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Jour 174 ☼ — Quand un roi brûle la Parole de Dieu

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 36 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit le récit du rouleau dicté par Jérémie à son secrétaire Baruch, proclamé au Temple un jour de jeûne, transmis aux princes puis brûlé colonne après colonne par le roi Joachim. Le commentaire éclaire les luttes d'influence à la cour de Jérusalem et le rôle décisif de la famille de Shafane — le « parti des colombes » — dont le roi entend surtout humilier la faction en jetant les parchemins au feu. Le frère souligne enfin que ce livre n'est pas né au calme d'un bureau : c'est un manifeste de résistance, un appel du 18 juin. L'épisode s'achève par le psaume 136, au bord des fleuves de Babylone.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous sommes toujours à la même époque, au temps du roi Joachim, une génération avant la chute de Babylone, plus précisément en l'année 606. La grande bataille de Karkémish vient d'avoir eu lieu et l'empire néo-babylonien vient de supplanter l'empire assyrien. Pour l'instant, c'est une menace qui est encore lointaine, mais à la cour de Jérusalem, Dieu a annoncé à Jérémie que des catastrophes étaient en train d'arriver.

Il lui demande de le dire dans le temple de Jérusalem. Sauf que Jérémie, qui maintenant est fiché S, ne peut plus se rendre près des lieux de pouvoir. Il est obligé d'y envoyer Baruch, Baruch, son secrétaire. Et avec ce Baruch qui va prêcher au temple au nom de Jérémie, vous allez vous retrouver plongés dans les intrigues et les luttes d'influence au sein de la cour royale. Vous ferez attention, un nom que vous connaissez bien va refaire surface.

Lecture : Jérémie 36

La quatrième année du règne de Joachim, fils de Josias, roi de Juda, cette parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : « Procure-toi un rouleau. Tu écriras dessus toutes les paroles que je t'ai dites concernant Israël, Juda et toutes les nations, depuis le jour où j'ai commencé à te parler, au temps de Josias, jusqu'à aujourd'hui. Peut-être qu'en apprenant tout le mal que je projette de leur faire, les gens de la maison de Juda reviendront chacun de son mauvais chemin. Et je pardonnerai leur faute et leur péché. »

Jérémie appela Baruch, fils de Néria. Baruch écrivit dans le rouleau, sous la dictée de Jérémie, toutes les paroles que le Seigneur lui avait dites.

Alors Jérémie donna cet ordre à Baruch : « Je suis empêché, je ne peux pas entrer à la maison du Seigneur. Mais toi, tu y entreras. Et les paroles du Seigneur que tu as écrites dans le rouleau sous ma dictée, tu les proclameras aux oreilles du peuple, dans la maison du Seigneur, le jour du jeûne. Et tu les proclameras aussi aux oreilles de tous les gens de Juda qui viennent de leur ville. Peut-être leur supplication atteindra-t-elle le Seigneur. Peut-être chacun d'eux reviendra-t-il de son mauvais chemin. Car elle est grande, la colère du Seigneur, la fureur qu'il a exprimée envers ce peuple. »

Baruch, fils de Néria, se conforma en tout à l'ordre du prophète Jérémie : à la maison du Seigneur, il lut dans le livre les paroles du Seigneur.

La cinquième année du règne de Joachim, fils de Josias, roi de Juda, au neuvième mois, on proclama un jeûne devant le Seigneur pour tout le peuple de Jérusalem et pour tout le peuple qui venait des villes de Juda à Jérusalem. Alors, à la maison du Seigneur, Baruch lut dans le livre les paroles de Jérémie. C'était dans la salle de Guemaryahou, fils du scribe Shafane, dans la cour d'en haut, à l'entrée de la porte neuve de la maison du Seigneur. Il les proclama aux oreilles de tout le peuple.

Or Michée, fils de Guemaryahou, fils de Shafane, entendit toutes les paroles du Seigneur écrites dans le livre. Il descendit à la maison du roi, dans la salle du scribe, et là, tous les princes tenaient séance : il y avait le scribe Elishama, Delayahou, fils de Shemayahou, Elnathane, fils d'Akbor, Guemaryahou, fils de Shafane, Sédécias, fils de Hananyahou, et tous les autres princes. Michée leur rapporta toutes les paroles qu'il avait entendues quand Baruch les avait lues dans le livre aux oreilles du peuple.

Alors tous les princes dépêchèrent vers Baruch Yehoudi, fils de Netanyahou, fils de Shèlèmyahou, fils de Kouchi, pour lui dire : « Ce rouleau dont tu fais la lecture aux oreilles du peuple, prends-le et viens. » Baruch, fils de Néria, prit donc le rouleau et s'en vint vers eux. Ils lui dirent : « Assieds-toi et fais-nous la lecture. » Et Baruch leur en fit la lecture.

Or, tandis qu'ils écoutaient toutes les paroles, ils se tournèrent l'un vers l'autre, pris de frayeur, et ils dirent à Baruch : « Il nous faut absolument rapporter au roi toute cette affaire. » Puis ils interrogèrent Baruch : « Raconte-nous comment tu as écrit toutes ces paroles venant de sa bouche. » Baruch leur répondit : « De sa bouche, il me dictait toutes ces paroles, et moi, je les écrivais dans le livre avec de l'encre. » Les princes dirent alors à Baruch : « Va-t'en, cache-toi, ainsi que Jérémie. Que personne ne sache où vous êtes. »

Puis ils se rendirent chez le roi, dans la cour du palais, après avoir déposé le rouleau dans la salle du scribe Elishama, et ils rapportèrent aux oreilles du roi toute l'affaire. Alors le roi envoya Yehoudi chercher le rouleau. Celui-ci alla le chercher dans la salle du scribe Elishama et il en fit la lecture au roi ainsi qu'à tous les princes qui se tenaient debout devant lui. Le roi était assis dans la maison d'hiver — on était au neuvième mois — et un brasero était allumé devant lui. Chaque fois que Yehoudi avait lu trois ou quatre colonnes, le roi, avec le canif du scribe, les déchirait et les jetait dans le feu du brasero, jusqu'à ce que le rouleau eût entièrement disparu dans le feu du brasero. Mais ni le roi ni aucun de ses serviteurs, entendant toutes ces paroles, ne furent effrayés et ne déchirèrent leurs vêtements. Pourtant Elnathane, Delayahou et Guemaryahou avaient supplié le roi de ne pas brûler le rouleau, mais lui ne les avait pas écoutés. Ensuite le roi ordonna à Yerahméel, fils du roi, à Serayahou, fils d'Azriel, et à Shèlèmyahou, fils d'Abdéel, de se saisir du scribe Baruch et du prophète Jérémie. Mais le Seigneur les avait cachés.

Alors la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie, après que le roi eut brûlé le rouleau et les paroles que Baruch avait écrites sous la dictée de Jérémie : « Retourne te procurer un autre rouleau et écris dessus toutes les paroles qui étaient déjà dans le premier rouleau, celui qu'a brûlé Joachim, roi de Juda. Et contre Joachim, roi de Juda, tu diras : Ainsi parle le Seigneur : Toi, tu as brûlé ce rouleau en disant : Pourquoi y avoir écrit que le roi de Babylone viendra certainement, qu'il détruira ce pays et en fera disparaître hommes et bétail ? À cause de cela, ainsi parle le Seigneur contre Joachim, roi de Juda : Il n'aura personne pour lui succéder sur le trône de David. Son cadavre sera exposé à la chaleur du jour et au froid de la nuit. Je les châtierai de leur faute, lui, sa descendance et ceux qui le servent. Je ferai venir sur eux, sur les habitants de Jérusalem et sur les gens de Juda, tout le malheur que j'ai proféré contre eux, sans qu'ils n'écoutent. »

Jérémie se procura un autre rouleau et le donna au scribe Baruch, fils de Néria, lequel y écrivit sous la dictée de Jérémie toutes les paroles du livre que Joachim, roi de Juda, avait brûlé dans le feu. Et beaucoup d'autres paroles semblables y furent ajoutées.

Commentaire

Question : dans quelle salle du temple Baruch a-t-il délivré son adresse ? Réponse : dans une salle située dans le temple, verset 10, dans la salle dite de Guemaryahou.

Guemaryahou, vous allez me dire, vous vous en fichez, vous ne le connaissez pas. Non, non, non, non, non. C'est important, parce que Guemaryahou, on vous dit que c'est le fils du scribe Shafane. Shafane, c'est le nom auquel je voulais que vous fassiez attention. C'est toujours la même personne, c'est toujours ce grand scribe royal qui a inspiré la grande réforme deutéronomiste du temps de ce grand roi Josias, celui-là même qui était mort à la bataille de Meguiddo.

Là, c'est vraiment ce parti historique pacifiste qui puise ses sources dans Shafane. Là maintenant, son fils Guemaryahou, qui devait probablement être un grand homme influent, puisqu'on lui a donné une salle à son nom dans le temple de Jérusalem. Mais il est mort, et on est passé à la génération suivante : et là, on est avec Michée, fils de Guemaryahou, fils de Shafane.

Et donc, ce chapitre, c'est quoi ? C'est à nouveau écrit d'une autre manière le moment où Jérémie a noué une alliance avec ce parti. C'est le parti des colombes, regroupé autour de la famille de Shafane. On avait déjà eu un passage semblable, on en a un nouveau, mais cette fois-ci avec plus de détails, pour nous montrer le climat à la fois de mépris, de dédain et de danger dans lequel ces alliances politiques se faisaient.

Donc là, en fait, vous avez cette faction politique qui se sert de l'incident causé par Baruch pour faire parvenir jusqu'au roi son programme politique, l'allégeance à Babylone. Et le roi qui brûle les parchemins les uns après les autres, en face de Michée, fils de Guemaryahou, fils de Shafane. Ce n'est pas pour humilier Jérémie : Jérémie, tout le monde s'en fiche. C'est pour humilier le parti des colombes.

Moi, je trouve ça passionnant, parce que, si vous voulez, on a fait un flashback en arrière et on est au moment où tout se joue. Vous êtes au moment où la stratégie d'Israël est en train d'être décidée, pour le meilleur ou pour le pire. Et là, en l'occurrence, pour le pire. Et ce qu'il y a derrière, ce que l'attitude du roi révèle — et c'est peut-être ça aussi, la cause de sa cécité —, on a déjà parlé de ce système mafieux qui voulait jouir de ses esclaves, mais là aussi, c'est l'arrogance de ce roi. Et dans quelques chapitres, vous verrez à quelle humiliation son arrogance l'amènera. On se dit : mais comment en est-on arrivé là ? Eh bien, flashback dans le passé.

Vous voyez ce dernier verset :

Jérémie se procura un autre rouleau et le donna au scribe Baruch, lequel y écrivit sous la dictée de Jérémie toutes les paroles du livre que Joachim, roi de Juda, avait brûlé dans le feu. Et beaucoup d'autres paroles semblables y furent ajoutées.

Alors ça, ce verset-là, les exégètes, ils adorent ! Parce que là, vous avez la preuve que le livre de Jérémie, sa première rédaction, date de ce temps-là, sous le roi Joachim.

Moi, ça me fait frémir, parce que c'est là que je me dis qu'en fait, ce livre, il n'a pas été composé dans une pièce, au propre, au chaud. C'est un manifeste. C'est l'appel du 18 juin. C'est tous les messages que le général de Gaulle a envoyés, tous les messages qu'on a envoyés aux résistants et qu'on a compilés ensuite. Être prophète, c'est ça : c'est entrer en résistance. Moi, je signe.

Nous terminons par un psaume.

Psaume 136

Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion. Aux saules des alentours, nous avions pendu nos harpes.

C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous », disaient-ils, « quelques chants de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?

Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie.

Souviens-toi, Seigneur, des fils d'Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »

Ô Babylone misérable, heureux qui te revaudra le mal que tu nous valus, heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc !


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