Jour 178 ☼ — Prophète malgré toi
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Résumé : Le frère Paul-Adrien introduit cet épisode en avouant le haut-le-cœur que provoque l'accumulation des oracles de malheur. Il lit Jérémie 49, longue série d'oracles contre Ammon, Édom, Damas, Kédar et Élam. Son commentaire explique que cette indignation, ce dégoût de la violence et de l'injustice, est l'œuvre de l'Esprit Saint qui accorde notre cœur à celui de Dieu : c'est l'école, longue et douloureuse, qui fait les prophètes. Il conclut avec la quatrième Lamentation, cri intemporel et universel sur toute ville dévastée, hier Jérusalem, aujourd'hui la Syrie, l'Ukraine ou le Soudan.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Vous savez, je me dis que peut-être parmi vous, il y en a qui aiment les films d'horreur. Moi, j'avoue que j'aime bien les regarder, même si en fait, comme j'ai peur, généralement, je mets toujours avance rapide. Sauf que dans la Bible, on ne peut pas mettre avance rapide. Du coup, je suis quand même rarement saisi d'un haut-le-cœur comme j'en éprouve en ce moment.
C'est Dieu qui veut que vous éprouviez ce haut-le-cœur, qui veut que vous n'en pouviez plus, et des morts, et de la violence, et du péché, et de l'injustice. Je vais vous dire, moi, ce qui est en train de se passer : vous êtes en train de devenir un prophète. Si vous écoutez tous ces chapitres jusqu'au bout, le commentaire que vous aurez, ce n'est pas moi qui vais vous le donner, c'est l'Esprit Saint qui est en train de changer votre cœur. Parce que derrière ce sentiment de nausée, c'est Dieu qui a refait votre cœur. Il est en train de vous indigner, comme jadis le prophète Jérémie fut indigné.
Ah, elle est dure, l'école. Pour devenir un prophète, vous êtes en plein dedans. Courage, les petits gars.
Jérémie, chapitre 49. Oracles sur les nations : contre les Ammonites, les Édomites et contre Kédar.
Lecture : Jérémie 49
Sur les fils d'Ammon, ainsi parle le Seigneur : Israël n'a-t-il pas de fils ? N'a-t-il pas d'héritier ? Pourquoi le dieu Milkom a-t-il pris possession de Gad ? Son peuple en occupe-t-il les villes ?
Eh bien, voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je ferai retentir le cri de guerre contre Rabba, la ville des fils d'Ammon, et elle deviendra un tas de ruines, une désolation. Ses filles, les autres villes, seront incendiées, et Israël reprendra possession de son héritage, dit le Seigneur.
Tu peux gémir, Heshbon, sur la dévastation de Aï. Filles de Rabba, poussez des cris, revêtez-vous de toile à sac, lamentez-vous, errez sur les murailles, car Milkom s'en va en exil, avec ses prêtres et ses princes, tous ensemble.
Pourquoi te glorifier dans les vallées ? Ta vallée est fertile, fille rebelle, toi qui te fies à tes réserves et dis : « Qui viendra vers moi ? »
Voici que je fais venir contre toi la terreur, oracle du Seigneur, le Dieu de l'univers. Elle viendra de tous ceux d'alentour. Vous serez chassés, chacun devant soi, et personne ne rassemblera les fuyards. Mais après cela, je ramènerai les captifs des fils d'Ammon, oracle du Seigneur, le Dieu de l'univers.
Sur Édom. Ainsi parle le Seigneur de l'univers : N'y a-t-il plus de sagesse à Témane ? L'art du conseil fait-il défaut aux intelligents ? Leur sagesse s'est-elle évanouie ?
Fuyez ! Détournez-vous ! Creusez des trous pour y habiter, habitants de Dedane ! Car je fais venir la débâcle sur Ésaü, le temps où je le châtierai.
Si des vendangeurs viennent chez toi, ils ne laisseront pas de quoi grappiller. Si des voleurs viennent de nuit, ils saccageront à leur guise. C'est moi qui ai dénudé Ésaü, qui ai découvert ses cachettes. Il ne peut plus se dissimuler. Sa descendance est anéantie, ainsi que ses frères et ses voisins. Il n'existe plus.
Abandonne tes orphelins, c'est moi qui les fais vivre, et tes veuves, elles peuvent compter sur moi.
Oui, ainsi parle le Seigneur : Alors qu'ils ont dû boire la coupe, ceux qui n'y étaient pas condamnés, toi, tu en serais quitte ? Non, tu n'en seras pas quitte, et tu devras boire. Oui, j'en fais oracle par moi-même, oracle du Seigneur : Bosra deviendra un lieu désolé, une ruine, un objet d'insulte, de malédiction. Toutes ces villes deviendront des ruines pour toujours.
J'ai entendu de la part du Seigneur une nouvelle. Un messager a été envoyé parmi les nations : « Rassemblez-vous, marchez contre elle, debout pour le combat ! »
Voici, je t'abaisse parmi les nations, je te livre au mépris parmi les hommes. L'effroi que tu inspires t'a trompé, ainsi que l'arrogance de ton cœur, toi qui demeures dans le creux du rocher, toi qui occupes le sommet de la colline. Comme l'aigle tu fais ton nid dans les hauteurs, mais je t'en ferai descendre, oracle du Seigneur.
Et Édom deviendra un lieu désolé. Quiconque passera près de lui sera stupéfait et fera entendre un sifflement de stupeur à la vue de toutes ses plaies. Car il en sera comme lors de la catastrophe de Sodome et de Gomorrhe et des villes voisines, dit le Seigneur. Plus personne n'y habitera, aucun être humain n'y séjournera.
Le dévastateur, voici qu'il monte comme un lion, des maquis du Jourdain vers les enclos prospères. Oui, en un clin d'œil, de là je ferai déguerpir Édom, et sur lui j'établirai celui qui est le plus grand et qui est choisi. En effet, qui est semblable à moi ? Qui m'assignera en justice ? Et quel pasteur tiendra devant moi ?
Écoutez donc le plan que le Seigneur a conçu pour Édom et les projets qu'il a formés pour les habitants de Témane. Vraiment, les petits du troupeau les entraîneront. Vraiment, à cause d'eux, leurs enclos seront désolés. Au bruit de leur chute, la terre tremble. C'est un cri dont l'écho se fait entendre jusqu'à la mer des Roseaux.
Le dévastateur, voici qu'il monte comme un aigle. Il plane, il étend ses ailes sur Bosra. En ce jour-là, le cœur des guerriers d'Édom sera comme celui d'une femme en travail.
Sur Damas. Hamath et Arpad sont couvertes de honte, car elles ont appris une mauvaise nouvelle. Elles sont agitées, tourmentées comme la mer que rien ne peut calmer. Damas, découragée, se prépare à fuir. Un frisson l'étreint. Elle est saisie d'angoisse et de douleur, telle une femme qui accouche. Comment ne serait-elle pas abandonnée, la ville célèbre, la cité joyeuse ? De fait, ses jeunes gens tomberont sur ses places et tous les hommes de guerre seront réduits au silence en ce jour-là, oracle du Seigneur de l'univers. Alors, je mettrai le feu au rempart de Damas, il dévorera les palais de Ben-Hadad.
Sur Kédar et les royaumes de Haçor, qui furent battus par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Ainsi parle le Seigneur : Debout ! Montez à l'assaut de Kédar et dévastez les fils de l'Orient. On s'empare de leurs tentes et de leurs troupeaux, de leurs abris et de toutes leurs affaires. On enlève les chameaux et on leur crie : « Épouvante de tous côtés ! »
Fuyez vite, sauvez-vous, creusez des trous pour y habiter, habitants de Haçor, oracle du Seigneur. Car Nabuchodonosor, roi de Babylone, a conçu un plan contre vous, il a formé contre vous un projet.
Debout ! Montez à l'assaut de la nation paisible qui habite en sécurité, oracle du Seigneur. Ils n'ont ni porte ni verrou, ils demeurent à l'écart. Leurs chameaux deviendront une proie et leurs nombreux troupeaux du butin. Je disperserai à tout vent les hommes aux tempes rasées. De tous côtés, je leur apporterai la débâcle, oracle du Seigneur. Et Haçor deviendra un repaire de chacals, un lieu à jamais désolé. Plus personne n'y habitera, aucun être humain n'y séjournera.
Parole du Seigneur qui fut adressée au prophète Jérémie sur Élam, au début du règne de Sédécias, roi de Juda. Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Je vais briser l'arc d'Élam. D'où lui vient sa puissance ? Je ferai venir sur Élam quatre vents, des quatre extrémités du ciel, et je le disperserai à tous ces vents. Il n'y aura pas une nation où ne viendront des fugitifs d'Élam. Je ferai trembler Élam devant ses ennemis, devant ceux qui en veulent à sa vie. Je ferai venir sur Élam le malheur, mon ardente colère, oracle du Seigneur. J'enverrai l'épée à leur poursuite jusqu'à en finir avec eux. J'établirai mon trône sur Élam et j'en ferai disparaître roi et prince, oracle du Seigneur. Mais dans les derniers jours, je ramènerai les captifs d'Élam, oracle du Seigneur.
Commentaire
Ah, l'école pour devenir un prophète, elle est longue et elle est douloureuse. Mais à entendre la colère de Dieu, quelque chose est en train de se passer dans votre âme : le sentiment d'une indignation, d'une nausée. Votre cœur est en train de s'accorder à celui de Dieu. Vous êtes en train de devenir un prophète.
Il vous manque encore à pleurer sur la misère humaine. Mais cette fois-ci, c'est vers le livre des Lamentations que nous nous tournons, quatrième Lamentation. Après avoir entendu la prière de cet homme des douleurs, nous reprenons un peu de hauteur pour entendre à nouveau le cri de Jérusalem dévastée.
Si vous faites attention, d'ailleurs, Jérusalem n'est jamais explicitement mentionnée. C'est une lamentation qui vaut de tout temps, pour toutes les villes qui ont été détruites. De la même manière que, derrière l'homme des douleurs, Jérémie n'est pas explicitement nommé. On y a reconnu Jésus, mais vous pouvez aussi reconnaître tous ceux qui, dans leur pays, sont en train de pleurer sur les décombres de la guerre. Et Dieu sait s'il y en a. Ça peut être en Syrie, ça peut être en Ukraine, ça peut être au Soudan, ça peut être là où vous voulez.
C'est un cri de détresse intemporel, universel, qui vaut pour toutes les époques, pour toutes les villes, et j'allais dire pour toutes les religions du monde. La souffrance est malheureusement l'expérience la plus universelle au monde. Pleurez avec Jérémie, pleurez où que vous soyez, pleurez sur la guerre qui, malheureusement, vous accable. C'est le même cri des douleurs, et si vous voulez devenir un prophète, il faut l'entendre jusqu'au bout. Pleurez sur lui, l'homme des douleurs ; pleurez sur elle, la Jérusalem dévastée.
Lamentations, chapitre 4.
Lecture : Lamentations 4
Comment l'or s'est-il terni, l'or pur s'est-il altéré, et les pierres sacrées sont-elles dispersées à tous les coins de rue ?
Les fils de Sion, si précieux, évalués au prix de l'or fin, comment sont-ils traités en cruches d'argile, ouvrage des mains d'un potier ?
Même les chacals présentent leurs mamelles pour allaiter leurs petits, la fille de mon peuple est devenue aussi cruelle que l'autruche du désert.
La langue du nourrisson assoiffé colle à son palais. Les petits enfants réclament du pain, mais nul ne leur en donne.
Les mangeurs de mets délicats dépérissent dans les rues. Ceux qui vivaient dans le luxe se retrouvent sur le chemin, sur le fumier.
La faute de la fille de mon peuple a dépassé le péché de Sodome, qui fut anéantie en un instant, sans qu'on ait porté la main contre elle.
Ses hommes voués à Dieu étaient plus brillants que neige, plus blancs que le lait, leur corps plus merveilleux que le corail, leur apparence était de saphir.
Leur aspect est maintenant plus noir que la suie. Dans la rue, on ne les reconnaît plus, et ils n'ont que la peau sur les os, aussi sèche que du bois.
Plus heureuses furent les victimes de l'épée que les victimes de la faim, qui s'épuisent, diaphanes, privées du fruit de leurs champs.
Dans le malheur de la fille de mon peuple, des femmes, de leurs mains tendres, ont dû faire cuire leurs enfants en guise de nourriture.
Le Seigneur a détruit dans sa colère, déversé sa brûlante fureur, allumé dans Sion un feu qui dévore ses fondations.
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