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Jour 193 ☼ — Ézéchiel : La gloire de Dieu en exil

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre le livre d'Ézéchiel, qu'il présente comme « le Pink Floyd de la Bible ». Il situe le prophète, fils de prêtre déporté lors du premier siège de Jérusalem, prophétisant depuis Tel Aviv, au bord du fleuve Kébar, en Babylonie. La lecture donne la vision inaugurale : les quatre vivants, les roues, le firmament de cristal et la forme humaine sur le trône de saphir. Le commentaire déchiffre cette « mystique du chariot divin », l'un des deux grands textes du mysticisme juif, et y lit les deux attributs de Dieu : son immanence au milieu de nous et sa transcendance inaccessible.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Oh, nous commençons un nouveau livre, le livre d'Ézéchiel. Alors, celui-là, vous allez l'adorer. Ézéchiel, c'est le Pink Floyd de la Bible. Il y a un côté surréaliste, vous allez voir, c'est extraordinaire.

Commençons, si vous voulez, par situer notre personnage. Avec Tobie, nous étions lors de la première déportation, celle du Royaume du Nord, en Assyrie. Ensuite, Babylone arrive, qui s'en prend au Royaume de Juda, au Sud. C'est là que notre prophète Isaïe, à cheval, avant et après l'Exil, entre en scène. Hélas, on ne suit pas les conseils d'Isaïe. Nabuchodonosor entre en scène et s'attaque une première fois à Jérusalem. Première déportation, ça ne suffira pas. Entre alors Jérémie en scène, qui prévient de la catastrophe finale. Deuxième siège, destruction du Temple, deuxième déportation.

Eh bien, Ézéchiel, lui, il a fait partie de cette première déportation, de ce premier siège. Quand Nabuchodonosor avait mis à la tête de Jérusalem un roi fantoche, et pour garantir la paix et la stabilité de Jérusalem, avait pris avec lui dix mille juifs. Principalement des artisans, des prêtres, des élites. Donc, Ézéchiel, un fils de prêtre déporté, ça fait de lui le premier prophète qui prophétise depuis l'Exil. À une époque où Jérusalem est encore debout. Sauf que, depuis là où il est, il va voir Jérusalem tomber.

Il prophétise dans une petite ville. Enfin, plutôt un camp de réfugiés, si jamais il fallait prendre une comparaison. Qu'on appelle Tel Aviv. Au bord du fleuve Kébar, dans la région de Nippour, en Babylonie. Ce qui correspond au sud de l'actuel Irak. Alors, Tel Aviv, c'est pas la Tel Aviv moderne. Tel Aviv, c'est une ville akkadienne, Til Abubi, qui signifie « la colline du déluge ». Je vous rappelle que la grande histoire du déluge, ça vient des mythes mésopotamiens. Ce sont ces mythes que, inspirée par la parole de Dieu, la Bible a retravaillés. Donc, vous aviez des villes en Mésopotamie qui portaient la trace, la mémoire de cette ancienne catastrophe.

Ça en fait un lieu symbolique. C'est le lieu de la catastrophe à partir duquel Ézéchiel va prophétiser. Mais c'est aussi à partir du déluge, de cette catastrophe, que Dieu a repeuplé le monde. Un nouveau départ est possible. Petite parenthèse : la Tel Aviv moderne, la ville israélienne, elle, c'est en mémoire de cette ancienne Tel Aviv qu'elle s'appelle comme ça.

Alors, vous allez voir, j'en dis pas trop, vous allez découvrir par vous-même. Ézéchiel, c'est extraordinaire. Il va mêler langage sacerdotal, vision apocalyptique, gestes symboliques, vous allez adorer. J'en dis pas plus. Nous écoutons tout de suite le récit de la vocation d'Ézéchiel.

Lecture : Ézéchiel 1

La trentième année, le quatrième mois, le cinq du mois, je me trouvais à Babylone, au milieu des exilés, près du fleuve Kébar. Les cieux s'ouvrirent et j'eus des visions divines.

Le cinq du mois, la cinquième année de la déportation du roi Jékonias, la parole de Dieu fut adressée à Ézéchiel, fils du prêtre Bouzi, dans le pays des Chaldéens, au bord du fleuve Kébar. La main du Seigneur se posa sur lui.

J'ai vu un vent de tempête venant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant et, autour, une clarté. Au milieu, comme un scintillement de vermeil du milieu du feu. Au milieu, la forme de quatre vivants. Elles paraissaient avoir une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites. Leurs pieds, pareils aux sabots d'un veau, étincelaient comme scintille le bronze poli. Des mains humaines, sous leurs ailes, étaient tournées dans les quatre directions, ainsi que leurs visages et leurs ailes à tous les quatre. Leurs ailes étaient jointes l'une à l'autre. Ils ne se tournaient pas. En marchant, ils allaient chacun droit devant soi.

La forme de leurs visages, c'était visage d'homme. Vers la droite, visage de lion pour tous les quatre, visage de taureau à gauche pour tous les quatre, et visage d'aigle pour tous les quatre. Leurs ailes étaient déployées vers le haut. Les deux se rejoignaient l'une l'autre et les deux couvraient leurs corps. Chacun allait droit devant soi. Là où l'esprit voulait aller, ils allaient. Ils avançaient sans s'écarter.

Ils avaient une forme de vivant. Leur aspect était celui de brandons enflammés. Une certaine apparence de torches allait et venait entre les vivants. Il y avait la clarté du feu et, sortant du feu, des éclairs. Et les vivants s'élançaient en tous sens. Leur aspect était celui de l'éclair.

J'ai vu les vivants. Il y avait une roue à terre à côté de chaque vivant, pour leurs quatre visages. Ces roues et leurs éléments scintillaient comme de la chrysolite. Toutes les quatre avaient même forme. L'aspect de leurs éléments était tel que les roues paraissaient imbriquées l'une dans l'autre. Quand elles avançaient, elles allaient dans les quatre directions. Elles avançaient sans s'écarter. Leur pourtour était grand, effrayant, rempli de scintillements autour de chacune des quatre roues.

Quand les vivants avançaient, les roues avançaient à côté d'eux. Quand les vivants s'élevaient de terre, les roues s'élevaient. Là où l'esprit voulait aller, ils allaient. Et les roues s'élevaient avec eux. L'esprit du vivant était dans les roues. Quand ils avançaient, elles avançaient. Quand ils s'arrêtaient, elles s'arrêtaient. Quand ils s'élevaient de terre, les roues s'élevaient avec eux. L'esprit du vivant était dans les roues.

La forme au-dessus de la tête des vivants était un firmament, scintillant comme un cristal éblouissant. Il s'étendait sur leur tête, bien au-dessus. Sous le firmament, leurs ailes étaient déployées l'une vers l'autre. Chacun en avait deux qui lui couvraient le corps. J'entendais le bruit de leurs ailes, pareil, quand ils marchaient, au bruit des grandes eaux, pareil à la voix du Puissant, une rumeur comme celle d'une armée. Et lorsqu'ils s'arrêtaient, ils laissaient retomber leurs ailes.

On entendit un bruit venant de plus haut que le firmament, qui était au-dessus de leur tête. Au-dessus de ce firmament, il y avait une forme de trône qui ressemblait à du saphir, et sur ce trône, quelqu'un qui avait l'aspect d'un être humain. Au-dessus, tout en haut. Puis j'ai vu comme un scintillement de vermeil, comme l'aspect d'un feu qui l'enveloppait tout autour, à partir de ce qui semblait être ses reins ; et au-dessus, j'ai vu comme l'aspect d'un feu, et autour, une clarté, comme l'arc apparaît dans la nuée un jour de pluie, ainsi cette clarté alentour. C'était l'aspect, la forme de la gloire du Seigneur. À cette vue, je tombai face contre terre, et j'entendis une voix qui me parlait.

Commentaire

Alors, est-ce que vous comprenez mieux pourquoi j'ai qualifié Ézéchiel de Pink Floyd biblique ? Il y a un côté surréaliste, non ? C'est à la fois une expérience prophétique très traditionnelle — « la main du Seigneur fut sur moi » — et en même temps radicalement nouvelle, proche, si je reprenais mes cours de théologie des religions, de l'expérience des chamanes, un ravissement en esprit et une extase. Tandis que les autres prophètes, eux, entendaient la parole de Dieu, Ézéchiel, lui, voit des choses en volant en esprit, en étant saisi. L'expérience prophétique de base d'Ézéchiel, c'est pas l'écoute, c'est l'extase.

Je reprends le texte que vous venez d'entendre. Ça vous donne un des deux textes les plus sacrés du mysticisme juif. Pour explorer le mysticisme juif, vous avez deux textes de référence. Le premier texte, c'est le livre de la Genèse, la création de l'homme et de la femme dans la lumière originelle. Premier texte. Et deuxième texte, celui que vous venez d'entendre, ce qu'on appelle la mystique du chariot divin. Alors je vous l'accorde, dit comme ça, c'est bizarre, mais n'empêche que c'est vrai. C'est ce que dit la Bible elle-même, Ben Sira, chapitre 49, verset 8 :

Ézéchiel eut une vision de la gloire, elle lui fut montrée sur le char des Kéroubim.

Notez qu'Ézéchiel n'est pas le seul à avoir vu la gloire de Dieu, mais il est le seul à l'avoir décrite. Il y avait eu Moïse avant lui, qui avait vu Dieu, mais de dos. Alors les mystiques juifs disent que la vision de Moïse, c'est le verso, et la vision d'Ézéchiel, c'est le recto.

Alors ce chariot, c'est bien évidemment une sorte d'arche d'alliance, mais version divine. Souvenez-vous, avec Moïse, on avait vu cette arche de l'Alliance qui était finement décorée avec deux petits Kéroubim en or sur le couvercle propitiatoire. Eh bien là, si j'ose dire, on les voit enfin, ces chérubins. On avait vu aussi toutes les règles de pureté pour qu'on puisse s'approcher de l'arche de l'Alliance, parce que l'arche de l'Alliance, on avait dit que par sa transcendance, sa sainteté, c'était comme une sorte de centrale nucléaire qui était prête à exploser tout le temps. Eh bien là, on l'a vu, l'orage. Parce que ce temple, cette arche de l'Alliance que Moïse avait fait construire, le texte de l'Exode disait qu'il l'avait faite d'après un modèle divin. Eh bien ce modèle divin, vous venez de le voir. Ce que Moïse avait contemplé en haut, celui du mont Sinaï, c'est ce qu'Ézéchiel, pour vous, a décrit.

Plus précisément, ce chariot divin exemplifie deux attributs de Dieu. Son omniprésence, son immanence : il est partout au milieu de nous. Et sa transcendance : il est l'Absolu, il est celui qui nous échappe par sa sainteté.

Alors, on y va ? La vision commence avec les quatre vivants qui portent ce chariot, quatre créatures aux visages d'homme, de lion, de taureau et d'aigle. Le lion, qui représente la nature sauvage, le symbole de puissance, de royauté. Le taureau, qui symbolise la nature domestiquée, la force, le service. L'aigle, qui représente les cieux, les esprits, la hauteur, la vision prophétique. Et l'homme, qui représente le chef-d'œuvre de la création, la sagesse, la parole. Dans la tradition chrétienne, via l'Apocalypse, ces quatre vivants seront associés aux quatre évangélistes, ce qu'on appelle le tétramorphe.

Mais ici, ils sont associés à des chérubins. Les chérubins, c'est des sortes d'êtres surnaturels hybrides, des sphinx. Des sphinx ailés qui viennent du panthéon divin mésopotamien. Oui, mais maintenant, avec Ézéchiel, vous êtes en terre d'exil à Babylone. Ce qu'il peut y avoir de beau dans la religion mésopotamienne, la Bible va le faire sien. Enfin, j'ouvre une parenthèse : c'est ce qui donnera plus tard l'angélologie. On a déjà vu Raphaël apparaître avec Tobie. Là, maintenant, vous avez les chérubins qui apparaissent avec Ézéchiel. Et puis, avec Daniel, on n'a pas terminé. Fin de la parenthèse.

Continuons la description de notre chariot. Au-dessous, il y avait des roues. Des roues bizarres, parce qu'elles étaient remplies d'yeux. On a du mal à imaginer, ou plutôt, on ne veut pas imaginer ce à quoi ça ressemble. Mais l'idée derrière est assez simple. C'est à la fois l'omnipotence divine, parce que ces roues obéissent aux quatre vivants ; l'omniprésence, parce qu'elles vont où elles veulent ; et l'omniscience, elles sont remplies d'yeux.

Après, verset 22, l'étendue de cristal :

Un firmament, semblable à du cristal étincelant, s'étendait au-dessus de leur tête.

Ça, c'est une reprise du mont Sinaï : quand les anciens étaient montés en haut pour contempler Dieu, ils avaient vu au-dessus de leur tête comme une mer de saphir. Ça représente le firmament, et au-dessus, la transcendance de Dieu, qui vit dans un royaume séparé de nous. Ce que le temple, à sa mesure, essayera de représenter avec le Saint des Saints et un voile qui reprend les couleurs bleues, justement, de ce firmament. Derrière le voile, derrière cette mer bleue, il y a la divinité inaccessible, et pourtant qu'on arrive à entrevoir : le royaume divin, la pureté, la majesté, mais aussi la séparation entre l'homme et Dieu, l'espace de la transcendance.

Et ensuite, verset 26 :

Et sur ce trône, quelqu'un qui avait l'aspect d'un être humain.

C'est le sommet, le point culminant de la vision. Dieu qui siège comme un roi avec une apparence humaine, ce qui prépare quand même la théologie de l'Incarnation. Dieu qui se rend visible à travers une forme que l'homme peut comprendre. Le tout entouré de feu, la sainteté redoutable ; de lumière, l'éclat et la gloire divine ; et d'un arc-en-ciel, le symbole de l'alliance qu'il y avait eu dans le déluge.

Et alors, Ézéchiel tombe par terre, saisi de frayeur, tandis que cette forme humaine se met à parler. Comment ne pas voir derrière cela la parole de Dieu ?

Nous terminons notre épisode du jour par un texte poétique, retour au livre des Proverbes.

Proverbes 10,16-20

Le salaire du juste lui sert à vivre. Les gains du méchant ne servent qu'à pécher.

Qui retient une leçon devient chemin de vie. Qui néglige les avertissements se fourvoie.

Qui a le mensonge aux lèvres dissimule sa haine. Qui propage la calomnie est un insensé.

À trop parler, on n'évite pas le péché. Qui tient sa langue est bien avisé.

Argent de bon aloi, la langue du juste. Le cœur des méchants n'a guère de valeur.


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