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Jour 174 ☾ — Jérémie dans la boue, Juda dans le déni

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 37 et 38 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit le récit du siège de Jérusalem sous le roi Sédécias : la fausse accalmie provoquée par l'armée égyptienne, l'arrestation de Jérémie accusé de désertion, son emprisonnement dans la citerne boueuse, son sauvetage par Ébed-Mélek l'Éthiopien, et les entretiens secrets avec le roi. Le commentaire montre un Jérémie traité en traître à la patrie, figure de Joseph jeté dans la citerne et annonce du Christ enfermé chez Caïphe. Il décrit la dissolution en direct de la cour de Juda : un roi qui a perdu le pouvoir, pris en otage par un parti de fanatiques, un peuple qui se rend par pans entiers — et, face à tout cela, un seul homme juste, un étranger.

Introduction

Jérémie, chapitres 37 et 38. Le flashback lointain au temps du roi Josias est terminé. On a vu les Rékabites, le modèle politique qu'on aurait aimé adopter ; on a vu l'arrogance, la réponse du roi à cette proposition. Eh bien maintenant, on passe à son fils Sédécias et on voit ce que ça donne : le siège de Jérusalem.

Petit rappel : on avait vu comment s'était déroulée la guerre avec les Babyloniens avant qu'elle n'arrive jusqu'à Jérusalem, le siège de la ville de Lakish, le siège de la ville d'Azéqa, et comment, pour regonfler les maigres rangs de son armée en déroute, le roi Sédécias avait fait libérer les esclaves pour les enrôler. C'est à ce moment-là que l'armée égyptienne monte pour essayer de libérer Juda, et que Sédécias, voyant cela, en profite pour rappeler tous les soldats qu'il avait libérés et les réduire à nouveau en esclavage.

Est-ce que Sédécias avait moyen de savoir que les Égyptiens allaient être défaits par les Babyloniens ? La réponse est oui, parce que le chapitre que vous allez entendre, c'est précisément la prophétie de Jérémie pour prévenir le roi que le secours qu'il attend de l'Égypte, ça ne va pas fonctionner : les Babyloniens vont gagner et revenir.

Lecture : Jérémie 37-38

Le roi Sédécias, fils de Josias, régna à la place de Konias, fils de Joïaqim. C'est lui en effet que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait établi roi sur le pays de Juda. Cependant, ni lui, ni ses serviteurs, ni les gens du pays n'écoutaient les paroles du Seigneur.

Le roi Sédécias envoya Yehoukal, fils de Shèlèmia, et le prêtre Sophonie, fils de Maaséya, dire au prophète Jérémie : « De grâce, intercède pour nous auprès du Seigneur notre Dieu. »

Jérémie allait et venait au milieu du peuple : on ne l'avait pas encore mis en prison. L'armée de Pharaon était sortie d'Égypte, et les Chaldéens qui assiégeaient Jérusalem, en apprenant cette nouvelle, avaient levé le siège de Jérusalem.

Alors la parole du Seigneur fut adressée au prophète Jérémie : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël. Voici ce que vous direz au roi de Juda qui vous envoie vers moi pour me consulter : L'armée de Pharaon, qui est sortie pour vous porter secours, va retourner dans son pays d'Égypte. Les Chaldéens reviendront attaquer cette ville. Ils la prendront et l'incendieront. Ainsi parle le Seigneur : Ne vous abusez pas vous-mêmes en disant : "Les Chaldéens vont s'en aller de chez nous pour de bon." Car ils ne s'en iront pas. Et même si vous battiez toute l'armée des Chaldéens en guerre contre vous, au point qu'il ne reste plus que des blessés graves, chacun d'eux se redresserait dans sa tente et viendrait incendier cette ville. »

Or, tandis que l'armée des Chaldéens levait le siège de Jérusalem à cause de l'armée du Pharaon, Jérémie sortait de Jérusalem pour aller au pays de Benjamin toucher sa part d'héritage au milieu des siens. Comme il était à la porte de Benjamin, il y rencontra un certain Yiriya, fils de Shèlèmia, fils de Hanania, chef du poste de garde, qui se saisit du prophète Jérémie en lui disant : « Voilà que tu te rends chez les Chaldéens ! » Jérémie lui répondit : « C'est faux, je ne me rends pas chez les Chaldéens ! » Mais Yiriya ne l'écouta pas. Il se saisit de Jérémie et le conduisit auprès des princes.

Les princes s'emportèrent contre Jérémie, le frappèrent et le mirent en détention dans la maison du scribe Jonathan, transformée en prison. C'est ainsi que Jérémie se retrouva dans un cachot, sous les voûtes, et Jérémie demeura là de nombreux jours.

C'est alors que le roi Sédécias l'envoya chercher. Il le questionna en cachette dans sa maison et lui demanda : « Y a-t-il une parole venant du Seigneur ? » « Il y en a une », dit Jérémie. Et il lui dit : « Tu seras livré aux mains du roi de Babylone. »

Puis Jérémie dit au roi Sédécias : « En quoi ai-je péché contre toi, contre tes serviteurs et contre ce peuple, pour que vous m'ayez mis en prison ? Où sont-ils, vos prophètes qui prophétisaient : "Le roi de Babylone ne viendra pas contre vous ni contre ce pays" ? Mais maintenant, écoute, je t'en prie, mon seigneur le roi, laisse-toi toucher par ma supplication : ne me fais pas retourner à la maison du scribe Jonathan. »

Alors le roi Sédécias ordonna que Jérémie soit consigné dans la cour de garde et qu'on lui donne chaque jour une couronne de pain, de la rue des boulangers, jusqu'à ce que tout le pain soit épuisé. Et Jérémie demeura dans la cour de garde.

Shefatya, fils de Mattane, Guedalyahou, fils de Pachehour, Youkal, fils de Shèlèmyahou, et Pachehour, fils de Malkiya, entendirent les paroles que Jérémie adressait à tout le monde : « Ainsi parle le Seigneur : Qui restera dans cette ville mourra par l'épée, la famine ou la peste ; mais qui en sortira pour se rendre aux Chaldéens, celui-là vivra. Il aura la vie sauve comme part de butin, mais il vivra. Ainsi parle le Seigneur : Cette ville sera bel et bien livrée aux mains de l'armée du roi de Babylone, qui la prendra. »

Alors les princes dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort ! En parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville et toute la population. Ce n'est pas le bonheur du peuple qu'il cherche, mais son malheur. » Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous. »

Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Malkiya, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne, il n'y avait pas d'eau, mais de la boue, et Jérémie s'enfonça dans la boue.

Ébed-Mélek, l'Éthiopien, dignitaire de la maison du roi, apprit qu'on avait mis Jérémie dans la citerne. Comme le roi siégeait à la porte de Benjamin, Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c'est mal. Ils l'ont jeté dans la citerne. Il va y mourir de faim, car on n'a plus de pain dans la ville. »

Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek, l'Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu'il ne meure. » Ébed-Mélek prit les hommes avec lui et entra dans la maison du roi, au sous-sol de la réserve. Il s'y procura de vieux chiffons usés et déchirés, qu'il fit passer à Jérémie dans la citerne au moyen de cordes. Ébed-Mélek, l'Éthiopien, dit à Jérémie : « Mets donc ces vieux chiffons sous tes aisselles, par-dessous les cordes. » C'est ce que fit Jérémie. Alors ils tirèrent Jérémie avec les cordes et le firent remonter de la citerne. Et Jérémie demeura dans la cour de garde.

Le roi Sédécias envoya chercher le prophète Jérémie et le fit venir auprès de lui, à la troisième entrée de la maison du Seigneur. Le roi dit à Jérémie : « J'ai à te demander une parole, ne me la cache pas. » Jérémie répondit à Sédécias : « Si je te révèle quelque chose, ne me feras-tu pas mourir ? Et si je te donne un conseil, tu ne m'écouteras pas. » Alors le roi Sédécias fit en secret ce serment à Jérémie : « Par le Seigneur vivant, qui nous a donné cette vie, je ne te ferai pas mourir, et je ne te livrerai pas aux mains de ces gens qui en veulent à ta vie. »

Jérémie dit à Sédécias : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu de l'univers, Dieu d'Israël : Si tu sors pour te rendre aux officiers du roi de Babylone, tu auras la vie sauve et cette ville ne sera pas incendiée. Vous vivrez, toi et ceux de ta maison. Mais si tu ne sors pas pour te rendre aux officiers du roi de Babylone, cette ville sera livrée aux mains des Chaldéens, qui l'incendieront, et toi, tu n'échapperas pas à leurs mains. »

Le roi Sédécias dit à Jérémie : « Moi, ce sont les Judéens qui sont passés aux Chaldéens que je redoute. Ils pourraient me livrer à eux et se jouer de moi. » Jérémie répondit : « Ils ne te livreront pas. Écoute donc la voix du Seigneur qui s'adresse à toi quand je te parle, et tout ira bien pour toi : tu auras la vie sauve. Mais si tu refuses de te rendre, voici ce que le Seigneur m'a montré : toutes les femmes qui sont restées dans la maison du roi de Juda, on les conduit aux officiers du roi de Babylone, et elles te disent : "Ils t'ont séduit, ils ont gagné, tes bons amis. Ton pied enfonce dans le bourbier, et eux sont partis." Toutes tes femmes et tes fils, on les conduit aux Chaldéens, et toi, tu n'échapperas pas à leurs mains. Tu seras saisi par les mains du roi de Babylone, et cette ville sera incendiée. »

Sédécias dit à Jérémie : « Que personne ne sache rien de ces paroles, sinon tu en mourrais. Si les princes apprennent que j'ai parlé avec toi, s'ils viennent te trouver en disant : "Rapporte-nous les paroles échangées entre toi et le roi, ne nous cache rien, sinon nous te ferons mourir", tu leur diras : "J'ai adressé au roi cette supplication : ne me fais pas retourner chez Jonathan pour y mourir." »

De fait, tous les princes vinrent trouver Jérémie pour le questionner, et il leur rapporta l'entretien dans les termes mêmes que le roi lui avait indiqués. Alors, sans insister, ils le laissèrent, et la parole de l'oracle ne fut pas divulguée. Et Jérémie demeura dans la cour de garde jusqu'au jour où Jérusalem fut prise. Il y était encore quand Jérusalem fut prise.

Commentaire

Jérémie, qui prêche la soumission aux Babyloniens, est emprisonné comme traître à la patrie. Au mieux un déserteur, au pire un agent infiltré. Et quand je vous dis que Jérémie commence à être considéré comme traître à la patrie — les espions, on les fusille.

Jérémie, qui avait été emprisonné une première fois dans une sorte de prison VIP dans le palais royal, cette fois-ci se retrouve emprisonné dans une citerne. Pour le coup, c'est la mort qui l'attend. Et donc il est jeté dans cette citerne boueuse pour y croupir.

Ce qui n'est pas sans vous rappeler, d'ailleurs, comment Joseph, dans le livre de la Genèse, Joseph le patriarche, avait été jeté lui aussi dans une citerne par ses frères, avant d'être lui aussi envoyé en Égypte. Et ce qui anticipe peut-être Jésus, qui sera jeté dans une autre citerne, cette sorte de prison temporaire qu'il y avait dans les sous-sols de la maison de Caïphe, la citerne de Saint-Pierre-en-Gallicante, dans la nuit du jeudi au vendredi saint. Quand je vous dis que Jérémie anticipe tout cela…

Pour l'instant, revenons à Jérusalem. Dans les faits, le roi Sédécias a perdu le pouvoir. Et il est pris en otage par ce parti des faucons auquel il n'ose plus s'opposer. En plus, on vous a mentionné, mais comme en passant, tous ces Judéens passés aux Babyloniens, aux Chaldéens : il y a toute une partie de la population qui est en train de passer aux mains de l'ennemi, qui est en train de se rendre. Vous êtes en train d'assister à la dissolution du peuple et à la prise en otage du roi par une bande de fanatiques. Quand je vous disais qu'à travers ces chapitres vous alliez assister à la dissolution en direct de la cour de Juda, elle est là.

Il faut les imaginer mourant de faim, et dans les classes populaires, certaines personnes réduites au cannibalisme. Probablement qu'ils espéraient un miracle de dernière minute. Dieu n'avait-il pas déjà envoyé son ange frapper de peste une armée ennemie ? C'était déjà ce qu'on avait vu du temps d'Ézéchias. Sauf qu'Ézéchias, lui, avait déjà épuisé tous les moyens pacifiques pour éviter la guerre. Là, vous avez au contraire affaire à une bande de fanatiques.

En face d'eux, vous l'avez entendu, un homme, un seul, un étranger : Ébed-Mélek, l'Éthiopien. C'est quand même fou comment, à chaque moment charnière de la Bible, c'est un étranger que Dieu vous offre comme modèle à suivre. Après Jéthro, après Rahab, après Naaman : Ébed-Mélek, l'Éthiopien.

Nous terminons par une prière. Pour la prière, je vous propose de terminer encore une fois — mais vu les guerres qu'il y a dans le monde, une deuxième fois ce ne sera pas de trop — par cette prière de saint Jean-Paul II que nous avions déjà dite pour la paix dans le monde.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Entends ma voix, Seigneur, car c'est celle des victimes de toutes les guerres et de toutes les violences entre les individus et les peuples.

Entends ma voix, car c'est celle de tous les enfants qui souffrent et qui souffriront tant que les gens mettront leur confiance dans les armes et la guerre.

Entends ma voix quand je te prie d'insuffler dans le cœur de tous les humains la sagesse de la paix, la force de la justice et la joie de l'amitié.

Entends ma voix, donne-moi la force de savoir répondre toujours à la haine par l'amour, à l'injustice par un total engagement pour la justice, à la misère par le partage.

Entends ma voix, car je te parle pour les multitudes.

Entends ma voix, ô Dieu, et accorde au monde, Seigneur, la paix éternelle. Amen.


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