Jour 193 ☾ — Isaïe : L'enfant, l'Esprit, et l'avenir du monde
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Résumé : Cet épisode clôt le prologue du livre d'Isaïe (chapitres 1 à 12) avec l'un des plus grands oracles messianiques : le rameau qui sort de la souche de Jessé, l'Esprit du Seigneur qui repose sur lui, la paix retrouvée entre le loup et l'agneau, puis le cantique d'action de grâce du chapitre 12. Le frère Paul-Adrien explique d'abord pourquoi il fait lire Isaïe et Ézéchiel en parallèle, puis relève les échos de Jésus dans le texte : « Voici le Dieu qui me sauve » (Yeshoua), le rejeton (netser) et Nazareth, le fils de David. Il consacre enfin une large part du commentaire aux sept dons de l'Esprit-Saint, nés de ce passage, et à leur place dans la vie spirituelle. L'épisode s'achève par une prière pour recevoir ces dons.
Introduction
Une petite remarque avant de commencer. On fait Ézéchiel d'un côté, on fait Isaïe de l'autre. Ça vous fait deux grands prophètes que nous lisons en parallèle. Je ne sais pas comment est-ce que vous le vivez. Peut-être que parmi vous, il y en a qui sont perdus parce qu'on a un peu l'impression de jongler entre différentes histoires, différentes prophéties. Pourquoi est-ce que je vous ai mis deux prophètes en parallèle et pourquoi est-ce qu'on n'a pas fait d'abord Isaïe puis ensuite Ézéchiel ? Parce que je me suis dit que c'était une manière de vous bichonner parfaitement. Parce que, vous savez, les prophètes, c'est bien d'introduire un peu de variété et un peu de nouveauté, parce que si jamais je mets tout Isaïe et ensuite tout Ézéchiel, je pense que ça va faire un énorme pavé et que vous n'allez pas rentrer dedans, vous allez décrocher. Donc je me suis dit qu'en variant les prophètes, c'était une manière d'aérer la lecture et de la rendre plus digeste. J'espère que je ne me suis pas trompé. Non, d'ailleurs, je pense que non, je suis assez sûr de moi. En tout cas, ça vous explique pourquoi est-ce qu'on a ça en parallèle.
Bon, alors maintenant, on revient sur Isaïe. Nous terminons aujourd'hui toute une première partie du livre d'Isaïe. Donc on prend un tout petit peu de recul, on regarde le chemin parcouru. On était des chapitres 1 jusqu'au chapitre 12 qu'on va entendre aujourd'hui, ce qui était le prologue, l'introduction générale à tout le livre d'Isaïe, les 66 chapitres qui restent. On aurait eu au début Dieu qui établit sa ligne éditoriale. Chapitre 1, diagnostic d'Israël et de Jérusalem : mort cérébrale, mort spirituelle, il n'y a plus grand-chose à sauver. Puis chapitres 2, 3, 4, on approfondit le constat. Et puis ensuite, une fois la ligne éditoriale établie, il fallait la confier à quelqu'un. Chapitre 5, on commence à avoir une voix qui s'élève, le chant de la vigne. Et puis, tout d'un coup, cette voix prend un visage. C'est Isaïe, dont la vocation a été racontée au chapitre 6.
Alors, tout de suite, on met le prophète en situation avec un premier épisode historiquement très précis. Il doit promettre un signe, un enfant, à Acaz, d'où le thème de l'enfant qui, comme un refrain, n'arrête pas de scander ces chapitres. Acaz qui tue son enfant, Isaïe qui a un puis deux enfants. Et puis, ce fils merveilleux qui est promis, qui est donné à une vierge, qui commence à grandir, prince merveilleux, qui devient un roi. Et là, on va le retrouver. Vous allez voir ce que va devenir cette dernière promesse. Vous me direz : des enfants, on en a déjà vu dans la Bible, ce n'est pas le premier. Oui, mais là, on est passé sur autre chose. Cette figure de l'enfant messie qui se dresse solitaire : oui, on est sur autre chose. Enfin, vous allez voir, le dernier des grands oracles, mais il est magnifique.
Donc. Dans le dernier épisode, il avait été question de la destruction de la Syrie. On avait parlé de chênes, on avait parlé de sycomores abattus à coups de cognées et de haches. Et voilà que le même thème sylvestre est repris. Les forêts dévastées, il ne reste plus qu'une souche. Oui, mais pas n'importe laquelle. Cette souche, c'est celle de Jessé. Jessé, pour mémoire, c'est le père de David. Et voilà qu'un rameau s'apprête à en surgir à nouveau.
Aujourd'hui, chapitres 11 et 12 du livre d'Isaïe, le cinquième évangile.
Lecture : Isaïe 11-12
Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David. Un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur.
Il ne jugera pas sur l'apparence. Il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice. Avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays. Du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches. La fidélité est la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau. Le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, et un petit garçon les conduira. La vache et l'ours auront même pâture. Leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, l'enfant étendra la main. Il n'y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte, car la connaissance du Seigneur remplira le pays, comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples. Les nations la chercheront. Et la gloire sera sa demeure.
Ce jour-là, une fois encore, le Seigneur étendra la main pour reprendre le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d'Assour et d'Égypte, de Patros, d'Éthiopie et d'Élam, de Shinéar, de Hamath et des îles de la mer. Il lèvera un étendard pour les nations. Il rassemblera les exilés d'Israël. Il réunira les dispersés de Juda des quatre coins de la terre.
Alors la jalousie d'Éphraïm cessera. Et les adversaires de Juda seront retranchés. Éphraïm ne jalousera plus Juda. Et Juda ne sera plus l'adversaire d'Éphraïm. Ils fondront sur le flanc des Philistins à l'Occident. Ensemble, ils pilleront les fils de l'Orient. Ils mettront la main sur Édom et sur Moab. Et les fils d'Ammon leur obéiront.
Le Seigneur assèchera la lagune de l'Égypte. Il lèvera la main contre l'Euphrate dans l'ardeur de son souffle. Il le divisera en sept ruisseaux où l'on marchera en sandales. Il y aura une route pour le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d'Assour, comme il y eut une route pour Israël le jour où il monta du pays d'Égypte.
Ce jour-là, tu diras : « Seigneur, je te rends grâce. Ta colère pesait sur moi, mais tu reviens de ta fureur et tu me consoles. Voici le Dieu qui me sauve. J'ai confiance, je n'ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c'est le Seigneur. Il est pour moi le salut. »
Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz : « Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom. Annoncez parmi les peuples ses hauts faits. Redites que son nom est sublime. Jouez pour le Seigneur. Il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d'Israël. »
Commentaire
Alors, écoutez, je suis désolé. Oui, il est question d'un enfant qui est promis. Mais voilà, je suis chrétien. Je ne peux pas ne pas voir derrière cet enfant Jésus. Donc on va relever — ça vous montrera jusqu'où va nous amener cette théologie messianique — toutes les allusions à Jésus qu'il y a dans ces chapitres. Moi, ça me fascine. Pas simplement pour le plaisir de faire des correspondances entre l'Ancien et le Nouveau Testament, de regarder les petits jeux de mots ou les grands jeux de mots qu'il peut y avoir, mais pour vous dire quelque chose quand même que moi, je n'arrive toujours pas à comprendre. Quand on dit que Jésus a été prophétisé, on le dit, on le sait. Mais quand on voit sur le papier à quel point tout cela a été écrit, il y a quelque chose que je n'arrive toujours pas à comprendre.
Tenez, on ne va pas les prendre dans l'ordre, mais je vous en donne un. On était au chapitre 12 :
Ta colère pesait sur moi, mais tu reviens de ta fureur et tu me consoles.
Et je continue :
Voici le Dieu qui me sauve, j'ai confiance, je n'ai plus de crainte.
Bon, très bien, ce n'est pas la première fois qu'on entend ça. Pas exactement dans ces mêmes termes-là, mais très bien. Donc là, c'est marqué « Voici le Dieu qui me sauve ». Eh bien, en hébreu, ça donne quoi ? « Dieu qui sauve », ça se dit Yeshoua. « Voici le Dieu qui me sauve » : « voici que Dieu est mon Jésus », « que Dieu est mon Yeshoua ». Ah, quand même !
Ou alors, tenez, on reprend cette fois-ci au début. On était au chapitre 12, on repasse au chapitre 11 :
Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David.
Eh bien, à quelle famille Jésus appartient-il ? Par Joseph, son père adoptif. Donc sur le plan légal. Mais à l'époque, le plan légal était quasiment plus fort que le plan biologique. Donc il appartient vraiment à cette famille, à la famille de Jessé. Ce qui vous donne le surnom de Jésus dans l'évangile selon saint Matthieu : Jésus, fils de David.
Puis on continue après. Regardez juste le verset après :
Un rejeton jaillira de ses racines.
Alors, dans le texte, le rejeton, c'est censé exprimer la jeunesse, la jeune pousse. C'est toujours le thème de l'enfant qui jaillit de ce qui est vieux, de ce qui est coupé, du peuple dispersé dans la diaspora. Bon, très bien. Mais en hébreu, rejeton se dit netser. Netser, Nazareth, le Nazoréen : eh bien, c'est quasiment la même chose. Et là, on n'est plus simplement dans le jeu de mots, parce qu'on pense que, vraiment, Nazareth, peut-être que ça avait été fondé… la famille davidique, après l'exil, aurait refondé à travers Nazareth une lignée royale cachée dans ce village de Nazareth, le rejeton prédit par Isaïe. Donc des allusions comme ça, il y en a partout.
Alors après, quand même, il y a cette phrase-là. Là, on n'est plus dans l'allusion. Là, on est carrément dans la théologie, même dans la théologie mystique et spirituelle :
Sur lui reposera l'esprit du Seigneur.
« Reposer », ça vous donne l'image du baptême de Jésus.
Esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur.
Alors ça, c'est un passage célébrissime parce que, dans la théologie catholique spirituelle, ça a donné naissance aux sept dons de l'Esprit-Saint. D'où viennent les sept dons de l'Esprit-Saint ? De là !
Alors, il faut peut-être quand même que je vous parle un peu des dons de l'Esprit-Saint, parce que je suis très axé archéologie, histoire, politique et morale. Mais de temps en temps, c'est bien aussi de se rappeler qu'il y a autre chose dans la vie. Il y a un aspect mystique et surnaturel dans la religion. La religion culmine avec la docilité à l'Esprit-Saint. C'est l'Esprit-Saint qui agit avec vous. C'est ce qui fait que vous avez une vie divine, et c'est lui qui, en vous, opère des miracles et opère le mouvement, la vie et l'être. Le but de la vie chrétienne, c'est d'appartenir à Dieu pour que Dieu, en vous, fasse son œuvre. Donc être habité par l'Esprit-Saint. Et cette habitation de l'Esprit-Saint culmine dans ces sept dons de l'Esprit-Saint.
Ce n'est pas facile, facile de dire ce que sont les sept dons de l'Esprit-Saint. Ce ne sont pas les charismes. Les charismes, c'est pouvoir arriver à faire des choses extraordinaires. Les sept dons de l'Esprit-Saint, c'est comme si, dans votre caractère, vous étiez sensible à la grâce, au mouvement de l'Esprit-Saint, que tout d'un coup, il y avait des portes qui s'ouvraient. La meilleure manière dont je peux vous dire ça, c'est : des intuitions. C'est comme ça que moi, je vis les dons de l'Esprit-Saint. C'est que tantôt, en moi, il y a des intuitions. Je ne sais pas d'où elles viennent. Je sais qu'elles ne viennent pas de moi. Je sais qu'elles portent un fruit ou qu'elles ouvrent des portes insoupçonnées. Et c'est la manière dont Dieu se fait connaître à moi. Je sais que dans ces intuitions, il y a une puissance, il y a une force insoupçonnée qui a le pouvoir, mais en un claquement de doigts, de me remettre debout. Eh bien ça, c'est le don de force. Ou alors, vous avez l'intuition d'une phrase à dire qui n'a l'air de rien, mais vous la dites, et il se passe des choses que vous n'aviez pas du tout prévues : don de conseil.
En reprenant ce texte, on en a recensé sept, même si, ultimement, c'est toujours la même grâce. Simplement, on en décrit et on en décline sept aspects différents. Mais c'est la même expérience de Dieu derrière. Vous avez le don de sagesse : voir toute chose dans la lumière de Dieu. Le don de connaissance : arriver à faire les différences entre le bien et le mal. Don d'intelligence : comprendre la volonté et la parole de Dieu. Don de conseil, don de force, don de piété — ça, c'est l'adoration de Dieu. Et don de crainte : ça, c'est avoir la peur du péché parce que ça nous séparerait de Dieu. Alors, techniquement parlant, ça, ça vous vient de la version de la Septante, qui distingue la piété et la crainte, tandis que dans le texte massorétique, il y a une sorte de redondance. Je vous passe tous les détails, d'accord ? Vous avez compris l'idée globale. N'empêche que c'est important dans l'architecture de la vie spirituelle. Le but, ce n'est pas de faire simplement le bien ou le mal. Le but, c'est de laisser Dieu vivre en vous. Que vous viviez de la vie de Dieu. C'est ça, ce qu'il y a derrière les dons de l'Esprit-Saint.
Bon, je reviens maintenant à Isaïe. Mais enfin, vous voyez la richesse de toute cette prophétie. C'est juste hallucinant. Mais on pourrait faire un cours de 24 heures. Moi, je dois tout faire en deux minutes. Donc, évidemment, ce n'est pas possible. Ça m'énerve, ça m'énerve, ça m'énerve ! Mais regardez, on continue :
Du bâton de sa parole, il frappera le pays. Du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.
Donc, cette fois-ci, l'enfant est devenu un roi, un roi militaire qui gagne les victoires. Il a un bâton et puis il peut faire mourir les méchants. Sauf qu'il s'agit du bâton de sa parole et du souffle de ses lèvres. Le bâton de sa parole, c'est la parole de Dieu, les commandements. Et le souffle de ses lèvres, c'est la puissance de l'Esprit. Ce n'est pas… ce n'est pas… Les chrétiens auraient voulu écrire Isaïe, ils n'y seraient pas arrivés.
Bon, on pourrait continuer comme ça. Mais pour l'heure, on va se mettre à prier. Nous allons demander à Dieu de venir répandre sur nous les dons de l'Esprit-Saint.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, viens répandre sur moi ton Esprit, qu'il repose en mon cœur, Seigneur. Donne-moi l'esprit de sagesse et de discernement. Donne-moi l'esprit de conseil et de force. Donne-moi l'esprit de connaissance et de crainte. Donne-moi l'esprit de piété. Apprends-moi à juger avec justice. Et, Seigneur, que ta connaissance remplisse mon âme comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Viens des quatre coins de la terre, et souffle.
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