Jour 191 ☾ — Isaïe : Emmanuel face aux choix du roi
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Résumé : Le frère Paul-Adrien met le prophète Isaïe à l'œuvre dans l'histoire : face à la coalition israélo-syrienne qui veut déposer le roi Achaz, Isaïe annonce la célèbre prophétie de l'Emmanuel, « la Vierge est enceinte ». Le commentaire replace cette promesse dans son contexte terrible : Achaz est un roi idolâtre qui avait sacrifié son propre fils par le feu, et qui refuse le signe que Dieu lui offre. Préférant la voie diplomatique — l'alliance avec l'Assyrie — il choisit le pire et livre le pays à la dévastation. La prière finale demande la grâce de ne pas écarter les solutions que Dieu inspire et de croire aux miracles dans les impasses humaines.
Introduction
Nous avions eu la vocation d'Isaïe. Il est temps maintenant de voir le prophète à l'œuvre. Et vous voyez maintenant la structure qui se dégage. On commence par le message général, puis ensuite on prépare la figure du prophète, chapitre 5, le prophète arrive, chapitre 6, et maintenant on le met à l'œuvre, chapitre 7. Donc cette fois-ci, une prophétie historique. On va enfin voir le prophète à l'œuvre.
Mise en contexte. Alors, pour bien qu'on comprenne, je redonne un ou deux éléments pour le remettre dans l'histoire. On l'avait déjà vu, deuxième livre des Rois. Nous sommes avec le roi Achaz. Achaz, qui n'est pas un gentil. Achaz, il fait partie des mauvais, voire des très mauvais rois. Il est roi à Jérusalem, et contre lui, Israël au nord s'est allié avec la Syrie, qui sera sous le nom de Recine dans le texte. Et la coalition israélo-syrienne, en fait, essayait de s'opposer à l'Assyrie, qui est en train de devenir la puissance montante. Et pour forcer Jérusalem à rejoindre l'armée syrienne et à rejoindre l'armée israélienne contre l'Assyrie, ils avaient voulu faire une guerre préventive, enlever Achaz du trône et le remplacer par un roi qui serait à la botte des Israélites et des Syriens.
Oui, mais ça, c'était sans compter Isaïe. Isaïe lui dit de résister à Israël et à la Syrie, et qu'il ne faut pas avoir peur de l'Assyrie. On trouvera d'autres solutions.
Alors, vous ferez juste attention aux noms. On vous parlera d'Éphraïm, ça c'est Israël. On vous parlera de Recine, ça c'est le roi, le roi des Syriens. Les Syriens ici sont appelés les Araméens. Enfin, voilà, c'est la même chose. Vous ferez attention d'ailleurs, parce que la prophétie que va donner Isaïe est une des plus célèbres de la Bible en entier. Maintenant, tout le monde a les oreilles bien ouvertes. Vous êtes prêts pour la lecture, Isaïe 7 et 8.
Lecture : Isaïe 7-8
Au temps d'Achaz, fils de Jotham, fils d'Osias, roi de Juda, Recine, roi d'Aram, et Péqah, fils de Remalyahou, roi d'Israël, montèrent contre Jérusalem pour l'attaquer, mais ils ne purent lui donner l'assaut.
On informa la maison de David que les Araméens avaient pris position en Éphraïm. Alors le cœur du roi et le cœur de son peuple furent secoués comme les arbres de la forêt sont secoués par le vent.
Le Seigneur dit alors à Isaïe : « Avec ton fils Shéar-Yashoub — c'est-à-dire : un reste reviendra — va trouver Achaz, au bord du canal du réservoir supérieur, sur la route du Champ-du-Foulon. Tu lui diras : garde ton calme, ne crains pas, ne va pas perdre cœur devant ces deux bouts de tisons fumants, à cause de la colère brûlante du roi d'Aram et du roi d'Israël. Oui, Aram a décidé ta perte, en accord avec Éphraïm et son roi. Ils se sont dit : marchons contre le royaume de Juda pour l'intimider, et nous le forcerons à se rendre, alors nous lui imposerons comme roi le fils de Tabéel.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Cela ne durera pas, ne sera pas. Que la capitale d'Aram soit Damas, et Recine le chef de Damas, que la capitale d'Éphraïm soit Samarie, et le fils de Remalyahou chef de Samarie. Dans soixante-cinq ans, Éphraïm, écrasé, cessera d'être un peuple. Mais vous, si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir. »
Le Seigneur parla encore ainsi au roi Achaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets là-haut. »
Achaz répondit : « Non, je n'en demanderai pas. Je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve. »
Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David, il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes, il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu. C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils qu'elle appellera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. De crème et de miel il se nourrira, jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. Et avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l'abandon.
Le Seigneur fera venir sur toi, sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu'il n'en est pas venu depuis la séparation d'Éphraïm et de Juda. »
Il arrivera, en ces jours-là, que le Seigneur sifflera les mouches depuis les embouchures des fleuves d'Égypte et les guêpes du pays d'Assour. Et elles viendront, et toutes se poseront dans le fond des ravins et les fentes des rochers, sur toutes les broussailles et tous les pâturages.
Ce jour-là, le Seigneur rasera avec un rasoir loué au-delà de l'Euphrate — c'est le roi d'Assour. Il rasera de la tête aux pieds, il coupera même la barbe.
Il arrivera, en ces jours-là, que chacun élèvera une vache et deux chèvres. Il y aura tant de lait qu'on en mangera la crème. Tous ceux qui resteront au cœur du pays se nourriront de crème et de miel.
Il arrivera, en ces jours-là, que tout lieu planté de mille vignes et valant mille pièces d'argent ne sera que des épines et des ronces. On y viendra avec un arc et des flèches, sur tout le pays il n'y aura plus que des épines et des ronces. Sur tous les coteaux bêchés et sarclés, on ne viendra plus par crainte des épines et des ronces. Et on lâchera sur eux le gros bétail, et les moutons viendront les piétiner.
Et le Seigneur me dit : « Prends une grande tablette, écris dessus avec un simple stylet : "Maher-Shalal-Hash-Baz", c'est-à-dire : cours au butin, vite au pillage. » Je choisis des témoins dignes de foi : le prêtre Ourias et Zacharie, fils de Bérékya.
Alors j'approchai la prophétesse, ma femme, et elle devint enceinte et enfanta un fils. Le Seigneur me dit : « Appelle-le Maher-Shalal-Hash-Baz, car avant que l'enfant ne sache dire papa et maman, on aura porté chez le roi d'Assour les richesses de Damas et le butin de Samarie. »
Le Seigneur me parla encore une fois. Il me dit : « Puisque ce peuple a dédaigné les eaux de Siloé qui s'écoulent paisiblement, puisqu'il perd courage devant Recine et le fils de Remalyahou, eh bien voici que le Seigneur va faire monter contre eux les eaux puissantes et abondantes de l'Euphrate — c'est le roi d'Assour et toute sa gloire. Partout le fleuve sortira de son lit, il franchira toutes ses digues, il forcera l'entrée de Juda, il l'inondera, le submergera, montera jusqu'à son cou. Ses ailes déployées couvriront l'étendue de ton pays, ô Emmanuel — c'est-à-dire Dieu avec nous.
Peuples, poussez le cri de guerre : vous tomberez. Écoutez bien, tous les pays lointains. Armez-vous : vous tomberez. Armez-vous : vous tomberez. Dressez vos plans : ils s'effondreront. Dites une parole : elle ne tiendra pas, car Dieu est avec nous. »
Ainsi m'a parlé le Seigneur lorsque sa main me saisissait et qu'il m'enjoignait de ne pas suivre le chemin de ce peuple. Il disait : « Ne nommez pas complot tout ce que ce peuple nomme complot. Ce qu'il craint, ne le craignez pas, ne le redoutez pas. C'est le Seigneur de l'univers que vous tiendrez pour saint, c'est lui que vous craindrez, lui que vous redouterez. Et il deviendra un lieu saint, qui sera une pierre d'achoppement, un roc faisant trébucher les deux maisons d'Israël, piège et filet pour l'habitant de Jérusalem. Beaucoup trébucheront, ils tomberont, se briseront, seront pris au piège et capturés. »
Conserve ce témoignage, appose un sceau sur cet enseignement pour mes disciples. J'attends le Seigneur qui cache sa face à la maison de Jacob. J'espère en lui. Moi et les enfants que le Seigneur m'a donnés, nous sommes des signes, des présages pour Israël, de la part du Seigneur de l'univers qui habite le mont Sion.
On vous dira peut-être : « Consultez les devins et les nécromanciens qui chuchotent et marmonnent. Un peuple ne doit-il pas consulter ses dieux, au sujet des vivants consulter aussi ses morts ? » Non ! Revenez à l'enseignement, revenez au témoignage. Malheur à qui ne s'en tient pas à cette parole ! On ne pourra en conjurer la malédiction.
On traversera le pays, accablé, affamé, rendu furieux par la faim. On maudira son roi et son dieu. On se tournera vers le ciel, on regardera vers la terre : il n'y aura que détresse et ténèbres, nuit d'angoisse, obscurité inéluctable, pas la moindre lueur pour celui qui sera dans l'angoisse.
Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali. Mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain et la Galilée des nations.
Commentaire
Ah, vous l'avez entendue, la prophétie du fils promis. Je vous la redonne quand même parce qu'elle est tellement belle :
Voici que la Vierge est enceinte, et elle enfantera un fils qu'elle appellera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous.
La prophétie continue ensuite, et tout le monde a reconnu la prophétie qui annonce Jésus. Alors tout le monde applaudit des deux mains et se dit : quelle chance il a, Achaz ! C'est… Reprenons.
Achaz, je vous ai dit que ce n'était pas un gentil, c'est un méchant. Et on a vu ensemble, donc tout le monde se souvient, le deuxième livre des Rois : on a vu que non seulement il suivait les nations païennes, mais même il pratiquait des sacrifices humains. Et pas n'importe lequel : il avait sacrifié son fils. Deuxième livre des Rois, chapitre 16, comme on l'a lu, tout le monde s'en souvient : « Achaz marcha dans la voie des rois d'Israël » — c'est-à-dire l'idolâtrie — « et même il fit passer son fils par le feu. » Un événement qui est mentionné au début de son règne, dès sa montée sur le trône. Ça veut dire que, comme rite inaugural d'accession au trône, Achaz a sacrifié son fils.
Du coup, la prophétie du fils promis, Emmanuel, ça prend une autre couleur, non ? D'autant plus qu'en fait, Achaz, il n'en veut pas de cette prophétie, il n'en veut pas de cette consolation. C'était ce que vous aviez juste avant : Isaïe qui dit « Écoutez, maison de David, il ne vous suffit pas de fatiguer les hommes, il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu. » C'était Isaïe, bonne poire, qui avait proposé à Achaz, et Achaz lui a dit : non, écoute, t'es gentil, mais l'aide du Dieu d'Israël, moi ça ne m'intéresse pas.
En fait, il avait déjà choisi de résoudre le conflit armé entre Aram — la Syrie —, Israël — Éphraïm — et lui, d'une autre manière : par la voie diplomatique, en s'alliant avec l'Assyrie. Et pour éviter le mal, Achaz a choisi le pire. D'où toutes les prophéties qui arrivent après, que vous avez entendues au chapitre 8 : c'était Isaïe qui parlait de l'Assyrie pour dire que l'Assyrie allait tout dévaster. De fait, c'est ce qui s'est passé, parce que l'Assyrie, comme Juda lui a ouvert les portes, est arrivée et a repoussé tout ce beau monde, mais ensuite l'Assyrie a dévasté tout le pays.
Alors, c'était un peu cryptique, ce dont je voulais parler ; je vous le redonne, mais ça va vous donner la clé :
Puisque ce peuple a dédaigné les eaux de Siloé qui s'écoulent paisiblement — ça, c'est les eaux de Dieu — puisqu'il perd courage devant Recine et le fils de Remalyahou… alors le roi d'Assour sortira de son lit, il franchira toutes les digues, il forcera l'entrée de Juda, il l'inondera, le submergera, montera jusqu'au cou. Peuples, poussez le cri de guerre : vous tomberez.
Et en fait, la Vierge qui enfante, c'est dans ce contexte-là qu'il faut le deviner. Regardez la promesse de l'Emmanuel, Dieu avec nous. Emmanuel, au début, c'était un cri de guerre, c'était ce que disaient les soldats à la guerre en montant au front, en disant : Dieu est avec nous et nous allons gagner. Donc le roi qui est promis, l'enfant à venir, la Vierge qui va enfanter, c'est un sauveur, un chef militaire qui, en suivant la justice, allait donner la victoire militaire. C'était ça, ce que Dieu avait prévu, et c'est ça que Achaz a rejeté.
Nous prions.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-moi de ne pas mettre de côté les solutions que tu m'inspires, de ne pas chercher que des solutions humaines, de ne pas fuir, de ne pas choisir le désastre, de ne pas chercher à me venger de mes ennemis en me réfugiant dans la bêtise. C'est plus compliqué que ça n'en a l'air, ça mérite une prière.
Donne-moi de croire que tu es capable de faire des miracles même quand je suis dans des impasses et que tout est bloqué d'un point de vue humain. Comme cette Vierge qui va enfanter et que personne n'avait vu venir.
Donne-moi de croire que tu es capable de réaliser l'impossible, que tout ce que tu me demandes de faire, Seigneur, c'est d'accomplir la justice, et que là, tu donneras la victoire.
Seigneur, quand tout est perdu, donne-moi d'être patient face au mal, de ne pas perdre mes moyens, de rester fidèle à ta parole, et de croire dans la puissance de ta divinité.
Seigneur, ce sera toi mon unique espoir. Seigneur, ce sera toi la lampe de ma route. Seigneur, ce sera toi mon étendard de victoire. Emmanuel, Dieu avec moi.
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