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Jour 210 ☼ — Veilleur debout et libre de choisir

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Résumé : Ce jour ouvre une nouvelle partie du livre d'Ézéchiel, après la chute de Jérusalem annoncée par un rescapé. Le frère Paul-Adrien montre d'abord la structure en miroir du livre, dont le centre n'est pas la vision inaugurale mais l'oracle contre Tyr : le véritable adversaire de Dieu y est le diable. La lecture du chapitre 33 institue Ézéchiel comme guetteur de la maison d'Israël et proclame que chacun sera jugé selon sa propre conduite. Le commentaire souligne la nouveauté anthropologique de cette responsabilité individuelle, comparée à la Mésopotamie, l'Égypte, la Grèce, Socrate et les stoïciens, et y voit le germe de la liberté chrétienne, capacité d'aimer.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Nous commençons aujourd'hui une nouvelle partie dans le livre d'Ézéchiel, qui décidément s'avère bien plus structuré que ce que les visions inaugurales laissaient présager. Ézéchiel, qui est pourtant l'homme de toutes les excentricités, s'avère un remarquable logicien.

Vous aurez, Ézéchiel 33, 21, une phrase historiquement datée : « La douzième année de notre exil, le cinquième jour du dixième mois, un rescapé de Jérusalem vint vers moi pour dire : la ville est tombée. » Vous avez donc un ancrage historique. Ce n'est pas le premier qu'on avait eu : on avait commencé le livre d'Ézéchiel longtemps avant le siège de Jérusalem, puis ensuite, chapitre 24, on vous avait dit « c'est aujourd'hui que ça va commencer ». Et voilà que maintenant, le siège est passé. Donc on progresse, on progresse. Première structure, chronologique.

Mais à cette structure chronologique, Ézéchiel ajoute une deuxième structure. Dans une première partie du livre, il vous avait donné un repère historique ; deuxième partie du livre, il vous en donne un nouveau. Première partie du livre, il vous avait dit à un moment donné qu'il n'y avait plus personne sur la brèche ; deuxième partie du livre, que vous allez entendre aujourd'hui, il va maintenant constituer Ézéchiel comme veilleur. Mais ce n'est pas tout : vous allez aussi entendre un appel à la responsabilité individuelle qu'on avait déjà entendu dans la première partie. Et même, je pourrais aller encore plus loin : dans la première partie, on avait commencé par une vision du temple, la gloire de Dieu qui quittait le temple ; dans une deuxième partie, tout à la fin, on verra à nouveau une vision du temple.

J'ouvre une parenthèse ici. La première partie répond à la deuxième partie, ce qui fait qu'il y a, au centre du livre d'Ézéchiel, une vision qui est comme le cœur de ce livre : c'était l'oracle contre Tyr. Vous vous souvenez de cet oracle qui était hallucinant, complètement démesuré, où on vous décrivait le roi de Tyr comme un chérubin planté dans le jardin d'Éden, et qui était déchu de sa splendeur. Et vous avez vu comment, derrière, on commençait à entrevoir l'origine du mal, l'orgueil du diable ; on avait même pu commencer à construire son histoire, depuis son exaltation jusqu'à sa déchéance dans le shéol, le royaume des enfers.

Ça veut dire deux choses. Ça veut dire que, un, l'obsession que généralement tout le monde a en regardant la première vision inaugurale — c'est vrai qu'elle est extraordinaire, avec ses roues remplies d'yeux — ce n'est pas du tout le centre. Le centre, c'est la destruction de Tyr. Ça veut dire une deuxième chose : c'est que malgré les apparences et malgré les querelles de couple entre Dieu et son peuple, le véritable adversaire de Dieu dans tout ce livre, ce n'est pas Juda, ce n'est même pas les nations — d'ailleurs, la chute de Jérusalem n'est même pas racontée — c'est le diable. Et c'est ça, l'histoire secrète que raconte ce livre d'Ézéchiel. Fin de la parenthèse.

Alors maintenant, revenons à notre nouvelle partie d'Ézéchiel. Je vous avais dit qu'il y avait un centre, je vous avais dit qu'il y avait une structure à progrès et qu'on ouvrait une nouvelle partie. Il va être question de quoi ? Eh bien, maintenant que le diable a été rejeté en enfer, on peut se mettre à reconstruire. Et c'est pour ça qu'on commence maintenant une nouvelle partie à partir de ce chapitre 33. Bonne écoute.

Lecture : Ézéchiel 33

La parole me fut adressée : « Fils d'homme, parle aux fils de ton peuple, tu leur diras : Si, contre un pays, je fais venir l'épée, les gens de ce pays prennent parmi eux un homme et l'établissent comme guetteur. Quand celui-ci voit l'épée venir contre ce pays, il sonne du cor et avertit le peuple. Si quelqu'un entend le son du cor et qu'il ne tienne pas compte de l'avertissement, l'épée viendra et l'emportera : son sang sera sur sa tête. Il a entendu le son du cor, mais n'a pas tenu compte de l'avertissement : son sang sera sur lui. Mais celui qui aura tenu compte de l'avertissement aura la vie sauve.

Au contraire, si le guetteur voit venir l'épée et ne sonne pas du cor, les gens ne sont pas avertis. Si l'épée vient et emporte l'un d'entre eux, c'est par la faute du guetteur que cet homme sera emporté, et je demanderai compte de son sang au guetteur.

Toi, fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : "Tu vas mourir", et que tu ne l'avertisses pas, si tu ne lui dis pas d'abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie.

Et toi, fils d'homme, dis maintenant à la maison d'Israël : "Vous parlez ainsi : nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d'eux, comment pourrons-nous vivre ?" Tu leur diras : "Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais bien plutôt à ce qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive. Retournez-vous, détournez-vous de votre conduite mauvaise. Pourquoi vouloir mourir, maison d'Israël ?"

Et toi, fils d'homme, dis aux fils de ton peuple : La justice du juste ne le sauvera pas au jour de son crime, et la méchanceté du méchant ne le fera pas trébucher le jour où il se détournera de sa méchanceté. Le juste ne pourra pas vivre de sa justice au jour de son péché. Si je dis au juste qu'il vivra certainement, et que celui-ci, fort de sa justice, commette le mal, aucun de ses actes justes ne sera retenu : il mourra en raison du mal qu'il a commis. Si je dis au méchant : "C'est certain, tu mourras", et qu'il se détourne de son péché pour pratiquer le droit et la justice, s'il rend le gage, restitue, s'il marche selon les décrets qui font vivre, en évitant de commettre le mal, c'est certain, il vivra, il ne mourra pas. Aucun des péchés qu'il a commis ne sera retenu contre lui. Il pratique le droit et la justice, et c'est certain, il vivra.

Les fils de ton peuple disent : "La conduite du Seigneur n'est pas la bonne." N'est-ce pas leur conduite qui n'est pas la bonne ? Si le juste se détourne de sa justice, il commet le mal et en meurt. Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il pratique le droit et la justice, et en vit. Alors vous, vous dites : "La conduite du Seigneur n'est pas la bonne." Je vous jugerai chacun selon sa conduite, maison d'Israël.

Un rescapé arriva vers moi de Jérusalem pour dire : « La ville est tombée. » La main du Seigneur avait été sur moi le soir précédant sa venue, et quand celui-ci arriva vers moi le matin, le Seigneur m'ouvrit la bouche. Ma bouche s'ouvrit, je n'étais plus muet.

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, ceux qui habitent ces ruines, sur le sol d'Israël, disent : "Abraham était seul quand il eut le pays en possession. Or nous, nous sommes nombreux : c'est à nous que le pays est donné en possession." Et pourquoi ? Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Vous, vous mangez auprès du sang, vous levez les yeux vers vos idoles immondes, vous répandez le sang — et vous posséderiez le pays ? Vous vous appuyez sur votre épée, vous, les femmes, vous vous livrez à l'abomination, et vous, les hommes, vous rendez impure la femme de votre prochain — et vous posséderiez le pays ?

Tu leur diras ceci : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Par ma vie, ceux qui sont dans les ruines tomberont par l'épée. Celui qui est en plein champ, je le donne en pâture aux bêtes sauvages. Ceux qui sont dans les lieux sûrs, dans les cavernes, mourront de la peste. Je ferai du pays une désolation, l'orgueil de sa force sera supprimé. Les montagnes d'Israël seront des lieux désolés, car nul n'y passera plus. On saura que je suis le Seigneur, quand j'aurai fait du pays une solitude désolée, à cause de toutes les abominations qu'ils ont commises.

Et toi, fils d'homme, les fils de ton peuple discutent à ton sujet le long des murs et aux portes des maisons, se parlant l'un à l'autre, chacun à son frère. Ils disent : "Venez écouter quelles paroles viennent du Seigneur." Ils vont vers toi comme se rassemble le peuple, ils s'assoient devant toi. Eux, mon peuple, ils écoutent tes paroles sans les mettre en pratique, car leur bouche est pleine des passions qu'ils veulent assouvir, et leur langue s'attache au profit. Te voilà pour eux comme un chant passionné à la sonorité agréable, avec une belle musique. Ils écoutent tes paroles, mais personne ne les met en pratique. Quand ce que tu as dit arrivera — et voici, cela arrive — ils sauront qu'il y avait un prophète au milieu d'eux. »

Commentaire

Dans mon commentaire, je voudrais attirer votre attention sur cet appel à la responsabilité individuelle. Je vous avais dit qu'Ézéchiel en avait déjà parlé au chapitre 18 : « L'âme qui pèche, c'est elle qui mourra, le fils ne portera pas la faute du père. » S'il revient là, dans ce chapitre, sur ce thème-là, ça veut dire que c'est important pour lui. Si c'était important pour Ézéchiel, ça doit l'être pour nous aussi. Donc reprenons.

Jusqu'à présent, dans la Bible, la responsabilité morale était plutôt collective. C'était le peuple dans son ensemble qui était béni ou maudit. Ou alors, vous aviez comme des malédictions familiales : on a vu des dynasties entières marquées par le péché des pères — souvenez-vous de la famille de David. Alors, il y avait bien quelques signaux qui indiquaient qu'on allait vers une responsabilité individuelle, mais c'est quand même ici que c'est systématisé, radicalisé. Quand Jésus viendra plus tard et qu'on lui amènera un aveugle de naissance, et que ses disciples diront « est-ce que c'est lui qui a péché, ou ses pères ? », c'est d'Ézéchiel que Jésus pourra se réclamer en disant : ce n'est pas la faute des pères. Il y a un avant et il y a un après Ézéchiel.

Maintenant, c'est tellement dit de manière claire que c'est une responsabilité individuelle… mais à l'époque, c'est une nouveauté. En Mésopotamie, la faute est souvent collective, tribale, dynastique : c'est le roi qui doit assumer les erreurs du peuple. Et dans l'Égypte ancienne, vous avez une responsabilité comportementale, rituelle, mais vous n'avez pas de responsabilité existentielle : la liberté n'est pas engagée. Ou alors, par exemple, vous avez la Grèce archaïque, où on vous parle du destin des héros ; mais là, vous avez des héros qui sont le jouet des dieux, il n'y a pas de responsabilité individuelle. C'est dans la Bible, et dans Ézéchiel en particulier, que la responsabilité morale est affirmée. Nous, on trouve ça tellement évident que ça ne nous paraît pas bizarre, on prend ça pour acquis ; mais à l'époque, c'était une nouveauté.

Pour bien vous le montrer, vous pouvez comparer ça à d'autres philosophies qui viendront plus tard. Par exemple, le socratisme ou le stoïcisme. Le socratisme : vous avez une responsabilité individuelle, mais pas une responsabilité morale ; le mal vient de votre ignorance. Et ici, dans Ézéchiel, ça vient d'un choix. Socrate vous dira que nul n'est méchant volontairement ; Ézéchiel, lui, vous dira qu'on peut se repentir, que c'est dans la volonté que résident et le bien et le mal.

Quand le juste se détourne de sa justice et commet le mal, il mourra à cause de cela. (Ézéchiel 33, 18)

Dans Ézéchiel, le méchant connaît le mal, mais peut choisir de revenir. Ou encore le stoïcisme : vous avez bien une responsabilité individuelle, mais la morale dépend de votre conformité à un ordre cosmique, à une raison abstraite ; alors que dans Ézéchiel, c'est par rapport à une relation, une relation personnelle avec Dieu — « Tu m'as profané en transgressant mes lois », ça, c'était dans Ézéchiel 20.

Dans tout ça, vous avez en germe l'éclosion de ce qu'on appellera la liberté chrétienne : le bien et le mal résident dans la volonté et dans une relation interpersonnelle. Ça n'a l'air de rien, mais d'un point de vue philosophique et anthropologique, ce chapitre-là, c'est une révolution dans le monde moral.

Cette révolution, c'est Jésus qui l'amènera à son terme, mais on n'y est pas encore. Jésus, qui dira que la liberté, c'est la capacité d'aimer. C'est pour ça qu'il faut que ce soit individuel et que ça réside dans la volonté : sinon, ça ne veut rien dire. Si vous ne pouvez pas poser des actes volontaires, qui soient gratuits et qui vous engagent, vous, de manière existentielle — bref, si vous n'êtes pas libre — vous ne pouvez pas aimer. Sans liberté, l'amour, ça ne veut rien dire. Sauf que voilà : révélation chrétienne, le sens de notre vie, c'est d'aimer Dieu. C'est parce que Dieu voulait que nous l'aimions qu'il nous a rendus libres. Il fallait bien que ce soit une révélation divine qui nous l'apprenne.

Donc ne minimisez pas le chapitre. C'est ce que vous venez d'entendre.

Proverbes 13,11-15

Fortune trop soudaine s'évanouira, qui amasse peu à peu la verra grossir.

Attente prolongée, cœur dolent ; désir satisfait, arbre de vie.

Qui fait fi des conseils le paiera, qui respecte un ordre aura sa récompense.

L'enseignement du juste est source de vie, il détourne des pièges mortels.

Un bon discernement permet de trouver grâce, le chemin des traîtres est interminable.


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