CapBibliqueCapBiblique

Jour 194 ☼ — Ézéchiel : Une vocation qui secoue fort

← J193 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J194 ☾ →


Résumé : Après une confidence sur la difficulté de commenter les prophètes et sur le découpage parfois ingrat du livre d'Ézéchiel, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 2 et 3, récit de la vocation du prophète : l'esprit qui le met debout, l'envoi vers une engeance de rebelles, le rouleau à manger doux comme du miel, le front rendu dur comme un diamant, et la charge du guetteur responsable du sang de ceux qu'il n'avertit pas. Le commentaire oppose la manière « bourgeoise » dont on discerne aujourd'hui les vocations à cette expérience sauvage, et dégage quatre traits d'un appel divin : c'est l'Esprit qui agit, le choisi n'est qu'un fils d'homme fragile, l'envoi se fait vers un peuple à la nuque raide, et ce qui compte n'est pas le succès mais la fidélité. L'épisode se termine par Proverbes 10, 21-26.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Nous continuons Ézéchiel, chapitres 2 et 3 : la vocation d'Ézéchiel.

Tiens, juste avant d'y aller, petite confidence. En ce moment, on est dans les prophètes. Les prophètes, c'est dur. Moi, j'en ai bavé parce que, écoutez, quand même, chapitre après chapitre, la colère de Dieu commentée en long, en large et en travers, ce n'était pas facile. Je crois qu'on y est arrivé, mais ça m'a donné de temps en temps des sueurs froides. En même temps, je dois dire que ça m'a mis aussi, à titre personnel, une sacrée claque. Je suppose que vous êtes peut-être comme moi, entre parfois un moment de lassitude où les chapitres n'en peuvent plus de se ressembler, et puis les claques et les aspects de génie qui parcourent tous ces textes-là. C'est extraordinaire.

Dans le livre d'Ézéchiel, je vous fais part d'une petite frustration. Il se trouve que dans le découpage de la Bible en un an, je n'ai pas eu d'autre choix que de mettre de longs épisodes sur Ézéchiel, ou plutôt de longues lectures, ce qui fait que parfois ce sera très court au niveau des commentaires. J'y ai réfléchi, je vous jure, pendant des semaines entières. Et ce que je vous propose là, c'est probablement le meilleur compromis que j'ai pu faire entre les impératifs de la Bible en un an, essayer de respecter la structure du texte, et puis essayer de donner droit à certains textes qui méritent des commentaires plus élaborés, et d'autres sur lesquels, malheureusement, il faudra passer un peu plus rapidement. C'est dommage, ça veut simplement dire que la vie est belle, mais la vie est courte.

J'en profite d'ailleurs, puisqu'on est dans les confidences, pour vous re-proposer, si jamais vous le souhaitez, de nous soutenir. Vous sentez toute la sueur qu'il y a dans ce podcast. Aidez-nous, les liens sont en bas. Je compte sur votre générosité. Vous savez que vous pouvez compter sur la mienne. On est entre nous, on s'entraide les uns les autres. Et maintenant, on y va. Ézéchiel 2 et 3, la vocation d'Ézéchiel.

Lecture : Ézéchiel 2-3

Fils d'homme, tiens-toi debout, je vais te parler. À cette parole, l'esprit vint en moi et me fit tenir debout. J'écoutais celui qui me parlait. Il me dit : « Fils d'homme, je t'envoie vers les fils d'Israël, vers une nation rebelle qui s'est révoltée contre moi. Jusqu'à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur et le cœur obstiné. C'est à eux que je t'envoie. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu. Alors, qu'ils t'écoutent ou qu'ils ne t'écoutent pas — c'est une engeance de rebelles — ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux.

Et toi, fils d'homme, ne les crains pas, ne crains pas leurs paroles. Ils sont pour toi épines et ronces, tu es assis sur des scorpions. Ne crains pas leurs paroles, devant eux ne t'effraie pas : c'est une engeance de rebelles. Tu leur diras mes paroles, qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas : c'est une engeance de rebelles.

Et toi, fils d'homme, écoute ce que je te dis. Ne sois pas rebelle comme cette engeance de rebelles. Ouvre ta bouche et mange ce que je te donne. »

Alors j'ai vu une main tendue vers moi, tenant un livre en forme de rouleau. Elle le déroula devant moi. Ce rouleau était écrit au-dedans et au-dehors, rempli de lamentations, plaintes et clameurs.

Le Seigneur me dit : « Fils d'homme, ce qui est devant toi, mange-le. Mange ce rouleau, et puis va, parle à la maison d'Israël. » J'ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau, et il me dit : « Fils d'homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel.

Il me dit alors : « Debout, fils d'homme, va vers la maison d'Israël et dis-lui mes paroles. Ce n'est pas à un peuple aux parlers obscurs et à la langue difficile que tu es envoyé, c'est à la maison d'Israël. Ce n'est pas à des peuples nombreux aux parlers obscurs et à la langue difficile, dont tu ne comprendrais pas les paroles, que tu es envoyé. Si je t'envoyais vers eux, eux, ils t'écouteraient. Mais la maison d'Israël, elle, ne voudra pas t'écouter, parce qu'ils ne veulent pas m'écouter. La maison d'Israël tout entière a le front endurci et le cœur obstiné. Et voici que je rends ton visage aussi dur que leur visage, ton front aussi dur que leur front, comme un diamant plus dur que le roc. Ainsi je rends ton front : ne les crains pas, devant eux ne t'effraie pas, c'est une engeance de rebelles. »

Puis il me dit : « Fils d'homme, toutes les paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur, écoute de toutes tes oreilles. Va, rends-toi vers les exilés, vers les fils de ton peuple, et tu leur parleras. Qu'ils t'écoutent ou qu'ils ne t'écoutent pas, tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu. »

Alors l'esprit me souleva, et j'entendis derrière moi le bruit d'une grande clameur : « Bénie soit la gloire du Seigneur depuis son lieu. » Puis j'entendis le bruit que faisaient les ailes des vivants battant l'une contre l'autre, et le bruit des roues à côté d'eux, et le bruit d'une grande clameur.

Alors l'esprit me souleva, il me saisit. J'allais plein d'amertume et l'esprit enfiévré. La main du Seigneur pesait durement sur moi. J'arrivai à Tel-Aviv, chez les exilés, chez ceux qui résident près du fleuve Kebar. Je restai sept jours, frappé de stupeur, au milieu d'eux.

Au bout des sept jours, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : "Tu vas mourir", et que tu ne l'avertisses pas, si tu ne lui dis pas d'abandonner sa conduite mauvaise afin qu'il vive, lui, le méchant, mourra de son péché, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa conduite mauvaise, lui mourra de son péché, mais toi, c'est ta vie que tu auras sauvée.

Si le juste se détourne de sa justice et fait le mal, je le ferai trébucher, il mourra. Parce que tu ne l'auras pas averti, il mourra de son péché, et l'on ne se souviendra plus de la justice qu'il avait pratiquée, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu as averti le juste de ne pas pécher, et qu'en effet il ne pèche pas, c'est certain, il vivra, parce qu'il aura été averti. Et toi, c'est ta vie que tu auras sauvée. »

Commentaire

La vocation d'Ézéchiel. Vous savez, dans l'Église, on parle de vocation. On discerne nos vocations : la vocation à la vie religieuse, la vocation conjugale, et on en parle d'une manière qui est assez… comment je pourrais dire ça ? Est-ce que j'ose le dire ? Allez, on est entre nous : d'une manière assez bourgeoise. Je le dis sans aucune méchanceté, mais vous sentez bien qu'entre la manière dont nous discernons nos vocations, parfois avec un accompagnateur spirituel bien assis dans un petit parloir, et ce qu'a vécu Ézéchiel, deux salles, deux ambiances.

Donc, s'il y avait un bienfait que vous pourriez demander à ce podcast La Bible en un an, c'est qu'il redonne à votre vie religieuse cet aspect sauvage. Nous, on a domestiqué Dieu. Et domestiquer Dieu, ce n'est pas bien. Moi, ce que je vous propose à travers ce podcast, c'est de lui rendre sa liberté, c'est de laisser sortir le lion de sa tanière et d'entendre son rugissement. Enfin, de se laisser vivre, quoi.

Donc, avec Ézéchiel, apprenons à discerner notre propre vocation. D'abord, il faut être docile à l'Esprit. C'est lui qui est à l'œuvre dans la vocation. Vous l'avez entendu, là, dans ce récit, chapitre 2, verset 2 :

À cette parole, l'esprit vint en moi et me fit tenir debout.

Une vocation divine, c'est ce qui vous fait à la fois mourir et revivre. C'est ce qui vous fait tenir debout. C'est comme une idée qui finit par vous posséder. L'effroi, le tremblement, le sacré, le fait de s'approcher d'un domaine qui nous échappe complètement et dans lequel on finit, comme malgré nous, par plonger.

Petit lot de consolation à nous qui ne sommes pas des surhommes : Ézéchiel ne l'était pas non plus. Une vocation, ça ne suppose pas des forces particulières. Ce n'est pas pour vos mérites que Dieu vous a choisis, c'est parce qu'il vous aime. Et vous voyez dans le texte comment Dieu n'arrête pas d'appeler Ézéchiel « fils d'homme ». Fils d'homme, ça veut dire : l'homme n'est qu'une plante qui grandit le matin et qui le soir se dessèche. On n'est pas grand-chose. C'est ça que veut dire « fils d'homme ». Alors, ce titre de fils d'homme est promis à un avenir glorieux : David le reprendra, finalement il arrivera même jusque dans la bouche de Jésus. Mais pour l'instant, il signifie surtout la fragilité, le fait d'être mortel. Eh bien, vous êtes peut-être mortel, ça ne vous empêche pas d'avoir une vocation divine. Eh, ce n'est pas rien quand même.

Bon, on retourne à notre discernement vocationnel. Une vocation, c'est Dieu qui vous appelle, on l'a vu, mais c'est aussi Dieu qui vous envoie. Et il vous envoie vers qui ? Réponse dans Ézéchiel : il vous envoie vers un peuple rebelle, au cœur obstiné, au front dur, qui ne l'écoutera probablement pas. Alors, à la décharge du peuple d'Israël, les prophètes étaient à la fois le problème et la solution, parce qu'il fallait toujours distinguer entre les faux prophètes et les bons prophètes, et ce n'était pas toujours aisé. Ça n'empêche qu'en attendant, c'est vers un peuple à la nuque raide que vous aussi vous allez être envoyé si vous avez une vocation.

Maintenant qu'on sait qui appelle, qui est appelé et vers qui on est envoyé, la question, c'est : qu'est-ce qu'on va dire à ce peuple ? Là encore, Ézéchiel nous aide. Verset 5 :

Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, ils sauront qu'un prophète est au milieu d'eux.

Et c'est ça qui compte. Ce n'est pas le succès, c'est la fidélité. Fidélité à la mission. Le prophète est simplement là pour être un signe, un témoin de la présence de Dieu — que les gens écoutent ou qu'ils n'écoutent pas — pour rappeler que Dieu est au milieu d'eux.

Alors évidemment, quand on met tout ça bout à bout, on se dit : récit de vocation, est-ce que j'ai vraiment envie d'en avoir une ? Ce qui vous explique pourquoi les prophètes généralement commencent par une petite hésitation. On l'avait vu avec Moïse, on l'avait vu lors du récit de vocation de Jérémie, on la retrouve a priori ici. Et Dieu vous bichonne : pour Moïse, il lui avait donné un bâton qui était capable de faire des signes ; pour Jérémie, il lui avait mis de petites visions faciles à comprendre pour le mettre en jambes ; et à Ézéchiel, il donne un livre à manger.

Alors un livre, plutôt un recueil de papyrus, ce qui reprend dans la culture mésopotamienne les tables de la destinée. Elles sont écrites au recto et au verso, tellement Dieu a de choses à dire. Toutes ces images-là seront reprises plus tard dans le livre de l'Apocalypse. Ce livre, Ézéchiel doit le manger pour l'intérioriser, pour faire sienne la parole de Dieu. Et il en tire une expérience ambivalente : il est rempli de gémissements, oui, mais la parole est douce comme du miel. Les paroles de Dieu sont difficiles, mais elles sont vraies, et donc elles réconfortent l'âme.

De tout ceci, Ézéchiel va subir une transformation intérieure. Il va être rendu dur :

J'endurcirai ton front comme un diamant, plus dur que le roc.

À bon chat, bon rat : le peuple auquel Ézéchiel est envoyé est peut-être obstiné, avec une volonté de fer pour résister à Dieu. Qu'à cela ne tienne, le prophète, lui, aura une volonté encore plus dure. C'est beau, ça. Ça, ça me parle.

Et puis, dernier paragraphe, le prophète est comparé à un guetteur sur la muraille. S'il avertit, il est quitte. S'il se tait, il sera tenu pour responsable, il sera redevable du sang. Ça met quand même la pression sur le rôle du prophète.

Alors, est-ce que maintenant ça vous a donné envie de discerner votre propre vocation ? On est partagé, hein. Partagé entre une envie secrète, nous aussi, de faire partie de ceux qui ont de telles expériences — parce que c'est quand même… imaginez que ça vous arrive, quoi — et en même temps, est-ce qu'on serait prêt à tout quitter pour ça ? Bon, il y a de la folie dans ce texte. Je vous avais dit qu'Ézéchiel, c'était le Pink Floyd de la Bible : c'est surréaliste. Et vous n'en êtes qu'au début.

Bon, en attendant, proverbes, on continue.

Proverbes 10,21-26

Les propos des justes nourrissent la multitude, mais les sots meurent d'avoir l'esprit borné.

C'est la bénédiction du Seigneur qui enrichit, l'effort de l'homme n'y ajoute rien.

Le plaisir de l'insensé, c'est de commettre des horreurs ; celui de l'homme réfléchi, la sagesse.

Ce que redoute le méchant lui échoit ; ce que désirent les justes leur est accordé.

Que passe une tempête, et le méchant n'est plus ; le juste, lui, reste inébranlable.

Vinaigre sur les dents, fumée dans les yeux, tel est le paresseux pour ceux qui l'emploient.


← J193 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J194 ☾ →