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Jour 196 ☾ — Isaïe : L’empire s’effondre, Dieu rassemble

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit les oracles contre les nations avec un ensemble cohérent, Isaïe 18-19-20, centré sur l'Égypte et l'Éthiopie. Il rappelle le contexte politique : face à la puissance montante de l'Assyrie, les petits royaumes cherchent à s'allier à l'Égypte, alliance que les oracles déclarent vaine puisque le châtiment est un décret divin. La lecture donne à entendre la ruine annoncée de l'Égypte, puis le signe étrange d'Isaïe marchant dévêtu et pieds nus pendant trois ans après la prise d'Ashdod. Le commentaire montre comment, d'une petite bataille, se déploie toute une théologie de l'histoire : Ashdod préfigure l'Assyrie contre l'Égypte, qui préfigure Babylone, jusqu'à l'horizon ultime d'un universalisme où l'Égypte et Assour servent le Seigneur et Israël vient en troisième, bénédiction au milieu de la terre.

Introduction

Nous sommes de retour dans Isaïe, nous poursuivons les oracles contre les nations. On a dit hier quelle était la signification théologique de ces oracles. Nous allons avoir aujourd'hui un nouveau groupe qui forme une unité cohérente : Isaïe 18-19-20. Un groupe géographique centré autour de la figure de l'Égypte et de l'Éthiopie. Alors là, pour le coup, on va tout simplifier, les enfants. On ne va pas rentrer dans l'histoire dynastique complexe de l'Empire égyptien. On va dire que l'Éthiopie et l'Égypte, en gros, vu d'Israël, c'est la même chose.

D'accord ? Maintenant, je reviens à nos oracles pour que tout le monde comprenne bien. La puissance montante à l'époque, c'est l'Assyrie, et l'allié naturel pour s'allier contre l'Assyrie, c'est l'Égypte. Et les petits royaumes, Juda, Ashdod — Ashdod qui est une ville philistine, je vous en parle parce qu'il en sera question à la fin, au chapitre 20 — vont chercher à s'allier à l'Égypte. Sauf que ce que ces oracles vous rappellent, c'est que ça ne sert à rien : Israël se fera châtier par l'Assyrie, ça a été décidé, c'est un décret divin. Donc la seule chose que vous verrez à vous allier à l'Égypte, c'est la chute et la ruine de l'Égypte par l'Assyrie. Point à la ligne.

Vous verrez, Isaïe 18,2, Isaïe qui se moque de l'activité diplomatique de l'Égypte : « On envoie par mer des ambassades, dans des barques de papyrus, à la surface des eaux. » Et en face de cette activité, de cette frénésie diplomatique, Dieu, tranquille, qui observe. De toute façon, tout est décidé. Verset 4 :

Car le Seigneur m'a déclaré : « Je demeure tranquille. Là où je me tiens, je regarde. »

Et plus loin : « comme un nuage de rosée dans la chaleur de la récolte », « tout sera abandonné aux rapaces des montagnes ».

Donc, pour résumer mon introduction : ce que vous allez entendre, ces oracles contre l'Égypte, c'est d'abord des oracles à caractère politique — ça ne sert à rien de s'allier avec eux. Mais de ces visées politiques, on va ensuite tirer un sens théologique, un sens de l'histoire, une certaine vision de l'histoire. Et ça, je vous laisse le découvrir, d'accord ? Isaïe 18, 19, 20.

Lecture : Isaïe 18-20

Malheur au pays du bruissement d'ailes, au-delà des fleuves d'Éthiopie ! On envoie par mer des ambassades, dans des barques de papyrus à la surface des eaux. Partez, rapides messagers, vers une race élancée à la peau luisante, peuple redouté ici et là-bas, nation barbare et tyrannique, où des cours d'eau sillonnent la terre.

Vous tous, habitants du monde, vous qui peuplez la terre, quand l'étendard sera levé sur les montagnes, regardez ! Quand sonnera le cor, écoutez !

Car le Seigneur m'a déclaré : « Je demeure tranquille. Là où je me tiens, je regarde, dans la chaleur éblouissante du plein midi, comme un nuage de rosée dans la chaleur de la récolte. »

Avant la récolte, quand la floraison s'achève et que la fleur se change en fruits mûrissants, on coupe les branches à la serpe, on enlève, on jette les rameaux. Tout sera abandonné aux rapaces des montagnes et aux bêtes du pays. Les rapaces y passeront l'été, et toutes les bêtes du pays l'hiver.

C'est alors qu'un présent sera porté au Seigneur de l'univers par le peuple élancé à la peau luisante, peuple redouté ici et là-bas, nation barbare et tyrannique, où des cours d'eau sillonnent la terre. Ce présent sera porté au lieu où réside le nom du Seigneur, le Dieu de l'univers, la montagne de Sion.

Proclamation sur l'Égypte. Voici le Seigneur : il chevauche une nuée légère, il entre en Égypte. Les idoles d'Égypte vacillent devant lui, l'Égypte voit fondre son courage.

« Moi, j'exciterai l'Égypte contre l'Égypte. On se battra frère contre frère, ami contre ami, ville contre ville, royaume contre royaume, et l'Égypte en perdra l'esprit. Je brouillerai son projet. Ils consulteront idoles et sorciers, nécromanciens et devins. Je livrerai l'Égypte aux mains d'un maître implacable, un roi tout-puissant régnera sur eux », oracle du Maître, le Seigneur de l'univers.

Les eaux s'épuiseront avant d'atteindre la mer, le fleuve tarira, s'asséchera. Ses canaux empesteront, le delta du Nil baissera, s'asséchera. Cannes et roseaux flétriront, les joncs des bords du Nil jusqu'à son embouchure, les plantations près du Nil : tout sera desséché, emporté, il n'en restera rien.

Et les pêcheurs se lamenteront, ils seront en deuil, tous ceux qui jettent l'hameçon dans le Nil. Ils dépériront, ceux qui tendent le filet sur les eaux. Ils seront déçus, ceux qui travaillent le lin ; cardeuses et tisserands deviendront livides. Les artisans seront accablés, les salariés désespérés.

Qu'ils sont stupides, les princes de Tanis, les plus sages conseillers de Pharaon, qui forment un conseil d'incapables ! Comment pouvez-vous dire à Pharaon : « Je suis un fils de sage, un descendant des rois de jadis » ? Où sont-ils, tes sages ? Où sont-ils ? Qu'ils t'instruisent donc, et l'on saura ce que le Seigneur de l'univers a décidé contre l'Égypte.

Ils déraisonnent, les princes de Tanis, ils délirent, les princes de Memphis. Ils font vaciller l'Égypte, eux qui sont la pierre d'angle de ses tribus. Le Seigneur a insufflé au milieu d'elles un esprit de vertige. Ils font vaciller l'Égypte en tout ce qu'elle fait, comme vacille un ivrogne en vomissant. Plus rien ne se fera en Égypte, que ce soit par le grand ou par le petit, le palmier ou le roseau.

Ce jour-là, l'Égypte, comme les femmes, sera tremblante et terrifiée, quand le Seigneur de l'univers lui-même élèvera la main contre elle. Le pays de Juda sera objet d'effroi pour l'Égypte ; chaque fois qu'on l'évoquera, elle sera terrifiée, à cause du projet que le Seigneur de l'univers a lui-même formé contre elle.

Ce jour-là, il y aura au pays d'Égypte cinq villes pour parler la langue de Canaan et prêter serment au Seigneur de l'univers. L'une d'elles se nomme Ville du Soleil.

Ce jour-là, il y aura un autel pour le Seigneur au centre du pays d'Égypte, et près de sa frontière, une stèle pour le Seigneur. Ce sera un signe, un témoin pour le Seigneur de l'univers dans le pays d'Égypte. Quand ils crieront vers le Seigneur devant ceux qui les oppriment, il leur enverra un sauveur, un défenseur qui les délivrera.

Le Seigneur se fera connaître de l'Égypte, et l'Égypte connaîtra le Seigneur. Ce jour-là, elle le servira par des sacrifices et des offrandes ; elle fera des vœux au Seigneur et les accomplira. Le Seigneur frappera l'Égypte : il frappera et guérira. Elle reviendra au Seigneur, qui l'écoutera et qui la guérira.

Ce jour-là, il y aura une route pour relier l'Égypte et Assour. Assour viendra en Égypte, et l'Égypte en Assour. L'Égypte avec Assour servira le Seigneur.

Ce jour-là, entre l'Égypte et Assour, Israël viendra en troisième, bénédiction au milieu de la terre, que bénira le Seigneur de l'univers en disant : « Béni soit l'Égypte, mon peuple, Assour, l'ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage. »

C'était l'année où le général en chef envoyé par Sargon, roi d'Assour, vint assiéger Ashdod et s'en empara. En ce temps-là, par Isaïe, fils d'Amots, le Seigneur avait parlé et dit : « Va, détache le pagne de tes reins, enlève la sandale de tes pieds. » Il avait fait ainsi, marchant dévêtu, les pieds nus.

Et le Seigneur dit : « De même que mon serviteur Isaïe est allé dévêtu, les pieds nus, pendant trois ans, signe et présage pour l'Égypte et l'Éthiopie, de même les captifs d'Égypte et les déportés d'Éthiopie, les jeunes et les vieux, iront dévêtus, les pieds nus, les fesses découvertes : telle sera la nudité de l'Égypte. Ils seront effondrés et honteux, ceux qui mettaient leur espoir dans l'Éthiopie et leur fierté dans l'Égypte. »

Et les habitants de la côte diront, ce jour-là : « Voilà ce que devient notre espoir, quand nous comptions sur cet appui pour échapper au roi d'Assour. Et nous, comment en réchapperons-nous ? »

Commentaire

Vous avez entendu notre chapitre 20, qui, lui, était une histoire. Ça fait toujours du bien, parce que les oracles sont magnifiques, mais enfin voilà, c'est exigeant au niveau de la lecture. Donc quand il y a une petite anecdote, elle est toujours bienvenue. Isaïe qui reçoit l'ordre de Dieu de se promener nu et pieds nus pendant trois ans ! Alors, se promener nu, je suppose qu'il y a quand même des limites à l'ordre de Dieu. En tout cas, pendant trois ans, ça va faire bizarre.

C'était à l'occasion d'une attaque contre une ville philistine, Ashdod, une ville qu'Assyrie va conquérir en 711, et qui est censée préfigurer ce que l'Assyrie fera sur l'Égypte et l'Éthiopie. Et de fait, quelques décennies plus tard — quarante ans exactement, 671-667 avant Jésus-Christ —, l'armée assyrienne, commandée par Assarhaddon puis Assourbanipal, envahit la région du Nil et ramène en captivité des prisonniers égyptiens et éthiopiens. Comme quoi, c'est là où Isaïe voulait en venir : ça ne servait à rien de s'allier avec eux.

Vous ferez attention à la chose suivante : c'est que cet événement s'est passé avant l'exil. Moi, je vous ai présenté Isaïe comme un prophète post-exilique, parce qu'en fait ces oracles que l'Isaïe historique avait faits en son temps, en son heure, avant l'exil, ont été constamment retravaillés à la lumière de la déportation à Babylone.

On commence avec une bataille passée : l'Assyrie contre Ashdod. Une bataille qui annonce une autre bataille encore plus importante : l'Assyrie contre l'Égypte. On passe du passé au futur proche. Mais dans la tête d'Isaïe, l'Assyrie, c'est ce qui préfigure aussi Babylone : ce qui vous fait passer du futur proche au futur lointain. Mais ce n'est pas tout, parce que quand on a parlé de la chute de l'Assyrie, dans la tête d'Isaïe, ça préfigure la chute de Babylone, encore à venir — là, pour le coup, futur encore plus lointain.

Est-ce que vous voyez là comment, à chaque fois, on passe d'époque en époque ? Et de là, on passe carrément à un futur qui est, pour le coup, la fin des temps, l'horizon ultime : l'universalisme prédit par Isaïe, la réconciliation des peuples entre eux, qui se convertissent à Dieu pour venir l'adorer. Si vous avez fait attention, on vous a dit que l'Égypte allait se convertir, ici, dans le texte. Je vous redonne le verset :

Ce jour-là, il y aura un autel pour le Seigneur au centre du pays d'Égypte.

Et toujours pareil : comme l'Égypte et l'Assyrie vont se convertir à un même culte, adorer Dieu, elles vont aussi se réconcilier.

Ce jour-là, il y aura une route pour relier l'Égypte et Assour. […] L'Égypte avec Assour servira le Seigneur.

Et donc, en fait, derrière cette petite bataille d'Ashdod, c'est en réalité toute une théologie de l'histoire qui apparaît. Et même ce que je vous disais de l'universalisme d'Isaïe, qui consistait à rappeler qu'Israël n'avait été choisi que pour servir les autres nations. Isaïe 19,24 :

Ce jour-là, entre l'Égypte et Assour, Israël viendra en troisième, bénédiction au milieu de la terre.

Israël est mis au service de la conversion des nations.

Donc, si je reprends : on est peut-être en train de décrire des événements qui se sont déjà passés, mais vous voyez comment il y a une théologie de l'histoire qui est en train d'apparaître. Comment vous avez des événements — Ashdod — qui préfigurent d'autres événements — l'Assyrie contre l'Égypte, un peu plus violents — qui préfigurent encore d'autres événements encore plus violents — Babylone, jusqu'à ce que tout soit rasé. Et là, ça vous préfigure comme une sorte de combat du bien et du mal qui va crescendo, jusqu'à arriver — ça commence à venir — à une perspective de fin, une réconciliation, un universalisme plus grand, plus pur.

Donc oui, formellement, on parle bien d'événements qui se sont passés avant l'exil, mais le mouvement de fond, c'est la réflexion d'un peuple qui a perdu la bataille, qui a été exilé, et qui essaye de retrouver et de comprendre quelle place, quel rôle il a maintenant à jouer dans la grande symphonie de l'histoire universelle.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-moi d'arrêter de me croire au-dessus des autres. Donne-moi la joie de servir un dessein plus grand que moi, dans lequel je suis une toute petite pièce, mais, en étant cette petite pièce, de retrouver ma place dans l'univers et dans ton grand dessein.

Seigneur, rends-moi humble, et par là, rends-moi heureux.


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