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Jour 209 ☾ — Cyrus, le messie inattendu

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Résumé : Le frère Paul-Adrien explique d'abord son petit décalage de découpage : il a gardé la fin du chapitre 44 pour la joindre au chapitre 45, car un nom y apparaît à cheval sur les deux chapitres — celui de Cyrus. La lecture déploie l'annonce du Dieu créateur, unique, qui suscite un roi païen pour rebâtir Jérusalem et libérer les déportés. Le commentaire situe Cyrus II dans l'histoire — après l'Égypte, l'Assyrie et Babylone, voici la Perse et sa politique de fidélité achetée — et s'arrête sur le scandale apparent du titre de Messie donné à un païen. L'épisode se termine par une prière inhabituelle : non pas une prière adressée à Dieu, mais une prière que Dieu adresse à l'auditeur.

Introduction

Livre d'Isaïe. Je commence par un mensonge : j'ai triché un petit peu. Je vous ai dit hier qu'on écoutait les chapitres 43 et 44. Je vous ai menti. En fait, j'ai gardé une partie, la fin du chapitre 44, à partir du verset 24, pour aujourd'hui. Ce qui fait qu'aujourd'hui, vous allez entendre la fin du chapitre 44 à partir du verset 24, puis le chapitre 45.

Parce qu'en fait, il y avait un nom qui apparaît à la fin de ce chapitre et que je voulais garder pour aujourd'hui. C'est un nom qui va revenir trois fois. Donc vous sortez votre main et vous les comptez. Et je vous demande non seulement de le trouver, mais de le repérer dans le texte. On en parle en commentaire. Bonne écoute.

Lecture : Isaïe 44,24 – 45,25

Ainsi parle le Seigneur, ton Rédempteur, celui qui t'a façonné dès le sein maternel : « C'est moi, le Seigneur, qui fais toutes choses. Seul, j'ai déployé les cieux, j'ai affermi la terre, qui était avec moi ?

J'annule les signes des augures, je fais divaguer les devins, je fais reculer les sages et délirer leur savoir. J'accomplis la parole de mon serviteur, je réalise le projet de mes messagers.

Quand je dis de Jérusalem : "Elle sera habitée", et des villes de Juda : "Elles seront rebâties, j'en relèverai les ruines" ; et quand je dis à l'abîme : "Dessèche-toi, je vais tarir tes fleuves" ; de même, quand je dis à Cyrus : "Mon berger", il accomplira tout mon désir. Il dira de Jérusalem : "Elle sera rebâtie", et au Temple : "Tu seras rebâti." »

Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu'il a pris par la main, pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée :

« Moi, je marcherai devant toi. Les terrains bosselés, je les aplanirai. Les portes de bronze, je les briserai. Les verrous de fer, je les ferai sauter. Je te livrerai les trésors des ténèbres, les richesses dissimulées, pour que tu saches que je suis le Seigneur, celui qui t'appelle par ton nom, moi, le Dieu d'Israël.

À cause de mon serviteur Jacob, d'Israël, mon élu, je t'ai appelé par ton nom. Je t'ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n'en est pas d'autre ; hors moi, pas de Dieu. Je t'ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, et pour que l'on sache, de l'orient à l'occident, qu'il n'y a rien en dehors de moi.

Je suis le Seigneur, il n'en est pas d'autre. Je façonne la lumière et je crée les ténèbres. Je fais la paix et je crée le malheur. C'est moi, le Seigneur, qui fais tout cela. »

Cieux, distillez d'en haut votre rosée, que des nuages pleuvent la justice, que la terre s'ouvre, produise le salut, et qu'alors germe aussi la justice. Moi, le Seigneur, je crée tout cela.

Malheureux qui conteste celui qui l'a façonné, tesson parmi des tessons de terre ! L'argile dira-t-elle à celui qui la façonne : « Que fais-tu ? Ton ouvrage n'a pas de mains ! » ? Malheureux qui dit à un père : « Qu'as-tu engendré ? » et à une femme : « Qu'as-tu mis au monde ? »

Ainsi parle le Seigneur, le Saint d'Israël, celui qui t'a façonné : « Allez-vous m'interroger sur l'avenir de mes fils et me donner des ordres pour l'œuvre de mes mains ? C'est moi qui ai fait la terre et sur elle créé l'homme. Moi, de mes mains, j'ai déployé les cieux et donné des ordres à toute leur armée. C'est moi qui ai fait surgir Cyrus selon la justice, et j'aplanis tous ses chemins. C'est lui qui construira ma ville et laissera partir mes déportés, sans paiement ni rançon », dit le Seigneur de l'univers.

Ainsi parle le Seigneur : « Le labeur de l'Égypte, le commerce de l'Éthiopie et les gens de Séba, hommes de haute taille, passeront en ta possession, Jérusalem. Ils marcheront derrière toi, ils passeront enchaînés. Vers toi ils se prosterneront, c'est vers toi qu'ils adresseront leurs prières : "Il n'y a de Dieu qu'en toi, il n'en est pas d'autre, aucun autre Dieu. Vraiment, tu es un Dieu qui se cache, Dieu d'Israël, sauveur." »

Ils sont tous humiliés et déshonorés, ils s'en vont couverts de honte, ceux qui fabriquent leurs idoles. Israël est sauvé par le Seigneur, sauvé pour les siècles. Vous ne serez ni honteux ni humiliés pour la suite des siècles.

Ainsi parle le Seigneur, le créateur des cieux, lui, le Dieu qui fit la terre et la façonna, lui qui l'affermit, qui l'a créée, non pas comme un lieu vide, mais qui l'a façonnée pour être habitée :

« Je suis le Seigneur, il n'en est pas d'autre. Quand j'ai parlé, je ne me cachais pas quelque part dans l'obscurité de la terre. Je n'ai pas dit aux descendants de Jacob : "Cherchez-moi dans le vide." Je suis le Seigneur qui profère la justice, qui proclame ce qui est droit.

Rassemblez-vous, venez, approchez tous, survivants des nations. Ils sont dans l'ignorance, ceux qui portent leurs idoles de bois et qui adressent des prières à un dieu qui ne sauve pas. Exposez votre cas, présentez vos preuves, tenez conseil entre vous : qui donc l'a d'avance révélé et jadis annoncé ? N'est-ce pas moi, le Seigneur ? Hors moi, pas de Dieu ; de Dieu juste et sauveur, pas d'autre que moi.

Tournez-vous vers moi, vous serez sauvés, tous les lointains de la terre. Oui, je suis Dieu, il n'en est pas d'autre. Je le jure par moi-même : de ma bouche sort la justice, la parole irrévocable. Devant moi, tout genou fléchira, toute langue en fera le serment : "Par le Seigneur seulement", dira-t-on de moi, "la justice et la force." »

Jusqu'à lui viendront, couverts de honte, tous ceux qui s'enflammaient contre lui. Elle obtiendra par le Seigneur justice et gloire, toute la descendance d'Israël.

Commentaire

Alors, est-ce que vous l'avez ? Eh bien oui, c'était Cyrus. Verset 28 :

De même, quand je dis à Cyrus : « Mon berger »…

Et puis ensuite, 45, verset 1 :

Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus…

Il y en a encore une troisième, verset 13 :

C'est moi qui ai fait surgir Cyrus selon la justice.

Alors, cette troisième, vous pouvez la mettre entre parenthèses, parce qu'en fait elle n'est pas dans le texte, c'est juste dans la traduction. En tout cas, il est explicitement annoncé dans deux versets consécutifs. Il y en avait un qui était juste à la fin du chapitre 44 et l'autre juste au début du chapitre 45. Ce qui explique mon petit découpage d'aujourd'hui.

Deux leçons. Un : méfiez-vous des découpages en chapitres. Parfois, ça arrive pile poil au mauvais moment. Et deux : méfiez-vous aussi des traductions. Parce que le fait qu'il soit juste dans deux versets, c'est intéressant. Ça veut dire que c'est juste une petite indication, paf, posée là.

Alors maintenant, revenons sur ce Cyrus. Après l'Égypte et son Pharaon, après l'Assyrie et Sennachérib, après Babylone et Nabuchodonosor, place à la Perse et à Cyrus. Alors, la Perse, vous auriez déjà pu vous en douter. Parce que dans les chapitres précédents, on avait dit qu'il y avait un conquérant, une figure un peu voilée, on ne savait pas très bien qui c'était. Là, maintenant, on sait enfin qu'il s'agit de Cyrus. Mais on vous disait dans les chapitres précédents qu'il venait de l'est. Sauf que les déportés étaient déjà à Babylone. Et qu'est-ce qu'il y a d'autre à l'est de Babylone ? Il y a la Perse. Et c'est tout ce qu'il y a. Donc ça ne pouvait pas être autre chose qu'eux.

Alors maintenant, qui est Cyrus ? Fils de Cambyse Ier et roi des Perses depuis moins 550. Les conquêtes successives de Cyrus II, Cyrus le Grand, laissent présager un changement du paysage politique en Mésopotamie. Alors, des changements, on en avait déjà eu. Souvenez-vous, ça a d'abord été l'Égypte qui régnait sur tout ce beau monde-là. Et puis ensuite, ère nouvelle, les grands empires arrivent, l'Assyrie et Babylone. Et voilà qu'on passe encore à un autre changement de civilisation : la Perse. C'est vraiment une nouvelle et une grande étape qui arrive dans toute cette région de la Mésopotamie.

Cyrus II prend Babylone dans la nuit du 15 au 16 tichri, moins 539, des mains du roi affaibli Nabonide et de son fils corégent Balthazar. Pour faire simple : on a vu comment l'Assyrie était hyper cruelle, régnant par la terreur, empalant, écorchant vif ses ennemis. Avec Babylone, même si la destruction avait été encore pire, puisque c'est directement Jérusalem et le Temple qui avaient été détruits, en attendant, Babylone avait un tout petit peu adouci la politique de conquête. Et le peuple déporté a pu s'installer en tant que communauté et survivre sur les rives de Babylone. Ce qui n'avait pas été le cas pour la déportation en Assyrie.

Bon, eh bien les Perses, ce sera encore autre chose. Eux, ils vont régner sur la Mésopotamie en se disant que le plus simple, c'est de renforcer les autorités locales conquises et d'acheter leur fidélité. Donc, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont acheter la fidélité d'Israël. Et ils vont être sympas avec eux. Mais ça, on n'y est pas encore.

Pour l'instant, j'attire votre attention sur 45, 1 :

Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus…

Voilà que Dieu accole le titre royal de Messie, Mashiah, à un païen. Usurpation scandaleuse d'un titre royal, d'une onction réservée à la maison davidique. Oui, mais d'abord, un : calmons-nous sur la fidélité de la dynastie davidique, qui n'a pas toujours brillé par sa splendeur. Et deux : on a dit que derrière Cyrus se cachait autre chose. Quoi exactement ? On a déjà commencé à le voir, mais on va continuer à le voir, ce sera dans l'épisode de demain. Du coup, attendez la suite.

Nous nous tournons vers Dieu pour prier. Pour prier, je vous propose de méditer sur ces paroles que vous avez entendues dans la Bible et que les moines récitent, là encore, à l'office. Ce sont des paroles magnifiques.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Ainsi parle Dieu — ça, c'est pour nous rassurer quand nous avons l'impression de le chercher dans le vide :

« Quand j'ai parlé, je ne me cachais pas quelque part dans l'obscurité de la terre. Je n'ai pas dit aux descendants de Jacob : "Cherchez-moi dans le vide." Je suis le Seigneur qui profère la justice, qui proclame ce qui est droit. »

Et vous voyez comment, aujourd'hui, ce n'est pas nous qui prions Dieu, c'est Dieu qui nous prie :

« Tournez-vous vers moi, vous serez sauvés, tous les lointains de la terre. Oui, je le jure, il n'en est pas d'autre. De ma bouche sort la justice, la parole irrévocable. Rassemblez-vous, venez, approchez-vous. »

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Je vous laisse aujourd'hui, de manière inhabituelle, non pas avec une prière que nous adressons à Dieu, mais avec une prière que Dieu vous adresse, à vous. À vous de l'accomplir.


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