Jour 194 ☾ — Babylone, Lucifer et le vrai pouvoir
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Résumé : Cet épisode ouvre une nouvelle grande partie du livre d'Isaïe, les oracles contre les nations, qui court des chapitres 13 à 23 avant de culminer dans la « petite apocalypse » des chapitres 24 à 27. Le premier oracle vise Babylone, instrument de la colère de Dieu contre le royaume du sud, puis ruinée à son tour par les Mèdes. Le commentaire s'arrête longuement sur le verset 12 du chapitre 14, « astre brillant, fils de l'aurore », que la Vulgate traduira par Lucifer : derrière Babylone se dessine une ombre plus ténébreuse, décrite à l'aide d'un mythe ougaritique subverti. L'épisode se termine par le plus ancien et le plus simple des exorcismes chrétiens.
Introduction
Nouvelle partie dans le livre d'Isaïe : l'oracle contre les nations, qui va nous emmener du chapitre 13 jusqu'au chapitre 23, pour terminer par un final grandiose qu'on appelle l'Apocalypse d'Isaïe, chapitres 24 à 27. Ces oracles sont groupés de manière géographique, et aujourd'hui nous aurons un premier oracle : Babylone, chapitres 13 et 14.
Babylone, c'est la grande puissance juste après l'Assyrie. Si je veux dire les choses de manière simple, c'est comme si, dans le livre d'Isaïe, l'Assyrie avait servi comme premier tour de chauffe pour entendre Dieu qui s'échauffait au niveau de la colère, et que là, avec Babylone, c'est bon, là on est prêt. Ça va culminer, c'est ce que je vous disais, avec cette petite apocalypse.
Bon, maintenant que vous aussi je vous ai bien chauffés, on en revient à notre texte d'aujourd'hui. On va commencer par un titre introductif : « Oracle sur Babylone, révélé à Isaïe, fils d'Amots. » Donc, introduction formelle : ça, ça vous annonce qu'on est vraiment dans une nouvelle partie.
On va vous présenter Babylone comme étant maintenant le nouvel instrument de la colère de Dieu. De la même manière que l'Assyrie avait été utilisée pour punir le royaume du nord, Israël, de la même manière Babylone sera utilisée pour punir le royaume du sud. Jusqu'à ce que, comme l'Assyrie d'ailleurs, Babylone prenne un peu trop la confiance et finisse par dépasser son mandat, ce qui fait que Dieu va appeler la ruine sur elle.
Cette ruine va être appelée ici à travers les Mèdes. Les Mèdes, on n'en a pas beaucoup parlé. Les Mèdes, c'est peut-être l'empire le plus sous-coté de la Bible. C'est eux qui se sont alliés aux Babyloniens pour faire tomber l'Assyrie, et ceux qui, plus tard, s'allieront avec les Perses pour faire tomber les Babyloniens. C'est l'empire de l'ombre.
Du coup, chapitre 14 : renversement des rôles et consolation d'Israël. Le peuple opprimé sera relevé et les étrangers le serviront. On se moquera de Babylone. Alors ça, vous ferez attention, parce qu'il sera même question de Lucifer, verset 12, l'astre tombé du ciel. Allez, on est partis : Isaïe, chapitres 13 et 14.
Lecture : Isaïe 13-14
Proclamation sur Babylone, ce qu'Isaïe, fils d'Amots, a vu.
Sur un mont dénudé, dressez un étendard. Élevez la voix, faites signe de la main, qu'ils entrent par la porte des nobles. Moi, je commande à qui m'est consacré. J'ai convoqué les guerriers de ma colère, les passionnés de mon honneur.
Voix qui grondent sur les montagnes, comme d'un peuple immense, voix, vacarme de royaumes, de nations rassemblées. Le Seigneur de l'univers inspecte les troupes de combat. D'une terre lointaine, des extrémités du ciel, ils viennent, le Seigneur et les instruments de son indignation, pour ravager toute la terre.
Hurlez, car le jour du Seigneur est proche. Il vient, envoyé par le Puissant, comme une dévastation. C'est pourquoi toute main défaille. Le cœur manque à tout mortel. Ils sont épouvantés. Spasmes et souffrances les saisissent. Ils se tordent de douleur comme la femme qui accouche. Ils se regardent l'un l'autre avec stupeur, le visage en feu.
Voici venir, implacable, le jour du Seigneur, la fureur et l'ardente colère, pour faire de la terre un lieu désolé, pour en supprimer les pécheurs. Les étoiles du ciel et ses constellations ne brilleront plus de leur lumière. Le soleil, dès son lever, s'obscurcira, et la lune ne donnera plus sa clarté.
Je châtierai le monde pour sa méchanceté, et les impies pour leur faute. Je mettrai fin à l'orgueil des insolents et rabattrai l'arrogance des tyrans. Je rendrai les mortels plus rares que l'or fin, les humains plus rares que l'or d'Ophir. Et c'est pourquoi j'ébranlerai les cieux, et la terre tremblera sur ses bases, dans la fureur du Seigneur de l'univers, au jour de son ardente colère.
Alors, comme une gazelle pourchassée, comme un troupeau que nul ne rassemble, chacun se tournera vers son peuple, chacun fuira vers son propre pays. Tous ceux qu'on trouvera seront transpercés, tous ceux qu'on prendra tomberont par l'épée, et leurs petits enfants seront écrasés sous leurs yeux, leurs maisons pillées et leurs femmes violées.
Voici que j'excite contre eux les Mèdes, qui n'estiment pas l'argent et n'aiment pas l'or, mais leurs arcs abattent les jeunes gens. Ils n'ont pas de compassion pour les nouveau-nés, aucun regard de pitié pour les enfants.
Alors Babylone, la perle des royaumes, l'orgueilleuse parure des Chaldéens, subira le bouleversement infligé par Dieu à Sodome et à Gomorrhe. Elle sera inhabitée à jamais, nul n'y demeurera d'âge en âge. L'Arabe n'y dressera plus sa tente, les bergers n'y feront plus reposer leurs troupeaux, mais les chats sauvages y auront leur gîte, les hiboux rempliront les maisons, les autruches auront là leur demeure et les boucs y danseront, les hyènes hurleront dans ses châteaux, et les chacals dans ses palais d'agrément. Son temps est proche et ses jours ne tarderont pas.
Oui, le Seigneur aura de la tendresse pour Jacob. Il choisira encore Israël. Il installera les siens sur leurs terres, où des immigrés se joindront à eux et s'uniront à la maison de Jacob. Des peuples étrangers viendront les prendre pour les ramener chez eux. Sur la terre du Seigneur, la maison d'Israël s'attribuera ces peuples comme serviteurs et comme servantes. Ils tiendront captifs ceux qui les avaient capturés, et ils domineront ceux qui les avaient opprimés.
Le jour où le Seigneur t'aura fait reposer après tant de peines et de douleurs, et du tourment après le dur esclavage qui fut le tien, le jour où tu entendras cette chanson contre le roi de Babylone, tu diras : « Comment ? Il est fini, l'oppresseur ? Elle est finie, la dictature ? »
Le Seigneur a brisé le bâton des impies, le sceptre des tyrans qui frappaient les peuples avec fureur, les frappaient sans relâche, qui dominaient les nations avec colère et les persécutaient sans retenue. Et toute la terre repose tranquille. On éclate en cris de joie, et même les cyprès et les cèdres du Liban se réjouissent à tes dépens : « Depuis que tu es tombé, plus personne ne monte pour nous abattre. »
Les tréfonds des enfers s'agitent pour toi, à l'annonce de ta venue. Pour toi, ils réveillent les ombres, tous les grands de la terre. Ils font lever de leur trône tous les rois des nations, et tous, ils prennent la parole et te disent : « Toi aussi, comme nous, te voilà sans force, devenu pareil à nous. » Elle est jetée aux enfers, ta majesté, avec la musique de tes harpes, et tu as pour couche la vermine, et des vers pour te couvrir.
Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l'aurore ? Tu es renversé à terre, toi qui faisais ployer les nations, toi qui te disais : « J'escaladerai les cieux, plus haut que les étoiles de Dieu j'élèverai mon trône, j'irai siéger à la montagne de l'assemblée des dieux, au plus haut du mont Saphon. J'escaladerai les hauteurs des nuages, et je serai semblable au Très-Haut. » Mais te voilà jeté aux enfers, au plus profond de l'abîme.
Ceux qui te voient te dévisagent. Ils s'interrogent sur toi : « Est-ce bien l'homme qui faisait trembler la terre, qui ébranlait les royaumes, changeait le monde en désert et rasait les villes, sans renvoyer ses prisonniers dans leur demeure ? » Tous les rois des nations reposent avec honneur, tous sans exception, chacun dans sa demeure. Mais toi, toi tu es jeté dehors, loin de ton sépulcre, comme un rejeton réprouvé. Tu es couvert par les victimes de l'épée qui descendent sur les pierres de la fosse. Tu es comme un cadavre qu'on piétine. Tu ne les rejoindras pas dans la tombe, car tu as ruiné ton pays, assassiné ton peuple. Plus jamais on n'évoquera l'engeance des méchants.
Préparez pour les fils un lieu d'exécution, à cause de la faute de leur père, de peur qu'ils ne se relèvent pour conquérir la terre et couvrir de villes la face du monde. Je me lèverai contre eux, oracle du Seigneur de l'univers. De Babylone, je retrancherai et le nom, et le reste, et la lignée, et la postérité, oracle du Seigneur. J'en ferai le domaine du hérisson, un marécage. Je la balaierai, je la détruirai, oracle du Seigneur de l'univers.
Le Seigneur de l'univers en a fait le serment : « Ce que j'ai prévu arrivera. Ce que j'ai décidé s'accomplira. Sur ma terre, je briserai Assur. Je le piétinerai sur mes montagnes. Son joug sera écarté de la nuque des miens, et le fardeau écarté de leurs épaules. » C'est la décision prise contre toute la terre. C'est la main étendue contre toutes les nations. Le Seigneur de l'univers l'a décidé, qui donc l'arrêterait ? Et sa main étendue, qui la détournerait ?
L'année de la mort du roi Achaz, il y eut cette proclamation : Ne te réjouis pas, Philistie tout entière, si le bâton qui te frappait est brisé, car de la racine du serpent va sortir une vipère, et son fruit sera un dragon ailé. Les premiers-nés des faibles auront un pâturage. Les malheureux reposeront en confiance. Mais ta race, je la ferai mourir de faim, et ce qui restera de toi, je le tuerai.
Hurle, porte de la ville ! Citadelle, pousse des cris ! Tremble, Philistie tout entière ! C'est du nord qu'arrive une fumée. Ce sont des troupes sans déserteur. Que répondre aux envoyés de cette nation ? Ceci : le Seigneur a fondé Sion, en elle se réfugient les pauvres de son peuple.
Commentaire
Vous voyez, on a parlé de prophéties contre Babylone. Donc ça, c'est avant la destruction de Jérusalem : c'est les Babyloniens qui vont détruire Jérusalem. Donc, tout ce livre d'Isaïe, vous pourriez vous dire : mais c'est quand même curieux que le frère Paul-Adrien, dans son podcast « La Bible en un an », ne nous l'ait pas fait lire avant, quand on parlait de Jérémie, quand on parlait de la destruction de Jérusalem. Oui, oui… non. Non. Parce qu'en fait, vous voyez qu'il y a des nouveaux thèmes qui sont introduits, et que les nouveaux thèmes qui sont introduits, eux, je suis désolé, mais ils appartiennent à la période exilique.
Vous me direz : oui, mais enfin, Isaïe avait vraiment prédit un fils au roi Achaz. Oui, tout à fait. Mais vous entendez tous les développements messianiques qu'on a faits autour de cette figure. Ça, je suis désolé, ça appartient à l'exil. Et là, il y a des nouveaux thèmes encore qui sont introduits.
Lucifer ! Je suis quand même un peu obligé de m'arrêter là, parce que ça fait partie des premières fois où vous avez l'origine du mal qui est décrite. Lucifer, il est dans ce chapitre. Chapitre 14, verset 12 :
Tu es tombé du ciel, astre brillant, fils de l'aurore.
La Vulgate, avec saint Jérôme, traduira en latin par « Lucifer ». Vous vous souvenez de ce qu'on avait dit : les progrès de l'angélologie et de son corollaire, la démonologie. On a parlé de Tobie, Asmodée, Raphaël. On a parlé d'Ézéchiel, les chérubins. Eh bien voilà, maintenant vous avez l'astre du matin, Lucifer, le premier ange déchu, qui est en train d'apparaître sous la plume d'un prophète.
Et qu'on ne me dise pas : « Isaïe parle de Babylone. » Oui, il parle de Babylone. Mais il décrit Babylone avec les termes d'une arrogance tellement grande qu'elle en devient inhumaine, comme si derrière Babylone il y avait une ombre plus ténébreuse encore, autre chose qu'on a du mal encore à deviner, mais qu'on commence à traduire en des termes démoniaques.
Plus précisément, cette ombre maléfique qui plane derrière Babylone, Isaïe va la décrire à l'aide d'un mythe ougaritique. Les notes de bas de page disent : dans les textes ougaritiques, le dieu Attar, concurrent de Baal, est assimilé à la planète Vénus, l'astre du matin divinisé, la première étoile du matin, qui voudrait supplanter le soleil mais qui disparaît dès que celui-ci se lève. Attar subit alors une chute comparable à celle de l'astre brillant dont Isaïe fait mention.
Eh bien, c'est comme ça que vous avez Isaïe qui est en train de subvertir un mythe mésopotamien pour commencer à décrire la chute d'un premier ange, d'un monstre d'orgueil. Quand même :
Toi qui disais : « J'escaladerai les cieux, plus haut que les étoiles de Dieu », plus haut que les anges, « j'élèverai mon trône, j'irai siéger à la montagne de l'assemblée des dieux ». Mais te voilà jeté aux enfers, au plus profond de l'abîme.
Eh oui !
En guise de prière, je vous propose… ah, je vais vous donner le plus ancien exorcisme chrétien connu, le plus simple, le plus efficace. C'est une seule phrase, qui vous vient du dernier psaume de la Bible : « Que tout esprit loue le Seigneur. » Donc, si vous êtes attaqué par le diable — tentation, obsession, tout ce que vous voulez — redites simplement cette phrase. C'est un exorcisme que vous pouvez faire, c'est le plus simple, le plus efficace. Je vous jure, ça fait des miracles. Moi, je l'ai utilisé, ça m'a sauvé la vie je ne sais pas combien de fois.
Prière
Que tout esprit loue le Seigneur.
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