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ISAÏE 12, 2 ... 6
AELF · Bible liturgique

2 Voici le Dieu qui me sauve :

j'ai confiance, je n'ai plus de crainte.

Ma force et mon chant, c'est le SEIGNEUR ;

il est pour moi le salut.

4 Rendez grâce au SEIGNEUR,

proclamez son nom,

annoncez parmi les peuples ses hauts faits !

Redites-le : « Sublime est son nom ! »

5 Car il a fait les prodiges

que toute la terre connaît.

6 Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,

car il est grand au milieu de vous, le Saint d'Israël !

ISAÏE 12, 2 ... 6
Commentaire

Action De Grâce Ou Profession De Foi ?

Ce poème est tiré du livre d’Isaïe, il ne fait pas partie du livre des psaumes, mais de toute évidence, il s’agit quand même d’un cantique écrit pour la liturgie1.

À première vue, il s’agit d’un Psaume d’action de grâce parce que Dieu nous sauve : « Rendez grâce au SEIGNEUR, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! » On pourrait croire que tout était rose ...!

Mais si vous avez la curiosité de vous reporter au texte dans la Bible, le verset précédent parle au futur : « Tu diras ce jour-là » (Rendez grâce...) ce qui veut dire que pour l’instant, on n’a pas encore le cœur à rendre grâce, on est dans la crainte.

Pour comprendre de quoi il s’agit, nous sommes obligés de faire un peu d’histoire : nous sommes au huitième siècle av. J.-C., vers 740 - 730 : la menace de l’Empire Assyrien (capitale : Ninive) pèse sur toute la région... Beaucoup de textes de cette époque reflètent la crainte que faisait peser la menace de l’expansion Assyrienne. Elle est la puissance montante. Elle est l’Ennemi, le Danger public !

À cette époque-là, le peuple de Dieu est divisé en deux royaumes (depuis la mort de Salomon en 933) : deux royaumes minuscules, tout proches l’un de l’autre : ce qui menace l’un menace inévitablement l’autre. Ces deux royaumes qui devraient au moins être frères, à défaut d’être unifiés, mènent des politiques différentes, et parfois même opposées : c’est le cas ici. Ils réagissent de façon diamétralement opposée à la menace de la domination assyrienne. Le royaume du Nord (capitale Samarie) tente de résister, il veut se battre. Le royaume du Sud fait l’inverse : son tout jeune roi Achaz  (à Jérusalem), préfère capituler : à quoi bon se battre pour une cause qui lui semble perdue d’avance ? Ne vaut-il pas mieux prendre les devants, négocier et accepter une fois pour toutes d’être vassal de l’Assyrie ? Pour le faire changer d’avis, ses voisins, les rois de Damas et de Samarie menacent à leur tour de le détrôner et font le siège de Jérusalem. Tout va mal pour lui ! Et il ne sait vraiment plus à quel saint se vouer.

C’est là que le livre d’Isaïe a cette phrase  superbe : « Le cœur d’Achaz et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent »... (Is 7,2). Soyons francs... On le comprend ; pour un jeune homme, la charge est lourde... et à vues humaines, il a raison !... (ou au moins, il a des raisons). Mais le prophète vous répondra : le peuple élu de Dieu a-t-il le droit de raisonner  « à vues humaines » ?

Non, bien sûr ; le peuple avec qui Dieu a fait alliance peut rester assuré en toutes circonstances de sa protection ; seulement il faut garder confiance ; alors Isaïe multiplie les appels à la confiance : « Reste calme,  ne crains pas » (7,4), « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » (7,9). On croit l’entendre dire « homme de peu de foi »...

Espérer Malgré Tout

Et les chapitres  7 à 11 (qui précèdent juste notre chant d’aujourd’hui) ne sont que paroles d’espérance ; on a là des textes que nous connaissons bien : au chapitre 7, ce que nous appelons l’oracle de l’Emmanuel,  « Voici que la jeune femme est enceinte » : c’est la promesse d’un nouveau roi qui restaurera la sécurité à Jérusalem... ou encore au chapitre 9 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière... » (nous l’avons lu la nuit de Noël), et enfin un texte superbe que nous connaissons car il a été repris par le pasteur Martin Luther King dans ce qu’il appelait son « rêve » : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte, le lion comme le bœuf, mangera du fourrage, le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main... Il ne se fera ni mal ni destruction sur ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR comme les eaux recouvrent les mers. » (Is 11,6). Effectivement c’est une vision de rêve ... Mais, dans la foi, on sait que les rêves de Dieu sont des promesses.

Dieu Nous A Libérés D’Égypte, Il Nous Libèrera Encore

Ce qui complique à première vue la lecture de tous ces chapitres, c'est que, manifestement, on y a regroupé des prédications de plusieurs époques ; mais il y a une manière plus positive d'aborder cette complexité : car c'est une formidable leçon de foi qui nous est donnée là ; quelles que soient les circonstances, au long des siècles,  l'homme de foi, et le peuple d'Israël après lui, sait de certitude absolue que le tunnel a toujours une fin et qu'il débouche toujours sur la lumière, simplement parce que Dieu l'a promis. Les expériences historiques se suivent, les langages se superposent, mais la foi reste la même.

Et donc, tout normalement, le prophète qui croit de toutes ses forces à la réalisation des promesses de Dieu termine en disant « Ce jour-là, vous chanterez comme vos pères ont chanté, à leur sortie d’Égypte ».

On se souvient de leur chant sur le bord de la mer des Roseaux : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR, il a été pour moi le salut. C’est lui mon Dieu, je le louerai ; le Dieu de mon père, je l’exalterai » (Ex 15,2). En écho, des siècles plus tard, Isaïe reprend : «Voici le Dieu qui me sauve ; j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR ; il est pour moi le salut. »

Mais bien sûr, quand on fait sien un chant du passé, on le lit avec ce qu’on est : et, par exemple, l’expérience spirituelle d’Isaïe s’exprime ici : il a toujours été très marqué par la Grandeur de Dieu, par sa sainteté ; vous vous souvenez de l’exclamation des séraphins, lors de sa vocation au temple de Jérusalem « Saint, saint, saint est le SEIGNEUR, le Dieu de l’univers » (Is 6).

Et quand il compose ce chant, je l’imagine face au temple de Jérusalem, le lieu de la Présence de Dieu : la même exclamation lui vient aux lèvres : « Oui, vraiment, Il est grand au milieu de toi, le SAINT d’Israël ».