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Jour 175 ☼ — Lamentations d'une ville en feu

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Résumé : Après quelques mots sur la difficulté de commenter le livre de Jérémie, le frère Paul-Adrien fait entendre pour la deuxième fois le récit de la prise de Jérusalem, cette fois vécue de l'intérieur grâce à tout le chemin parcouru avec le prophète. Le commentaire s'arrête sur Ébed-Mélek l'Éthiopien, nouvelle Rahab d'une Jérusalem devenue, aux yeux de Dieu, une seconde Jéricho. Puis il donne la parole aux petits, aux habitants assiégés dont le cri a été conservé dans les Lamentations. L'épisode s'achève sur la première moitié de la première lamentation, où Jérusalem est pleurée à la troisième personne, comme dissociée d'elle-même par la violence du traumatisme.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On approche de la fin du livre de Jérémie. Et je dois dire que je suis assez content de moi parce que ça ne se voit pas — j'espère que ça ne se voit pas d'ailleurs — mais j'ai galéré pour faire les commentaires. Vous ne pouvez même pas savoir. En fait, c'est très simple : c'est très compliqué à commenter, Jérémie, parce que c'est une succession de petits oracles. Et je ne sais pas comment ça se fait, mais il n'y a aucun commentateur qui essaye de trouver une structure d'ensemble. Donc tous les commentaires que j'ai, c'est pour analyser tel verset, tel mot, telle phrase. Enfin, ça ne vous fait pas une vision d'ensemble, ça ne vous fait pas un commentaire introductif.

Donc, en fait, ça ne se voit pas, mais là, j'ai bien dû claquer 200 euros en commentaires. Et je n'en ai même trouvé aucun qui n'aille entièrement. Tout ça, c'est vraiment du pur Paul-Adrien, tous les commentaires que vous entendez depuis le début du livre de Jérémie. J'aurais dû réaliser à un moment donné que ça ne servait à rien de claquer plus d'argent, mais j'ai cru, dans ma naïveté, qu'il y avait quelque part sur Amazon un bon commentaire du livre de Jérémie qui traînait. Je ne l'ai pas trouvé. Je ne dis pas qu'il n'existe pas, mais au bout de 200 euros, je me suis dit : je vais peut-être arrêter les frais.

Et en fait, ce qui m'a sauvé, c'était de le mettre en parallèle avec le deuxième livre des Rois. Parce que c'est ça qui m'a fait comprendre cette histoire avec Shafân. Et j'ai déroulé tous mes commentaires à partir de là. Je pense que c'était la bonne clé de lecture. En attendant, un commentaire de Jérémie, c'est trois heures de travail. Bon, à votre bon cœur : si jamais il y en a qui veulent m'aider à rembourser les livres que j'ai claqués sur Amazon, les liens sont en bas. Ce podcast, c'est aussi le vôtre.

Bon, en tout cas. Aujourd'hui, pour la deuxième fois, les enfants, vous allez entendre la prise de Jérusalem. C'est une redite du deuxième livre des Rois. Il n'y aurait presque rien à ajouter, vous connaissez tout déjà. Mais vous sentez que, après avoir fait ce long détour par Jérémie, analysé les conflits politiques, assisté à l'effondrement de la cour royale en direct, cette deuxième lecture n'a plus rien à voir. Parce que les personnages, maintenant, vous les connaissez. Peut-être vous êtes attaché à eux, soit pour les aimer, soit pour les haïr. Mais en tout cas, il y a un rapport d'émotion et d'affectivité. Cette fois-ci, cette deuxième lecture de la prise de Jérusalem, grâce à Jérémie, vous la vivez de l'intérieur. Bravo à vous : vous êtes en train de devenir un vrai israélite qui, en lisant ces passages, ne peut pas s'empêcher de pleurer en revivant le traumatisme du passé.

Lecture : Jérémie 39

La neuvième année du règne de Sédécias, roi de Juda, au dixième mois, Nabucodonosor, roi de Babylone, arriva devant Jérusalem avec toute son armée et il en fit le siège. La onzième année de Sédécias, le neuvième jour du quatrième mois, une brèche fut ouverte dans le rempart de la ville.

Alors entrèrent tous les officiers du roi de Babylone et ils siégèrent à la porte du Milieu. Il y avait Nergal-Saréser, Samgar-Nébou, Sarsekim, grand dignitaire, Nergal-Saréser, grand mage, et tout le reste des officiers du roi de Babylone.

En les voyant, Sédécias, roi de Juda, et tous les hommes de guerre prirent la fuite. Ils sortirent de la ville la nuit par la porte du double rempart et ils s'éloignèrent en direction de la Araba. Mais l'armée des Chaldéens les poursuivit et rattrapa Sédécias dans la plaine de Jéricho. Il fut capturé et mené à Rivla, au pays de Hamath, auprès de Nabucodonosor, roi de Babylone, qui prononça la sentence contre lui.

Le roi de Babylone égorgea les fils de Sédécias sous les yeux de leur père, à Rivla. Le roi de Babylone égorgea tous les notables de Juda. Puis il creva les yeux de Sédécias et le fit attacher à une double chaîne de bronze pour l'emmener à Babylone.

Les Chaldéens incendièrent la maison du roi et les maisons du peuple, et ils abattirent les remparts de Jérusalem. Ensuite, Nabouzardan, commandant de la garde, déporta à Babylone ceux du peuple qui restaient encore dans la ville, ainsi que les déserteurs qui s'étaient rendus à lui, bref, le reste du peuple. Nabouzardan, commandant de la garde, laissa au pays de Juda ceux qui étaient pauvres, qui ne possédaient rien, et il leur donna ce jour-là des vignes et des cultures.

Au sujet de Jérémie, Nabucodonosor, roi de Babylone, avait donné cet ordre à Nabouzardan, commandant de la garde, en lui disant : « Prends-le et veille sur lui. Ne lui fais aucun mal, mais traite-le comme il te le demandera. » Nabouzardan, commandant de la garde, Nabou-Chazbane, grand dignitaire, et Nergal-Saréser, grand mage, ainsi que tous les grands officiers du roi de Babylone étaient chargés de cette mission. Ils envoyèrent prendre Jérémie dans la cour de garde et le confièrent à Godolias, fils d'Ahiqam, fils de Shafân, pour le conduire chez lui, et il demeura au milieu du peuple.

La parole du Seigneur fut adressée à Jérémie alors qu'il était encore détenu dans la cour de garde : « Va dire à Ébed-Mélek l'Éthiopien : Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Je vais faire venir sur cette ville mes paroles de malheur et non de bonheur. Ce jour-là, elles se réaliseront devant toi. Et ce jour-là, je te délivrerai — oracle du Seigneur — et tu ne seras pas livré aux mains des hommes qui t'épouvantent. Oui, je te ferai échapper à coup sûr, et tu ne tomberas pas sous l'épée. Tu auras la vie sauve comme part de butin, puisque tu as mis ta confiance en moi — oracle du Seigneur. »

Commentaire

La seule chose de nouveau par rapport au deuxième livre des Rois, c'est ce personnage d'Ébed-Mélek l'Éthiopien. On en avait déjà entendu parler au chapitre précédent dans Jérémie, mais là, ça devient franchement grinçant. Je vous avais dit, au chapitre précédent, que c'était curieux, cette manière que la Bible a, à chaque tournant de l'histoire biblique, de mettre un étranger qui vient sauver la situation en proposant un modèle de foi.

Et ici, cet Ébed-Mélek l'Éthiopien devient une nouvelle Rahab. Parce qu'un étranger sauvé lors d'un siège, ça s'était déjà vu lors de la prise de Jéricho. Sauf que maintenant, à la place de Josué qui assiège Jéricho, le nouveau Josué, c'est Nabucodonosor, et la nouvelle Jéricho, c'est Jérusalem. Vous voyez comment toutes les choses ont été inversées, et la manière dont Dieu regarde Jérusalem, qui à ses yeux ne vaut pas mieux que cette ancienne ville de païens, Jéricho, dont il fallait abattre les murailles. C'est curieux de voir, à quelques siècles interposés, comment Jérusalem, aux yeux de Dieu, était devenue une ville aussi païenne que Jéricho.

Que dire de plus sur la prise de Jérusalem ? À travers le deuxième livre des Rois, on l'a étudiée à travers le prisme de la grande histoire, celle des empires qui se succèdent : égyptiens, assyriens, éthiopiens. À travers Jérémie, on l'a étudiée à travers le prisme de la politique et des conflits de cour. Et c'était toujours le même message religieux sur la repentance.

Ah si ! Peut-être encore ça à voir. Non pas à travers les yeux des grands ou des empires, mais à travers les yeux des petits. À travers les yeux des habitants de Jérusalem. Souvenez-vous, je vous parlais de ces mères de famille qui avaient été obligées de faire cuire leurs enfants pour les manger, pour échapper à la faim. On n'a pas entendu leur cri. Alors là, c'est là où maintenant ça devient franchement cruel. Mais s'il faut mettre les mains dans le cambouis, il va falloir les mettre jusque-là. Parce que ce cri de détresse du peuple pendant le siège de Jérusalem, la Bible l'a conservé. Parfaitement.

C'est une des plus belles poésies tragiques de la Bible. On en a fait un petit livre qu'on appelle les Lamentations de Jérémie. Cinq chapitres de poésie, qui sont introduits dans la Septante, c'est-à-dire la version grecque de la Bible, par ces phrases : « Et il arriva, après qu'Israël eut été emmené en captivité et que Jérusalem eut été dévastée… » — et c'est précisément là où on en est arrivé — « … que Jérémie s'assit en pleurant et prononça cette complainte sur Jérusalem. »

Cinq chapitres de poésie dont les quatre premiers sont ce qu'on appelle des acrostiches. Ça veut dire qu'ils font chacun 22 versets, chaque verset commençant par une lettre de l'alphabet : le premier verset commençant par Aleph, le deuxième par Beth, le troisième par Guimel, etc., les 22 versets vous permettant de faire l'alphabet en entier. L'idée derrière, c'est d'exprimer une forme de complétude, comme si on avait fait le tour du cadran : on a exprimé l'ensemble de la détresse de Jérusalem. On fait une fois le tour, une deuxième fois le tour, une troisième fois le tour, et on va chaque fois plus profondément dans les pleurs des habitants de Jérusalem. Normalement, chaque verset commence par le nom de cette lettre : Aleph, Beth, Guimel. Pour la facilité de la lecture, et comme en français ça n'apporte rien, je les ai enlevés, mais vous gardez ça dans un coin de votre tête.

Dans cet épisode, nous commençons par la première partie de la première lamentation. En fait, chaque lamentation peut se diviser en deux : vous avez 22 versets pour les 22 lettres, mais c'est comme si l'alphabet était scindé en deux. Dans la première partie, la douleur est vue comme de l'extérieur, on parle de Jérusalem à la troisième personne. En psychanalyse, on parle parfois de dissociation : le fait de ne pas arriver à s'identifier à soi-même suite à un traumatisme, tellement la douleur est violente et le souvenir insupportable. Et on parle de soi comme à la troisième personne.

Lecture : Lamentations 1,1-11

Comment ? La voilà donc assise, solitaire, la ville si populeuse, semblable à une veuve, la reine des nations, reine des peuples, devenue esclave.

Elle pleure, elle pleure dans la nuit, les larmes couvrent ses joues. Personne pour la consoler parmi ceux qui l'aimaient. Ils l'ont trompée, tous ses amis devenus ses ennemis.

Elle est déportée, Juda, misérable, durement asservie, assise au milieu des nations, elle ne trouve pas de repos. Tous ses persécuteurs l'ont traquée jusque dans la détresse.

Les routes de Sion sont en deuil, car personne ne vient à ses fêtes. Toutes ses portes sont à l'abandon, ses prêtres gémissent, ses vierges s'affligent. Elle-même est dans l'amertume.

Ses adversaires la dominent, ses ennemis sont rassurés, car le Seigneur l'afflige pour ses fautes sans nombre. Ses petits enfants s'en vont captifs devant l'adversaire.

De la fille de Sion, toute splendeur s'est retirée. Et ses princes, comme des cerfs ne trouvant plus de pâturage, sont partis à bout de force devant le persécuteur.

Jérusalem se rappelle tous les plaisirs des jours d'autrefois, aux jours de misère et d'errance, quand son peuple tombe aux mains de l'adversaire, et, la voyant privée de secours, ses adversaires rient de sa ruine.

Elle a péché, elle a péché, Jérusalem, elle n'est plus que souillure, et tous ceux qui la glorifiaient la méprisent, voyant sa nudité. Elle aussi gémit, elle se détourne.

Son impureté a taché sa robe, elle n'avait pas imaginé une telle fin. Elle est descendue au plus bas, personne pour la consoler. Vois, Seigneur, ma misère : l'ennemi a triomphé.

L'adversaire a fait main basse sur tous ses trésors. Oui, elle a vu tous les païens entrer dans son sanctuaire, alors que tu leur avais ordonné : « Vous n'entrerez pas dans mon assemblée. »

Son peuple tout entier gémit en quête de pain. Il troque ses trésors contre de la nourriture pour reprendre vie. Vois, Seigneur, et regarde comme je suis méprisée.


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