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Jour 191 ☼ — Tobie : Un retour, un miracle, une mission

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 10 à 12 du livre de Tobie, le frère Paul-Adrien lit l'angoisse des parents restés à Ninive, le départ de Tobie et de Sarah, la guérison des yeux de Tobit par le fiel du poisson, puis la révélation de Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent devant la gloire de Dieu. Le commentaire montre que le livre de Tobie est un véritable manuel de survie communautaire pour un peuple privé de son roi, de son pays et de son Temple. Au cœur de ces règles, Raphaël désigne l'essentiel : la prière, le jeûne et l'aumône — les trois piliers du carême — et les œuvres de miséricorde, qui préfigurent déjà l'Évangile.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Pendant que Tobie est en train de faire la fête avec sa nouvelle femme, son père et sa mère, eux, de leur côté, sont dans l'angoisse.

Lecture : Tobie 10-12

De son côté, Tobit faisait quotidiennement le décompte des jours nécessaires à l'aller et au retour. Quand les jours furent écoulés, son fils n'était pas encore là. Il se dit : « Ah, peut-être a-t-il été retenu là-bas, à moins que Gabaël soit mort et qu'il ne trouve personne pour lui rendre l'argent. » Tobit commençait à s'attrister.

Quant à sa femme Anna, elle répétait : « Mon enfant a péri. Il n'est plus au nombre des vivants. » Et elle se mettait à pleurer et à se lamenter sur son fils : « Hélas, mon enfant, je t'ai laissé partir, toi, la lumière de mes yeux. »

Et Tobit lui disait : « Tais-toi donc, ma sœur, ne t'inquiète pas, notre fils va bien. Ils ont dû avoir un contretemps là-bas. D'ailleurs, celui qui l'accompagne est un homme de confiance, c'est un de nos frères. Ne te tourmente pas au sujet de Tobie, ma sœur, il sera bientôt là. »

Mais Anna répondait : « Mais tais-toi, n'essaye pas de me tromper, mon enfant a péri. » Et chaque jour, elle se précipitait pour surveiller elle-même la route par laquelle son fils était parti. Elle ne se fiait plus à personne. Après le coucher du soleil, elle rentrait pour se lamenter et pleurer toute la nuit sans trouver le sommeil.

Au bout des quatorze jours de noces que Raguel avait juré de faire pour sa fille, Tobie alla le trouver et lui dit : « Laisse-moi partir, car je sais que mon père et ma mère ne croient plus me revoir. Je t'en prie, père, laisse-moi partir, et je rentrerai chez mon père. Je t'ai déjà décrit dans quel état je l'ai laissé. »

Raguel lui répondit : « Reste, mon enfant, reste avec moi. J'enverrai à ton père Tobit des messagers qui lui apporteront de tes nouvelles. » Et Tobie répliqua : « Pas du tout, je t'en prie, laisse-moi partir pour retrouver mon père. »

Aussitôt, Raguel confia à Tobie Sarah, sa femme, et lui remit la moitié de tous les biens qu'il possédait : serviteurs et servantes, bœufs et brebis, ânes et chameaux, vêtements, argent et mobilier. Il les laissa partir. Il fit ses adieux à Tobie en lui disant : « Porte-toi bien, mon enfant, va et porte-toi bien. Que le Seigneur du ciel vous guide, toi et ta femme Sarah, et qu'il m'accorde de voir vos enfants avant de mourir. »

Il dit à sa fille Sarah : « Va chez ton beau-père et ta belle-mère. Désormais, ils sont tes parents, tout comme ceux qui t'ont donné la vie. Va en paix, mon enfant, et puissé-je n'entendre dire que du bien de toi tant que je vivrai. » Puis il les embrassa et les laissa partir.

Quant à Edna, elle dit à Tobie : « Mon fils et frère bien-aimé, que le Seigneur te ramène et qu'il me donne de vivre assez longtemps pour voir, avant de mourir, tes enfants et ceux de ma fille Sarah. Devant le Seigneur, je mets ma fille sous ta protection. Ne lui cause de peine aucun jour de ta vie. Et va en paix maintenant, mon enfant. Désormais, je suis ta mère, comme Sarah est ta sœur, et puissions-nous tous connaître un bonheur égal chaque jour de notre vie. » Elle les embrassa tendrement tous les deux et les laissa partir.

Tobie quitta Raguel en bonne santé et tout joyeux. Il bénit le Seigneur du ciel et de la terre, le roi de l'univers, pour l'heureuse issue de son voyage. Puis il bénit Raguel et Edna en disant : « Que le Seigneur me permette de vous honorer tous les jours de ma vie. »

Comme ils s'approchaient de Kaserine, qui se trouve en face de Ninive, Raphaël dit à Tobie : « Tu sais dans quel état nous avons laissé ton père. Prenons de l'avance sur ta femme et allons préparer la maison avant que les autres n'arrivent. » Ils partirent donc tous deux ensemble. Raphaël dit : « Prends avec toi le fiel du poisson. » Et le chien les suivait.

Or, Anna était assise à l'entrée de la cour. Elle surveillait la route par laquelle son fils était parti. Elle le reconnut qui arrivait. Elle cria à Tobit : « Voici ton fils qui revient, et aussi son compagnon de voyage ! »

Raphaël dit à Tobie, avant que celui-ci ne s'approche de son père : « J'ai la certitude que ses yeux vont s'ouvrir. Étale sur eux le fiel du poisson. Le remède provoquera la contraction des yeux et en détachera le voile blanchâtre. Ton père retrouvera la vue et verra la lumière. »

Anna courut se jeter au cou de son fils et lui dit : « Je te revois, mon enfant. À présent, je peux mourir. » Et elle se mit à pleurer.

Quant à Tobit, il se leva et franchit l'entrée de la cour en trébuchant. Tobie alla vers lui, le fiel du poisson à la main. Il lui souffla dans les yeux, le saisit et lui dit : « Confiance, père. » Puis il lui appliqua le remède et en rajouta. Ensuite, de ses deux mains, il lui retira les pellicules en partant du coin des yeux.

Tobit se jeta alors au cou de son fils et lui dit en pleurant : « Je te revois, mon enfant, toi, la lumière de mes yeux. » Et il ajouta : « Béni soit Dieu, béni soit son grand nom, bénis soient tous ses saints anges. Que son grand nom soit sur nous. Bénis soient tous les anges pour tous les siècles. Car Dieu m'avait frappé, mais voici que je revois mon fils Tobie. »

Tobie entra dans la maison, tout joyeux et bénissant Dieu à pleine voix. Il raconta à son père qu'il avait fait bon voyage, qu'il rapportait l'argent, et comment il avait épousé Sarah, la fille de Raguel. « La voici qui arrive, ajouta-t-il, elle est aux portes de Ninive. »

Tobit partit à la rencontre de sa belle-fille aux portes de Ninive. Il était tout joyeux et bénissait Dieu. En le voyant marcher d'un pas ferme et traverser la ville sans que personne le conduise par la main, les habitants furent émerveillés. Et Tobit proclamait que Dieu l'avait pris en pitié et lui avait rouvert les yeux.

Quand il arriva près de Sarah, la femme de son fils Tobie, il la bénit en disant : « Sois la bienvenue, ma fille. Béni soit ton Dieu de t'avoir menée vers nous. Béni soit ton père, béni soit mon fils Tobie, et bénie sois-tu, ma fille. Sois la bienvenue dans ta maison. Sois comblée de bénédictions et de joie, entre, ma fille. » Et ce jour-là fut un jour de joie pour tous les Juifs qui habitaient Ninive. Alors arrivèrent, tout joyeux, chez Tobit, ses neveux Ahikar et Nadab.

Quand les noces furent achevées, Tobit appela son fils Tobie et lui dit : « Mon enfant, pense à donner son salaire à ton compagnon de voyage, et ajoute un supplément. » Tobie lui répondit : « Père, quelle somme vais-je lui donner comme salaire ? Même si je lui donnais la moitié des biens qu'il a rapportés avec moi, je n'y perdrais pas. Il m'a ramené ici en bonne santé, il a guéri ma femme, il a rapporté l'argent avec moi et il t'a guéri. Quelle somme vais-je donc lui donner comme salaire ? » « Mon enfant, reprit Tobit, il est juste qu'il reçoive la moitié de tout ce qu'il a rapporté. »

Tobie appela Raphaël et lui dit : « Accepte comme salaire la moitié de tout ce que tu as rapporté, et va, porte-toi bien. »

Alors l'ange les prit tous deux à part et leur dit : « Bénissez Dieu et célébrez-le devant tous les vivants pour le bien qu'il vous a fait. Bénissez-le et chantez son nom. Annoncez à tous les hommes les actions de Dieu comme elles le méritent, et n'hésitez pas à le célébrer. S'il est bon de tenir cachés les secrets d'un roi, il faut révéler les œuvres de Dieu et les célébrer comme elles le méritent. Faites le bien et le mal ne vous atteindra pas. Mieux vaut prier avec vérité et faire l'aumône avec justice qu'être riche avec injustice. Mieux vaut faire l'aumône qu'amasser de l'or. L'aumône délivre de la mort et purifie de tout péché. Ceux qui font l'aumône seront rassasiés de vie, tandis que le pécheur et l'homme injuste sont leurs propres ennemis.

Je veux vous révéler toute la vérité sans rien vous cacher. Je viens de vous dire que s'il est bon de tenir cachés les secrets d'un roi, il faut révéler les œuvres de Dieu comme elles le méritent. Eh bien, quand tu priais en même temps que Sarah, c'était moi qui présentais votre prière devant la gloire de Dieu pour qu'il la garde en mémoire. Et je faisais de même lorsque tu enterrais les morts. Quand tu n'as pas hésité à te lever, à laisser ton repas et à partir enterrer un mort, c'est alors que j'ai été envoyé vers toi pour te mettre à l'épreuve. Mais Dieu m'a aussi envoyé pour te guérir, ainsi que Sarah, ta belle-fille. Moi, je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent et se présentent devant la gloire du Seigneur. »

Les deux hommes furent alors bouleversés et ils tombèrent face contre terre, saisis de crainte. Mais Raphaël leur dit : « Ne craignez pas, la paix soit avec vous. Bénissez Dieu à jamais. Tant que je me suis trouvé avec vous, je n'y étais point par un effet de ma bienveillance, mais par la volonté de Dieu. Bénissez-le donc chaque jour, chantez-lui des hymnes. Vous avez cru me voir manger, mais ce que vous avez vu n'était qu'une apparence. Et maintenant, bénissez le Seigneur sur la terre, célébrez Dieu. Voici que je remonte auprès de celui qui m'a envoyé. Et vous, mettez par écrit tout ce qui vous est arrivé. »

Alors l'ange remonta au ciel. Ils se relevèrent, mais ils ne pouvaient plus le voir. Ils bénirent Dieu, chantèrent pour lui et le célébrèrent pour la grandeur de ses œuvres : un ange de Dieu leur était apparu.

Commentaire

Tobie, le fils, qui voyage d'Ecbatane, capitale de la Médie, jusqu'à Ninive, capitale de l'Assyrie, ça n'a l'air de rien, mais ça vous montre qu'il existait au temps de la déportation un réseau interconnecté de familles juives. Ce que le livre de Tobie vous montre, c'est des stratégies communautaires pour rester unis malgré la dispersion.

Oui, comment pouvez-vous survivre en tant que communauté quand vous êtes privés de votre roi, de votre pays, de vos institutions, de votre temple et de votre religion ? Eh bien, de ce point de vue-là, le livre de Tobie, c'est un manuel de survie communautaire. On a vu le mariage entre familles, on a vu les règles alimentaires, le souci de la pureté pour se séparer des autres nations, le respect du calendrier juif, le rappel de l'histoire d'Israël et la transmission culturelle au fils. Le livre de Tobie, c'est tout ça.

Sauf que parmi ces règles, il y en a qui sont plus importantes que d'autres, et c'est difficile de bien voir lesquelles sont les plus importantes. Et c'est là que la réponse que Raphaël vous a donnée devient intéressante. Écoutez ces versets magnifiques que je vous cite dans la Septante, la traduction grecque :

La prière est bonne avec le jeûne, et l'aumône avec la justice. Mieux vaut un peu avec justice que beaucoup avec iniquité, car l'aumône délivre de la mort et purifie de tout péché.

Alors là, ce verset, je vous le cite, vous avez l'impression qu'il sort de nulle part, mais dedans, vous avez ce qui deviendra plus tard les trois piliers du carême : le jeûne, l'aumône et la prière.

Et Raphaël dit pourquoi il a répondu aux prières de Tobit, le père : c'était à cause de ses œuvres d'aumône. Ce qu'on avait vu dans le tout premier chapitre : comment est-ce que Tobit enterrait les morts ? Comment est-ce que Tobit, le jour de la Pentecôte, accueillait des pauvres à table ? Comment est-ce que Tobit donnait des aumônes pour les Juifs dispersés ? Ce que plus tard, la théologie appellera les œuvres de miséricorde.

Eh bien c'est ça, la véritable religion, le véritable culte, le véritable sacrifice, qui fait que vos prières vont continuer d'être agréées par Dieu même en l'absence des sacrifices du Temple. C'est un thème qui est tellement important qu'il traversera toute la Bible, jusqu'à ce que Jésus le reprenne dans une parabole : j'avais faim, vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, vous m'avez visité ; j'étais malade, vous êtes venus me voir ; j'étais nu, vous m'avez vêtu. Eh oui, Tobie préfigure l'Évangile.

Proverbes 10,6-10

Bénédiction sur la tête du juste, la bouche du méchant dissimule sa violence.

On se souvient du juste pour le bénir, mais le renom des méchants se flétrit.

Un cœur sage accepte des règles, un sot bavard court à sa perte.

Qui marche droit marche en sécurité, qui louvoie sur son chemin sera démasqué.

Qui fait des clins d'œil provoque des troubles, qui reproche avec franchise fait œuvre de paix.


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