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Isaïe 50, 4-9
AELF · Bible liturgique

4 Le Seigneur Yahvé m'a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l'épuisé une parole de réconfort. Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j'écoute comme un disciple.
5 Le Seigneur Yahvé m'a ouvert l'oreille, et moi je n'ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé.
6 J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.
7 Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.
8 Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble! Qui est mon adversaire ? Qu'il s'approche de moi!
9 Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ?

Isaïe 50, 4-9
Commentaire

DU LIVRE D'ISAÏE

Commentaire

1. Situation

Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d'Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l'exil Babylonien, d'un prophète anonyme, connu sous le nom du "2ème Prophète Isaïe", du fait qu'il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l'oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.

Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu'on appelle le "3ème Prophète Isaïe" (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d'exil, en Palestine, l'oeuvre du "2ème Isaïe" aurait été, par la suite, jointe à celle du "1er Isaïe" (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d'Isaïe (Isaïe, 1 - 66).

Ce Livre , qu'on attribue ainsi au "2ème Prophète Isaïe" est aussi connu sous le nom de "Livre de la consolation d' Israël". Il s'ouvre par l'appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l'accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.

Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d'Isaïe, tiennent, d'abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu'un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, dans l'hyopothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d'une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu..

Quoi qu'il en soit du sort de l'hypothèse évoquée ci-dessus, dans ces chapitres attribués ainsi au 2ème Prophète Isaïe, se trouvent ce qu'on appelle les quatre chants du Serviteur de Yahvé, aux chapitres 42, 49, 50 et 53.


Le Serviteur de Yahvé nous a d'abord été présenté comme le Prophète patient et attentif qui fait progresser tout ce qui va selon le projet de Dieu et de son Alliance avec Israël, Alliance ouverte à toutes les nations de la terre (poème 1, Isaïe, 42, 1 - 7).

Ensuite, après nous avoir raconté sa vocation de proximté avec Dieu, qui l'a mis à part pour relever Israël et illuminer toutes les nations (poème 2, Isaïe, 49, 1 - 6), le Serviteur de Dieu nous partage, en ce 3ème Chant ou poème son expérience de fidélité et de confiance totale au Seigneur face à la persécution.

2. Message

Dans ce 3ème Chant le concernant, le Serviteur de Yahvé, en dépit de la violente opposition qu'il rencontre, sait que Dieu va venir à son aide et lui donner raison face à ses adversaires.

Il est donc décidé à accomplir résolument la mission qu'il a reçue de Dieu, quoi qu'il puisse lui en coûter. Il est, en effet, convaincu que sa mission réussira avec la présence, à ses côtés, de Dieu qui lui donne sa force.

La honte qu'il a subie dans les tourments n'est pas le signe d'une condamnation que Dieu aurait prononcée contre lui, comme on pourrait le croire chez les hommes. Au contraire, Dieu est "avec lui", et ce sont ses adversaires qui connaîtront la défaite.

3. Decouvertes

Il ne nous est pas expliqué comment ce retournement de situation en faveur du Serviteur persécuté se réalisera, ni sous quelle forme. C'est dans le 4ème poème (Isaïe, 52, 13 - 53, 12), que sa victoire mystérieuse et inattendue sera proclamée.

Dans ce 3ème poème, nous découvrons de nombreux points de ressemblance avec, d'abord, les "Confessions" de Jérémie (Jérémie, 20, 7 - 13), puis avec les protestations d'innocence que profère Job aux chapitres 30 et suivants de son Livre, et, enfin, avec tous les psaumes dans lesquels une personne en détresse en appelle à l'aide de Dieu, comme, par exemple, dans le psaume 22.

A noter les traits dominants du Serviteur dans ce texte : en premier lieu, il est docile à la Parole de Dieu qu'il écoute sans cesse pour se laisser façonner par elle. ensuite, cette écoute de la Parole lui permet de tenir bon dans l'adversité, et le rend fort dans les persécutions. Il sait qu'il peut compter sur le Seigneur, qui reste son secours. En dernier lieu, cette conviction, née de l'écoute, lui donne l'audace de lancer un défi à ses adversaires dans la certitude que le Seigneur est bien son défenseur.

4. Prolongement

Jésus, en sa passion, aurait pu reprendre et s'appliquer ce poème. Au moment où il meurt en croix, les Evangélistes mettent sur ses lèvres un verset de trois psaumes, donc différent chez les uns et les autres.

Il s'agit soit du verset 2 du psaume 22 ("Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" : Marc, 15, 34, et texte parallèle en Matthieu), soit du verset 6 du psaume 31 ("Entre tes mains je remets mon esprit" : Luc, 23, 46), soit, enfin, la parole du verset 22 du psaume 69, ou du verset 16 du psaume 22 ("j'ai soif" : Jean, 19, 28), dans laquelle certains reconnaissent le verset 1 du psaume 63 ("O Dieu, mon Dieu, c'est toi que je recherche, mon âme a soif de toi").

Il est remarquable que plus loin, dans chacun de ces trois psaumes, dont on peut penser que la brève citation qu'en font nos Evangélistes renvoie à l'ensemble du psaume évoqué alors comme "prière" de Jésus en sa dernière heure, se trouve toujours annoncée par le psalmiste cette conviction que Dieu est son Dieu, et qu'il peut compter sur lui avec une confiance totale dans les pires épreuves.

Nous pouvons relire également le témoignage de Paul au terme de sa vie, tel qu'il est présenté par un de ses disciples en 2 Timothée, 4, 16 - 18. Nous y retrouverons la même attitude du Serviteur, reprise et accomplie par Jésus.

Comme Paul, et toujours avec Jésus, en toute situation, nous pouvons compter absolument sur Dieu, et nous remettre à lui, qui seul donne son véritable sens à notre "destin" humain. N'est-ce pas également le sens de la prière que Jésus nous a laissée, le "Notre Père" ?

Prière

*Seigneur Jésus, c'est sous la figure du Serviteur humilié et persécuté jusqu'à en mourir dans un supplice réservé aux esclaves et aux sédicieux, ou celle de l'agneau immolé, ou encore celle de la brebis muette que l'on conduit à l'abattoir, que l'on a traduit ce que tu as vécu comme ton engagement total dans la fidélité à la mission que Dieu t'avait confiée, et pour l'achèvement de laquelle tu n'as pas hésité à prendre tous les risques, y compris celui de ta vie : au moment où, à partir de ces images symboliques, je contemple ton attitude de patience, de miséricorde, et de vérité qui, à la fois, interpelle et sauve tous ceux qui ont tramé et réalisé ta perte, donne-moi la capacité de rencontrer Dieu qui se révèle en toi comme Celui qui est "avec moi" dans toutes situations que je traverse, et me rend capable de témoigner de la faveur et de la grâce du salut qu'il propose à tout homme et à toute femme de notre monde. AMEN.

16.04.2003.*