Jour 177 ☼ — Le jour où Dieu a frappé l'Égypte
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les oracles de Jérémie contre les nations : l'Égypte battue à Karkemish, l'invasion de Nabuchodonosor jusqu'à Tapanès, puis la dévastation des Philistins. Il explique pourquoi la Bible nous impose ces oracles jusqu'à l'écœurement : c'est en mesurant toute l'ampleur de la colère de Dieu qu'on prend la mesure de la gratuité de sa miséricorde. L'épisode se poursuit avec le chapitre 3 des Lamentations, centre du livre, où ce n'est plus Jérusalem qui parle mais un homme — « l'homme des douleurs » — dont les larmes annoncent celles de Jésus sur Jérusalem.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur !
N'en jetez plus ! On a envie que ça s'arrête ! On a déjà tout vu ! Et le livre de Jérémie qui continue, ad nauseam ! Jérusalem est tombée, le peuple a été déporté et s'y dissout, et ça n'arrête pas, les oracles continuent, et cette fois-ci, comme il n'y a plus rien à maudire en Israël, on s'en prend aux nations. La colère de Dieu !
On était allé au centre du livre de Jérémie, le chapitre 31, le livre de la consolation, Dieu qui promet une alliance nouvelle : « Je graverai ma loi au plus profond de leur cœur, je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. » Oui, mais Dieu ne nous devait rien, et pour bien nous le faire comprendre, on remonte pour prendre toute l'ampleur du mal : on a vu la cour de Jérusalem, l'exil, et maintenant on jette un regard sur toutes les nations alentour. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Oui, Dieu ne nous devait rien. Pour comprendre l'ampleur de sa gratuité et de sa miséricorde, il faut aller jusqu'au bout de l'ampleur de sa colère.
Alors on y retourne, à ces oracles, jusqu'à la nausée, jusqu'à l'écœurement, on n'en peut plus. De ces images violentes, de ces images de déluge, de jugement, de ces avertissements, de ces images de sorcière. On se dit : oh là là là là… mais c'est exactement ce que Dieu veut que vous ressentiez. Donc on y retourne.
Et on commence avec les oracles contre l'Égypte, puisque les Judéens n'ont cessé de placer leur confiance dans cette puissance trompeuse. Souvenez-vous, alors que l'Assyrie était en train de mourir, l'Égypte avait été tentée de la secourir pour contrer la puissance babylonienne. C'est la fameuse bataille de Karkemish qui vous a donné le premier oracle que vous allez entendre. Dieu avait prévu la défaite égyptienne. Mais le roi Josias ne l'avait pas écouté. Il s'était porté contre l'armée égyptienne pour s'allier aux Babyloniens. Et ça vous a donné la bataille de Meguiddo dans laquelle le roi de Juda a perdu la vie.
Et puis, deuxième oracle, cette fois-ci après l'exil. Jérémie a été emporté en otage en Égypte par le parti des colombes, qui a tenté de se réfugier à Tapanès, une ville au nord de l'Égypte. Mais voilà que Dieu prédit que cette ville-là même de Tapanès sera envahie par les Babyloniens. Ce qui, de fait, est arrivé : Nabuchodonosor a envahi le nord de l'Égypte.
Puis ensuite, on poursuivra sur un oracle contre les Philistins parce que, après tout, je ne vois pas pourquoi il n'y en aurait pas pour eux aussi. Jérémie, chapitres 46 et 47.
Lecture : Jérémie 46-47
La parole du Seigneur fut adressée au prophète Jérémie contre les nations.
Sur l'Égypte. Contre l'armée du pharaon Nékao, roi d'Égypte, qui se trouvait près de l'Euphrate à Karkemish et qui fut battue par Nabuchodonosor, roi de Babylone, la quatrième année du règne de Joakim, fils de Josias, roi de Juda.
Préparez boucliers et rondaches, en avant pour la bataille ! Harnachez les chevaux, montez sur les chars, alignez-vous avec vos casques, fourbissez les lances, revêtez les cuirasses.
Pourquoi ce spectacle ? Ils sont pris de panique, ils battent en retraite. Leurs guerriers sont écrasés, ils s'enfuient éperdument, ne se retournent pas. De tous côtés, c'est l'épouvante, oracle du Seigneur. Que le plus agile ne s'enfuie pas, que le guerrier ne s'échappe ! Au nord, sur la rive de l'Euphrate, ils trébuchent, ils tombent.
Qu'est-ce qui monte comme le Nil et dont les eaux bouillonnent comme les eaux des fleuves ? C'est l'Égypte qui monte comme le Nil et ses eaux bouillonnent comme les eaux du fleuve. Elle qui disait : « Je monterai, je submergerai la terre, je ferai périr les habitants avec leurs villes. »
Que les chevaux chargent, que les chars foncent, et que sortent les guerriers : ceux de Koush et de Pout qui manient le bouclier, ceux de Loud qui manient et tendent l'arc.
Pour le Seigneur, Dieu de l'univers, ce jour est un jour de revanche, où il prendra sa revanche sur ses adversaires. L'épée dévore et se rassasie, elle s'abreuve de leur sang. Oui, quel sacrifice pour le Seigneur, Dieu de l'univers, dans le pays du nord, près de l'Euphrate !
Vierge, fille d'Égypte, monte en Galaad et prends du baume. En vain tu multiplies les remèdes, rien ne peut cicatriser ta plaie. Les nations apprennent ta honte et la terre est remplie de ta clameur, car le guerrier a trébuché sur le guerrier et tous deux sont tombés ensemble.
Parole que le Seigneur adressa au prophète Jérémie quand Nabuchodonosor, roi de Babylone, arriva pour frapper le pays d'Égypte.
Annoncez-le en Égypte, faites-le entendre à Migdol, faites-le entendre à Nof et à Tapanès. Dites : « Dresse-toi, tiens-toi prêt, car autour de toi l'épée dévore. »
Pourquoi donc Apis, ton dieu, a-t-il fui ? Ce taureau, pourquoi n'a-t-il pas résisté ? C'est que le Seigneur l'a renversé. Il en fait trébucher un grand nombre, chacun tombe sur son compagnon. Ils se disent : « Debout, retournons vers notre peuple, dans notre pays natal, loin de l'épée impitoyable. »
À Pharaon, roi d'Égypte, donnez ce nom : « Vacarme-et-rendez-vous-manqué ». Je suis vivant, oracle du roi qui a pour nom le Seigneur de l'univers : oui, comme le Tabor domine les monts et comme le Carmel domine la mer, il vient.
Prépare ton bagage de déportée, habitante, fille d'Égypte, car Nof sera livrée à la désolation, elle sera brûlée et vidée de ses habitants.
L'Égypte était une génisse de belle allure, mais du nord un frelon est venu sur elle. Même ses mercenaires au milieu d'elle, comme des veaux à l'engrais, même eux se sont détournés, ensemble ils ont fui, ils n'ont pas résisté, car le jour de leur débâcle est venu, le temps de leur châtiment.
Son bruit est celui d'un serpent qui s'en va, quand on marche avec une armée. On vient sur elle avec des haches, comme ceux qui abattent les arbres. Et ils coupent sa forêt, oracle du Seigneur, car elle est impénétrable. Oui, ils sont plus nombreux que des sauterelles, et personne ne peut les compter. La fille d'Égypte est couverte de honte, livrée aux mains des peuples du nord.
Le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël, parle : « Je vais châtier Amon, dieu de Thèbes, Pharaon, l'Égypte, ses dieux et ses rois, Pharaon et ceux qui mettent en lui leur confiance. Je les livrerai aux mains de ceux qui en veulent à leur vie, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et aux mains de ses serviteurs. Et après cela, l'Égypte sera habitée comme aux jours d'autrefois, oracle du Seigneur.
Mais toi, Jacob, mon serviteur, ne crains pas, ne tremble pas, car je vais te sauver des terres lointaines, sauver ta descendance de la terre où elle est captive. Jacob reviendra, il sera en sécurité, tranquille, sans personne qui l'inquiète. Toi, Jacob, mon serviteur, ne crains pas, oracle du Seigneur, car je suis avec toi. Oui, j'exterminerai toutes les nations parmi lesquelles je t'ai chassé, et toi, je ne t'exterminerai pas, mais je te corrigerai selon le droit et ne te laisserai pas impuni. »
La parole du Seigneur fut adressée au prophète Jérémie au sujet des Philistins, avant que Pharaon n'ait frappé Gaza.
Ainsi parle le Seigneur : Voici que les eaux montent du nord, elles deviennent un torrent débordant. Elles débordent sur le pays et ce qu'il contient, sur la ville et ses habitants. Et les hommes crient, et tous les habitants du pays gémissent au bruit des coursiers, au martèlement de leurs sabots, au tumulte des chars qui s'ébranlent dans un grondement de roues. Les pères ne se soucient plus de leurs fils, tant leurs mains sont défaillantes.
Puisque le jour est venu de la dévastation de tous les Philistins et de la suppression du moindre secours à Tyr et à Sidon, le Seigneur dévaste les Philistins, ceux qui restent de l'île de Crète.
On impose à Gaza d'être tondue, à Ascalon d'être réduite au silence. Vous, les rescapés de leur vallée, combien de temps encore vous ferez-vous des incisions ?
Hélas, épée du Seigneur ! Jusqu'où iras-tu ? Jusqu'où iras-tu sans te reposer ? Retire-toi dans ton fourreau, fais relâche et reste calme ! Comment pourrais-tu te reposer ? Le Seigneur lui a donné des ordres. Près d'Ascalon, sur le rivage de la mer, il lui a fixé un rendez-vous.
Commentaire
Vous avez aimé ? Allez, on y retourne ! L'odeur du sang, les lamentations des mères de famille qui ont perdu leur enfant, le sentiment de ruine et de débâcle. La Bible veut que l'on passe du temps à écouter ce que Dieu a dit. Et ceci ? Eh bien, nous passons du temps à l'écouter. Alors nous retournons à cette école.
Nous continuons sur le livre des Lamentations. Le chapitre 3, dont on dit qu'il est le centre du livre des Lamentations. Nous sommes toujours dans ce poème en acrostiche, chaque verset commençant par une lettre de l'alphabet, même si je les ai enlevées parce qu'en français ça n'ajoutait rien et que ça coupait la lecture. Mais dans ce chapitre 3, les strophes sont plus longues. Intensification de la douleur.
Et cette fois-ci, ce n'est plus Jérusalem qui parle, c'est un homme qui parle. On ne dit pas son nom. On suppose évidemment que c'est Jérémie qui pleure sur Jérusalem. Il est désigné comme l'homme des douleurs. Le verset 1 dira :
Je suis l'homme qui a connu la misère.
En anglais, on dit : the man of sorrows. Derrière les pleurs de Jérémie, il y a les larmes que Jésus versera lui aussi sur Jérusalem, à la manière de Jérémie. Les mêmes circonstances. Luc, chapitre 19, verset 41 :
Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle et il dit : « Si toi aussi, au moins en ce jour qui t'est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant, elles sont cachées à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t'environneront de tranchées, t'encercleront et te presseront de toutes parts. Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. »
Jésus, lui aussi, prédira la ruine de Jérusalem par un empire. Donc, Lamentations, début du chapitre 3.
Lecture : Lamentations 3
Je suis l'homme qui a connu la misère sous le bâton de ses emportements, moi qu'il a conduit et mené dans les ténèbres et non dans la lumière. Contre moi seul, tout le jour, il porte et porte encore sa main.
Il use ma chair et ma peau, il me brise les os. Il me cerne, il m'environne d'amertume et de peine, il me fait habiter les ténèbres comme les morts de tous les temps.
Il m'a emmuré et je ne peux sortir, il a alourdi ma peine. J'ai beau crier et supplier, il étouffe ma prière. C'est un bloc de pierre : il barre mes routes, il détourne mes sentiers.
Pour moi, il est un ours à l'affût, un lion en embuscade. Il me fait perdre ma route, me désoriente, me laisse désemparé. Il tend son arc, il me choisit comme cible pour sa flèche. Il a planté dans mes reins les dards de son carquois.
Je suis la risée de tout mon peuple, leur chanson de chaque jour. Il m'a gorgé d'herbes amères, abreuvé d'absinthe, il a broyé mes dents avec du gravier, il m'a enfoui dans la cendre.
Tu enlèves la paix à mon âme, j'ai oublié le bonheur. J'ai dit : « Mon assurance a disparu, et l'espoir qui me venait du Seigneur. »
Rappelle-toi ma misère et mon errance, l'absinthe et le poison. Elle se rappelle, mon âme, elle se rappelle, en moi elle défaille. Voilà ce que je redis en mon cœur, et c'est pourquoi j'espère.
Grâce à l'amour du Seigneur, nous ne sommes pas anéantis. Ses tendresses ne s'épuisent pas, elles se renouvellent chaque matin. Oui, ta fidélité surabonde. Moi je me dis : « Le Seigneur est mon partage, c'est pourquoi j'espère en lui. »
Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le cherche. Il est bon d'espérer en silence le salut du Seigneur. Il est bon pour l'homme de porter le joug dès sa jeunesse.
Qu'il reste assis, solitaire, en silence, tant que le Seigneur le lui impose. Qu'il tienne sa bouche contre terre : peut-être y a-t-il un espoir. Qu'il tende la joue à qui le frappe, qu'il se laisse saturer d'insultes.
Car le Seigneur ne rejette pas pour toujours. S'il afflige, il fera miséricorde selon l'abondance de sa grâce. Ce n'est pas de bon cœur qu'il humilie, qu'il afflige les enfants des hommes.
Quand on foule aux pieds tous les captifs d'un pays, quand on fait dévier le droit d'un homme à la face du Très-Haut, quand on lèse quelqu'un dans son procès, le Seigneur ne le voit-il pas ?
Qui donc parle pour que cela existe, sinon le Seigneur, lui qui décrète ? N'est-ce pas de la bouche du Très-Haut que sortent malheurs et bonheurs ? De quoi l'homme vivant se plaindrait-il ? Qu'il soit plutôt vaillant contre ses péchés.
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