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AELF · extrait lu à la messe du 15 juillet 2026

La messe n'en lit qu'une partie. Le passage complet est dans la Crampon ou la Segond.

Ainsi parle le Seigneur :
    Malheureux ! Assour, l’instrument de ma colère,
le bâton de mon courroux.
    Je l’envoie contre une nation impie,
je lui donne mission contre un peuple qui excite ma fureur,
pour le mettre au pillage et emporter le butin,
pour le piétiner comme la boue des chemins.
    Mais Assour ne l’entend pas ainsi,
ce n’est pas du tout ce qu’il pense :
ce qu’il veut, c’est détruire,
exterminer quantité de nations.
    Car le roi d’Assour a dit :
« C’est par la vigueur de ma main que j’ai agi,
et par ma sagesse, car j’ai l’intelligence.
J’ai déplacé les frontières des peuples,
j’ai pillé leurs réserves ;
fort entre les forts, j’ai détrôné des puissants.
    J’ai mis la main sur les richesses des peuples,
comme sur un nid.
Comme on ramasse des œufs abandonnés,
j’ai ramassé toute la terre,
et il n’y a pas eu un battement d’aile,
pas un bec ouvert,
pas un cri. »
    Mais le ciseau se glorifie-t-il
aux dépens de celui qui s’en sert pour tailler ?
La scie va-t-elle s’enfler d’orgueil
aux dépens de celui qui la tient ?
Comme si le bâton faisait mouvoir la main qui le brandit,
comme si c’était le bois qui brandissait l’homme !
    C’est pourquoi le Seigneur Dieu de l’univers
fera dépérir les soldats bien nourris du roi d’Assour,
et au lieu de sa gloire s’allumera un brasier,
le brasier d’un incendie.

            – Parole du Seigneur.

— Is 10,5-16 —
Commentaire

DU LIVRE D'ISAÏE

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l'époque de la très grande expansion de l'empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d'Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d'Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils dits d'un 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et d'un 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d'oracles. Après une collection d'oracles divers qui servent d'introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d'oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux "mémoires " du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d'oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d'oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d'une Apocalypse (24, 1 - 27, 13), d'une réinterprétation d'oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d'Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n'empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d'origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.

2. Message

Isaïe interprète les victoires de l'Assyrien (c'est-à-dire du roi d'Assyrie) comme autant de châtiments que Yahvé-Dieu envoie et applique contre les peuples pécheurs idolâtres et infidèles, et parmi eux, Israël et Juda. Ce roi barbare est ainsi perçu par le prophète comme un simple instrument dont Dieu se sert pour manifester sa colère.

Mais ce même Assyrien se trouve immédiatement condamné dans la mesure où il s'enorgueillit de ses conquêtes et succès militaires qu'il attribue à sa propre puissance, et à partir desquels il exalte uniquement sa propre gloire, en oubliant qu'il n'est qu'un simple instrument, sans plus.

Quoi qu'il en pense et dise, il n'est rien face à Yahvé, le Seigneur de l'Univers et il finira par connaître à son tour la ruine et la dévastation.

3. Decouvertes

Irrité contre son peuple, Yahvé se sert ainsi de l'Assyrien, ce mot résumant le roi ou la puissance de l'Assyrie, comme d'un "bâton" pour frapper son peuple. Comme ici Isaïe, Jérémie qualifiera plus tard Babylone en l'appelant "le marteau " de Yahvé (51, 20).

Pour Isaïe, l'Assyrien attribue à sa seule valeur propre et à son intelligence ce que lui, le prophète, interprète comme une décision de Yahvé réalisée dans l'anéantissement des peuples que ce roi d'Assyrie conquiert.

Isaïe n'est pas le seul prophète à s'intéresser aux nations voisines d'Israël et de Juda autant qu'à ces derniers. La plupart des prophètes écrivains en font autant.

Isaïe veut également montrer en ce passage que la chute d'Israël et celle, à venir, de Juda, n'authentifient en rien les prétentions et les revendications de la puissance Assyrienne.

L'Assyrien, ainsi désigné par Isaïe comme un simple instrument de Dieu, est condamné à la fois pour son orgueil démesuré et pour sa méconnaissance de Jérusalem comme le lieu spécifique de la présence et du salut du seul et unique Dieu de l'univers (10, 10 - 11).

4. Prolongement

Paul demeure dans la même perspective de Dieu maître de l'histoire :

Romains

9.14 Que dirons-nous donc? Y a-t-il en Dieu de l'injustice? Loin de là!

9.15 Car il dit à Moïse: Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion.

9.16 Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.

9.17 Car l'Écriture dit à Pharaon: Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre.

9.18 Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut.

9.19 Tu me diras: Pourquoi blâme-t-il encore? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté?

9.20 O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d'argile dira-t-il à celui qui l'a formé: Pourquoi m'as-tu fait ainsi?

9.21 Le potier n'est-il pas maître de l'argile, pour faire avec la même masse un vase d'honneur et un vase d'un usage vil?

9.22 Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition,

9.23 et s'il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire?

9.24 Ainsi nous a-t-il appelés, non seulement d'entre les Juifs, mais encore d'entre les païens,

9.25 selon qu'il le dit dans Osée: J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n'était pas la bien-aimée;

9.26 et là où on leur disait: Vous n'êtes pas mon peuple! ils seront appelés fils du Dieu vivant.

9.27 Ésaïe, de son côté, s'écrie au sujet d'Israël: Quand le nombre des fils d'Israël serait comme le sable de la mer, Un reste seulement sera sauvé.

9.28 Car le Seigneur exécutera pleinement et promptement sur la terre ce qu'il a résolu.

9.29 Et, comme Ésaïe l'avait dit auparavant: Si le Seigneur des armées Ne nous eût laissé une postérité, Nous serions devenus comme Sodome, Nous aurions été semblables à Gomorrhe.

Une telle manière de raisonner pour la relecture de l'histoire n'est possible qu'à partir du terme de ces événements dans lequel ils sont "accomplis".

Notons encore qu'avec Jésus, qui a refusé toute violence défensive lors de son arrestation, il n'est plus question - sauf cas très rares de miracles toujours possibles, par hypothèse, - de telles interventions directes ou quasi directes de Dieu dans l'histoire ni d'interventions violentes du Seigneur de l'univers : Jésus, dans son attitude non violente, nous révèle la vérité, la miséricorde et le pardon de Dieu, ainsi que sa présence constante "avec-nous", par lui-même, le Christ, dans l'Esprit Saint.

Le texte d'Isaïe est donc pour nous dépassé, même si nous comptons sur la présence du Christ à nos côtés, comme également aux côtés des acteurs des événements divers, politiques et économiques de l'histoire, avec une invitation faite à chacun, s'il veut bien l'écouter, de choisir le respect du "frère" dans la vérité et la miséricorde recherchées et pratiquées en toutes situations.

Prière

*Seigneur Jésus, quand nous relisons ou interpétons les événements de l'histoire des hommes, donne-nous d'y rechercher et découvrir les signes de ta présence "avec" tous ceux et toutes celles qui, à ton imitation, s'engagent comme témoins de ta recherche de la Vérité et du don de ta miséricorde à l'égard de tous les humains, à commencer en priorité par les plus petits, les plus faibles et les plus humiliés. AMEN.

14.07.2004.*