Jour 175 ☾ — Le chaos après la chute
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Résumé : Le frère Paul-Adrien rappelle d'abord que la déportation babylonienne n'a touché que les élites : la majorité des paysans est restée sur place, et un avenir était encore possible après le siège de Jérusalem. La lecture de Jérémie 40-41 raconte la libération de Jérémie par Nabouzardan, l'établissement de Godolias comme gouverneur à Mispa, le retour des Judéens dispersés, puis l'assassinat de Godolias par Ismaël, le massacre des pèlerins et la fuite du reste du peuple vers l'Égypte. Le commentaire tire deux leçons : la bienveillance sans lucidité ne sauve pas, et le fanatisme qui décapite le parti modéré livre le pays aux empires — ce qui se reproduira avec Jésus. L'épisode se conclut par la seconde partie des Lamentations 1, lue comme prière.
Introduction
Alors oui, les Babyloniens firent une grande déportation, mais ne vous y trompez pas : ce n'est pas tout le monde qui a été déporté, c'est ceux qui avaient une plus-value humaine. C'était les élites, les artisans, les intellectuels, bref, ceux qui intéressaient les Babyloniens. Les autres, les pauvres, les classes populaires inférieures, les Babyloniens, cela ne les intéressait pas du tout.
On estime que la première déportation, c'était 10 000 hommes, la deuxième, 5 000 — peut-être 20 000 hommes au total furent déportés à Babylone. Et les archéologues pensent qu'environ 80 000 à 130 000 personnes, la majorité des paysans, sont restés sur place.
Peut-être que les Assyriens les auraient tous tués, empalés et écorchés, mais les Babyloniens, plus mesurés, se dirent qu'une bonne politique d'occupation, c'était encore un gage à long terme de la stabilité du pays, et ils firent attention à remettre aux bonnes personnes les clés du pays. Et ça, ce sont les chapitres que vous allez entendre aujourd'hui. On l'oublie, mais un avenir était encore possible, même après le siège de Jérusalem.
Jérémie, chapitres 40 et 41.
Lecture : Jérémie 40-41
Parole du Seigneur adressée à Jérémie après que Nabouzardan, commandant de la garde, l'eut renvoyé de Rama. C'est là qu'il l'avait pris, quand il était enchaîné au milieu de tous les déportés de Jérusalem et de Juda, sur le point d'être exilés à Babylone.
Le commandant de la garde prit donc Jérémie et lui dit : « C'est le Seigneur ton Dieu qui avait annoncé un tel malheur contre ce lieu et qui l'a fait venir. Le Seigneur a réalisé ce qu'il avait annoncé. Cela vous est arrivé parce que vous avez péché contre le Seigneur et n'avez pas écouté sa voix. Mais maintenant, je délie en ce jour les chaînes de tes mains. S'il est bon à tes yeux de venir avec moi à Babylone, viens, et je veillerai sur toi. Mais s'il est mauvais à tes yeux de venir avec moi, ne viens pas. Regarde, toute la terre est devant toi. Là où tu jugeras bon d'aller, va. »
Et comme Jérémie tardait à s'en retourner, il ajouta : « Retourne auprès de Godolias, fils d'Aïkam, fils de Chafan, que le roi de Babylone a établi gouverneur des villes de Juda, et demeure avec lui au milieu du peuple. Ou bien, va partout où tu jugeras bon d'aller. »
Puis le commandant de la garde lui remit des vivres avec un cadeau, et il le renvoya. Jérémie se rendit auprès de Godolias, fils d'Aïkam, à Mispa, et demeura avec lui au milieu du peuple, parmi ceux qui étaient restés dans le pays.
Tous les officiers de l'armée qui étaient dans la campagne apprirent, eux et leurs hommes, que le roi de Babylone avait établi gouverneur du pays Godolias, fils d'Aïkam, et qu'il lui avait confié — hommes, femmes et enfants — le petit peuple qui n'était pas déporté à Babylone. Alors, ils se rendirent, eux et leurs hommes, auprès de Godolias à Mispa. C'était Ismaël, fils de Nétania, Yohanan et Jonathan, fils de Karéa, Seraya, fils de Tanhoumet, les fils d'Éphaï de Netofa, et Yezanyahou, fils du Maakatite.
Godolias, fils d'Aïkam, fils de Chafan, leur fit un serment, à eux et à leurs hommes. Il leur dit : « N'ayez pas peur de servir les Chaldéens. Demeurez dans le pays, servez le roi de Babylone, et tout ira bien pour vous. Quant à moi, je vais demeurer à Mispa pour me tenir à la disposition des Chaldéens qui viennent chez nous. Mais vous, faites la récolte du vin, des fruits et de l'huile, emplissez vos jarres et demeurez dans les villes que vous occupez. »
Tous les Judéens qui se trouvaient en Moab, chez les fils d'Ammon, en Édom et dans tout autre pays, apprirent aussi que le roi de Babylone avait laissé subsister un reste en Juda et qu'il avait établi gouverneur Godolias, fils d'Aïkam, fils de Chafan. Tous les Judéens revinrent donc de tous les lieux où ils avaient été chassés. Ils se rendirent au pays de Juda, auprès de Godolias à Mispa, et ils firent une très abondante récolte de vin et de fruits.
Yohanan, fils de Karéa, et tous les officiers de l'armée qui étaient dans la campagne se rendirent auprès de Godolias à Mispa et lui dirent : « Ne sais-tu pas que Baalis, roi des fils d'Ammon, a envoyé Ismaël, fils de Nétania, pour attenter à ta vie ? » Mais Godolias, fils d'Aïkam, refusa de les croire.
Alors Yohanan, fils de Karéa, dit en secret à Godolias, à Mispa : « J'irai abattre Ismaël, fils de Nétania, sans que personne ne le sache. Pourquoi le laisser attenter à ta vie ? Pourquoi tous les Judéens rassemblés autour de toi devraient-ils se disperser et le reste de Juda périr ? » Mais Godolias, fils d'Aïkam, répondit à Yohanan, fils de Karéa : « Ne fais pas cela, car c'est faux, ce que tu dis au sujet d'Ismaël. »
Mais le septième mois, Ismaël, fils de Nétania, fils d'Élishama, qui était de sang royal, se rendit avec les grands officiers du roi et dix hommes auprès de Godolias, fils d'Aïkam, à Mispa. Et là, à Mispa, ils prirent un repas ensemble. Alors Ismaël, fils de Nétania, se leva avec les dix hommes qui l'accompagnaient, et ils frappèrent de l'épée Godolias, fils d'Aïkam, fils de Chafan. Ils firent mourir celui que le roi de Babylone avait établi gouverneur du pays. Et Ismaël frappa à mort tous les Judéens qui étaient avec Godolias à Mispa, et les Chaldéens qui se trouvaient là, des hommes de guerre.
Le deuxième jour après le meurtre de Godolias, alors que personne encore ne savait rien, arrivèrent des hommes venant de Sichem, de Silo et de Samarie, au nombre de quatre-vingts. La barbe rasée, les vêtements déchirés, le corps marqué d'incisions, ils portaient des offrandes et de l'encens pour la maison du Seigneur. Ismaël, fils de Nétania, sortit de Mispa à leur rencontre. Il avança en pleurant et leur dit, au moment où il les rejoignait : « Venez chez Godolias, fils d'Aïkam. » Mais quand ils arrivèrent au milieu de la ville, Ismaël, fils de Nétania, les égorgea, aidé de ses hommes, et les jeta au fond des citernes.
Il se trouvait cependant parmi eux dix hommes qui dirent à Ismaël : « Ne nous fais pas mourir. Nous avons dans les champs des provisions cachées, du blé, de l'orge, de l'huile et du miel. » Alors Ismaël renonça à les faire mourir avec leurs frères.
La citerne où Ismaël avait jeté tous les cadavres des hommes qu'il avait frappés à mort était la grande citerne faite par le roi Asa quand il luttait contre Basha, roi d'Israël. Celle-là, Ismaël, fils de Nétania, la remplit de ses victimes.
Puis Ismaël emmena captifs tout le reste du peuple qui était à Mispa, les filles du roi avec tous ceux du peuple qui restaient à Mispa, et que Nabouzardan, commandant de la garde, avait confiés à Godolias, fils d'Aïkam. Ismaël, fils de Nétania, les emmena captifs et se mit en route pour passer chez les fils d'Ammon.
Lorsque Yohanan, fils de Karéa, et tous les officiers de l'armée qui se trouvaient avec lui apprirent tout le mal qu'avait fait Ismaël, fils de Nétania, ils rassemblèrent tous les hommes et partirent en guerre contre Ismaël, fils de Nétania. Ils le trouvèrent aux grandes eaux de Gabaon. À la vue de Yohanan, fils de Karéa, et de tous les officiers qui l'accompagnaient, tous ceux du peuple qui étaient avec Ismaël furent saisis de joie. Faisant volte-face, tous ceux qu'Ismaël avait emmenés captifs depuis Mispa se retournèrent et s'en allèrent vers Yohanan, fils de Karéa. Quant à Ismaël, fils de Nétania, il échappa à Yohanan avec huit de ses hommes et s'en alla chez les fils d'Ammon.
Alors Yohanan, fils de Karéa, et tous les officiers de l'armée qui l'accompagnaient rassemblèrent tout le reste du peuple, ramené de Mispa d'auprès d'Ismaël, fils de Nétania, après que celui-ci eut frappé à mort Godolias, fils d'Aïkam. Ils rassemblèrent hommes de guerre, femmes, enfants et dignitaires ramenés de Gabaon. Ils se mirent en route et s'arrêtèrent au campement de Kimam, à côté de Bethléem, pour gagner ensuite l'Égypte. En effet, ils avaient peur des Chaldéens, depuis qu'Ismaël, fils de Nétania, avait frappé à mort Godolias, fils d'Aïkam, établi gouverneur du pays par le roi de Babylone.
Commentaire
Godolias — enfin, j'espère que tout le monde l'a vu maintenant — il appartenait à la famille de Chafan. Et c'est toujours la même chose : avant de partir, Nabuchodonosor confie le pays au parti des colombes. Il met les bonnes personnes au bon endroit. Et c'est là où Nabuchodonosor, ce n'est pas l'Assyrie, quoi.
Maintenant, il y a quand même deux choses qu'on peut dire. Godolias, pacifiste peut-être, mais sacrément naïf aussi. Ce n'est pas faute d'avoir été prévenu tout au long du chapitre, mais il y va quand même. Là, il y a une leçon : c'est bien de vouloir la paix, c'est bien d'être bienveillant, mais la naïveté, ça sauve rarement les situations.
Deuxième leçon. Parfois, on trouve que Dieu est dur. On en a ras-le-bol de Dieu qui met des oracles en colère. Enfin, il ne faut pas oublier une chose : c'est que ce n'est pas faute de les avoir prévenus. Ce n'est pas comme s'ils n'avaient pas eu devant les yeux le royaume d'Israël envahi une première fois par l'Assyrie, déporté une deuxième fois par l'Assyrie. Ce n'est pas comme s'ils avaient eu un, puis deux, puis trois, puis une dizaine de prophètes qui les avertissaient de ce qui arrivait avec les Babyloniens. Ce n'est pas comme si les Babyloniens n'avaient pas déjà gagné une fois le pays, fait une première déportation, étaient revenus, avaient gagné une deuxième fois, fait une deuxième déportation.
On les laisse enfin pouvoir respirer un peu. Et la première chose qu'ils font : ils tuent Godolias. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'étaient des fanatiques. Ah non ! Aucune excuse ! Et ces fanatiques, c'étaient des prêtres et des prophètes qui ont mis le roi sous coupe réglée.
Le pire, c'est qu'ils ne comprendront toujours pas, parce qu'avec Jésus, c'est exactement ce qui va se passer. Quand vous décapitez le parti modéré, eh bien ensuite les empires arrivent et détruisent tout. C'est ce qui s'est passé avec les Babyloniens, c'est ce qui s'est passé avec Jésus.
En attendant, nous continuons les Lamentations, la deuxième partie du premier chapitre. Ce sera notre prière conclusive aussi, parce que les Lamentations sont une prière. Les juifs orthodoxes les lisent au mois de Av, parce que c'est le mois associé à la destruction du Temple de Jérusalem. On peut aussi les lire au pied du Temple de Salomon, à Jérusalem. Et les moines chrétiens, eux, les lisent pendant le Triduum pascal, pendant la Semaine sainte, dans ce qu'ils appellent l'Office des Ténèbres — c'est ce que je fais chaque année. Parce que derrière les Lamentations de Jérémie, on a reconnu les Lamentations de Jésus.
Lamentations, fin du chapitre 1.
Prière
Ô vous tous qui passez sur le chemin, regardez et voyez ! S'il est une douleur pareille à la douleur que j'endure, celle dont le Seigneur m'afflige le jour de sa brûlante colère.
D'en haut, il lance un feu dans mes os et les piétine. Il tend un filet sous mes pas. Il me rejette en arrière. Il me livre à l'abandon, malade à longueur de jour.
Il attache de sa main le joug de mes péchés. Ils sont entrelacés et posés sur mon cou. Ma force en est brisée. Le Seigneur me livre à des mains qui m'empêchent de me relever.
Le Seigneur a terrassé tous les vaillants au milieu de mon peuple. Il a convoqué contre moi un conseil pour écraser mes jeunes gens. Le Seigneur a foulé au pressoir la vierge, fille de Juda.
Voilà pourquoi je pleure. Mes yeux, mes yeux fondent en larmes. Il est loin de moi, le Consolateur, qui me rendrait à la vie. Mes fils sont à l'abandon. L'ennemi était le plus fort.
Sion tend les mains. Personne pour la consoler. Le Seigneur a donné des ordres contre Jacob, aux adversaires qui l'entourent. Jérusalem, au milieu d'eux, n'est plus que souillure.
Le Seigneur, lui, est juste, car moi, je suis rebelle à sa parole. Écoutez donc, vous tous les peuples, et voyez ma douleur. Mes vierges et mes jeunes gens sont partis en captivité.
J'ai fait appel à mes amants, mais ils m'ont trahi. Mes prêtres et mes anciens expirent dans la ville, cherchant la nourriture pour reprendre vie.
Vois, Seigneur, quelle est ma détresse. Mes entrailles frémissent. Mon cœur, au fond de moi, se retourne, car j'ai persisté dans ma rébellion. Dehors, l'ennemi m'a privée d'enfants, et dans la maison, c'est la mort.
On m'entend gémir. Personne pour me consoler. Tous mes ennemis entendent mon malheur. Ils jubilent, car c'est toi qui l'as fait. Tu amèneras le jour que tu as fixé. Ils seront alors comme moi.
Que leur méchanceté éclate à tes yeux. Traite-les donc comme tu m'as traitée pour toutes mes fautes. Nombreux sont mes gémissements, et malade est mon cœur.
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