En ces jours-là — l'expression relie ce récit au drame de 701 av. J.-C., l'invasion de Sennachérib évoquée aux chapitres 36–37. Isaïe 38 appartient à ce que les critiques nomment les « récits d'Isaïe » (chap. 36–39), un appendice narratif largement parallèle à 2 Rois 20, qui sert de charnière entre le « Premier Isaïe » (le prophète du VIIIᵉ siècle) et le « Second Isaïe » (l'annonce de la consolation à partir du chap. 40). Le genre est celui du récit prophétique de guérison royale, mêlé d'un oracle. Point notable : la liturgie restaure ici l'ordre hébraïque en réinsérant les versets 21-22 (le cataplasme de figues et la demande de signe) après le v. 6, corrigeant le déplacement du texte massorétique où ces versets semblent flotter à la fin — signe des remaniements rédactionnels qu'a subis le passage.
La structure dramatique est d'une grande économie. Un premier oracle tombe, sans appel : « tu vas mourir, tu ne guériras pas » (lo' tiḥyeh). Ézékias « se tourne vers le mur » — geste d'intériorité et de retrait du monde, peut-être aussi orientation vers le Temple — et prie. Sa supplique repose sur un vocabulaire d'alliance : il a marché be'emet (« dans la vérité/loyauté ») et beleb shalem (« d'un cœur intègre, sans partage »). Ce n'est pas l'orgueil de l'homme qui se croit juste, mais le langage covenantiel de la fidélité (ḥesed) qui appelle en retour la fidélité de Dieu. Puis vient le retournement : « J'ai entendu ta prière, j'ai vu tes larmes. » Le Dieu qui avait scellé la mort révèle qu'il écoute — l'oracle premier était moins une sentence irrévocable qu'un appel à la conversion et à la prière.
Les Pères ont médité ce renversement comme une leçon sur l'efficacité des larmes et sur le mystère de la prescience divine. Jean Chrysostome, dans son traité Sur la pénitence et ses homélies, fait d'Ézékias le paradigme du pénitent : ses larmes, dit-il, ont « défait la sentence déjà prononcée », montrant que Dieu annonce parfois le châtiment précisément pour qu'on l'évite par la conversion — l'annonce est médecine, non condamnation. Jérôme, dans son Commentaire sur Isaïe, souligne que Dieu ne « change » pas mais avait de toute éternité lié la guérison à la prière : le décret conditionnel révèle la pédagogie divine plutôt qu'une mutation de la volonté de Dieu. Cette lecture répond au débat théologique classique : comment concilier l'oracle « tu vas mourir » avec l'ajout des quinze années sans introduire de contradiction en Dieu.
Le remède — un « gâteau de figues » (develah) appliqué sur l'ulcère — a intrigué les commentateurs. Faut-il y voir un moyen naturel (les figues avaient un usage médicinal attesté) ou un pur signe sacramentel ? La tension est ancienne et féconde : Dieu guérit, mais par la médiation d'un geste et d'une matière. Beaucoup de Pères y ont lu une préfiguration du régime sacramentel chrétien, où la grâce passe par des signes sensibles. Le détail intéresse aussi le débat exégétique moderne sur la coexistence, dans le monde biblique, de la confiance en YHWH-guérisseur (Ex 15, 26) et du recours aux moyens thérapeutiques — sans opposition, la médecine étant elle-même don du Créateur (cf. Si 38, 1-8).
Le signe cosmique parachève le récit : l'ombre recule de dix degrés sur le « cadran d'Acaz » (ma'alot Aḥaz, littéralement les « degrés/marches » d'Achaz, sans doute un escalier faisant office de gnomon). Le recul de l'ombre inverse le cours normal du temps : la mort qui « descendait » sur Ézékias, comme l'ombre, est renvoyée en arrière. La question du roi — « À quel signe reconnaîtrai-je que je pourrai monter à la maison du Seigneur ? » — révèle que l'enjeu profond n'est pas la survie biologique mais le retour à la liturgie, la reprise de la louange au Temple, comme le développera le Cantique d'Ézékias qui suit (38, 9-20) : « Les vivants, les vivants te célèbrent. » Ambroise, dans son De bono mortis et ses écrits sur les Psaumes, médite ce lien entre le prolongement de la vie et sa finalité : vivre pour louer.
L'intertextualité irrigue tout le passage. Le titre « Dieu de David ton ancêtre » et la promesse de délivrance de la ville rattachent la guérison individuelle du roi au destin de la dynastie davidique et de Sion — la santé d'Ézékias devient signe de la protection messianique de Jérusalem. Le motif du soleil arrêté ou inversé fait écho à Josué 10 (le soleil immobilisé à Gabaon) et inscrit Ézékias dans la lignée des grands intercesseurs. Les Pères, tel Grégoire de Nysse méditant sur la maîtrise divine du temps, y ont vu une figure : celui qui commande au soleil est le Maître des temps, et le recul de l'ombre annonce déjà que la mort n'a pas le dernier mot. Typologiquement, la tradition chrétienne a rapproché ces « quinze années ajoutées » et cette victoire sur la sentence mortelle de la Résurrection, où le temps de la mort est définitivement retourné.
Théologiquement, ce récit tient ensemble deux affirmations que la raison peine à unir : la souveraineté absolue de Dieu sur la vie et la mort, et la réalité efficace de la prière humaine. Dieu n'est pas contraint par la supplique d'Ézékias, mais il a librement voulu inscrire cette prière dans son dessein — l'homme est fait partenaire, non spectateur, de sa propre destinée. Le texte enseigne aussi une juste théologie de la maladie et de la mort : Ézékias ne cherche pas un stoïcisme désincarné mais pleure, supplie, désire vivre — et ce désir est agréé. Enfin, en liant la guérison au « monter à la maison du Seigneur », il oriente toute existence prolongée vers sa fin dernière, la louange : la vie sauvée n'est pas une possession mais un temps rendu pour bénir Celui qui l'a donnée.