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Jour 192 ☾ — Isaïe : Un enfant, une lumière, un combat

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 9 et 10 d'Isaïe, le frère Paul-Adrien lit la grande prophétie de l'enfant qui nous est né — « conseiller merveilleux, Dieu fort, père à jamais, prince de la paix » — puis la longue suite d'oracles de colère qui frappent Éphraïm, Israël, Juda et Jérusalem, avant de se retourner contre Assour, simple bâton dans la main de Dieu. Il donne deux clés d'écoute : le verset de transition « il fera cela, l'amour jaloux du Seigneur de l'univers », ambivalent entre tendresse et vexation, et le fil rouge de la forêt, des arbres coupés, de la hache et des ronces brûlées. Le commentaire montre comment Isaïe tient ensemble la promesse d'un roi idéal et l'annonce d'une destruction totale : ces deux théologies se rejoindront dans la figure du messie souffrant, qui attire sur lui le châtiment destiné à son peuple.

Introduction

Bienvenue de retour dans notre livre d'Isaïe. Nous continuons notre oracle sur cet arrière-fond de menace assyrienne. De manière sympathique, Dieu avait promis d'aider Achaz pour à la fois résister aux Israélites, garder son indépendance et résister plus tard aux Assyriens. Il lui avait promis un signe merveilleux : l'enfant né d'une vierge. Achaz avait refusé et s'était allié à l'Assyrie. Et c'est ici que nous reprenons, parce que Dieu a de la suite dans les idées. On va reprendre cette prophétie d'un enfant merveilleux.

Vous entendrez les versets introductifs : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Et cet oracle va culminer dans ce verset magnifique : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous est donné, sur son épaule est le signe du pouvoir. Son nom est proclamé : conseiller merveilleux, Dieu fort, père à jamais, prince de la paix. » Un oracle célébrissime, que évidemment les chrétiens vont appliquer à Jésus.

Bon, ensuite, nous continuons notre lecture. Parce que moi, je suis juste en train de vous introduire à la lecture du jour et de vous montrer quelques points d'attention pour ne pas que vous soyez perdus. Vous entendrez ensuite, verset 6, ce magnifique verset de transition : « Il fera cela, l'amour jaloux du Seigneur de l'univers. » Alors, quand vous entendrez ça, vous direz : pause, on est en train de partir sur autre chose. Je vous ai dit que c'était un magnifique verset de transition parce que l'amour jaloux, c'est ambivalent. Ça veut dire qu'on aime, mais ça veut dire aussi que la jalousie, on est vexé et on a envie de faire du mal. Donc, « il fera cela, l'amour jaloux du Seigneur de l'univers » : il va vous donner un sauveur qui va vous restaurer. Sauf que l'amour jaloux du Seigneur, en ce moment, il est plutôt vexé, il a envie de tout détruire.

Et de fait, le reste de la lecture va montrer comment est-ce que Dieu, au fur et à mesure, en partant du Nord, les tribus du Nord, pour ensuite s'attaquer au royaume d'Israël en entier, pour ensuite s'attaquer à Juda, puis à Jérusalem. Donc ça, c'est vraiment l'amour jaloux qui, petit à petit, s'énerve de plus en plus, va finir par tout raser ou presque, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un tout petit reste à partir duquel il pourra reconstruire son amour comme au premier temps.

Vous aurez un thème commun qui va relier toute cette colère : c'est le thème de la forêt, de l'arbre, et de raser les forêts et de couper les arbres. Il sera question de sycomores, de cèdres, il sera question de haches, il sera question de brûler des ronces. Je vous dis ça pour que vous ayez un axe d'attention pour organiser votre écoute.

Et maintenant, on y va. Isaïe, chapitres 9 et 10 : reprise de la prophétie de l'enfant. Et ensuite, on brûle.

Lecture : Isaïe 9-10

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Et sur les habitants du pays de l'ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l'allégresse. Ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin.

Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés. Le feu les a dévorés.

Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Sur son épaule est le signe du pouvoir, son nom est proclamé : conseiller merveilleux, Dieu fort, père à jamais, prince de la paix. Et le pouvoir s'étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne, qui l'établira, qui l'affermira sur le droit et la justice, dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l'amour jaloux du Seigneur de l'univers.

Le Seigneur a lancé une parole dans le pays de Jacob. En Israël, elle est tombée. Tout le peuple la connaîtra, Éphraïm et l'habitant de Samarie, dans leur orgueil et leur superbe, ils disent : « Les briques sont tombées, nous rebâtirons en pierres de taille. Le sycomore s'est abattu, nous le remplacerons par du cèdre. »

Et le Seigneur a dressé contre Israël des adversaires, Recîn. Il a excité ses ennemis : Aram à l'est, les Philistins à l'ouest. Ils ont dévoré Israël à pleine bouchée. Et avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée, sa main reste levée.

Le peuple ne s'est pas retourné vers celui qui le frappait. Il n'a pas recherché le Seigneur de l'univers. Le Seigneur a tranché la tête et la queue, le palmier et le roseau, en un seul jour. La tête, c'est l'ancien et le notable. La queue, c'est le prophète, maître de mensonges. Ceux qui guidaient ce peuple l'ont fourvoyé. La piste de ceux qu'ils guidaient a été brouillée. Voilà pourquoi le Seigneur ne ménage pas les jeunes gens. Pour leurs orphelins et leurs veuves, il n'a plus de compassion. Tout le peuple est impie, malfaisant. Toute bouche profère l'infamie. Et avec tout cela, sa colère ne s'est toujours pas détournée, sa main reste levée.

Car la méchanceté brûle comme un feu, dévorant épines et ronces, enflammant les taillis de la forêt qui tourbillonnent en colonnes de fumée. Par la fureur du Seigneur de l'univers, le pays est en flammes. Le peuple devient comme la proie du feu. Nul n'épargne son frère. On découpe à droite et l'on reste affamé. On dévore à gauche, on n'est pas rassasié. Chacun dévore la chair de son prochain. Manassé dévore Éphraïm, et Éphraïm Manassé, tous deux restent unis contre Juda. Et avec tout cela, sa colère ne s'est toujours pas détournée, et sa main reste levée.

Malheureux ! Ils rédigent des décrets malfaisants, ils inscrivent des écrits d'oppression. Ils refusent de rendre justice aux faibles, ils privent de leurs droits les pauvres de mon peuple. Les veuves deviennent leurs proies, et ils dépouillent les orphelins. Que ferez-vous au jour du châtiment, au jour d'une tourmente venue de loin ? Vers qui fuirez-vous pour demander secours ? Où laisserez-vous vos richesses ? Il ne restera qu'à se courber parmi les prisonniers. On succombera parmi les cadavres. Et avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée, et sa main reste levée.

Malheureux Assour, l'instrument de ma colère, le bâton de mon courroux ! Je l'envoie contre une nation impuissante, je lui donne mission contre un peuple qui excite ma fureur, pour le mettre au pillage et emporter le butin, pour le piétiner comme la boue des chemins. Mais Assour ne l'entend pas ainsi, ce n'est pas du tout ce qu'il pense. Ce qu'il veut, c'est détruire, exterminer quantité de nations. Car il dit : « Tous mes officiers ne valent-ils pas des rois ? N'ai-je pas pris Kalno comme Karkemish, Hamath comme Arpad, et Samarie comme Damas ? Comme j'ai mis la main sur les royaumes des faux dieux et leurs idoles plus nombreuses qu'à Jérusalem et à Samarie, n'ai-je pas traité ainsi Samarie et ses faux dieux ? Ne puis-je pas traiter ainsi Jérusalem et ses images ? »

Mais quand le Seigneur aura fini son œuvre au mont Sion et à Jérusalem, il châtiera le roi d'Assour pour les fruits de son cœur arrogant, pour l'orgueil de ses regards hautains. Car le roi d'Assour a dit : « C'est par la vigueur de ma main que j'ai agi, et par ma sagesse, car j'ai l'intelligence. J'ai déplacé les frontières des peuples, j'ai pillé leurs réserves. Fort entre les forts, j'ai détrôné les puissants. J'ai mis la main sur les richesses des peuples comme sur un nid, comme on ramasse des œufs abandonnés. J'ai ramassé toute la terre, et il n'y a pas eu un battement d'aile, pas un bec ouvert, pas un cri. »

Mais le ciseau se glorifie-t-il aux dépens de celui qui le fait ? La scie s'enfle-t-elle d'orgueil aux dépens de celui qui la tient ? Comme si le bâton faisait mouvoir la main qui le brandit, comme si c'était le bois qui brandissait l'homme.

C'est pourquoi le Seigneur, Dieu de l'univers, fera dépérir les soldats bien nourris du roi d'Assour, et au lieu de sa gloire s'allumera un brasier, le brasier d'un incendie. La lumière d'Israël deviendra un incendie, et son Dieu saint, une flamme qui dévore et brûle les épines et les ronces en un seul jour. Les forêts et les vergers, gloire du roi, eh bien il les détruira de fond en comble. Ce sera comme un moribond qui s'éteint. Le reste des arbres de sa forêt, on pourrait les compter. Un enfant en écrirait le nombre.

En ces jours-là, le reste d'Israël et les rescapés de la maison de Jacob cesseront de s'appuyer sur celui qui les frappait, et ils s'appuieront vraiment sur le Seigneur, le Saint d'Israël. Un reste reviendra, le reste de Jacob, vers le Dieu fort. Israël, même si ton peuple est comme le sable de la mer, seul un reste en reviendra. La destruction est décidée, et la justice déferle. Oui, c'est une destruction décidée que le Seigneur, Dieu de l'univers, accomplit dans tout le pays.

C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, Dieu de l'univers : « Ô mon peuple qui habite Sion, n'aie pas peur d'Assour. Il te frappe de son gourdin, il abat sur toi son bâton, comme l'a fait l'Égypte, mais encore un peu, très peu de temps, et mon indignation contre toi prendra fin. Ma colère tournera à leur perte. » Contre eux, le Seigneur de l'univers va brandir un fouet, comme il frappa Madiane au rocher d'Oreb. Il lèvera son bâton sur la mer, comme il l'a fait en Égypte. Et il arrivera en ces jours-là que le fardeau sera retiré de tes épaules, et de ta nuque le joug.

Le dévastateur monte de la région de Rimmôn. Il vient contre Ayyath, il passe à Migron. À Mikmas, il installe son matériel. Ils franchissent le défilé : « À Guéba, notre étape ! » Rama tremble, Guibéa de Saül prend la fuite. Hurle, Bath-Gallim ! Écoute, Laïsha ! Réponds, Anathoth ! Madména s'enfuit, ils se terrent, les habitants de Guébim. Aujourd'hui même, à Nob, l'ennemi prend position et tend maintenant le poing vers la montagne de la fille de Sion, vers la colline de Jérusalem.

Voici que le Seigneur, Dieu de l'univers, d'un coup terrible, abat les branches. Les arbres les plus grands sont coupés, les plus fiers jetés à terre. Les taillis de la forêt s'abattent sous la hache, et le Liban dans sa splendeur s'effondre.

Commentaire

Alors, est-ce que vous avez fait attention à mes arbres coupés, à mes cèdres, à mes sycomores, à ma hache, etc. ? J'espère, parce que le prochain chapitre, on va recommencer là, avec cette fameuse souche de Jessé.

Alors, moi, je reviens en commentaire sur cet enfant qui nous est promis et dont vous avez entendu la prophétie au début du chapitre. Ce thème de l'enfant qu'on n'arrête pas d'entendre depuis quelques épisodes, à tel point d'ailleurs qu'on appelle ça le livre de l'Emmanuel, parce que c'est le thème structurant de tous ces chapitres 7, 8, 9, 10.

Regardez comment est-ce qu'il est introduit : un roi qui a sacrifié son fils aux idoles, et Dieu qui lui promet en compensation un nouveau fils. C'est quand même étonnant de voir comment à l'acte de cruauté la plus inhumaine répond l'acte de la plus grande tendresse divine. Et puis ensuite, vous avez vu cette promesse se déployer : ce qui n'était au début qu'un signe, un enfant qui naît d'une vierge, est ensuite devenu un enfant miracle qui parvient à lui tout seul à défaire une coalition internationale. Et il est maintenant devenu, ce que vous avez entendu en début de chapitre, un roi magnifique, un roi idéal.

Voici qu'un enfant nous est donné.

Vous l'avez entendu, ça. Prince merveilleux, conseiller à jamais. Extraordinaire.

Bon, maintenant, pause. Ce que Dieu a promis, il va le donner : un jour, il enverra un conseiller merveilleux, un roi idéal. Sauf que Dieu a aussi promis autre chose. Il a aussi promis qu'il allait tout détruire — pour tout reconstruire peut-être, mais d'abord pour tout détruire. Alors, comment est-ce que vous conciliez la promesse d'un enfant merveilleux, un messie à venir parfait, un roi idéal de justice, et de l'autre côté le châtiment, la destruction complète ?

C'est là où je vous dis qu'Isaïe va développer devant vos yeux le génie de la théologie messianique. Au risque de spoiler le livre d'Isaïe — mais enfin, c'est pas comme si vous ne connaissiez pas les évangiles — ces deux théologies vont se rejoindre dans la figure d'un roi parfait qui accepte et attire sur lui le châtiment divin qui était destiné à son peuple. Et c'est comme ça qu'il va le sauver, et c'est comme ça que Dieu restaurera ce peuple.

La théologie du messie souffrant, c'est ce qui permet de rejoindre la théologie de la royauté davidique avec la théologie de la destruction et du reste. C'est la solution au problème. Ça viendra pour plus tard, ce qu'on appellera les chants du serviteur, mais vous entendrez cette phrase : « c'est par ses souffrances que nous sommes guéris ». Et là, ce sera l'apothéose de la théologie messianique.

On n'y est pas encore, on n'y est pas encore. Pour l'instant, on prie.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, toi qui as fait de Jésus un conseiller merveilleux, un Dieu fort, un père à jamais, un prince de la paix, Seigneur, donne-moi de faire partie de ce peuple qui marchait dans les ténèbres et qui a vu se lever une grande lumière. Prodigue-moi la joie, fais-moi grandir dans l'allégresse. Seigneur, que je t'appartienne à jamais.


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