Jour 159 ☼ — Fin du cycle d’Élisée : un goût d’échec ?
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 12 et 13 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit le règne de Joas à Jérusalem, occupé à restaurer le Temple, puis ceux de Joakaz et de Joas au royaume du Nord, avant la mort d'Élisée. Le commentaire dresse le bilan des deux réformes religieuses héritées de Jéhou et de Joïada : un clergé qui détourne l'argent au sud, un roi qui pille le Temple qu'il vient de restaurer, un poteau sacré toujours debout à Samarie au nord, et une guerre fratricide entre les deux royaumes. Le cycle d'Élisée s'achève sur un signe mal compris et des miracles posthumes, et le mouvement prophétique disparaît du récit sans qu'on sache s'il a triomphé ou échoué.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Alors, maintenant que les gentils ont le pouvoir, si je puis dire, qu'est-ce qui va se passer ? C'est le moment où tout va se jouer.
Deuxième livre des Rois, chapitre 12 et chapitre 13. Au cours de ces deux chapitres, il sera question des deux rois qui héritent de cette réforme religieuse. Chapitre 12, on parlera de cette réforme religieuse dans le sud, en Juda, avec le roi Joas, dont on a vu comment il était parvenu au trône. Et ensuite on retournera, au chapitre 13, au nord, avec Joakaz, le fils de Jéhou. Et on verra comment est-ce que lui aussi il s'en sort. On se retrouve après la lecture pour faire le bilan.
Lecture : 2 Rois 12-13
C'est la septième année du règne de Jéhou que Joas devint roi, et il régna quarante ans à Jérusalem. Le nom de sa mère était Sivya, et elle était de Bershéba.
Joas fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur, pendant tout le temps que le prêtre Joïada lui donna son instruction. Cependant, les lieux sacrés ne disparurent pas : le peuple y offrait encore des sacrifices et y brûlait de l'encens.
Joas dit aux prêtres : « Tout l'argent consacré que l'on apporte dans la maison du Seigneur, l'argent liquide de chacun, l'argent de la taxe personnelle, et tout l'argent que chacun voudra bien apporter à la maison du Seigneur, les prêtres le recevront, chacun de la part des gens de sa connaissance. Ce sont eux qui feront réparer les dégradations de la maison, partout où ce sera nécessaire. »
Mais la vingt-troisième année du règne de Joas, les prêtres n'avaient pas encore réparé les dégradations de la maison du Seigneur. Le roi Joas convoqua le prêtre Joïada et les autres prêtres. Il leur dit : « Pourquoi ne réparez-vous pas les dégradations de la maison ? Désormais, ne prenez plus pour vous l'argent de ceux que vous connaissez, mais donnez-le pour les dégradations de la maison. »
Les prêtres consentirent à ne plus recevoir d'argent de la part du peuple, et à ne plus se charger de réparer les dégradations de la maison. Le prêtre Joïada prit un coffre, perça une ouverture dans le couvercle, et le plaça à côté de l'autel, à droite quand on entre dans la maison du Seigneur. Les prêtres gardiens du seuil y déposaient tout l'argent que l'on apportait à la maison du Seigneur.
Quand ils voyaient qu'il y avait beaucoup d'argent dans le coffre, le secrétaire du roi montait avec le grand prêtre, et ils ramassaient et comptaient l'argent qui se trouvait dans la maison du Seigneur. On remettait l'argent contrôlé entre les mains des maîtres d'œuvre préposés à la maison du Seigneur. Cet argent, ils le dépensaient pour les charpentiers et les ouvriers du bâtiment qui travaillaient à la maison du Seigneur, et aussi pour les maçons et les tailleurs de pierres, ainsi que pour acheter le bois et les pierres de taille, en vue de réparer les dégradations de la maison du Seigneur. En un mot, tout ce qui devait être dépensé pour réparer la maison.
Toutefois, on ne fabriqua pas pour la maison du Seigneur des récipients en argent, pas davantage des ciseaux, ni des coupes à aspersion, ni des trompettes, ni aucun ustensile d'or, aucun ustensile d'argent, avec l'argent qu'on apportait à la maison du Seigneur. Car on le donnait aux maîtres d'œuvre qui l'utilisaient pour réparer la maison du Seigneur. On ne demandait pas de comptes aux hommes entre les mains desquels on remettait l'argent pour le distribuer aux maîtres d'œuvre, car ils agissaient avec honnêteté. L'argent des sacrifices d'expiation et l'argent des sacrifices pour les péchés, on ne l'apportait pas à la maison du Seigneur : il était pour les prêtres.
Alors Hazaël, roi d'Aram, monta contre Gath. Il l'attaqua et s'en empara. Puis Hazaël se disposa à monter contre Jérusalem. Joas, roi de Juda, prit tous les objets consacrés, ceux qu'avaient consacrés Josaphat, Joram et Ocozias, ses pères, les rois de Juda, et ceux qu'il avait lui-même consacrés, ainsi que tout l'or qui se trouvait dans les trésors de la maison du Seigneur et de la maison du roi. Il envoya le tout à Hazaël, roi d'Aram, et celui-ci renonça à monter contre Jérusalem.
Le reste des actions de Joas et tout ce qu'il a fait, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois de Juda ? Ses serviteurs se soulevèrent. Ils tramèrent un complot et frappèrent Joas à Beth-Millo, alors qu'il descendait vers Silla. Yozakar, fils de Shimeath, et Yehozabad, fils de Shomer, ses serviteurs, le frappèrent, et il mourut. On l'ensevelit avec ses pères dans la cité de David. Son fils Amasias régna à sa place.
La vingt-troisième année du règne de Joas, fils d'Ocozias, roi de Juda, Joakaz, fils de Jéhou, devint roi sur Israël, à Samarie. Il régna dix-sept ans. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Il imita les péchés que Jéroboam, fils de Nebath, avait fait commettre à Israël. Il ne s'en écarta pas.
La colère du Seigneur s'enflamma contre Israël. Il les livra aux mains de Hazaël, roi d'Aram, et aux mains de Ben-Hadad, fils de Hazaël, tout le temps de son règne. Joakaz apaisa le visage du Seigneur, et le Seigneur l'entendit, car il avait vu l'oppression d'Israël : en effet, le roi d'Aram les opprimait. Alors le Seigneur donna à Israël un sauveur, qui les soustrait à la main d'Aram, et les fils d'Israël habitèrent sous leurs tentes comme auparavant.
Toutefois, ils ne s'écartèrent pas des péchés que la maison de Jéroboam avait fait commettre à Israël. Ils y persistèrent. Et même le poteau sacré resta debout à Samarie.
C'est pourquoi ne furent laissés comme troupes à Joakaz que cinquante cavaliers, dix chars et dix mille hommes de pied. Car le roi d'Aram avait fait périr les autres et les avait réduits en poussière qu'on foule aux pieds.
Le reste des actions de Joakaz et tout ce qu'il a fait, ainsi que sa bravoure, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois d'Israël ? Joakaz reposa avec ses pères et on l'ensevelit à Samarie. Son fils Joas régna à sa place.
La trente-septième année du règne de Joas, roi de Juda, Joas, fils de Joakaz, devint roi sur Israël à Samarie, pour seize ans. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Il ne s'écarta d'aucun des péchés que Jéroboam, fils de Nebath, avait fait commettre à Israël. Il persista dans cette conduite.
Le reste des actions de Joas et tout ce qu'il a fait, ainsi que la bravoure avec laquelle il combattit Amasias, roi de Juda, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois d'Israël ? Joas reposa avec ses pères et Jéroboam s'assit sur son trône. Joas fut enseveli à Samarie avec les rois d'Israël.
Élisée tomba malade de la maladie dont il devait mourir. Joas, roi d'Israël, descendit chez lui et pleura sur lui. Il disait : « Mon père, mon père, char d'Israël et ses cavaliers ! »
Élisée lui dit : « Prends un arc et des flèches ! » Et il prit un arc et des flèches. Élisée dit au roi d'Israël : « Tends l'arc ! » Et il le tendit. Élisée mit alors ses mains sur les mains du roi. Puis il dit : « Ouvre la fenêtre qui donne sur l'orient ! » Il l'ouvrit. Élisée dit alors : « Tire ! » Et il tira. Élisée prononça : « Flèche de victoire pour le Seigneur ! Flèche de victoire contre Aram ! Tu frapperas Aram à Afek, jusqu'à extermination ! »
Puis il dit : « Prends des flèches ! » Et il les prit. Il dit alors au roi d'Israël : « Frappe contre terre ! » Et il frappa trois fois, puis s'arrêta. L'homme de Dieu s'irrita contre lui et lui dit : « Il fallait frapper cinq ou six fois ! Et tu aurais frappé Aram jusqu'à extermination ! Mais maintenant, tu ne le frapperas que trois fois ! »
Élisée mourut et on l'ensevelit. Or, chaque année, des bandes venant de Moab pénétraient dans la région. Il advint que des gens qui portaient un homme en terre aperçurent une de ces bandes. Ils jetèrent l'homme dans la tombe d'Élisée et partirent. Dès que l'homme eut touché les ossements d'Élisée, il reprit vie et se dressa sur ses pieds.
Hazaël, roi d'Aram, avait opprimé les Israélites tout le temps de Joakaz. Mais le Seigneur leur fit grâce et les prit en pitié. Il se tourna vers eux à cause de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Il ne voulut pas les détruire. Jusqu'à présent, il ne les avait pas rejetés loin de sa face.
Hazaël, roi d'Aram, mourut, et son fils Ben-Hadad régna à sa place. Alors Joas, fils de Joakaz, reprit des mains de Ben-Hadad, fils de Hazaël, les villes que Hazaël avait enlevées par les armes des mains de Joakaz, son père. Joas frappa Ben-Hadad trois fois et recouvra les villes d'Israël.
Commentaire
Bon, bilan mitigé !
Joas, commençons par lui, chapitre 12. Joas le roi s'efforce de restaurer le Temple. On enlève les idoles du Temple de Jérusalem, et puis ensuite il faut réparer tous les murs qui sont effondrés, etc. Sauf qu'au bout de vingt-trois ans, le texte vous dit : ça n'a toujours pas avancé. On se dit : il est parti où, l'argent ? On a la réponse au verset 8 :
Le roi Joas convoqua le prêtre Joïada et les autres prêtres. Il leur dit : « Pourquoi ne réparez-vous pas les dégradations de la maison ? Désormais, ne prenez plus pour vous l'argent de ceux que vous connaissez. »
Ça veut dire que les prêtres faisaient des détournements de fonds. Ça vous montre un clergé qui est corrompu, à l'exception du grand prêtre Joïada.
On se dit : au moins il y a le roi, et il y a Joïada, ça fait toujours ça de pris. Sauf que le roi, regardez : il fait une guerre contre les Araméens, il est en train de perdre la guerre, et plutôt que de demander qu'on prie pour lui et qu'on offre des sacrifices — il vient de restaurer le Temple ! — tout de suite, son premier réflexe, ce n'est pas de consulter le prêtre ou le prophète, c'est de piller le Temple pour enlever les richesses qu'il vient d'y mettre à l'intérieur et les offrir au roi d'Aram. Ah, c'était bien la peine de le restaurer, ce Temple !
Finalement, Joas meurt d'une conspiration. C'est pas très bien. Dans le livre des Chroniques, on vous présentera le roi Joas comme étant paranoïaque à la fin de sa vie. Bref, la réforme religieuse qui a démarré à grands coups de fanfare dans le sud, eh bien manifestement, il faut en prendre, il faut en laisser.
Alors du coup, allons voir au nord. Est-ce que c'est mieux ? Bon, au nord, on apprend quoi ? On apprend qu'à Samarie, qui est quand même la capitale du royaume du Nord, il y a un poteau sacré qui est resté pour le culte d'Ashéra. Verset 6 :
Toutefois, ils ne s'écartèrent pas des péchés que la maison de Jéroboam avait fait commettre à Israël — les sanctuaires de Dan et de Béthel. Ils y persistèrent, le veau sacré, et même le poteau sacré resta debout à Samarie.
On vient de vous expliquer que Jéhou avait fait une réforme religieuse pour chasser le culte du dieu Baal et rétablir le culte du Dieu Yahvé. Alors on pourrait quand même espérer qu'à Samarie, la grande capitale, il y ait autre chose comme monument religieux principal qu'un poteau païen pour Ashéra — sachant qu'un poteau, c'est probablement un symbole phallique, et qu'Ashéra, c'est probablement la déesse parèdre de Yahvé.
Ensuite, on apprend qu'il y a une guerre avec Juda qui arrive. On aurait quand même pu espérer que la réforme religieuse conjointe des deux royaumes finisse par les rabibocher. C'est le contraire qui se passe.
Et on termine avec une anecdote bizarre. Avec Élisée : c'est la dernière fois qu'on voit non seulement Élisée, mais un prophète. On vous dit qu'Élisée est malade et qu'il va mourir. Un prophète, c'est pas malade. Quand on vous dit qu'Élisée est malade, ça veut dire que la réforme religieuse qu'il a instaurée est malade.
Et alors il y a cette histoire avec les flèches qu'il faut frapper par terre. Le roi tape simplement trois fois, et Élisée dit : mais qu'est-ce que tu viens de faire là ? Il fallait taper plus. Vous allez me dire : oui, mais il ne savait pas. Excusez-moi, le signe n'était pas bien difficile à décrypter.
Et Élisée meurt. Alors oui, il y a des miracles sur sa tombe. Mais vous savez, les prophètes qu'on n'a pas honorés de leur vivant, c'est facile de faire des miracles une fois qu'ils sont morts. C'est un symbole de résurrection. En attendant, ça n'empêchera pas l'exil, cette affaire.
Et c'est ainsi que s'achève le cycle d'Élisée. On n'entendra plus parler des prophètes, ils auront disparu. Est-ce que c'est en bonne part, parce que le mouvement prophétique initié par Élie et Élisée a abouti, et que maintenant ils sont écoutés à la cour des rois ? Ou au contraire parce que ce à quoi ils ont abouti est tellement décevant que ça ne vaut plus trop la peine d'en parler ?
Bon, j'ai été un peu long, mais je pense que ça valait le coup, parce que c'est le moment crucial du deuxième livre des Rois. Je ressors mon joker : les psaumes seront à la fin du deuxième épisode.
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