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Jour 160 ☾ — Quand Dieu reprend son prophète par amour

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 14 et 15 de Jérémie : l'oracle sur la grande sécheresse, la dénonciation des faux prophètes qui annoncent la paix, les quatre fléaux, puis les lamentations du prophète qui maudit le jour de sa naissance. Le commentaire s'attarde sur le verset 15,19 — « si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi » — pour montrer que Jérémie avait en réalité démissionné, et que Dieu le reprend avec fermeté et tendresse. Il invite à séparer le précieux (l'appel à la repentance) du méprisable (les lamentations sans fin), promesse à la clé : devenir la bouche même de Dieu, comme Jésus, insulté, qui ne rendait pas l'insulte.

Introduction

Nous sommes toujours dans cette partie du livre de Jérémie, plus biographique, où, en même temps que le prophète délivre des oracles contre Juda, il doit aussi faire face aux complots qui arrivent. Et toujours le dialogue qui continue entre le prophète et Dieu, où le prophète halluciné découvre en quoi consiste réellement le métier de prophète.

C'est un nouvel oracle, puisque formellement il est inscrit par « parole du Seigneur qui fut adressée à Jérémie à propos de la grande sécheresse ». Et vous allez voir comment, au début, ça commence par un oracle général contre Jérusalem, mais c'est comme si le cœur n'y était plus et que maintenant il fallait vraiment faire attention. On passait autant de temps à prophétiser, dorénavant, qu'à essayer de se protéger. Jérémie découvre en quoi consiste le métier de prophète : ce n'est pas dit qu'il ait signé pour ça au début. Chapitre 15, verset 10 : « C'est pour mon malheur, ô ma mère, que tu m'as enfanté. »

Jérémie, chapitres 14 et 15.

Lecture : Jérémie 14-15

Parole du Seigneur qui fut adressée à Jérémie à propos de la grande sécheresse.

Juda est en deuil, aux portes de ses villes on dépérit, on s'assombrit, on est atterré, tandis que monte la clameur de Jérusalem. Les puissants envoient les petites gens chercher de l'eau. Arrivés au réservoir, ils n'y trouvent pas d'eau. Alors ils reviennent avec leurs récipients vides, honteux et confus, ils se voilent la tête. À cause du sol crevassé, faute de pluie sur la terre, les laboureurs honteux se voilent la tête. Oui, dans la campagne, même la biche qui met bas abandonne son petit, faute de verdure. Et les ânes sauvages se tiennent sur les hauteurs. Ils aspirent le vent comme des chacals, et leurs yeux s'épuisent à chercher une herbe absente.

Si nos fautes parlent contre nous, agis, Seigneur, à cause de ton nom. Oui, nos infidélités se sont multipliées, contre toi nous avons péché. Espoir d'Israël, toi qui le sauves au temps de l'angoisse, pourquoi serais-tu comme un immigré dans le pays, comme un voyageur qui fait un détour pour la nuit ? Pourquoi serais-tu comme un homme abasourdi, comme un guerrier qui ne peut sauver ? Toi, Seigneur, tu es au milieu de nous. Ton nom est invoqué sur nous. Ne nous délaisse pas.

Ainsi parle le Seigneur au sujet de ce peuple : Assurément, ils aiment s'agiter, ils n'épargnent pas leurs pas. Mais le Seigneur ne se complaît pas en eux. À présent, il se souvient de leurs fautes et va châtier leurs péchés.

Le Seigneur me dit : « N'intercède pas pour le bien de ce peuple. S'ils jeûnent, je n'écouterai pas leurs supplications. S'ils font monter vers moi holocaustes et offrandes, je ne me complairai pas en eux. Oui, je vais les exterminer par l'épée, la famine et la peste. »

Et je dis : « Ah, Seigneur mon Dieu, voici pourtant que les prophètes leur disent : “Non, vous ne verrez pas l'épée, et pour vous il n'y aura pas de famine, mais je vous donnerai en ce lieu une paix véritable.” »

Alors le Seigneur me dit : « C'est le mensonge que ces prophètes prophétisent en mon nom. Je ne les ai pas envoyés, je ne leur ai pas donné d'ordre, je ne leur ai pas parlé. Vision mensongère, divination, ineptie et tromperie de leur cœur : voilà ce qu'ils prophétisent. C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : les prophètes qui prophétisent en mon nom alors que moi je ne les ai pas envoyés, eux qui disent : “Il n'y aura ni épée ni famine dans ce pays”, ces prophètes-là périront par l'épée et la famine. Quant aux gens du pays à qui ils prophétisent, ils seront jetés dans les rues de Jérusalem, victimes de la famine et de l'épée, et ils n'auront personne pour les enterrer, eux et leurs femmes, leurs fils et leurs filles. Et je déverserai sur eux leur méchanceté.

Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes, nuit et jour, sans s'arrêter. Elle est blessée d'une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d'une plaie profonde. Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l'épée. Si j'entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prêtre, même le prophète parcourt le pays sans comprendre. »

As-tu donc rejeté Juda ? Es-tu pris de dégoût pour Sion ? Pourquoi nous frapper sans remède ? Nous attendions la paix, et rien de bon. Le temps du remède, et voici l'épouvante. Seigneur, nous connaissons notre révolte, la faute de nos pères. Oui, nous avons péché contre toi. À cause de ton nom, ne méprise pas, n'humilie pas le trône de ta gloire. Rappelle-toi, ne romps pas ton alliance avec nous. Parmi les idoles des nations, en est-il qui fasse pleuvoir ? Est-ce le ciel qui nous donnera les pluies ? N'est-ce pas toi, Seigneur notre Dieu ? Nous espérons en toi, car c'est toi qui as fait tout cela.

Le Seigneur me dit : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant moi, je n'aurais pas d'égard pour ce peuple. Renvoie-les loin de moi, qu'ils s'en aillent. Et quand ils te diront : “Où irons-nous ?”, tu leur répondras : Ainsi parle le Seigneur : qui est pour la mort, qu'il aille à la mort ; qui est pour l'épée, qu'il aille à l'épée ; qui est pour la famine, à la famine ; et qui est pour la captivité, à la captivité. Je leur imposerai quatre fléaux — oracle du Seigneur : l'épée pour tuer, les chiens pour déchirer, les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre pour dévorer, pour détruire. Et je ferai d'eux un objet de stupeur pour tous les royaumes de la terre, à cause de Manassé, fils d'Ézéchias, roi de Juda, et de ce qu'il a fait à Jérusalem.

Qui donc aura compassion de toi, Jérusalem ? Qui aura pour toi un geste de pitié ? Qui fera un détour pour demander de tes nouvelles ? Toi, tu m'as délaissé — oracle du Seigneur. Tu t'en vas en me tournant le dos. Alors j'ai étendu la main contre toi pour te détruire. Je suis las de t'épargner. Je les ai vannés avec un van aux portes du pays. J'ai fait périr mon peuple, je l'ai privé d'enfants, mais ils ne sont pas revenus de leur chemin. J'ai fait que leurs veuves soient nombreuses, plus que le sable au bord des mers. J'ai fait venir le dévastateur en plein midi sur la mère du jeune guerrier. J'ai fait tomber sur elle, à l'improviste, la panique et la peur. Elle dépérit, celle qui enfanta sept fois. Elle est à bout de souffle. Son soleil s'est couché avant la fin du jour. Elle pâlit de honte. Et ceux qui restent, je vais les livrer à l'épée devant leurs ennemis — oracle du Seigneur. »

C'est pour mon malheur, ô ma mère, que tu m'as enfanté, homme de querelles et de disputes pour tout le pays. Je ne suis ni le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit.

Le Seigneur dit : « Ne t'ai-je pas libéré pour ton bien ? N'ai-je pas fait que l'ennemi te supplie au temps du malheur, au temps de l'angoisse ? Le fer brisera-t-il le fer qui vient du nord, et le bronze ? Ta richesse, tes trésors, je les livrerai en butin, sans contrepartie, à cause de tous les péchés que tu commets sur l'ensemble de ton territoire. Je t'asservirai à tes ennemis dans un pays que tu ne connais pas. Car le feu de ma colère s'est allumé, il brûlera contre vous. »

Seigneur, toi qui sais, souviens-toi de moi et visite-moi. Venge-moi de mes persécuteurs. Ne me rends pas victime de la lenteur de ta colère. Tu le sais, à cause de toi je supporte l'insulte. Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais. Elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que le nom du Seigneur était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l'univers. Jamais je ne me suis assis dans le cercle des moqueurs pour m'y divertir. Sous le poids de ta main, je me suis assis à l'écart, parce que tu m'as rempli d'indignation. Pourquoi ma souffrance est-elle maintenant sans fin, ma blessure incurable, refusant la guérison ? Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ?

Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur : « Si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche. C'est eux qui reviendront vers toi, et non pas toi qui reviendras vers eux. Je fais de toi, pour ce peuple, un rempart de bronze infranchissable. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis le Seigneur, je suis avec toi pour te sauver et te délivrer — oracle du Seigneur. Je te délivrerai de la main des méchants, je t'affranchirai de la poigne des puissants. »

Commentaire

Alors ça, les enfants, ça fait partie de ces versets qui s'offrent à vous comme des énigmes, mais quand vous arrivez à craquer l'énigme, vous découvrez un trésor. C'était le verset 19 :

Voilà pourquoi ainsi parle le Seigneur : « Si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. »

On écoute ça, on se dit : oui, bon, très bien, voilà quoi. Mais la question, c'est : à qui Dieu parle ? « Si tu reviens » — là, il le dit à qui ? Eh bien, il le dit à Jérémie. « Voilà pourquoi ainsi parle le Seigneur à Jérémie : si, Jérémie, tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. »

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en ce moment, Jérémie n'est pas en train de faire son service. Jérémie a démissionné. C'est-à-dire que c'est comme si Jérémie était en train de bouder : à force de se lamenter, l'amertume, la peur étaient en train de le gagner. Il clôt la bouche, il n'ose plus parler. Soit qu'il en veuille à Dieu, soit qu'il ait peur pour sa vie. Mais en tout cas, il a arrêté. C'est ça, ce que ça veut dire.

Et Dieu lui dit : si tu reviens, si tu arrêtes de te plaindre, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. « Et si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable » — le précieux, c'est l'appel à la repentance ; ce qui est méprisable, ce sont les lamentations sans fin de Jérémie. On comprend qu'il ait peur pour sa vie, mais même là, il doit y avoir une fin. C'est dur à entendre. Dieu, parfois, peut être dur.

Mais quand même : si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, regarde la récompense — « tu seras comme ma propre bouche ». Jérémie, tu seras la bouche de Dieu. « Et c'est eux qui reviendront vers toi, ce n'est pas toi qui reviendras vers eux. » Ça veut dire : ce n'est pas toi qui feras le prophète comme si, par démagogie, tu voulais retourner voir le peuple. C'est le peuple qui, tout d'un coup, va comprendre, va trouver que ce que tu dis est magnifique, se convertira et sera comme attiré par toi.

C'est exactement ce qui s'est passé avec Jésus. Il y avait dans Jésus la même crise, les mêmes dénonciations, les mêmes complots, mais il n'y avait pas ces lamentations. Et quand je dis ça, ce n'est pas pour critiquer Jérémie, parce que je fais trois fois pire, avec deux fois moins de complots. Donc vraiment, je ne critique pas Jérémie. Mais si Jérémie avait enlevé ce qu'il pouvait y avoir de méprisable dans son attitude, pour regarder ce qu'il y avait de précieux, dans ce cas-là il serait devenu la bouche elle-même de Dieu. Il serait devenu LA parole de Dieu.

Et c'est ce qui va se passer avec Jésus qui, insulté, ne rendit pas l'insulte — ce qui faisait qu'il était beau. C'est séduisant. On voit Jésus au milieu des complots, et c'est à lui qu'on a envie de ressembler. Et c'est peut-être ça qui manquait à ces prophètes : ils n'avaient pas le charme pour attirer à eux les gens autrement que par la repentance. Jésus prêche la repentance par la grâce, et eux par la colère. Au final, il y en a un qui apportait plus de fruits que l'autre. Là aussi, il y a une leçon.

Nous terminons par une prière. En guise de prière, nous reprenons le verset 16, qui est souvent cité pour montrer les joies de l'homme qui médite la Bible. On l'utilise quand on apprend la Lectio divina, quand on est moine : « Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais, elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur. »

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te demandons qu'à travers la fatigue, à travers la lassitude, à travers l'épuisement, les lamentations et les gémissements de l'homme de Dieu qui n'en peut plus, et qui parfois se complaît dans son propre malheur, nous te demandons, Seigneur, la grâce de pouvoir retrouver la joie qui était la nôtre quand nous t'avons rencontré, le premier amour quand nous t'avons découvert, l'élan de notre cœur quand il commençait à prier pour la première fois, et toi, Seigneur, qui venais en notre âme pour y faire ta demeure.

Seigneur, quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais, elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur.

Rends-nous, Seigneur, cette joie et ce délice, pour que nous puissions à nouveau reprendre notre service auprès de toi et devenir ta bouche, Seigneur.


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