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Jour 176 ☾ — Égypte : le fond du fond

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 44 et 45 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit l'oracle adressé aux Judéens réfugiés en Égypte et la brève parole donnée à Baruch. Le peuple, à peine arrivé, sacrifie déjà à la reine du ciel et répond au prophète qu'il ne l'écoutera pas. Le commentaire montre que cette fuite révèle le fond du cœur : ces hommes n'avaient jamais vraiment aimé Dieu, et leur religion n'était qu'une variante cananéenne parmi d'autres. L'épisode se termine par la fin du chapitre 2 des Lamentations.

Introduction

On ne sait pas quoi dire. Franchement, ça se passe de commentaire. Vous êtes en train de voir un peuple se dissoudre de lui-même, disparaître tout simplement. Vous allez tout voir dans ce chapitre : les querelles entre les hommes et les femmes, la mauvaise foi des uns, la mauvaise foi des autres, l'apostasie générale, et un prophète pris en otage qui ne sait même plus quoi dire.

En fait, ce qu'il y a de terrible, c'est que ces hommes qui ont préféré fuir en Égypte, cette fuite révèle ce qu'il y avait au fond de leur cœur. Et ce qu'il y avait au fond de leur cœur, c'était qu'en fait, ils n'avaient jamais aimé Dieu. Là, on ne peut plus le cacher.

Jérémie, chapitres 44 et 45.

Lecture : Jérémie 44-45

Parole qui fut adressée à Jérémie pour tous les Judéens habitant le pays d'Égypte, ceux qui habitent à Migdol, Tapanès, Nof et au pays de Patros.

Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : « Vous avez vu tout le malheur que j'ai fait venir sur Jérusalem et sur toutes les villes de Juda. Aujourd'hui, les voici en ruines et sans habitants. C'est à cause du mal qu'ils ont fait pour m'offenser, en allant encenser et servir d'autres dieux qui leur étaient inconnus, comme à vous et à vos pères. Je vous ai envoyé inlassablement tous mes serviteurs les prophètes, pour dire : "Je vais vous dire quelque chose de désagréable que je déteste." Mais ils n'ont pas écouté, ni prêté l'oreille, pour se détourner de leur mal et cesser de brûler de l'encens à d'autres dieux. Alors mon ardente colère s'est déversée. Elle a embrasé les villes de Juda et les rues de Jérusalem, les réduisant en ruine et en désolation, comme on le voit aujourd'hui.

Et maintenant, ainsi parle le Seigneur, Dieu de l'univers, le Dieu d'Israël : Pourquoi vous faire à vous-mêmes ce grand mal, retrancher du milieu de Juda hommes et femmes, petits enfants et nourrissons, et ne pas laisser subsister un reste ? Pourquoi m'offenser par les œuvres de vos mains, en brûlant de l'encens à d'autres dieux dans le pays d'Égypte, là où vous êtes venus séjourner ? Pourquoi être retranchés de toutes les nations de la terre et devenir pour elles un objet de malédiction et d'insulte ?

Avez-vous oublié les méfaits de vos pères, les méfaits des rois de Juda et ceux de leurs femmes, vos propres méfaits et ceux de vos femmes, commis au pays de Juda et dans les rues de Jérusalem ? Jusqu'à ce jour, ils n'ont éprouvé ni contrition ni crainte. Ils n'ont pas marché selon mes lois et mes décrets, que j'avais placés devant vous et devant vos pères.

C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Je vais tourner mon visage contre vous, pour votre malheur, et retrancher tout Juda. Je prendrai le reste de Juda, ceux qui ont tourné leur visage vers l'Égypte pour y aller séjourner, et ils périront tous, jusqu'au plus grand. Par l'épée et la famine ils mourront. Ils deviendront un objet d'imprécation et de désolation, de malédiction et d'insulte. Je châtierai ceux qui habitent au pays d'Égypte, comme j'ai châtié Jérusalem, par l'épée, la famine et la peste. Il n'y aura ni rescapés ni survivants parmi le reste de Juda, ceux qui sont venus séjourner au pays d'Égypte. Quant au pays de Juda, où ils désirent ardemment revenir pour y habiter, ils n'y reviendront pas, sauf quelques rescapés. »

Tous les hommes qui savaient que leurs femmes brûlaient de l'encens à d'autres dieux, et toutes les femmes présentes, donc une grande assemblée, c'est-à-dire le peuple habitant au pays d'Égypte, à Patros, firent à Jérémie cette réponse : « Pour ce qui est de la parole que tu nous as dite au nom du Seigneur, nous ne t'écouterons pas. Mais nous voulons agir selon toute la parole qui est sortie de notre bouche : brûler de l'encens à la reine du ciel et lui verser des libations, comme nous le faisions dans les villes de Juda et les rues de Jérusalem, nous et nos pères, nos rois et nos princes, car alors, rassasiés de pain, nous étions heureux et ne connaissions pas le malheur. Depuis que nous avons cessé de brûler de l'encens à la reine du ciel et de lui verser des libations, nous manquons de tout et nous périssons par l'épée et la famine. »

Les femmes ajoutèrent : « Lorsque nous brûlons de l'encens à la reine du ciel et lui versons des libations, est-ce à l'insu de nos maris que nous lui faisons des gâteaux qui la représentent et que nous lui versons des libations ? »

Alors Jérémie parla à tout le peuple, aux hommes, aux femmes, à tout le peuple qui lui avait fait cette réponse : « L'encens que vous avez brûlé dans les villes de Juda et les rues de Jérusalem, vous et vos pères, vos rois et vos princes, avec les gens du pays, est-ce que le Seigneur ne s'en est pas souvenu ? N'en a-t-il pas gardé mémoire ? Le Seigneur ne pouvait plus supporter la malice de vos actes et les abominations que vous avez commises. Alors votre pays est devenu une ruine, un objet de désolation et de malédiction, sans aucun habitant, comme on le voit aujourd'hui. Vous avez brûlé de l'encens, vous avez péché contre le Seigneur, vous n'avez pas écouté la voix du Seigneur, vous n'avez pas marché selon sa loi, ses décrets et ses exigences. Et voilà pourquoi ce malheur vous est arrivé, comme on le voit aujourd'hui. »

Puis Jérémie dit à tout le peuple : « Hommes et femmes, écoutez la parole du Seigneur, vous tous de Juda, vous qui êtes au pays d'Égypte. Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Vous et vos femmes, vous avez dit de votre bouche et vous avez accompli de vos mains : "Nous réaliserons les vœux que nous avons faits de brûler de l'encens à la reine du ciel et de lui verser des libations." Eh bien, acquittez-vous donc de vos vœux, réalisez-les complètement !

Cependant, écoutez la parole du Seigneur, vous tous de Juda, vous qui habitez au pays d'Égypte : Voici que j'en ai fait le serment par mon grand nom, dit le Seigneur : plus personne en Égypte n'invoquera mon nom, aucun de ceux qui disent par tout le pays d'Égypte : "Vive le Seigneur mon Dieu !" Voici que je veille sur eux pour le malheur et non pas pour le bonheur. Ils périront, tous les hommes de Juda qui sont au pays d'Égypte, par l'épée et la famine, jusqu'à leur anéantissement. Et quelques-uns, peu nombreux, échapperont à l'épée et ils s'en retourneront du pays d'Égypte au pays de Juda. Alors tout le reste de Juda, ceux qui sont venus au pays d'Égypte, ceux-là sauront quelles paroles se réalisent, la mienne ou la leur.

Et voici pour vous, oracle du Seigneur, le signe que je vais vous châtier en ce lieu, afin que vous sachiez que mes paroles de malheur contre vous se réalisent vraiment. Ainsi parle le Seigneur : Je vais livrer le pharaon Ophra, roi d'Égypte, aux mains de ses ennemis, aux mains de ceux qui en veulent à sa vie, comme j'ai livré Sédécias, roi de Juda, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, son ennemi, celui qui en voulait à sa vie. »

Parole que le prophète Jérémie adressa à Baruch, fils de Néria, quand celui-ci écrivait sous la dictée de Jérémie ses paroles dans un livre, la quatrième année du règne de Joaquim, fils de Josias, roi de Juda.

« Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël, à ton sujet, Baruch. Toi qui as dit : "Malheur à moi ! Le Seigneur ajoute le tourment à ma douleur. Je m'épuise à force de gémir, sans trouver de repos." Voilà ce que tu diras à Baruch. Ainsi parle le Seigneur : Ce que j'ai bâti, je vais le démolir. Ce que j'ai planté, je vais l'arracher, c'est-à-dire tout ce pays. Et toi, tu demandes pour toi de grandes choses ? Ne demande rien ! Car je vais faire venir le malheur sur tout être de chair, oracle du Seigneur. Mais toi, en tout lieu où tu iras, c'est comme part de butin que je t'accorderai la vie sauve. »

Commentaire

Ah, ça a dû lui faire tout drôle, à Baruch. Baruch qui avait dit : « Mais moi, Jérémie, je suis resté fidèle. Est-ce que tu peux au moins intercéder pour moi auprès de Dieu pour qu'il me protège ? » Et la réponse de Jérémie, un Jérémie totalement désabusé par tout ce qui se passe :

Et toi, tu demandes pour toi de grandes choses ? Ne demande rien, car je vais faire venir le malheur sur tout être de chair, oracle du Seigneur. En tout lieu où tu iras, c'est comme part de butin que je t'accorderai la vie sauve.

Dieu accorde la vie sauve à Baruch parce qu'en fait, ça ne l'intéresse plus. C'est une manière de le congédier. Tu veux la vie sauve ? Très bien. Allez, va-t'en maintenant.

Il faut dire que ce peuple, à peine arrivé en Égypte, est déjà en train de sacrifier aux dieux égyptiens. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ah si ! Ce peuple, ce n'est pas n'importe qui. C'est le parti des colombes. C'étaient les alliés de Jérémie, ceux qui l'ont pris en otage pour l'amener avec eux. Et voilà que maintenant, ils sont en train d'apostasier devant lui.

La vérité, c'est qu'ils n'avaient jamais aimé Dieu. Ou, s'ils l'ont adoré, ils l'ont adoré à la manière d'un dieu phénicien : un dieu parmi d'autres, qui avait son Ashéra, à qui il fallait faire ses sacrifices, le dieu des montagnes. Et maintenant qu'ils ne sont plus dans les montagnes mais dans les plaines, ils sacrifient à d'autres dieux.

En fait, c'est plus simple de se dire que la religion israélite, c'était une religion cananéenne. Et à l'intérieur de cette religion, il y avait quelques prophètes qui se réclamaient d'un obscur Moïse, et que l'on écoutait, mais parmi d'autres sensibilités auxquelles on était plus attaché par dévotion populaire : les veaux de Béthel, le serpent de bronze, le temple de Jérusalem — un temple parmi d'autres.

Et c'est quand Dieu aura tout détruit et que tout ce beau monde se retrouvera à Babylone que les seuls qui ne les auront pas abandonnés, ce seront ces obscurs prophètes. Et là, ce qu'il reste du peuple israélite décidera d'identifier sa religion à ces prophètes. Mais là, on n'y est pas encore. Et puis de toute façon, on n'est pas à Babylone, mais en Égypte. Et vous voyez ce qu'il reste du peuple se dissoudre devant vous, à grands coups de querelles conjugales. On a droit à tout, même à la mesquinerie des querelles de couple.

Nous nous tournons, en guise de prière finale, vers la fin du deuxième chapitre du livre des Lamentations.

Prière

Mes yeux sont usés par les larmes, mes entrailles frémissent. Je vomis par terre ma bile face au malheur de la fille de mon peuple, alors que défaillent petits enfants et nourrissons sur les places de la cité.

À leur mère ils demandent : « Où sont le froment et le vin ? » alors qu'ils défaillent comme des blessés sur les places de la ville et qu'ils rendent l'âme sur le sein de leur mère.

Que dire de toi ? À quoi te comparer, fille de Jérusalem ? À quoi te rendre égale pour te consoler, vierge fille de Sion ? Car ton malheur est grand comme la mer. Qui donc te guérira ?

Tes prophètes ont eu de toi des visions vides et sans valeur. Ils n'ont pas dévoilé ta faute, ce qui aurait ramené tes captifs. Ils ont eu de toi des visions, proclamations vides et illusoires.

Tous les passants du chemin battent des mains contre toi. Ils sifflent et hochent la tête devant la fille de Jérusalem : « Est-ce là la ville que l'on disait toute belle, joie de toute la terre ? »

Contre toi ils ouvrent la bouche, tous tes ennemis. Ils sifflent et grincent des dents. Ils disent : « Nous l'avons engloutie ! Voilà bien le jour que nous espérions ! Nous y arrivons, nous le voyons ! »

Le Seigneur fait ce qu'il a résolu. Il accomplit sa parole, décrétée depuis des jours d'autrefois. Il détruit sans pitié. Il réjouit à tes dépens l'ennemi. Il accroît la force de tes adversaires.

Le cœur du peuple crie vers le Seigneur. Laisse couler le torrent de tes larmes, de jour comme de nuit, muraille de la fille de Sion. Ne t'accorde aucun répit, que tes pleurs ne tarissent pas.

Lève-toi, pousse un cri dans la nuit, au début de chaque veille. Déverse ton cœur comme l'eau devant la face du Seigneur, et lève les mains vers lui pour la vie de tes petits enfants qui défaillent de faim à tous les coins de rue.

Vois, Seigneur, regarde : qui as-tu traité ainsi ? Les femmes doivent-elles manger leurs enfants, les petits qu'elles choyaient ? Le prêtre et le prophète doivent-ils être tués au sanctuaire du Seigneur ?

Ils gisent par terre dans la rue, l'adolescent et le vieillard. Mes vierges et mes jeunes gens sont tombés par l'épée. Tu as tué au jour de ta colère, tu as massacré sans pitié.

Tu as convoqué, comme pour un jour de fête, mes terreurs de toutes parts. Il n'est pas de rescapé ni de survivant au jour de la colère du Seigneur. Et ceux que j'avais nourris et choyés, mon ennemi les a exterminés.


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