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Isaïe 25, 6-9
AELF · Bible liturgique

6 Yahvé Sabaot prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes moelleuses, de vins dépouillés.
7 Il a détruit sur cette montagne le voile qui voilait tous les peuples et le tissu tendu sur toutes les nations;
8 il a fait disparaître la mort à jamais. Le Seigneur Yahvé a essuyé les pleurs sur tous les visages, il ôtera l'opprobre de son peuple sur toute la terre, car Yahvé a parlé.
9 Et on dira, en ce jour-là : Voyez, c'est notre Dieu, en lui nous espérions pour qu'il nous sauve; c'est Yahvé, nous espérions en lui. Exultons, réjouissons-nous du salut qu'il nous a donné.

Isaïe 25, 6-9
Commentaire

DU LIVRE D'ISAÏE

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l'époque de la très grande expansion de l'empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d'Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d'Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d'oracles. Après une collection d'oracles divers qu servent d'introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d'oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux "mémoires " du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d'oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d'oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d'une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d'une réinterprétation d'oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d'Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n'empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d'origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.


Cette page appartient à la partie du Livre du 1er Prophète Isaïe (Isaïe, 1 - 39), que I'on appelle l'Apocalypse d'lsaïe (24, 1 - 27, 13).

Cette "Apocalypse" traite de la "fin du monde", et les thèmes principaux en sont : le châtiment des puissances cosmiques vaincues par Dieu, la fin de la mort et la perspective d'une vie au-delà. Autant de raisons pour constater que cette partie a été écrite après le retour d'exil de Babylone, soit au moins près de 4 siècles après le temps du 1er Isaïe, même si ce texte tardif a été par la suite inséré dans son Livre, et bien situé par rapport à ce qui le précède.

Cet ensemble des chapitres 24 - 27 se divise en 3 volets : - la destruction finale de la terre (24, 1 - 20), - le triomphe total de Yahvé-Dieu exprimé de différentes manières (24, 21 - 27, 1), - un appendice sur la restauration, à plus court terme, d'Israël (appelé la "Vigne du Seigneur") et de Jacob (27, 2 - 13).

Notre page se trouve dans la grande évocation du triomphe de Yahvé-Dieu : après avoir vaincu les puissances cosmiques (24, 21 - 22), Yahvé-Dieu règnera sur le monde depuis Jérusalem et le mont Sion (24, 22 - 23).

Cette prise de possession de son Règne sera suivie d'un banquet divin sur le Mont Sion pour toutes les nations pour célébrer la victoire de Dieu sur la mort (25, 6 - 10a : notre page de ce jour).

Cependant, l'annonce de ce banquet est précédée d'un cantique d'action de grâces, célébrant Yahvé, le sauveur et le refuge des pauvres (25, 1 - 5).

2. Message

Le banquet ici présenté célèbre donc l'avènement de Dieu à Jérusalem, comme Roi universel.

Après la description détaillée des mets du festin offert, pour en manifester la richesse dûe à la grande qualité des différents plats et boissons, l'auteur passe de cette image du "repas de fête" à une autre image, celle de la "vie triomphante", vie définitive et sans ombres, et sans laquelle la convivialité présentée perdrait une grande partie de son sens et de sa joie.

Dieu va donc supprimer toute la misère humaine (que traduit l'image du "voile de deuil" qui "couvre" toutes les nations) qui va être détruite, anéantie, engloutie. Ce qui ne peut se faire qu'en détruisant la mort elle-même, en tant que réalité de l'existence humaine.

Cette abolition de la mort marque ainsi la fin de toute souffrance et de toutes larmes : de ce fait, rien ne s'oppose plus à ce que la convivialité du Banquet divin de la fin des temps, la vie qui détruit la mort, et le bonheur qui met fin à toute épreuve, s'identifient ensemble au Salut de Dieu, qui est communication de Dieu lui-même et de sa présence.

Et c'est bien ce que chante l'hymne des 2 derniers versets de notre page (25, 9 - 10a), louange à la puissance de Dieu.

3. Decouvertes

Sur la destruction de la mort pour toujours, voir la reprise qu'en donne Paul en 1 Corinthiens, 15, 54. Voir également Apocalypse, 21, 4.

4. Prolongement

L'image du banquet de la fin des temps a été reprise par Jésus à plusieurs reprises, soit comme affirmation directe (Matthieu, 8, 11; Luc, 13, 29), soit dans des paraboles, telle celle des invités aux noces royales (Matthieu, 22, 2 - 14; Luc, 14, 15 - 24).

Il n'existe pas de fête, entre les hommes et les femmes que nous sommes, qui ne se traduise en une grande convivialité de table, un festin ou un banquet. Nous ne pouvons donc pas, en tant que membres de l'humanité, imaginer le bonheur du Règne de Dieu sans cette dimension ou au moins cette image.

Jésus est pleinement entré dans cette manifestation humaine de la rencontre conviviale, non seulement en paroles ou évocations prophétiques, mais également :

  • dans son comportement fréquent, sinon quasi quotidien, de partage de la table des Pharisiens comme des publicains, selon ce dont témoigne largement l'Evangile de Luc, en particulier (Luc, 14, 1 et 15, 2),
  • dans certains gestes très significatifs et prophétiques, tels que sa multiplication des pains (Luc, 9, 10 - 17),
  • et, surtout, au terme de tous ces comportements, dans le geste de son dernier repas, qu'il a laissé aux siens pour qu'ils puissent faire "mémoire" de son engagement jusqu'au bout dans"I'Heure" de sa mort-résurrection.

Telle est notre Eucharistie, geste du "toast" (en forme de bénédiction-partage du pain et de la coupe), porté, dans la puissance de l'Esprit Saint, en "mémorial de Jésus mort et ressuscité" (1 Cor., 11, 23 - 26, et surtout 26), dans le cadre d'une assemblée conviviale où l'on relit les souvenirs de Jésus que nous ont transmis ses premiers disciples, en célébrant et en rendant grâces, par des hymnes et des cantiques, pour les merveilles du salut de Dieu ainsi accompli et transmis.

Prière

*Seigneur Jésus, puisqu'au terme de ton parcours terrestre, au moment de "remettre l'esprit", tu as déclaré, comme dernière parole prononcée sur ta croix, que "tout était accompli", puisque tu es ressuscité des morts, et nous as fait don de ton Esprit, qui nous permet de vivre notre existence humaine en reproduisant tes paroles et comportements d'homme soumis en tout à la volonté du Père, tu as inauguré la convivialité des "fils" du Père rassemblés en ton Nom et en ta présence, chaque fois que nous nous retrouvons entre frères et soeurs pour nous replonger dans la source de ta Parole transmise, et de ton OUI au Père et à tes frères, que tu nous communiques et nous partages sans cesse de nouveau : donne-moi de vraiment me ressourcer en profondeur chaque fois que je "fais Eglise" en me rencontrant avec mes frères et soeurs qui sont, comme moi, de tes disciples, de façon à t'imiter davantage dans toutes les dimensions de ma vie au quotidien, devant le Père et toute la portion d'humanité dont je suis proche. AMEN.

03.12.2003.*