Jour 177 ☾ — Moab s'effondre, la prière renaît
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le long oracle contre Moab au chapitre 48 de Jérémie, et avoue son écœurement devant l'accumulation des jugements. Il rappelle que ces nations païennes auraient pu se convertir si Jérusalem avait donné l'exemple, et qu'on n'a pas le droit d'oublier leurs morts. Le commentaire s'appuie sur le livre des Lamentations pour montrer un basculement décisif : on passe du « je » au « nous », de la plainte personnelle à la supplication collective. Surtout, Jérémie, à qui Dieu avait interdit d'intercéder, ose enfin prier pour son peuple — et Dieu ne l'en reprend pas. L'épisode s'achève sur cette prière tirée de la fin du troisième chapitre des Lamentations.
Introduction
On y retourne ! Maintenant, c'est les oracles contre Moab. Écoutez les enfants, je ne sais plus quoi dire, je ne sais plus quoi commenter, mais je suis au fond du gouffre ! Ce sentiment de nausée ! Ah là là !
Bon, écoutez, cette fois-ci, c'est les oracles contre Moab. Souvenez-vous de ce que je vous disais : les prophètes qui ont une visée plus universaliste, ils sont là pour rappeler que c'est la terre entière qui est appelée à la perfection de l'Évangile. Et si Jérusalem s'était convertie ? Peut-être aussi que Moab se serait convertie. Souvenez-vous, Moab s'était révolté à cause du tribut excessif qui leur avait été imposé ; mais si Jérusalem avait donné l'exemple, ils se seraient peut-être convertis. À la place de ça, ils sont restés avec leur dieu et avec leur injustice.
Et mon Dieu, ça en aurait fait des milliers et des milliers de morts en moins. Quel dommage ! Quel gâchis ! Et on n'a pas le droit de les oublier. C'est pas parce que ces civilisations sont antiques, disparues et ennemies d'Israël qu'on n'a pas le droit de pleurer sur leur mort.
Jérémie, chapitre 48.
Lecture : Jérémie 48
Allons, retranchons-la des nations ! Et toi aussi, Madmen, tu seras réduite au silence, l'épée te suivra de près.
Clameur, cri depuis Horonaïm : dévastation et grand désastre ! C'est le désastre en Moab. Vers Çoar, faites entendre un cri. Oui, pleurs sur pleurs, en montant la montée de Louhith. Oui, à la descente de Horonaïm, on entend les adversaires crier au désastre.
Fuyez donc, sauvez votre vie ! Devenez comme Aroër dans le désert. Puisque tu as mis ta confiance dans tes ouvrages et tes réserves, toi aussi tu seras pris. Kamosh, ton dieu, partira en exil, avec ses prêtres et ses princes, tous ensemble.
Un dévastateur vient sur chaque ville, aucune ville ne lui échappe. La vallée disparaîtra, le plateau sera saccagé, ainsi que le Seigneur l'a dit.
Donnez donc des ailes à Moab, et qu'il vole, qu'il s'envole ! Ses villes seront réduites à la désolation, sans aucun habitant.
Maudit soit celui qui fait l'œuvre du Seigneur avec indolence, et maudit celui qui retient son épée de verser le sang.
Moab était tranquille depuis sa jeunesse. Il reposait comme un vin sur sa lie, n'étant pas versé d'un vase dans un autre, n'étant pas allé en exil. Tout son goût lui restait, et son parfum n'était pas changé.
C'est pourquoi, voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je lui enverrai des transvaseurs qui le transvaseront. Ils renverseront ses vases et casseront ses cruches. Alors Moab rougira de Kamosh, comme la maison d'Israël a rougi de Béthel, en qui elle avait mis sa confiance.
Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes des héros, des soldats faits pour la guerre » ? Moab est dévasté, on monte à l'assaut de ses villes, et la fleur de sa jeunesse descend à l'abattoir. Oracle du roi qui a pour nom le Seigneur de l'univers.
Elle est proche, la débâcle de Moab, et son malheur arrive en grande hâte. Faites pour lui les gestes du deuil, vous tous qui l'entourez, vous tous qui connaissez son nom. Dites : « Comment il est brisé, le sceptre fort, le bâton magnifique ! »
Descends de ta gloire, habitante, fille de Dibon, habite au pays de la soif, car le dévastateur de Moab monte à l'assaut contre toi, il détruit tes forteresses.
Habitante d'Aroër, tiens-toi sur le chemin et observe. Interroge le fuyard et la fugitive, et demande : « Que s'est-il passé ? » Mais Moab est dans la honte, il s'est effondré. Hurlez, poussez des cris ! Au ravin de l'Arnon, proclamez : « Moab est dévasté ! »
Le jugement arrive pour le pays du plateau, pour Holon et pour Yahça, il arrive sur Méphaath, sur Dibon, Nébo, Beth-Diblataïm, sur Kiryataïm, Beth-Gamoul, Beth-Méon, sur Kiryoth et sur Bosra, sur toutes les villes du pays de Moab, proches ou lointaines.
Elle est abattue, la puissance de Moab ; elle est brisée, la force de son bras. Oracle du Seigneur.
Enivrez-le, puisqu'il s'est fait plus grand que le Seigneur, et que Moab se débatte dans ses vomissures, qu'il devienne lui aussi un objet de risée. Pour toi, Moab, Israël n'a-t-il pas été un objet de risée ? A-t-il été trouvé au milieu des voleurs, pour que tu hoches la tête chaque fois que tu parles de lui ?
Quittez les villes, demeurez dans les rochers, habitants de Moab. Soyez comme la colombe qui niche dans les parois du gouffre.
Nous avons appris l'orgueil de Moab, son immense orgueil, sa morgue, son orgueil arrogant, son cœur hautain. Moi, je connais sa présomption, oracle du Seigneur. Ses bavardages ne sont rien, ses actes ne sont rien.
C'est pourquoi, sur Moab, je gémis ; sur Moab tout entier, j'élève mon cri. Pour les hommes de Kir-Hèrès, on soupire. Plus que l'on pleure sur Yazer, je pleure sur toi, vigne de Sibma. Tes sarments avaient passé la mer, ils atteignaient la mer de Yazer. Mais le dévastateur s'est jeté sur ta récolte et sur tes vendanges.
Allégresse et jubilation se sont retirées des vergers et de la terre de Moab. J'ai tari le vin des cuves, on ne foule plus en criant, et le cri du fouleur a disparu.
La clameur de Hèshbone parvient jusqu'à Éléalé, jusqu'à Yahça on donne de la voix, depuis Çoar jusqu'à Horonaïm et Églath-Shelishiya, car même les eaux de Nimrim ne sont plus que désolation.
Je ferai disparaître de Moab, oracle du Seigneur, celui qui offre des holocaustes sur les lieux sacrés et celui qui brûle de l'encens pour ses dieux.
Et voilà pourquoi, sur Moab, mon cœur se plaint comme une flûte ; sur les hommes de Kir-Hèrès, mon cœur se plaint comme une flûte, voilà qu'ils ont perdu ce qu'ils avaient gagné.
Oui, tous les crânes sont rasés, toutes les barbes sont coupées, sur toutes les mains des incisions, et sur les reins de la toile à sac. Sur toutes les terrasses de Moab et sur ses places, ce n'est plus que lamentation, car j'ai brisé Moab comme un objet dont personne ne veut, oracle du Seigneur.
Comme il s'est effondré ! Poussez des gémissements ! Comme Moab tourne le dos, plein de honte ! Moab est devenu un objet de risée et d'effroi pour tous ceux qui l'entourent.
Oui, ainsi parle le Seigneur : Voici qu'il plane comme un aigle, le dévastateur ; il étend ses ailes sur Moab. Les cités sont prises, les places fortes occupées. Et ce jour-là, le cœur des guerriers de Moab sera comme celui d'une femme en travail qui accouche.
Moab, saccagé, cessera d'être un peuple, lui qui s'est fait plus grand que le Seigneur. La frayeur, la fosse et le filet sont pour toi, habitant de Moab, oracle du Seigneur. Celui qui fuit devant la frayeur tombe dans la fosse ; celui qui remonte de la fosse est pris dans le filet. Oui, je fais venir sur Moab l'année de son châtiment, oracle du Seigneur.
À l'ombre de Hèshbone se sont arrêtés les fuyards à bout de force. Mais un feu a jailli de Hèshbone, et une flamme du milieu de Sihôn, pour dévorer la frontière de Moab et le crâne des fauteurs de tumulte.
Malheur à toi, Moab ! Il est perdu, le peuple du dieu Kamosh ! Tes fils sont emmenés captifs et tes filles captives. Mais dans les derniers jours, je ramènerai les captifs de Moab, oracle du Seigneur.
Là s'arrête le jugement de Moab.
Commentaire
Je crois que le meilleur commentaire que l'on peut faire de la fin du livre de Jérémie, c'est encore ce qu'il nous a donné dans le livre des Lamentations.
Un basculement est en train de se produire. Nous avions un individu qui parle en son nom propre, « je », et on passe du « je » au « nous ». On exprimait une souffrance personnelle, nous passons maintenant à une prière collective. On était dans l'affliction, à affirmer la miséricorde de Dieu et l'espoir au plus profond des ténèbres ; et voilà que maintenant, le thème central devient la justice divine.
Dans la première partie, c'était le témoignage d'un homme qui souffrait et qui essayait de retrouver l'espérance en Dieu comme il pouvait. Dans cette deuxième partie, la supplication a pris de l'ampleur. Notre homme des douleurs parle au nom de son peuple, et ose, pour une première fois, s'adresser à Dieu avec un « tu », pour lui offrir une prière, une supplication collective.
Mais c'est une nouveauté ! Souvenez-vous, dans tout le livre de Jérémie, nous avions vu que Dieu interdisait à Jérémie d'intercéder. Jérémie chapitre 7, Jérémie chapitre 14 : « N'intercède pas en faveur de ce peuple », etc., etc. Dieu ne voulait pas que Jérémie gaspille son énergie, qu'il donne de l'énergie pour un peuple qui, de toute façon, ne voulait pas l'écouter.
Mais voilà que maintenant, nous entendons pour la première fois une prière d'intercession, et Dieu qui l'accepte, qui ne reprend pas Jérémie. Alors oui, on n'est peut-être pas encore tout à fait dans la miséricorde de l'Évangile et celle de Jésus, peut-être plutôt dans le désir de vengeance et de justice, mais c'est quand même le moment de bascule. Et puis, quand on est au fond du gouffre, on prie comme on peut.
Il y a donc eu une bascule. Parce que, précisément, avec le siège et la destruction de Jérusalem, Dieu a rendu justice. Et, de la même manière, avec la chute de Jérusalem, le peuple est maintenant dans le deuil et la repentance. Contraint et forcé, peut-être, mais il est quand même dedans ; de toute façon, il n'a plus le choix. Et c'est ainsi qu'en exprimant la douleur et la souffrance de ce peuple, Jérémie peut à nouveau intercéder pour le peuple.
Nous sommes exactement au moment où, comme le cœur des Juifs est en train de basculer, le cœur de Dieu, lui aussi, va basculer.
Livre des Lamentations, fin du troisième chapitre.
Prière
Examinons nos chemins, scrutons-les, et revenons au Seigneur. Élevons notre cœur et nos mains vers Dieu qui est au ciel. Nous avons péché, nous avons trahi : toi, tu n'as pas pardonné.
Enveloppé de colère, tu nous as pourchassés, tu as tué sans pitié, enveloppé dans ta nuée que la prière ne peut franchir. Tu as fait de nous des rebuts, des ordures parmi les peuples.
Ils ouvrent la bouche contre nous, tous nos ennemis. Pour nous, l'effroi et le vertige, le désastre et la ruine. Des torrents s'échappent de mes yeux sous la ruine de la fille de mon peuple.
Mes yeux ne cessent de couler, pas de répit, tant que le Seigneur ne se penche et ne voit du haut du ciel. Pour toutes les filles de ma ville, mes yeux me font mal.
Mes ennemis, sans raison, me chassent, me pourchassent comme un oiseau. Ils m'ont réduit au silence de la fosse, ils m'ont recouvert d'une pierre. Les eaux ont submergé ma tête, et j'ai dit : « Je suis perdu. »
J'ai invoqué ton nom, Seigneur, des profondeurs de la fosse. Tu m'as entendu dire : « Ne ferme pas l'oreille à mes soupirs, à mes clameurs. » Au jour où je t'ai invoqué, tu t'es fait proche et tu as dit : « Ne crains pas. »
Tu as plaidé ma cause, Seigneur, tu as racheté ma vie. Tu vois, Seigneur, le tort qu'ils me font : rends-moi justice. Tu vois toutes leurs rancunes, tous leurs complots contre moi.
Tu entends leurs insultes, Seigneur, tous leurs complots contre moi, les propos de mes agresseurs et leurs murmures contre moi, tout le jour. Regarde-les, assis ou debout : c'est moi qu'ils chansonnent.
Tu leur rendras la pareille, Seigneur, selon les œuvres de leurs mains. Tu abêtiras leur cœur, sur eux ta malédiction. Tu les pourchasseras de ta colère, tu les supprimeras de dessous ton ciel, Seigneur.
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