prêtres qui manipulent la loi pour tromper le peuple, en disant « Paix ! Paix ! » alors qu'il n'y a pas de paix.
Et là, une fois qu'on aura vraiment posé cette question de la stupidité humaine qui refuse de se convertir, alors vous entendrez le cri de désespoir de Jérémie. C'est extraordinaire : « Oh, si ma tête était une source d'eau et mes yeux une fontaine de larmes, pour que je pleure jour et nuit les morts de la fille de mon peuple. » Jérémie qui pleure et qui pleure, il est épuisé, il n'en peut plus. On pourra dire ce qu'on veut de Jérémie, mais c'est probablement dans ces pages-là que vous avez une des poésies les plus belles de toute la Bible.
Lecture : Jérémie 8-9
En ce temps-là, oracle du Seigneur, on fera sortir de leur tombeau les ossements des rois de Juda et les ossements de ses princes, les ossements des prêtres et les ossements des prophètes, les ossements des habitants de Jérusalem. Et on les étalera devant le soleil, la lune et toute l'armée du ciel, qu'ils ont aimés, servis, suivis, consultés et devant lesquels ils se sont prosternés. Ces ossements ne seront ni recueillis, ni enterrés : ils deviendront du fumier à la surface du sol. Et la mort sera préférable à la vie pour les derniers survivants de cette engeance mauvaise, dans tous les lieux où je les aurai chassés, oracle du Seigneur de l'univers.
Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur. Comme un cheval qui se rue à la guerre… Même la cigogne dans le ciel connaît la saison de ses migrations. La tourterelle, l'hirondelle et la grue respectent le temps de leur venue. Mais mon peuple ne connaît pas l'ordre fixé par le Seigneur.
Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes sages, et la loi du Seigneur est avec nous », alors que le style mensonger des scribes l'a falsifiée ? Les sages sont couverts de honte, consternés, pris au piège, pour avoir méprisé la parole du Seigneur. Quelle est donc leur sagesse ?
C'est pourquoi je donnerai leurs femmes à des étrangers, et leurs champs à de nouveaux maîtres. Du plus petit jusqu'au plus grand, ils sont tous assoiffés de profit. Du prophète jusqu'au prêtre, ils s'adonnent tous au mensonge. Ils traitent à la légère la blessure de la fille de mon peuple en disant : « La paix ! La paix ! » alors qu'il n'y a pas de paix. Par leurs abominations, ils se couvrent de honte, mais ils n'éprouvent pas la moindre honte, ils ne savent plus rougir. Aussi tomberont-ils avec ceux qui tombent, ils trébucheront au temps où ils seront visités, dit le Seigneur.
Avec eux, je vais en finir, oracle du Seigneur. Pas de raisin dans la vigne, pas de figue sur le figuier, le feuillage est flétri. Et eux, je les donnerai aux passants.
Pourquoi restons-nous assis ? Rassemblez-vous ! Entrons dans les villes fortifiées, et là, faisons silence, puisque le Seigneur notre Dieu nous réduit au silence. Il nous abreuve d'eau empoisonnée, car nous avons péché contre lui. Nous attendions la paix, et rien de bon ; le temps du remède, et voici l'épouvante.
Depuis Dan, on entend le souffle des chevaux ; à leur hennissement, au bruit des puissants coursiers, toute la terre tremble. Ils arrivent, ils dévorent le pays et ce qu'il contient, la ville et ses habitants. Oui, voici que je lâche parmi vous des serpents venimeux contre lesquels il n'est pas de charmeur, et ils vous mordront, oracle du Seigneur.
Pas de remède pour mon chagrin, mon cœur gémit sur moi. J'entends la plainte de la fille de mon peuple depuis un pays lointain : « Le Seigneur n'est-il plus en Sion ? Son roi n'est-il plus en elle ? » Pourquoi m'ont-ils offensé avec leurs idoles, ces vanités étrangères ? La moisson est passée, l'été est fini, et nous, nous ne sommes pas sauvés.
À la blessure de la fille de mon peuple, je suis blessé, je suis assombri et la stupeur me saisit. N'y a-t-il pas de baume en Galaad ? N'y a-t-il pas de médecin là-bas ? Pourquoi donc n'est-elle pas guérie, la fille de mon peuple ?
Qui changera ma tête en source d'eau et mes yeux en fontaine de larmes, pour que je pleure jour et nuit les victimes de la fille de mon peuple ?
Qui me donnera un gîte au désert ? Je veux abandonner mon peuple et m'en aller loin d'eux, car ils sont tous adultères, une bande de traîtres. Avec le mensonge, ils arment leur langue comme un arc. Par leur déloyauté, ils sont devenus forts dans le pays, car ils vont de méfait en méfait, mais moi, ils ne me connaissent pas, oracle du Seigneur.
Gardez-vous chacun de votre compagnon, défiez-vous de tout frère, car tout frère ne pense qu'à supplanter, et tout compagnon sème la calomnie. Ils se jouent chacun de son compagnon, ils ne disent pas la vérité, ils exercent leur langue à mentir et à pécher, ils n'ont plus la force de revenir. Violence sur violence, tromperie sur tromperie ! Ils refusent de me connaître, oracle du Seigneur.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur de l'univers : Voici que je vais les épurer, les éprouver. Que faire d'autre avec la fille de mon peuple ? Leur langue est une flèche meurtrière, elle parle pour tromper. Des lèvres, chacun parle de paix à son compagnon, mais en lui-même, il prépare une embuscade. Et je pourrais ne pas sévir contre eux, oracle du Seigneur, ne pas me venger d'une telle nation ?
Sur les montagnes, je vais faire retentir des pleurs et des plaintes, et dans les enclos du désert, une lamentation, car ils sont incendiés : plus personne n'y passe, on n'y entend plus la rumeur des troupeaux. Des oiseaux du ciel jusqu'au bétail, tous ont fui et disparu. Et je ferai de Jérusalem un tas de pierres, un repaire de chacals, et des villes de Juda, un lieu désolé où plus personne n'habitera.
Quel est l'homme assez sage pour comprendre cela ? L'homme à qui le Seigneur a parlé pour qu'il l'annonce : pourquoi le pays est-il perdu, brûlé comme un désert où personne ne passe ?
Le Seigneur dit : Ils ont abandonné ma loi, celle que j'avais mise sous leurs yeux. Ils n'ont pas écouté ma voix, ils n'ont pas marché selon ma loi. Ils ont marché suivant les penchants de leur cœur endurci, à la suite des Baals que leur ont fait connaître leurs pères.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Je vais nourrir ce peuple d'absinthe et l'abreuver d'eau empoisonnée. Je le disperserai parmi des nations qu'ils n'ont pas connues, ni eux, ni leurs pères, et je les poursuivrai de l'épée jusqu'à en finir avec eux.
Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Réfléchissez ! Appelez les pleureuses, qu'elles viennent ! Allez chercher les plus habiles, qu'elles viennent, qu'elles se hâtent, et qu'elles entonnent sur nous une plainte, que nos yeux ruissellent de larmes, que nos paupières soient noyées de pleurs.
Oui, on entend depuis Sion les accents d'une plainte : « Comment sommes-nous dévastés, accablés de honte, car nous avons abandonné le pays, et ils ont abattu nos demeures ! »
Femmes, écoutez donc la parole du Seigneur, que vos oreilles saisissent la parole de sa bouche. Apprenez à vos filles cette plainte, et cette lamentation, chacune à sa compagne. Car elle monte par nos fenêtres, la mort, elle pénètre dans nos citadelles, elle fauche l'enfant dans les rues, et les jeunes gens sur les places. Parle ! Voici l'oracle du Seigneur : Des cadavres d'hommes tombent comme du fumier à la surface des champs, comme des gerbes derrière un moissonneur, et personne qui les ramasse.
Ainsi parle le Seigneur : Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le fort ne se vante pas de sa force, que le riche ne se vante pas de sa richesse. Mais celui qui se vante, qu'il se vante plutôt de ceci : avoir de l'intelligence pour me connaître, moi, le Seigneur, qui exerce sur la terre la fidélité, le droit et la justice. Oui, c'est en cela que je me plais, oracle du Seigneur.
Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je châtierai tout homme circoncis dans sa chair : en Égypte et en Juda, en Édom et chez les fils d'Ammon, en Moab et chez les hommes aux tempes rasées qui habitent le désert. Car toutes ces nations sont des incirconcis, comme toute la maison d'Israël : des incirconcis de cœur.
Commentaire
Je reprends un instant la vision macabre par laquelle s'ouvrait ce chapitre : la vallée de la Géhenne, avec des tombes, des tombeaux retournés, et les ossements des rois, des prêtres, des prophètes, du peuple, mis à nu. Verset 2 :
Ils seront étendus devant le soleil, la lune et toute l'armée des cieux, qu'ils ont aimés, servis, suivis, recherchés et adorés.
Je ne sais pas si tout le monde a bien compris. Le soleil, la lune et les étoiles, ce sont ces divinités babyloniennes auxquelles les Israélites avaient offert leurs enfants en sacrifice. Et quand Dieu prend les tombeaux des rois, des prêtres, des prophètes, du peuple, et qu'il les évente pour offrir leurs ossements, c'est en fait Dieu qui mène jusqu'au bout la logique sacrificielle. « Ah, vous avez voulu adorer des dieux, des divinités, des astres, des étoiles, en leur offrant vos fils ? Eh bien voilà, vous qui vouliez avec eux l'éternité : je prends vos ossements et, dans la vie après la mort, je les offre à ces divinités macabres. » Le châtiment de ce peuple, c'est Dieu qui prend à la lettre le culte qui revient de droit à ces divinités macabres.
Sachant que cette scène se passe dans la vallée de la Géhenne, qui, dans l'imaginaire biblique, est la porte d'entrée des enfers — c'est ce que dira Jésus lui-même —, cette offrande funèbre qui poursuit les Israélites par-delà la mort, avec leurs ossements exposés, c'est vraiment la phrase de Jésus dans l'Évangile selon saint Jean : il y aura la résurrection ; pour les uns, ce sera la vie, et pour les autres, le jugement. Cette scène-là, ça fait réfléchir sur ce qu'est l'enfer, l'enfer et la damnation.
Nous terminons par une prière, en reprenant ces derniers versets que vous avez entendus : « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse… »
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-moi de ne pas être stupide. Donne-moi de savoir quand je dois revenir, quand je dois reconnaître mes erreurs, quand je dois arrêter de m'obstiner dans des impasses où je vais finir par me détruire, que ce soit au travail ou dans ma famille. Seigneur, apprends-moi à demander pardon.
Amen.
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