Jour 170 ☼ — D'alliances ratées en exil annoncé
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 23 et le chapitre 24 du deuxième livre des Rois : la succession accélérée de Joachaz, Joachim, Jéconias et Sédécias, la mainmise égyptienne puis babylonienne, et enfin la première déportation de Jérusalem à Babylone. Le commentaire éclaire ces désastres par l'archéologie : en 609, l'Égypte ne montait pas achever l'Assyrie mais la sauver face à Babylone, et Josias, en s'y opposant à Meguiddo, a fait perdre à Juda toute autonomie diplomatique. Le frère montre comment les intrigues de la cour, lues en parallèle dans Jérémie, expliquent cette suite d'erreurs politiques, et rappelle la difficulté réelle du discernement en politique. L'épisode se termine par le psaume de la fraternité.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous avions assisté hier à la fin du règne de Josias et à la manière dont il avait trouvé la mort à la bataille de Meguiddo. Et je vous disais la dernière fois qu'avec cette bataille perdue, Juda avait tout perdu. L'armée avait été mise en déroute par les Égyptiens, que personne n'avait vu venir, parce que les Égyptiens, normalement, c'était un empire qui était fini. Ils vont mettre à la place de Josias un roi qui leur obéira, un roi vassal, un roi à leurs bottes. Et écoutez ce que cela donne. Deuxième livre des Rois, fin du chapitre 23 et chapitre 24.
Lecture : 2 Rois 23–24
Joachaz avait vingt-trois ans lorsqu'il devint roi et il régna trois mois à Jérusalem. Sa mère s'appelait Hamoutal, fille de Jérémie. Elle était de Libna. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, tout comme avaient fait ses pères.
Le pharaon Nékao le mit aux fers à Ribla, au pays de Hamath, pour qu'il ne règne plus à Jérusalem, et il imposa au pays un tribut de cent talents d'argent et d'un talent d'or.
Le pharaon Nékao fit roi Éliakim, fils de Josias, à la place de Josias son père, et il changea son nom en celui de Joachim. Quant à Joachaz, il le prit et l'emmena en Égypte, où celui-ci mourut.
L'argent et l'or, Joachim les livra au Pharaon. Pour fournir la somme exigée par Pharaon, il taxa le pays. Il exigea des gens du pays un impôt d'argent et d'or, chacun selon sa fortune, pour le donner au pharaon Nékao.
Joachim avait vingt-cinq ans lorsqu'il devint roi et il régna onze ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Zebida, fille de Pedaya. Elle était de Rouma. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, tout comme avaient fait ses pères.
Au temps de Joachim, Nabuchodonosor, roi de Babylone, se mit en campagne. Joachim lui fut assujetti pendant trois ans. Puis, changeant d'attitude, il se révolta contre lui.
Le Seigneur envoya contre Joachim des bandes de Chaldéens et des bandes d'Araméens. Il les envoya contre Juda pour l'anéantir, conformément à la parole que le Seigneur avait prononcée par l'intermédiaire de ses serviteurs les prophètes.
Cela se produisit en Juda uniquement par ordre du Seigneur, qui voulait l'écarter loin de sa face, à cause des péchés de Manassé, en tout ce qu'il avait fait. De même, le Seigneur ne voulut pas lui pardonner pour le sang innocent qu'il avait répandu, celui dont il avait rempli Jérusalem.
Le reste des actions de Joachim, tout ce qu'il a fait, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois de Juda ? Joachim reposa avec ses pères. Son fils Jéconias régna à sa place.
Désormais, le roi d'Égypte ne sortit plus de son pays, car le roi de Babylone occupait tout ce qui appartenait au roi d'Égypte, depuis le torrent d'Égypte jusqu'à l'Euphrate.
Jéconias avait dix-huit ans lorsqu'il devint roi et il régna trois mois à Jérusalem. Sa mère s'appelait Nehoushta, fille d'Elnathan. Elle était de Jérusalem. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, tout comme avait fait son père.
En ce temps-là, les troupes de Nabuchodonosor, roi de Babylone, montèrent contre Jérusalem, et la ville fut assiégée. Le roi de Babylone vint en personne devant la ville que son armée assiégeait.
Alors Jéconias, roi de Juda, avec sa mère, ses serviteurs, ses officiers et ses dignitaires, se rendirent au roi de Babylone, qui les fit prisonniers. C'était en la huitième année du règne de Nabuchodonosor.
Celui-ci emporta tous les trésors de la maison du Seigneur avec ceux de la maison du roi. Il brisa tous les objets en or que Salomon, roi d'Israël, avait fait faire pour le temple. Tout cela, le Seigneur l'avait annoncé.
Nabuchodonosor déporta tout Jérusalem, tous les officiers et tous les vaillants guerriers, soit dix mille hommes, sans compter tous les artisans et forgerons. On ne laissa sur place que la population la plus pauvre.
Le roi Jéconias fut déporté à Babylone, avec la reine mère, les épouses royales, les dignitaires, l'élite du pays. Tous partirent en exil de Jérusalem à Babylone. Tous les soldats, au nombre de sept mille, les artisans et les forgerons, au nombre de mille, tous ceux qui pouvaient combattre, tous furent déportés à Babylone par le roi Nabuchodonosor.
Celui-ci fit roi à la place de Jéconias son oncle Mattania, dont il changea le nom en celui de Sédécias. Sédécias avait vingt et un ans lorsqu'il devint roi et il régna onze ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Hamoutal, fille de Jérémie. Elle était de Libna. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, tout comme avait fait Joachim.
C'est à cause de la colère du Seigneur qu'il en fut ainsi à Jérusalem et en Juda, jusqu'à ce qu'il les rejette loin de sa face. Mais Sédécias se révolta contre le roi de Babylone.
Commentaire
Reprenons. Depuis la bataille de Meguiddo, Juda est devenu un protectorat égyptien. Ils ont perdu leur diplomatie étrangère, ce qui les a mis en porte-à-faux avec l'Empire babylonien. Et comme si ça ne suffisait pas, après, ils ont systématiquement misé sur le mauvais cheval, protégeant à contretemps les Égyptiens et choisissant de se révolter contre les Babyloniens alors que l'heure de la révolte avait sonné depuis bien longtemps. Ce qui fait que, vous l'avez entendu : premier exil. Parce que oui, il y en aura deux.
Le royaume d'Israël au nord, souvenez-vous, avait subi deux exils successifs de la part de l'Empire assyrien. C'est au bout du deuxième qu'il s'était totalement effondré. Ça, ça veut dire que si Juda ne se reprend pas, il y aura un deuxième exil, qui sera, celui-là, beaucoup plus destructeur. Il y avait moyen de savoir ce qui allait se passer. Dieu n'a pris personne en traître.
Alors, vu l'importance de l'Égypte, et comment ça a brouillé les cartes avec la diplomatie babylonienne, ça vaut peut-être le coup de reprendre son entrée en scène lors de la bataille de Meguiddo, dont on a tant parlé au chapitre précédent et duquel tout découle. La bataille de Meguiddo, vous disait le texte, c'était le roi d'Égypte qui était monté vers les Assyriens, et Josias s'était opposé à l'Égypte. À lire ce texte, on avait l'impression que Josias avait voulu s'allier à l'Empire assyrien et le protéger en s'opposant au roi d'Égypte qui montait contre lui. C'est un peu bizarre, parce que quand même, l'Empire assyrien, c'est l'ennemi héréditaire de Juda. Pourquoi Josias aurait-il voulu le défendre ? C'est d'autant plus bizarre qu'on l'a vu : le pharaon d'Égypte avait expressément demandé à Juda de rester à l'extérieur de cette affaire. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Moi, je vous propose qu'on se tourne un instant vers l'archéologie, et vous allez voir. D'après l'archéologie, la bataille de Meguiddo a eu lieu en 609 avant Jésus-Christ. 609 avant Jésus-Christ, à vous, ça ne vous dit peut-être rien. Mais à l'époque, 609, c'est trois ans après la chute de Ninive. Et Ninive, c'est la capitale de l'Empire assyrien, qui est donc tombée en 612 aux mains des Babyloniens. Parfaitement. À l'époque de Josias, l'Empire assyrien est en pleine décomposition.
Et les Égyptiens qui montent vers l'Assyrie, en fait, ce n'était pas pour les achever, c'était pour les sauver. Ils ont tenté une alliance de dernière minute, une alliance assyro-égyptienne, parce qu'en face des Assyriens il y a un nouvel empire qui est en train de monter : Babylone, qui est en train de détruire l'équilibre des puissances régionales. C'est eux qui ont pris Ninive. Et c'est pour ça que les Égyptiens avaient tenté cette alliance de dernière minute. Ce n'était pas par amour pour les Assyriens, c'était par peur des Babyloniens qui, si on ne s'y oppose pas maintenant, vont tout rafler.
Ce qui fait que — je reviens à Josias — à la bataille de Meguiddo, quand il s'oppose à l'Empire égyptien, c'est Josias qui, en fait, s'oppose à une coalition assyro-égyptienne, parce qu'il est en train de s'allier au roi de Babylone. Eh bien, non seulement il perd la bataille, mais en plus, à cause du contretemps que cette bataille impose à l'armée égyptienne, il va empêcher l'Égypte de sauver ce qu'il reste de l'Empire assyrien : la deuxième capitale, Harran, va tomber, et les Babyloniens seront les maîtres du jeu absolus. Il n'y aura plus personne, maintenant, pour s'opposer à eux. Et triple peine, si jamais je puis dire, puisque maintenant, comme Juda a perdu la bataille et qu'ils sont devenus un protectorat égyptien — ça, c'était le chapitre que vous venez d'entendre aujourd'hui — forcément, les Égyptiens ont mis un roi de Juda pro-Égypte, ce qui a placé Juda en porte-à-faux avec l'Empire babylonien. Ils ont tout perdu.
Donc, pourquoi Josias a-t-il fait cette bataille de Meguiddo ? Mais pourquoi ? On a lu dans les petits prophètes comment les prophètes avaient prédit la mort de l'Empire assyrien. Et comment ils avaient prédit qu'un nouvel empire, l'Empire babylonien, allait arriver. Et manifestement, Josias n'a pas écouté les prophètes.
On me dira : oui, mais quand même, écouter des prophètes sur de telles questions de diplomatie internationale, c'est peut-être un peu risqué quand même. Très bien, admettons. Admettons que Josias n'était pas au courant de ces prophéties, ou que tout simplement il s'est dit : écoutez, moi, les prophètes, je les aime bien, mais enfin, que les prophètes prophétisent et que le roi règne. Chacun son boulot et les vaches seront bien gardées. Très bien. Mais la question de base, c'est : pourquoi est-ce que Josias s'est mêlé d'une guerre qui ne le regardait pas, avec des empires — enfin, trois empires : l'Empire égyptien, l'Empire assyrien, l'Empire babylonien — et vous, vous vous mettez au milieu de tout ça, vous, pauvre petit royaume qui essayez de survivre ? Eh bien, évidemment, ce qui devait arriver arriva : la bataille de Meguiddo.
Et c'est là où maintenant je reprends le chapitre que vous avez entendu. Vous avez entendu toutes les erreurs politiques qu'ont faites tous ses successeurs. Mais ça, ça commençait avec Josias. D'où la question : mais comment se fait-il que, sur plusieurs générations, le royaume de Juda ait à ce point manqué de clairvoyance — ou même pas de clairvoyance, mais de prudence — en restant à l'écart de la guerre de ces empires ?
Et c'est là que vous comprenez tout ce qu'on est en train de lire avec Jérémie, qui vous montre toutes les intrigues à l'intérieur de la cour royale, et que cette guerre entre les prophètes, les faux prophètes, les prêtres nationalistes, le parti des colombes, le parti des faucons : vous voyez concrètement ce que ça donne, les désastres militaires et diplomatiques. Et souvenez-vous de ce que je vous disais hier, quand je faisais la liste des arguments que le parti des faucons avait. Ils en avaient quand même pas mal, et des beaux, et des religieux. Ce n'est pas du tout dit que vous auriez choisi le parti de Jérémie.
Ça, ça vous montre toute la difficulté de la chose politique. Il faut à la fois être humble et avoir du bon sens, être ferme quand il faut s'opposer et savoir plier quand vous n'avez pas le choix. C'est ce que je vous dis : ce n'est pas du tout dit qu'on y serait arrivé.
Psaume 132
Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis.
On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement.
On dirait la rosée de l'Hermon, qui descend sur les collines de Sion.
C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours.
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