Jour 192 ☼ — Louange, transmission et espérance
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Résumé : Cet épisode achève le livre de Tobie avec ses deux chapitres finaux en guise d'épilogue. Le frère Paul-Adrien donne d'abord la structure du grand cantique du chapitre 13 — appel à la louange, doctrine de la rétribution, espérance de la restauration de Jérusalem — puis lit les recommandations testamentaires de Tobie à son fils, qui annoncent la ruine de Ninive et le retour d'exil. Le commentaire éclaire l'arrivée des Mèdes aux côtés des Babyloniens, puis s'attarde sur Tobie comme modèle d'éducation : la foi se transmet d'abord à la maison, par la table ouverte aux pauvres, les prières en famille et la mémoire d'Israël. Un homme droit, imparfait et sans grande douceur, mais à partir duquel Dieu peut refonder des civilisations.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous terminons aujourd'hui le livre de Tobie avec ses deux chapitres finaux, en guise d'épilogue. Il y aura d'abord une longue prière, et ensuite il sera temps de préparer la suite.
Alors, avant la lecture, je me permets simplement de vous donner la structure de la prière, sinon ça fait un long chapitre. Structure classique de la littérature sapientielle : on commence par un appel à la louange, et entremêlé dans cet appel à la louange, le rappel de la doctrine de la rétribution. Si tu commets le mal, Dieu te punira ; si tu commets le bien, Dieu te récompensera.
On a vu avec Job que cette doctrine de la rétribution avait ses limites. N'empêche que d'un point de vue global, au niveau d'une communauté, d'un point de vue politique j'allais dire, elle reste vraie. C'est au niveau individuel que cette doctrine est insuffisante, parce qu'il y a des exceptions, il y en a de nombreuses, et elles sont très douloureuses. Mais Tobie ici, et plus que Tobie, ce n'est pas simplement un individu : il représente le Juif exilé, il est l'idéal d'une communauté. Et donc à travers lui, à travers l'appel à la louange, à travers la doctrine de la rétribution, c'est une espérance qui va se faire jour tout au long de cette prière : la restauration de Jérusalem.
Bon, maintenant que vous avez le fil rouge de cette prière, on peut y aller. Tobie, chapitre 13 et chapitre 14.
Lecture : Tobie 13-14
Tobie dit alors — cantique de Tobie :
« Béni soit Dieu, le vivant à jamais ! Béni soit son règne ! C'est lui qui châtie et prend pitié, qui fait descendre aux profondeurs des enfers et retire de la grande perdition. Nul n'échappe à sa main.
Rendez-lui grâce, fils d'Israël, à la face des nations où lui-même vous a dispersés. Là, il vous a montré sa grandeur. Exaltez-le à la face des vivants, car il est notre Seigneur, lui notre Dieu, notre Père. Il est Dieu pour les siècles des siècles.
Il vous frappera pour vos péchés, mais il vous prendra tous en pitié. Il vous rassemblera de toutes les nations où vous avez été disséminés. Si vous revenez vers lui de cœur et d'âme pour vivre dans la vérité devant lui, alors il reviendra vers vous et jamais plus ne cachera sa face.
Regardez ce qu'il a fait pour vous. Rendez-lui grâce à pleine voix. Bénissez le Seigneur de justice. Exaltez le roi. »
Et moi, en terre d'exil, je lui rends grâce. Je montrerai sa grandeur et sa force au peuple des pécheurs. Revenez, pécheurs, et vivez devant lui dans la justice. Qui sait s'il ne vous rendra pas son amour et sa grâce ?
J'exalterai mon Dieu, le roi du ciel. Mon âme se réjouit de sa grandeur. Que tous lui rendent grâce à Jérusalem et qu'ils disent : « Jérusalem, ville sainte, Dieu va te frapper pour les œuvres de tes fils. Mais de nouveau il aura pitié des fils des justes.
Rends toute grâce au Seigneur et bénis le roi des siècles. Qu'il relève en toi le sanctuaire. Qu'il réjouisse en toi les exilés. Qu'il aime en toi les malheureux pour les siècles sans fin.
Une lumière brillante brillera jusqu'aux limites de la terre. De loin viendront des peuples nombreux vers ton nom qui est saint, les mains chargées de leurs offrandes pour le roi du ciel. Les générations des générations t'empliront d'allégresse et le nom de l'élue restera pour les siècles.
Maudits soient tous ceux qui te menaceront. Maudits soient tous ceux qui te détruiront ou raseront tes remparts, tous ceux qui abattront tes tours et mettront le feu à tes maisons. Mais bénis soient tous ceux qui te respecteront à jamais.
Réjouis-toi, exulte à cause des fils des justes. Tous rassemblés, ils béniront le Seigneur éternel. Heureux ceux qui t'aiment, ils se réjouiront de ta paix. Heureux tous ceux qui s'affligent sur toi à cause de toutes tes épreuves. En toi ils se réjouiront, ils prendront part à ta joie pour toujours.
Mon âme, bénis le Seigneur, le grand roi. Il bâtira dans Jérusalem sa maison pour les siècles. Heureux serai-je s'il reste quelqu'un de ma descendance pour contempler ta gloire et célébrer le roi du ciel.
Les portes de Jérusalem seront d'émeraudes et de saphirs, et ses murs de pierres précieuses. Les tours de Jérusalem seront en or et leurs créneaux en or pur. Ses rues pavées de rubis et de pierres d'Ophir. Ses portes retentiront de chants de joie et ses demeures diront : Alléluia ! Béni soit le Dieu d'Israël. Que les bénis de Dieu bénissent le nom très saint pour les siècles des siècles, à jamais. »
C'est ainsi que Tobie acheva son cantique d'action de grâce. Tobie mourut dans la paix à l'âge de cent douze ans. Il fut enterré dignement à Ninive. Il avait soixante-deux ans quand il perdit l'usage de ses yeux. Après avoir recouvré la vue, il vécut dans l'abondance et fit des aumônes. Il continua de bénir Dieu et de célébrer la grandeur divine.
Au moment de mourir, il appela son fils Tobie et lui dit ses recommandations : « Mon enfant, emmène tes enfants bien vite en Médie, car je crois à cette parole de Dieu que le prophète Nahum a prophétisée contre Ninive. Tout doit arriver. Tout se produira contre Assour et Ninive, comme l'ont annoncé les prophètes d'Israël que Dieu a envoyés. Tout se produira, et rien ne sera retranché de toutes leurs paroles. Toutes choses arriveront en leur temps. Il y aura alors plus de sécurité en Médie qu'en Assour et en Babylonie. Car je sais bien, moi, et je crois que s'accomplira tout ce que Dieu a dit. Tout doit arriver. Aucune de ses paroles ne sera effacée.
Nos frères qui habitent sur la terre d'Israël seront tous disséminés et emmenés en exil loin de ce bon pays. Tout le pays d'Israël deviendra un désert. Samarie et Jérusalem seront un désert, et la maison de Dieu sera livrée à la désolation et à l'incendie, jusqu'au temps fixé.
Mais Dieu les prendra de nouveau en pitié. Il les ramènera au pays d'Israël et ils rebâtiront sa maison, non pas dans l'état de jadis, mais en attendant que sa maison soit réunie. Ils reviendront alors tous de leur captivité. Ils reconstruiront Jérusalem magnifiquement et la maison de Dieu y sera rebâtie, comme l'ont annoncé les prophètes d'Israël.
Toutes les nations de la terre entière, toutes se convertiront et craindront Dieu en vérité. Tous abandonneront les idoles qui les trompaient et les menaient à l'erreur, et dans la justice ils béniront le Dieu des cieux. Tous les fils d'Israël seront sauvés en ce jour-là. Pour s'être souvenus de Dieu en vérité, ils se rassembleront. Ils viendront à Jérusalem et habiteront pour toujours en sécurité dans la terre d'Abraham, qui leur sera donnée. Ceux qui aiment Dieu en vérité se réjouiront. Ceux qui commettent le péché et l'injustice disparaîtront de toute la terre.
Et maintenant, mes enfants, je vous donne ce commandement : servez Dieu en vérité, faites ce qui lui plaît. Ordonnez à vos enfants de pratiquer la justice et l'aumône, afin qu'ils se souviennent de Dieu et qu'en tout temps ils bénissent son nom en vérité, de toute leur force.
Quant à toi, mon enfant, quitte Ninive, ne reste pas ici. Dès que tu auras enterré ta mère auprès de moi, ne reste pas un jour de plus. Ne reste plus dans cette contrée, car je le vois, il y a ici beaucoup d'injustice, et les impostures se multiplient sans que personne n'en ait honte.
Mon enfant, considère comment Nadab a traité Ahikar, qui l'avait élevé. N'a-t-il pas voulu le précipiter en terre, tout vivant ? Mais Dieu lui a jeté son infamie au visage. Ahikar est ressorti à la lumière, tandis que Nadab s'enfonçait dans les ténèbres éternelles, pour avoir tenté de tuer Ahikar. À cause de ses aumônes, Ahikar a échappé au piège mortel que Nadab lui avait tendu. Nadab y tomba lui-même et y trouva la mort. Ainsi donc, mes enfants, voyez ce que produit l'aumône, voyez aussi ce que produit l'injustice : elle conduit à la mort. Mais voici que le souffle m'abandonne. »
On déposa alors Tobie sur un lit. Il mourut, et on l'enterra dignement. À la mort de sa mère, Tobie l'enterra près de son père. Puis il partit pour la Médie avec sa femme et s'établit à Ecbatane, chez son beau-père Ragouël. Il prit grand soin de ses beaux-parents dans leur vieillesse, et il les enterra à Ecbatane de Médie. Il hérita alors du patrimoine de son beau-père, comme de celui de Tobie son père. Il mourut, respecté de tous, à l'âge de cent dix-sept ans. Avant de mourir, il apprit la ruine de Ninive et il vit ses habitants arriver en Médie, déportés par Cyaxare, roi de Médie. Tobie bénit Dieu pour tout ce qu'il avait fait aux gens de Ninive et d'Assour. Avant sa mort, il se réjouit du sort de Ninive, et il bénit le Seigneur Dieu pour les siècles des siècles.
Commentaire
Tobie, au soir de sa vie, qui devient quasi prophète, qui prédit la ruine de l'Assyrie, avec ces nouveaux venus que l'on n'avait peut-être pas vus venir : l'Empire mède. Alors, petite parenthèse historique : jusqu'à présent je vous avais surtout parlé de l'Empire babylonien qui va détruire l'Empire assyrien. C'était vrai, mais ils l'ont fait en coalition avec les Mèdes. Fin de la parenthèse.
N'empêche qu'il y a encore autre chose qui m'intéresse derrière le personnage de Tobie père. Comment est-ce qu'il est un modèle d'éducation, pour parvenir à transmettre sa foi à son fils alors qu'il vit dans un pays païen ? C'est quelque chose qui peut nous intéresser, parce que quand on voit les difficultés de transmettre sa foi à l'intérieur de nos propres familles, il y a certainement là, dans ce livre, de quoi s'inspirer pour notre pédagogie moderne. Allez demander aux pères et aux mères comment ils font pour transmettre la foi à leurs enfants : ce n'est jamais gagné, cette affaire.
Eh bien, le livre de Tobie vous donne quelques règles de bon sens. Première règle : la religion, ça se pratique d'abord à la maison, pas à l'église. Tobie qui invite à sa table les pauvres le jour de la Pentecôte — quel plus bel enseignement voulez-vous donner à vos enfants que celui-là ? Après, vous pouvez rajouter les bénédicités, la transmission historique et culturelle du passé d'Israël, les prières en famille, le soin de la communauté. C'est tout ça qui permet à Tobie de transmettre sa foi à son fils.
Avec tous ses défauts — il n'est pas parfait, je ne suis pas sûr que je le trouve extrêmement sympathique, il a l'air d'avoir un sacré caractère. Ce n'est pas dit qu'on ait beaucoup rigolé dans la famille de Tobie ; il n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'humour, ni beaucoup de souplesse ; il y a un peu de dureté entre l'homme et la femme. Eh bien pourtant, sur ses préoccupations familiales, c'est probablement le livre de la Bible qui s'avère le plus proche de nous et de nos préoccupations modernes. Il lui manque simplement encore cette douceur qu'apportera plus tard l'Évangile. Mais on n'est pas pressé, on y va pas à pas.
N'empêche que — je reprends le personnage de Tobie — il y a une intégrité à travers toutes ses œuvres de miséricorde. C'est l'ancêtre du carême, ce n'est pas rien. C'est un homme droit, c'est un homme juste, et c'est à partir d'hommes comme ça que Dieu est capable de fonder ou de refonder les civilisations. À bon entendeur, salut !
En attendant, c'était la fin du livre de Tobie. Que nous réserve la suite ?
Proverbes 10,11-15
La bouche du juste est source de vie, la bouche du méchant dissimule sa violence.
La haine suscite des querelles, l'amour couvre toutes les offenses.
Sur les lèvres intelligentes se trouve la sagesse, et le bâton sur le dos de l'écervelé.
Les sages gardent leur savoir comme un trésor, mais la bouche du sot, c'est le désastre imminent.
La fortune du riche est sa citadelle, la misère, la terreur des faibles.
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