Jour 210 ☾ — Babylone chute, Dieu règne
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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la lecture d'Isaïe autour de la figure de Cyrus, le roi perse appelé à renverser Babylone. Le chapitre 46 se moque des idoles babyloniennes, Bel et Nebo, qu'il faut charger sur des bêtes de somme et qui ne répondent pas quand on crie vers elles ; le chapitre 47 s'adresse à Babylone elle-même, déchue de son trône et privée de ses sorcelleries. Le commentaire aborde le problème exégétique posé par la mention explicite du nom de Cyrus : prophétie donnée à l'avance ou relecture après les faits ? Le frère plaide pour la valeur des prophéties tout en admettant qu'un scribe ait pu inscrire ce nom dans un oracle plus ancien et plus flou. L'épisode s'achève par une prière de confiance au Dieu maître de l'histoire.
Introduction
Retour dans Isaïe. Nous avons parlé de Cyrus la dernière fois, roi de Perse qui, en conquérant Babylone, va devenir empereur de la Mésopotamie. Nous avons introduit son nom, nous continuons sur le même thème. Aujourd'hui, il sera question de la manière dont il va réduire Babylone en esclavage.
Alors, calmez-vous mes petits bichons, la chute de Babylone, on n'y est pas encore. Je dis ça parce qu'on n'arrête pas de faire des sauts à gauche, à droite, dans le passé, dans le futur. Pour l'instant, le peuple juif est en exil à Babylone et il y est encore pour de nombreuses années. Pour l'instant, il s'agit simplement de consoler ce peuple en lui disant qu'un jour viendra où Babylone chutera. N'empêche que ça change des prophéties de destruction. On est bien dans l'ordre de la consolation.
Et ça va être dans des termes sacrément bien choisis que la chute de Babylone va vous être racontée. On va le faire en deux parties. Chapitre 46, on va se moquer des dieux de Babylone. Et chapitre 47, on va se moquer de Babylone elle-même. « Descends, assieds-toi dans la poussière, vierge, fille de Babylone. Assieds-toi par terre, tu n'as plus de trône, fille des Chaldéens. »
Petite remarque de vocabulaire avant les lectures. Pour que tout le monde suive bien, au tout début du chapitre, il sera question de Bel et de Nebo. Bel, assimilé à Baal, qui signifie « seigneur ». Appellation parfois donnée à Mardouk, le dieu suprême de Babylone, qui avait un fils. Et le fils du dieu Mardouk, c'était Nebo. Dieu de la sagesse, de l'éloquence et de l'écriture, qui met par écrit les décrets de son père. C'est pour ça d'ailleurs que les rois de Babylone s'appelaient tous des « Nabo » : Nabuchodonosor, Nabuzardan, Nabonide. C'est parce que, à l'instar du fils de Mardouk, c'était eux qui mettaient par écrit sur terre, par leur action, les décrets décidés dans le ciel par Mardouk.
Et maintenant, vous êtes prêts ? Isaïe 46-47.
Lecture : Isaïe 46-47
Bel s'effondre, Nebo s'écroule. Leurs effigies sont placées sur des animaux, sur des bêtes de somme. Ces charges que vous portiez vous-mêmes sont devenues le fardeau d'animaux fourbus. Elles s'effondrent ensemble, elles ont fléchi. Le fardeau n'a pu être sauvé. Elles-mêmes s'en vont en captivité.
Écoutez-moi, maison de Jacob, tous ceux qui restent de la maison d'Israël, vous qui êtes pris en charge dès avant la naissance et portés dès le sein maternel. Jusqu'à votre vieillesse, moi, je suis ; jusqu'à vos cheveux blancs, je vous soutiendrai. Moi, j'ai agi ; moi qui porterai, moi qui soutiendrai, moi qui délivrerai.
À qui allez-vous me rendre semblable ? De qui feriez-vous mon égal ? À qui allez-vous me comparer, que nous soyons ressemblants ?
Ceux qui versent l'or de leur bourse et pèsent de l'argent à la balance, ils engagent un orfèvre qui en fait un dieu, ils s'inclinent et même ils se prosternent. Et ils l'emportent, ils le chargent sur l'épaule et ils vont le déposer à sa place. Il s'y tient sans pouvoir quitter son lieu. Et on a beau crier vers lui, il ne répond pas. Il ne sauve personne de la détresse.
Rappelez-vous cela et soyez fermes. Révoltés, prêtez-y attention. Rappelez-vous les événements passés, ceux de jadis, car je suis Dieu, il n'en est pas d'autre. Il n'est de Dieu que moi. Dès le commencement, j'annonce la fin, et depuis longtemps, ce qui n'est pas accompli. Je dis : mon projet tiendra, tout mon désir, je l'accomplirai. J'appelle depuis l'Orient un rapace, et d'une terre lointaine, l'homme de mon projet. Ce que j'ai dit, je le mènerai à bien. J'ai formé un projet et je l'accomplirai.
Écoutez-moi, cœurs obstinés qui êtes loin de la justice. Ma justice, je l'ai fait approcher, et elle n'est pas loin. Et mon salut ne tardera pas. Je mettrai le salut en Sion, et en Israël ma splendeur.
Descends, assieds-toi dans la poussière, vierge fille de Babylone. Assieds-toi par terre, tu n'as plus de trône, fille des Chaldéens. Car on ne t'appellera plus la délicate, la raffinée. Prends la meule, mouds la farine, relève ton voile, retrousse ta robe, découvre tes jambes, traverse les cours d'eau. Et que soit découverte ta nudité, que l'on voie ta honte. J'exercerai ma vengeance et personne ne m'en empêchera. Notre Rédempteur se nomme le Seigneur de l'univers, le Saint d'Israël.
Assieds-toi donc sans un mot, enfonce-toi dans les ténèbres, fille des Chaldéens. Car on ne t'appellera plus souveraine des royaumes. J'étais irrité contre mon peuple, j'avais profané mon héritage et je les avais livrés entre tes mains. Tu ne leur as montré aucune compassion. Sur le vieillard tu as durement appesanti ton joug. Tu disais : « Je serai pour toujours perpétuellement souveraine. » Tu n'as pas pris à cœur ces choses-là, ni songé à cette fin.
Maintenant, écoute donc, voluptueuse, toi qui trônais avec assurance et disais en ton cœur : « Moi, et rien que moi ! Je ne serai jamais veuve, ni ne connaîtrai la privation d'enfant. » Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi d'un seul coup, en un seul jour : privation d'enfant et veuvage. Tous ces malheurs fondent sur toi, malgré le nombre de tes sorcelleries, malgré la puissance de ta magie.
Tu te rassurais dans ta malice, tu disais : « Personne ne me voit. » C'est ta sagesse et ta science qui t'ont égarée. En ton cœur, tu disais : « Moi, et rien que moi ! » Un malheur va fondre sur toi sans que tu puisses le conjurer. Un désastre te frappera sans que tu puisses y échapper. Et soudain fondra sur toi une tourmente que tu ne connais pas.
Reste donc avec ta magie et tes nombreuses sorcelleries pour lesquelles tu t'es fatiguée dès ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être te rendras-tu redoutable. Tu t'es épuisée à force de consultations. Qu'ils se lèvent donc et qu'ils te sauvent, ceux qui scrutent le ciel, qui observent les étoiles et à chaque nouvelle lune font connaître ce qui t'arrivera.
Voici ce qu'ils sont : comme de la paille, le feu les brûlera. Ils ne pourront échapper à l'étreinte des flammes. Ce ne seront pas des braises pour se chauffer, ni la flambée devant laquelle on s'assied. Voilà comment te serviront ceux pour qui tu t'es fatiguée, ceux qui trafiquèrent avec toi depuis ta jeunesse. Chacun s'est fourvoyé de son côté, et pas un qui te sauve.
Commentaire
Nous commençons avec cette mention de Cyrus. Parce que cette mention de Cyrus pose un problème exégétique. Parfaitement exégétique, ça veut dire qu'il concerne le texte. La question est la suivante : est-ce que cette mention de Cyrus fait partie d'une prophétie ? Est-ce que c'est ce qu'Isaïe avait prédit dès le VIIIe siècle, qu'il y aurait un conquérant qui un jour s'appellerait Cyrus et qui viendrait délivrer tout le monde ? Ou bien est-ce que c'est quelque chose que l'on a rajouté après coup ? Cyrus serait venu, il aurait délivré Israël, et maintenant on aurait intercalé son nom dans le texte.
Pour prendre un autre exemple, dans le Nouveau Testament, Jésus va prédire la destruction du Temple de Jérusalem. Et les exégètes disent qu'il n'a pas pu prévoir ça. Donc en fait, c'est la première communauté chrétienne qui, en l'an 70, ayant vu le Temple de Jérusalem détruit, a retravaillé les paroles du Christ pour y inclure cette prophétie. Ce à quoi je réponds : si Jésus a bien lu l'Ancien Testament, l'exemple de Jérémie, les prédictions de la ruine de Jérusalem, si Jésus a bien compris la situation géopolitique dans laquelle il était, avec Jérusalem qui est une sorte de cocotte-minute prête constamment à exploser, et qu'un jour ou l'autre il faudra bien que les Romains soulèvent le couvercle pour voir ce qui mijote à l'intérieur — donc je me dis que, eh bien oui, Jésus a bien prédit la ruine de Jérusalem. Et d'ailleurs, il ne s'est pas trompé.
Mais Jésus n'a pas dit que c'était Titus qui allait détruire Jérusalem. Il n'a pas dit quelle année. Il n'est pas rentré dans les détails. Ici, on vous donne des détails. On ne se contente pas de dire qu'un conquérant va venir de l'Est : on vous donne même son prénom. Je me dis : un peu trop beau pour être vrai.
Alors d'un côté, il y a ceux qui disent que la prophétie d'Isaïe a bien été annoncée à l'avance, détails compris. Ce qui est en fait la lecture traditionnelle. Après tout, il en va même de la possibilité d'avoir des prophéties. Dieu peut révéler à l'avance des événements futurs très précis et même rentrer dans les détails. D'autant plus que dans le contexte du livre, c'est précisément pour montrer en quoi il n'est pas une idole — qui, elles, sont incapables de prédire l'avenir — que Dieu, pour montrer sa souveraineté sur l'histoire, non seulement révèle son plan, mais aussi des détails.
Flavius Josèphe nous rapporte même une tradition ancienne. Et Flavius Josèphe, ce n'est pas rien : Flavius Josèphe, c'est l'historien juif du premier siècle. Il nous rapporte que, après la prise de Babylone, le prophète Daniel montra à Cyrus les rouleaux d'Isaïe où son nom figurait dans la prophétie, ce qui aurait convaincu alors Cyrus d'accomplir la volonté du Dieu d'Israël en libérant les captifs.
Dans le sens opposé, et c'est toute l'exégèse moderne, ce qu'on appelle l'historico-critique, qui est maintenant majoritaire : elle consiste à dire que les oracles sur Cyrus ont été rédigés au VIe siècle, un peu après la chute de Babylone. Il y a un nom pour dire ça : vaticinatio ex eventu, c'est-à-dire « prophétie après les faits », que l'auteur place maintenant dans la bouche d'Isaïe. Et pour corroborer leur thèse, ils disent que dans ces chapitres, le texte ne mentionne plus Isaïe fils d'Amots, qu'on parle plutôt d'une voix anonyme, et qu'il y aurait des différences de style et des différences de théologie.
Alors, je suis moyennement convaincu par les différences de style et les différences de théologie. L'exégèse extrêmement récente tend plutôt à montrer qu'il y a au contraire d'énormes points communs au niveau linguistique, au niveau du style et au niveau de la théologie, entre les premiers chapitres d'Isaïe et les derniers chapitres. Maintenant, c'est vrai que cette voix anonyme — et là il y a un point — n'est jamais identifiée à Isaïe lui-même.
Ça vous pose une question qui me paraît importante de vous poser : c'est jusqu'à quel point allez-vous donner du crédit à ces prophéties ? En tout cas, pour moi, les choses sont claires : les prophéties, j'y crois. Et ma tendance naturelle sera toujours d'essayer d'avoir la lecture qui leur donne le maximum de poids. Ce que moi, je pense, mais ça n'engage que moi, c'est que le nom de Cyrus, qui n'est mentionné que dans deux versets concomitants — moi, je vois très bien un petit scribe intercaler comme ça, mine de rien, ce nom, dans une prophétie qui existait déjà mais qui était floue ; et maintenant que Cyrus est venu, en ajoutant son nom, il lui donne son cachet final, et par là lui donne le sceau de l'histoire.
Et maintenant, je vous propose de nous tourner vers la prière. Prions le Dieu maître de l'histoire, le Dieu qui, comme dit la Bible dans les versets que vous avez entendus, accomplit son projet :
Dès le commencement, j'annonce la fin, et depuis longtemps, ce qui n'est pas accompli. Je dis : mon projet tiendra, tout mon désir, je l'accomplirai.
Comme si la fin, dernière récapitulation de toute chose en Dieu, était déjà présente dans la Genèse et la création première. Ah si, tiens, ça, ça mérite peut-être d'être dit avant de se mettre à prier. Les événements qu'Isaïe prédit ici sont déjà contenus dans la Genèse. Après tout, l'histoire du bien contre le mal, ce n'est pas ce que Dieu avait prédit à Ève, qu'elle écraserait la tête du serpent ? Cette histoire de petit reste qui est rétabli, c'est pas l'histoire de Noé ? Cette idée d'un peuple choisi avec qui Dieu va faire alliance, c'est pas l'idée d'Abraham ? Et l'idée d'un roi étranger, docile à Dieu et venant sauver le peuple élu, c'est pas ce qu'il y avait derrière la figure de Melchisédech ? Après tout, Isaïe n'a peut-être rien inventé.
Mettons-nous à la prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te demande d'avoir confiance en toi. Je sais que tu as un plan pour moi. Je sais que tu as un dessein sur ma vie. Même si dans ma vie il y a tellement de méandres que moi-même je me perds dans le labyrinthe de mes heures et de mes malheurs, je sais, Seigneur, que tu as déjà prévu pour moi la fin de toute chose. Je sais, Seigneur, que tu as réservé une place pour moi dans l'univers et que ma vie ne m'appartient pas.
La seule chose, Seigneur, que je te demande, c'est de m'aider à te faire confiance, même si je n'ai aucune idée de l'endroit vers lequel je me dirige. Mais du moment que je suis dans ta main, du moment que ta parole me guide, du moment que ton Esprit Saint me conseille, je sais, Seigneur, que j'arriverai à bon port, parce que le plan que tu as préparé pour moi est un plan de salut et de bonheur.
Seigneur, je sais que tu m'aimes. Apprends-moi à t'aimer.
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