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Jour 206 ☾ — Consolez mon peuple, dit le Seigneur

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Résumé : Avec le chapitre 40 d'Isaïe, le frère Paul-Adrien annonce une véritable explosion : le prophète a enfin trouvé sa voix, et la couleur du rouge de la colère laisse place à celle, plus douce, de la consolation. La lecture déroule l'ouverture du « Livre de la consolation » : l'ordre donné aux anges, la voix qui crie dans le désert, la fragilité de toute chair face à la parole qui demeure, et la grandeur incomparable du Dieu créateur. Le commentaire suit la descente de cette voix, du ciel jusqu'à la bouche d'un homme, et détaille la triple justification donnée par Dieu : service accompli, crime expié, réparation au double. L'épisode se conclut par le Rorate Caeli, prière de l'Avent née de ce chapitre.

Introduction

Je vous avais parlé la dernière fois, à propos d'Isaïe, d'un feu d'artifice, avec des changements de style quasiment tous les chapitres : oracles prophétiques, apocalyptiques, sapientiels, narratifs, comme si le prophète tournait et retournait autour d'une idée qu'il n'arrivait pas à coucher, et que c'était pour ça qu'il essayait de changer d'angle d'approche en changeant de style. Et voilà que tout d'un coup, pouf, l'explosion atomique est arrivée : le chapitre 40. Alors là, les enfants, c'est là que les Athéniens s'atteignirent. Une telle nouveauté que les exégètes ont cru qu'il s'agissait d'un nouvel auteur.

Je vous ai parlé de changement de style constant. Eh bien, ça y est, enfin, Isaïe a trouvé son nouveau style, sa voix à lui. Alors, d'une certaine manière, c'est une voix ancienne, qu'on avait déjà entendue : le style prophétique, oui, mais voilà, c'est un style qui prophétise autre chose. Et ça, ça vous donne un style qui, dans la Bible, est une nouveauté. On ne l'avait jamais entendu jusque-là. Un style dont la couleur est différente.

Jusqu'à présent, le style prophétique, excusez-moi, mais c'était surtout le rouge de la colère. Alors oui, il y avait des oracles de restauration, de consolation, etc. Mais quand même, la couleur prédominante, c'était rouge, et rouge bien foncé, rouge écarlate, rouge sanguinaire. Maintenant, changement de couleur, changement de registre émotionnel. La couleur dominante ne sera plus le rouge, mais, si je puis dire, le rose. Comme si la colère de Dieu — parce qu'on en a eu, des chapitres qui en parlaient — on en avait fait le tour. Même Dieu en a assez : tout ce qu'il avait à dire, il l'a dit. Et maintenant, on passe à un autre registre. Ça vous donne le premier verset que vous allez entendre, d'où le titre qu'on a donné à cette collection d'oracles : le Livre de la consolation.

Un mot sur le changement que nous sommes en train de faire, pour que tout le monde comprenne bien quand même. Il y a d'abord un bond historique. Au dernier chapitre, on était avec Ézéchias à Jérusalem, avec la menace babylonienne. La suite, elle n'est pas racontée. La destruction de Jérusalem, elle est passée sous silence. La déportation, elle est passée sous silence. Alors, il y a peut-être de bonnes raisons. Peut-être que c'est parce qu'Isaïe est mort et qu'il n'a pas pu prophétiser cela. Après tout, on raconte qu'après Ézéchias, il y aura un fils, le roi Manassé, qui lui sera mauvais au point, dit la tradition, de scier Isaïe en deux. Ça fait peut-être une bonne raison pour ne pas avoir les oracles d'Isaïe, qui n'a pas pu les dire.

Mais la véritable raison, c'est que Dieu ne veut plus aborder ces événements sous l'angle de la colère, mais sous l'angle de la consolation. Consoler, consoler mon peuple, ça présuppose qu'il y a eu des larmes qui ont été versées. Eh bien, c'est sous cet angle-là, maintenant, que Dieu considère et la destruction de Jérusalem et l'exil. Et pour bien vous montrer que c'est un changement officiel, Dieu, pour dire « on change de ligne éditoriale », ce qui vient d'être dit là, « consolez, consolez mon peuple », il le dit en haut du ciel, dans la cour céleste. C'est cet ordre-là que, maintenant, de manière officielle, il donne aux anges. Voilà maintenant la nouvelle direction éditoriale : consoler mon peuple.

De la même manière, vous entendrez un nouveau récit de vocation. La mission du prophète change tellement qu'elle s'apparente à une deuxième vocation. On en avait déjà entendu un, un récit de vocation, au chapitre 6. Eh bien, en voilà un deuxième. Étonnant, non ? Isaïe, chapitre 40.

Lecture : Isaïe 40

Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu'elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, tracez droit dans les terres arides une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissée, que les escarpements se changent en plaine et les sommets en large vallée. Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »

Une voix dit : « Proclame. » Et je dis : « Que vais-je proclamer ? » Toute chair est comme l'herbe, toute sa grâce comme la fleur des champs. L'herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe sur elle le souffle du Seigneur. Oui, le peuple est comme l'herbe : l'herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours.

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau, son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Qui a jaugé les eaux des mers dans le creux de sa main et de ses doigts mesuré les cieux ? Évalué en boisseau la poussière de la terre, pesé les montagnes au crochet et les collines sur la balance ? Qui a mesuré l'esprit du Seigneur ? Qui l'a conseillé pour l'instruire ? De qui a-t-il pris conseil pour discerner, pour apprendre les chemins du jugement, pour acquérir le savoir et s'instruire des voies de l'intelligence ?

Voici, les nations sont pour lui comme la goutte au bord d'un seau, un grain de sable sur un plateau de balance. Voici les îles, comme une poussière qu'il soulève. Le Liban ne pourrait suffire au feu, ni ses animaux suffire à l'holocauste. Toutes les nations sont devant lui comme rien, moins que vide et néant pour lui.

À qui pourriez-vous comparer Dieu ? Quelle forme lui donneriez-vous ? L'idole, c'est un artisan qui l'a fondue. Un orfèvre plaque sur elle de l'or et fabrique pour elle des chaînettes d'argent. Le pauvre, pour ses dévotions, choisit du bois imputrescible. Il cherche un artisan habile pour fixer une idole qui ne vacille pas.

Ne savez-vous pas ? N'avez-vous pas entendu ? Ne vous a-t-on pas annoncé dès le commencement ? N'avez-vous pas compris comment la terre a été fondée ? Il habite au-dessus de la voûte qui couvre la terre, dont les habitants semblent des sauterelles. Comme une toile, il a tendu les cieux, il les a dépliés comme une tente d'habitation. Il a réduit à rien les grands et à néant les juges de la terre : à peine plantés, à peine semés, leurs tiges n'ayant pas même pris racine en terre, il souffle sur eux, les voilà qui se dessèchent, et le tourbillon les enlève comme de la paille.

À qui pourriez-vous me comparer ? Qui pourrait être mon égal ? dit le Seigneur. Levez les yeux vers les cieux et regardez : qui a créé tout cela ? Celui qui déploie toute l'armée des étoiles et les appelle chacune par son nom. Si grande est sa force et telle est sa puissance, que pas une seule ne manque.

Jacob, pourquoi dis-tu ? Israël, pourquoi affirmes-tu : « Mon chemin est caché au Seigneur, mon droit échappe à mon Dieu » ? Tu ne le sais donc pas ? Tu ne l'as pas entendu ? Le Seigneur est le Dieu éternel. Il crée jusqu'aux extrémités de la terre. Il ne se fatigue pas, ne se lasse pas. Son intelligence est insondable. Il rend des forces à l'homme fatigué, il augmente la vigueur de celui qui est faible. Les garçons se fatiguent, se lassent, et les jeunes gens ne cessent de trébucher. Mais ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles. Ils déploient comme des ailes d'aigle, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer.

Commentaire

Alors, ça vous a plu ? Moi, j'adore. Des chapitres qui parlent de la colère de Dieu, vous en avez eu. Peut-être même que, comme moi, à un moment donné, vous en avez eu marre. Eh bien, de l'aveu même de Dieu, nous en avons fait le tour.

Et ce qu'il y a de magnifique, c'est que vous avez vu ce changement qui s'opère d'abord dans le ciel, puis passe sur terre. Vous avez entendu une première fois, dans le ciel :

Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.

Ça, c'est ce qu'il dit aux anges. Et puis ensuite, cette voix descend un petit peu du ciel pour s'approcher de la terre. C'est ce que vous avez entendu au verset 3 :

Une voix proclame : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur.

Et puis, à nouveau, troisième paragraphe, verset 6 : cette fois-ci, cette voix qui a commencé dans le ciel, qui s'approchait de nous, prend un visage. Elle s'identifie à un homme.

Une voix dit : proclame. Et je dis : que proclamerai-je ?

Vous voyez cette identification, cette personnalisation de la parole, qui commence dans le ciel et qui s'incarne dans une nouvelle mission prophétique.

Alors maintenant, pourquoi y a-t-il eu un tel changement ? Donc, on repart dans le ciel pour comprendre. « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. » Nouveau thème, d'un amour cette fois-ci plus maternel, pourrait-on dire. Et voilà que Dieu donne une triple justification. Et une justification au passé : ça veut dire que le passé, c'est le passé. Maintenant, on tourne la page et on va écrire une nouvelle histoire.

C'est ce qu'il vous dit :

Proclamez que son service est accompli.

Service, ici, au sens de corvée, de travail forcé. Ça peut aussi désigner le service liturgique, comme si les prières pour demander pardon, maintenant, étaient achevées.

Ensuite, Dieu continue en disant :

Son crime est expié.

Ça, c'est ce qu'on appelle la remise de la culpabilité.

Et la voix continue, enfin, en disant :

Elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

Cette fois-ci, c'est autre chose. Ce n'est pas la culpabilité, c'est la réparation : le fait qu'elle ait réparé au double de ses fautes. Cela vous souligne, un, la gravité de ce qu'elle a subi en termes de châtiment. Deux, que les exigences de la Torah ont été accomplies, parce que vous avez un chapitre dans le livre de l'Exode qui vous dit que certaines offenses doivent être réparées au double. Et trois, le fait qu'elle ait réparé au double fait que maintenant, c'est comme si on tournait la page, parce qu'on a le sentiment que c'est presque Dieu qui, cette fois-ci, est en dette envers son peuple : la peine a excédé l'offense.

Et c'est ainsi que Dieu tourne la page : les prières ont été entendues, la culpabilité remise, et la réparation a bien eu lieu.

Maintenant, comment va-t-on tourner la page ? Deuxième voix : « Une voix proclame : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » C'est exactement ce verset qu'on retrouvera appliqué dans le Nouveau Testament à Jean le Baptiste. En fait, c'est simple : en lisant ce chapitre, vous êtes dans le Nouveau Testament. À ceci près, quand même, que nous, chrétiens, on pense tout de suite à Jean le Baptiste, à la repentance et à la conversion des cœurs. Pour un juif qui entendait ça depuis Babylone, quand on vous dit « dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, tracez droit dans les terres arides une route pour notre Dieu », ça suggère, au sens littéral, une route que Dieu va préparer de Babylone jusqu'à Jérusalem pour permettre à son peuple de rentrer sans difficulté.

Alors maintenant, c'est bien beau de le dire, il faut encore le faire. D'où la troisième voix : on va envoyer quelqu'un. « Une voix dit : proclame. » Impératif, c'est un ordre. Et cette fois-ci, une voix humaine — on pense que c'est Isaïe — qui répond : « Et je dis : que vais-je proclamer ? » Nouveau récit de vocation.

Vous notez qu'il y a une petite réticence dans la réponse du prophète :

Que vais-je proclamer ? Toute chair est comme l'herbe, toute sa grâce comme la fleur des champs.

Sous-entendu : mais à quoi bon leur dire tout ça, Seigneur ? Tu sais bien ce que vaut ce peuple : pas grand-chose. Et réponse du Seigneur, magnifique :

Oui, le peuple est comme l'herbe, l'herbe se dessèche et la fleur se fane.

Sous-entendu : j'en ai bien conscience, tu ne m'apprends rien. Mais voilà comment Dieu continue :

Mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours. Alors monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion, élève la voix avec force et dis : voici votre Dieu !

Ce que Dieu va accomplir, la consolation qu'il promet, ce n'est pas parce que le peuple est devenu bon : c'est parce que lui est grand.

En guise de prière, je vous propose de réentendre ce chapitre dans sa version liturgique, parce qu'il a donné naissance à une prière, ce qu'on appelle le Rorate Caeli desuper que l'on chante pendant l'Avent. Si certains parmi vous sont dans l'affliction, j'espère que vous pourrez faire vôtre cette prière. Je vous en donne la traduction en français.

Prière

Console-toi, console-toi, mon peuple : vite viendra ton salut. Pourquoi es-tu consumé dans l'affliction ? Pourquoi la douleur se renouvelle-t-elle en toi ? Je te sauverai, n'aie pas peur : moi, je suis le Seigneur, le Saint d'Israël, ton Rédempteur.

Épanchez, cieux, la rosée d'en haut, que les nuées fassent pleuvoir le Juste. Que s'ouvre la terre et que germe le Sauveur.


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