Jour 176 ☼ — Retour en Égypte : la rechute
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Résumé : En guise d'épilogue au livre de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 42 et 43 : le reste de Juda supplie Jérémie d'intercéder, promet d'obéir, puis traite le prophète de menteur et descend en Égypte, entraînant Jérémie et Baruc avec lui. Le commentaire décrit cette rechute comme une régression spirituelle caractérisée : recherche d'une figure parentale, abri magique, déni, mauvaise foi et retour vers le lieu même de la première servitude, parce qu'il est connu donc rassurant. L'épisode se termine par le deuxième chapitre des Lamentations, où l'agresseur de Jérusalem est clairement nommé : non pas Nabuchodonosor, mais Dieu lui-même.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Vous savez, dans les grandes histoires, on fait attention au début et à la fin. Il y a le grand dénouement de l'histoire, mais les grandes histoires ne s'arrêtent pas là. Il y a toujours des épilogues qui permettent d'atterrir gentiment, en douceur. C'est le cas dans Le Seigneur des Anneaux, c'est le cas dans Jérémie. Sauf qu'en guise d'épilogue et comme atterrissage en douceur, ce que Jérémie nous propose, c'est d'assister en direct à un peuple qui a décidé consciemment de s'auto-saborder. Ils avaient tué Godolias la dernière fois ; à quoi allons-nous assister encore aujourd'hui ?
Jérémie, chapitres 42 et 43.
Lecture : Jérémie 42
Alors tous les officiers de l'armée, notamment Yohanân, fils de Karéah, et Azarias, fils de Hoshaya, avec tous ceux du peuple, des plus petits jusqu'aux plus grands, s'avancèrent et dirent au prophète Jérémie : « Laisse-toi toucher par notre supplication. Intercède pour nous auprès du Seigneur ton Dieu, pour tout ce reste, car nous restons peu du grand nombre que nous étions, comme tu le vois de tes yeux. Que le Seigneur ton Dieu nous indique la route que nous devons suivre et ce que nous devons faire. »
Le prophète Jérémie leur dit : « C'est entendu. Selon votre demande, je vais intercéder auprès du Seigneur votre Dieu. Toute parole que le Seigneur vous donnera en réponse, je vous l'annoncerai sans rien vous cacher. »
De leur côté, ils dirent à Jérémie : « Que le Seigneur soit contre nous un témoin fidèle et sûr, si nous n'agissons pas conformément à toute parole que le Seigneur ton Dieu t'adressera pour nous. Que cela semble bon ou mauvais, nous écouterons la voix du Seigneur notre Dieu, auprès de qui nous t'envoyons, et ainsi tout ira bien pour nous, puisque nous écouterons la voix du Seigneur notre Dieu. »
Au bout de dix jours, la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie. Alors il convoqua Yohanân, fils de Karéah, tous les officiers de l'armée qui étaient avec lui, et tout le peuple, des plus petits jusqu'aux plus grands.
Il leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël, auprès de qui vous m'avez envoyé pour qu'il se laisse toucher par votre supplication. Si vous revenez habiter dans ce pays, je vous bâtirai, je ne vous démolirai pas. Je vous planterai, je n'arracherai pas, car je me repens du mal que je vous ai fait. N'ayez pas peur du roi de Babylone, devant qui vous avez peur. N'ayez pas peur de lui, oracle du Seigneur, car je suis avec vous pour vous sauver et vous délivrer de sa main. Je vous ferai prendre en compassion, et il aura de la compassion pour vous. Il vous laissera revenir sur votre sol.
Mais si vous dites : “Nous n'habiterons plus dans ce pays”, refusant ainsi d'écouter la voix du Seigneur votre Dieu, si vous dites : “Non, c'est au pays d'Égypte que nous irons, pour ne plus voir la guerre, ni entendre l'appel du cor, ni souffrir la faim, c'est là-bas que nous habiterons”, alors, reste de Juda, écoutez maintenant la parole du Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : si vous persistez à tourner votre visage vers l'Égypte pour y aller, si vous allez séjourner là-bas, l'épée dont vous avez peur, c'est là-bas qu'elle vous atteindra, au pays d'Égypte. La famine qui fait votre inquiétude, c'est là-bas qu'elle vous poursuivra, en Égypte. Et c'est là-bas que vous mourrez. Et tous les hommes qui auront tourné leur visage vers l'Égypte pour aller séjourner là-bas mourront par l'épée, la famine et la peste. Il n'y aura ni survivants, ni rescapés face au malheur que je ferai venir contre eux.
Oui, ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : de même que mon ardente colère s'est déversée sur les habitants de Jérusalem, de même se déversera sur vous ma colère lorsque vous irez en Égypte. Alors vous deviendrez un objet d'imprécation, de désolation, de malédiction, d'insulte, et vous ne reverrez plus ce lieu.
Reste de Juda, le Seigneur vous a parlé : n'allez pas en Égypte. Sachez-le bien aujourd'hui, je suis témoin contre vous. Vous avez perdu la tête quand vous m'avez envoyé auprès du Seigneur votre Dieu en me disant : “Intercède pour nous auprès du Seigneur notre Dieu. Tout ce que dira le Seigneur notre Dieu, tu nous l'annonceras et nous le ferons.” Or aujourd'hui je vous l'annonce, mais vous n'écoutez pas la voix du Seigneur votre Dieu, ni rien de ce qu'il m'envoie vous dire. Alors maintenant, sachez-le bien : vous mourrez par l'épée, la famine et la peste, dans le lieu où vous désirez aller pour y séjourner. »
Lecture : Jérémie 43
Quand Jérémie eut achevé de prononcer devant tout le peuple toutes les paroles du Seigneur leur Dieu, ces paroles pour lesquelles le Seigneur leur Dieu l'avait envoyé, alors Azarias, fils de Hoshaya, Yohanân, fils de Karéah, et tous ces gens pleins d'arrogance répondirent à Jérémie : « C'est un mensonge que tu dis. Le Seigneur notre Dieu ne t'a pas envoyé nous dire : “N'allez pas en Égypte pour y séjourner.” Mais c'est Baruc, fils de Nériya, qui t'excite contre nous, afin de nous livrer aux mains des Chaldéens qui vont nous faire mourir ou nous déporter à Babylone. »
Ainsi, ni Yohanân, fils de Karéah, ni aucun des officiers de l'armée, ni personne dans le peuple n'écouta la voix du Seigneur en demeurant au pays de Juda. Yohanân, fils de Karéah, et tous les officiers de l'armée emmenèrent tout le reste de Juda, ceux qui étaient revenus séjourner au pays de Juda depuis toutes les nations où ils avaient été chassés : hommes, femmes, enfants, ainsi que les filles du roi et tous ceux que Nebouzaradân, commandant de la garde, avait confiés à Godolias, fils d'Ahikam, fils de Shafân, notamment le prophète Jérémie et Baruc, fils de Nériya. Refusant d'écouter la voix du Seigneur, ils allèrent donc au pays d'Égypte et arrivèrent à Tapanès.
Or, à Tapanès, la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : « De tes mains, prends de grosses pierres et, aux yeux des Judéens, enfouis-les dans l'argile près du four à briques, à l'entrée de la maison de Pharaon, à Tapanès. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : voici que j'envoie chercher mon serviteur Nabuchodonosor, roi de Babylone. Je placerai son trône sur les pierres que j'ai enfouies, et il étendra son baldaquin au-dessus d'elles. Il viendra et frappera le pays d'Égypte : qui est pour la mort, qu'il aille à la mort ; qui est pour la captivité, à la captivité ; qui est pour l'épée, qu'il aille à l'épée. Je mettrai le feu aux maisons des dieux de l'Égypte. Nabuchodonosor les brûlera. Il emmènera les dieux en captivité. Comme un berger s'enveloppe de son manteau, il s'enveloppera du pays d'Égypte, et de là repartira en paix. Il brisera les stèles de Beth-Shémesh, au pays d'Égypte, et il incendiera les maisons des dieux de l'Égypte. »
Commentaire
Le peuple israélite qui retourne de lui-même en Égypte, le lieu de la première servitude… Enfin, quand même ! Quand même ! Si jamais ça ne s'appelle pas de la régression spirituelle, je ne sais pas ce que c'est.
Vous avez tout dedans. Vous avez la recherche d'une figure parentale, d'une guidance extérieure : vous allez écouter le prophète que vous n'avez jamais écouté. Et d'ailleurs, quand il vous dit ce qu'il faut faire, vous continuez de ne pas l'écouter, pour blâmer les autres. Ce qui est typique dans cette régression, c'est le désir d'avoir un abri magique, de chercher une figure parentale extérieure, et, sous couvert de piété, de légitimer votre propre démission, de lui confier tous vos soucis, parce qu'en fait vous avez refusé de vous en occuper.
Sauf que ce que Jérémie leur dit, c'est : « Eh bien écoutez, maintenant, assumez ! Affrontez la réalité ! » Et la réponse des Israélites, c'est le déni, c'est cette sorte de fébrilité qui fait que vous prenez tout, sauf les bonnes décisions, et que vous retournez en Égypte, parce que, à défaut d'être efficace, au moins c'est connu.
Sauf qu'il y a un prix pour ça : c'est de se mentir à soi-même. Ici, les Israélites se mentent à eux-mêmes ; c'est la mauvaise foi, quand ils accusent Jérémie d'être sous la domination de Baruc. Baruc, on l'a entendu, c'est le secrétaire : on sait très bien qui est le chef de qui, ici. Et puis les Israélites se mentent à eux-mêmes aussi en oubliant que l'Égypte, c'est aussi elle qui les avait réduits en esclavage avant.
Donc, en psychologie, c'est ce qu'on observe : certaines personnes ont un choc émotionnel tellement important qu'elles préfèrent retourner vers des environnements passés, même s'ils sont destructeurs, simplement parce qu'en fait ils sont connus, et parce qu'ils sont connus, ils sont réconfortants. Sauf qu'il faut croire que la régression, ce n'est pas forcément la meilleure technique, parce que la conclusion, c'est que ça entraîne une nouvelle prophétie : même en Égypte, les Babyloniens vont vous poursuivre. Et le chapitre se termine là-dessus.
En guise de conclusion de cet épisode, on a pris l'habitude hier, mais on va continuer : je vous propose de continuer sur les Lamentations de Jérémie. Le but, en écoutant ces lamentations, c'est de rentrer dans le cri de détresse des habitants de Jérusalem quand ils ont eu le siège. Quand je vous parlais de traumatisme psychologique, il est inscrit là, dans ce chapitre.
Par rapport à la première lamentation, il y a ici une légère progression, une intensification du châtiment. Ou plutôt, ici, l'agresseur est clairement identifié. Sauf que l'agresseur, ce n'est pas les Babyloniens : l'agresseur, c'est Dieu. Il y a un langage très vif qui va être utilisé pour décrire le traitement que Dieu a infligé à son peuple. Il a jeté les murs, il a englouti la ville, il a renversé, il a coupé, il a brûlé, il a tendu son arc, il a déversé, détruit, ravagé, rejeté, livré, tendu un cordeau et brisé Jérusalem. C'est comme si l'auteur voulait que vraiment tout le monde comprenne que ces événements de 586 avant Jésus-Christ n'étaient pas le fruit du hasard, ou de la simple diplomatie, ou du jeu des empires. La vérité, c'est que celui qui a assiégé la ville, ce n'était pas Nabuchodonosor, c'était Dieu.
Lamentations, début du deuxième chapitre.
Lamentations 2
Comment ! Dans sa colère, le Seigneur a couvert d'ombre la fille de Sion. Il a précipité du ciel sur la terre la splendeur d'Israël, oubliant, au jour de sa colère, qu'elle a été le socle de ses pieds.
Le Seigneur a englouti sans pitié tous les pâturages de Jacob. De la fille de Juda, il a jeté à terre et profané le royaume et ses princes. Il a brisé, dans l'ardeur de sa colère, toute la force d'Israël. Il a retiré sa main droite de devant l'ennemi. Il a allumé dans Jacob un feu brûlant qui dévore à l'entour.
Comme un ennemi, il a tendu son arc, et, comme un adversaire, levé sa main droite. Tout ce qui charmait ses yeux, il l'a tué. Et sur la demeure de la fille de Sion, il a déversé sa fureur comme un feu.
Le Seigneur est comme un ennemi. Il a englouti Israël, englouti ses citadelles, rasé ses forteresses, répandu sur la fille de Juda. Il a forcé sa clôture comme celle d'un jardin, rasé le lieu de la rencontre. Le Seigneur a fait oublier dans Sion fête et sabbat. Dans l'excès de sa colère, il a déshonoré le roi et le prêtre.
Le Seigneur a délaissé son autel, il a maudit son sanctuaire. Il a livré aux mains de l'ennemi les remparts des citadelles. Des cris éclatent dans la maison du Seigneur comme aux jours de fête.
Le Seigneur a décidé de raser la muraille de la fille de Sion. Il va niveler, sans retirer sa main, avant que tout soit englouti. Il met en deuil muraille et avant-mur : ensemble, on se désole.
Ses portes s'enfoncent sous la terre. Il en a détruit et brisé les barres. Son roi et ses princes sont chez les païens, et la loi n'existe plus. Ses prophètes eux-mêmes ne reçoivent plus de vision.
Les anciens de la fille de Sion, assis par terre, se taisent. Ils ont couvert leur tête de poussière, revêtus de toiles à sac. Elles inclinent la tête vers la terre, les vierges de Jérusalem.
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