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Jour 172 ☼ — Acheter un champ en plein siège ?!

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Résumé : Après la fin du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien reprend le livre de Jérémie pour revivre le siège de Jérusalem de l'intérieur, à travers les yeux du prophète. Au chapitre 32, alors que les murailles cèdent et que Jérémie est emprisonné dans la cour de garde, Dieu lui ordonne d'acheter le champ de son cousin à Anatot : un geste prophétique absurde qui annonce qu'on achètera encore des maisons, des champs et des vignes dans ce pays. Le commentaire replace la scène en 587 avant Jésus-Christ, présente Baruch, le secrétaire de Jérémie dont on a retrouvé les sceaux, et relève deux raisons de la colère divine : une idole installée dans le Temple et la reprise probable des sacrifices humains au val de la Géhenne.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Nous avons fini le deuxième livre des Rois, cette longue séquence qui nous a amenés depuis Josué, les Juges, Ruth, 1 Samuel, 2 Samuel, 1 Rois, 2 Rois, et l'effondrement final. Quoi dire ? Quoi faire maintenant ? On va poursuivre Jérémie, d'abord parce que c'est le livre le plus long de la Bible et qu'on a encore une vingtaine de chapitres à lire ensemble, mais aussi parce que ce plan de lecture est décidément bien fait. Ça va nous permettre de replonger dans le siège de Jérusalem.

Voyez-vous, ce siège de Jérusalem, on en a parlé dans le deuxième livre des Rois, mais c'était simplement quelques lignes, c'est tout. Un peu honteux, le narrateur est passé rapidement et a jeté un voile pudique sur ces événements, dont on pressent pourtant qu'ils ont été terribles. C'est vraiment l'événement central de l'Ancien Testament, ce qui a traumatisé pour des générations entières, des siècles entiers, la mémoire d'Israël. Mais comme je vous le disais, on ne peut pas dire que le livre des Rois vous ait donné beaucoup de détails. Eh bien, avec Jérémie et les chapitres qui nous restent à lire, ça nous donnera l'occasion de retourner dans le siège de Jérusalem et de le vivre à travers les yeux d'un prophète. Les détails que vous n'aviez pas eus, c'est maintenant cette partie du livre de Jérémie que nous allons lire qui va nous les donner.

On va reprendre Jérémie où on s'était arrêtés, chapitres 32 et 33 aujourd'hui. Nous terminons le livret de la consolation, où Jérémie promet qu'il y aura un futur quand même, malgré la déportation. Donc, nous commençons en douceur avec notre chapitre 32 — enfin, en douceur si je puis dire. Le siège de Jérusalem est à son plein, les murailles sont en train de s'effondrer, mais c'est à ce moment-là que Jérémie est en train de prophétiser la nouvelle alliance. Cette fois-ci, ce sera sous le signe d'un geste prophétique, alors que notre ami Jérémie est en prison. Ce qui est bien, c'est qu'on n'est jamais déçu.

Lecture : Jérémie 32

Parole du Seigneur adressée à Jérémie la dixième année du règne de Sédécias, roi de Juda. C'était la dix-huitième année du règne de Nabuchodonosor. L'armée du roi de Babylone assiégeait alors Jérusalem, et le prophète Jérémie était retenu dans la cour de garde, celle de la maison du roi de Juda.

C'est là que Sédécias, roi de Juda, l'avait enfermé en lui disant : « Pourquoi fais-tu cette prophétie ? Tu as dit : ainsi parle le Seigneur, je vais livrer cette ville aux mains du roi de Babylone, qui la prendra. Et Sédécias, roi de Juda, n'échappera pas aux mains des Chaldéens, mais il sera bel et bien livré aux mains du roi de Babylone. Il lui parlera face à face et ses yeux verront ses yeux. À Babylone, il emmènera Sédécias, qui y restera jusqu'à ce que je le visite, oracle du Seigneur. Si vous faites la guerre aux Chaldéens, vous ne réussirez pas. »

Or, voici ce que dit Jérémie. Cette parole du Seigneur m'a été adressée : « Hanaméel, le fils de ton oncle Shalloum, va venir te trouver pour te dire : "Achète-moi mon champ d'Anatot, c'est toi qui as droit de rachat pour l'acquérir." »

Hanaméel, le fils de mon oncle, vint me trouver dans la cour de garde, selon la parole du Seigneur. Il me dit : « Achète donc mon champ d'Anatot, au pays de Benjamin, car c'est toi qui as droit de propriété et droit de rachat. Achète-le. » Je compris que c'était là une parole du Seigneur.

Et j'achetai le champ d'Anatot à Hanaméel, le fils de mon oncle, et je lui pesai l'argent : dix-sept pièces d'argent. Je rédigeai un acte, le scellai devant ceux que j'avais pris comme témoins, et je pesai l'argent dans une balance. Puis je pris l'acte d'acquisition, la partie scellée, avec l'ordre et les clauses, et la partie ouverte, et je remis l'acte d'acquisition à Baruch, fils de Nériya, fils de Mahséya, sous les yeux de Hanaméel, fils de mon oncle, sous les yeux des témoins signataires de l'acte, et sous les yeux de tous les Judéens qui se trouvaient dans la cour de garde.

Sous leurs yeux, j'ordonnai ceci à Baruch : « Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël. Prends ces documents, cet acte d'acquisition, la partie scellée et la partie ouverte, et dépose-les dans un vase de terre cuite, pour qu'ils se conservent longtemps. Car ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : dans ce pays, on achètera encore des maisons, des champs et des vignes. »

Après avoir remis l'acte d'acquisition à Baruch, fils de Nériya, j'adressai au Seigneur cette prière : « Ah, Seigneur mon Dieu, c'est toi qui as fait le ciel et la terre par ta grande force et ton bras étendu, et rien n'est impossible pour toi. Tu montres ta fidélité à des milliers, mais la faute des pères, tu l'as fait payer à leurs fils après eux. Le Dieu grand, le valeureux, son nom est le Seigneur de l'univers, grand par tes desseins et riche en exploits, toi dont les yeux sont ouverts sur tous les chemins des hommes, afin de rendre à chacun selon sa conduite et selon le fruit de ses actes, toi qui as opéré des signes et des prodiges jusqu'à ce jour au pays d'Égypte, en Israël et dans l'humanité, toi qui t'es fait le nom que tu portes en ce jour.

Tu fis sortir ton peuple Israël du pays d'Égypte, par des signes et des prodiges, à main forte et à bras étendu, dans une grande crainte. Tu leur donnas ce pays que tu avais promis par serment à leurs pères, pays ruisselant de lait et de miel. Ils y sont entrés, ils en ont pris possession, mais ils n'ont pas écouté ta voix. Ils n'ont pas marché selon tes lois. Ils n'ont rien fait de tout ce que tu leur avais ordonné, et tu as provoqué contre eux tout ce malheur.

Voici que les remblais s'élèvent pour prendre la ville. Par l'épée, la famine et la peste, la ville est livrée aux mains des Chaldéens qui lui font la guerre. Ce que tu as dit se réalise. Toi-même, tu le vois. Et toi, Seigneur mon Dieu, tu me dis, alors que la ville est livrée aux mains des Chaldéens : "Achète-toi ce champ à prix d'argent et prends des témoins." »

Alors la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : « Moi, je suis le Seigneur, le Dieu de tout être de chair. Y a-t-il quelque chose qui me soit impossible ? C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur : je vais livrer cette ville aux mains des Chaldéens, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et il la prendra. Les Chaldéens qui font la guerre à cette ville entreront dans cette ville et y mettront le feu, incendiant les maisons où l'on brûle sur les terrasses de l'encens au dieu Baal, où l'on verse des libations à d'autres dieux, ce qui m'offense.

Oui, depuis leur jeunesse, les fils d'Israël et les fils de Juda ne font que ce qui est mal à mes yeux. Les fils d'Israël ne font que m'offenser par les œuvres de leurs mains, oracle du Seigneur. Oui, cette ville excite en moi colère et fureur, depuis le jour de sa fondation jusqu'à aujourd'hui, au point que je l'écarte de ma présence, à cause de tout le mal que les fils d'Israël et les fils de Juda ont fait pour m'offenser, eux, leurs rois et leurs princes, leurs prêtres et les prophètes, les gens de Juda et les habitants de Jérusalem. Ils ont tourné vers moi leur dos et non leur visage. Mais aucun d'eux n'écoutait pour accepter la leçon.

Ils ont installé leurs horreurs pour souiller la maison sur laquelle mon nom est invoqué. Ils ont édifié au val de la Géhenne les lieux sacrés de Baal pour y faire passer par le feu leurs fils et leurs filles en l'honneur de Moloch. Cela, je ne l'avais pas ordonné, ce n'était pas venu à mon esprit : commettre une telle abomination, c'est faire pécher Juda.

Mais maintenant, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël, au sujet de cette ville dont vous dites qu'elle est livrée aux mains du roi de Babylone par l'épée, la famine et la peste : je vais les rassembler de tous les pays où je les ai chassés dans ma colère, ma fureur et ma grande irritation. Je les ramènerai en ce lieu, je les ferai habiter en sécurité. Ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu. Je leur donnerai un seul cœur, un seul chemin, afin qu'ils me craignent chaque jour, pour leur bonheur et celui de leurs fils après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle. Je ne cesserai pas de les suivre pour les rendre heureux, et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu'ils ne s'écartent pas de moi. J'aurai de la joie à les rendre heureux. En vérité, je les planterai dans ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme.

Oui, ainsi parle le Seigneur : de même que j'ai fait venir sur ce peuple tout ce grand malheur, de même je fais venir sur eux tout le bonheur dont je parle. On achètera des champs dans ce pays dont vous dites : "C'est une terre désolée, sans hommes ni bétail, livrée aux mains des Chaldéens." On achètera des champs à prix d'argent. On rédigera des actes, on les scellera devant ceux qu'on aura pris comme témoins, au pays de Benjamin, aux alentours de Jérusalem, dans les villes de Juda, les villes de la montagne, les villes du Bas-Pays et les villes du Néguev, quand je ramènerai leurs captifs, oracle du Seigneur. »

Commentaire

Nous sommes en 587 avant Jésus-Christ, et Jérusalem est assiégée par Nabuchodonosor. C'est un moment critique. Les Babyloniens ont percé les murailles. La famine règne. L'effondrement du royaume de Juda est imminent. Et voilà que Dieu, qui pourtant avait dit à Jérémie de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfants parce que la catastrophe était en train d'arriver, ce même Dieu est en train de demander à Jérémie d'acheter un champ.

Acheter un champ, ça veut dire bâtir et reconstruire, ça veut dire préparer des lendemains plus joyeux, alors qu'on est en plein siège de Jérusalem. Moi, je le remets dans le contexte pour attirer votre attention sur le fait que ce livret de la consolation, il a été énoncé dans des moments vraiment dramatiques. Nous, on le lit tranquilles, peinards dans nos chambres. Ce n'était pas le cas à l'époque. Nous sommes en plein siège.

Jérémie, à ce moment-là, est en prison. Une prison VIP — ce ne sera pas toujours le cas — emprisonné par le roi parce qu'il a conseillé de se rendre aux Babyloniens. Il passe donc pour un traître, chef du parti de l'opposition, mais dans sa prison, il peut recevoir. Mais acheter un champ alors qu'on est dans un siège et en prison, évidemment, ça, pour tout le monde, c'est un geste prophétique absolument incompréhensible.

À ce moment-là, son oncle vient le voir. Vous me direz : « Bah oui, mais Jérusalem est en état de siège, alors comment ça se fait que quelqu'un puisse venir de la campagne ? » Il ne faut pas imaginer un siège totalement fermé. Ce n'étaient pas des sièges comme on les imagine. Parfois, il y avait des brèches, parfois on pouvait rentrer ; ce n'était pas tout le temps, toujours, partout. En Jérémie 37, on apprendra par exemple que Nabuchodonosor avait levé le siège de manière temporaire pour se porter à la rencontre du roi d'Égypte, qui venait lui livrer bataille pour porter secours à son allié Juda. C'était peut-être pendant ce moment-là.

On a vu aussi l'introduction d'un nouveau personnage : Baruch. Ça, c'est comme Shafân, ça fait partie des personnages secondaires — merci de me les mettre dans un coin de votre tête. Il y a un livre de la Bible qui s'appelle le livre de Baruch, ce n'est pas rien. Ce Baruch, on sait qu'il a existé. On sait que c'était le secrétaire de Jérémie et que c'était un secrétaire royal, donc un titre important, probablement une famille noble. On sait qu'il a existé parce qu'on a retrouvé des sceaux qui portent son nom ; on les a retrouvés à Jérusalem. Baruch et Shafân, c'est toujours l'ombre de ce parti de colombes qui soutient Jérémie et qui appartient à d'autres grandes familles royales. Familles royales plutôt en disgrâce, parce qu'en ce moment leur champion, Jérémie, est en prison.

Et puis, quitte à parler des allusions contenues dans ce chapitre, verset 34 :

Ils ont installé leurs horreurs pour souiller la maison sur laquelle mon nom est invoqué.

Ça veut dire qu'en ce moment, dans le Temple de Jérusalem, il y a une idole païenne. Et verset 35 :

Ils ont édifié au val de la Géhenne les lieux sacrés de Baal pour y faire passer par le feu leurs fils et leurs filles en l'honneur de Moloch.

Les sacrifices humains, qui probablement ont repris. Et cette fois-ci, nous ne sommes plus au temps de Manassé, nous sommes au temps du roi Sédécias, juste avant l'invasion babylonienne. Les cultes païens auraient-ils repris à l'intérieur du Temple ? Y avait-il à nouveau des sacrifices humains ? À lire ce chapitre de Jérémie, il est probable que oui : le roi, en désespoir de cause, s'était tourné vers tous les dieux qui passaient.

Vous cherchiez des raisons pour expliquer la colère de Dieu ? En voilà déjà deux.

Nous terminons notre épisode du jour par un psaume.

Psaume 133

Vous tous, bénissez le Seigneur, vous qui servez le Seigneur, qui veillez dans la maison du Seigneur au long des nuits.

Levez les mains vers le sanctuaire et bénissez le Seigneur.

Que le Seigneur te bénisse de Sion, lui qui a fait le ciel et la terre.


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