Jour 211 ☼ — Le bon berger, c'est Dieu lui-même
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Résumé : Après la destruction vient la reconstruction : le frère Paul-Adrien lit le célèbre discours d'Ézéchiel sur les bons et les mauvais pasteurs, puis l'oracle contre la montagne de Séir. Le commentaire dénonce les trois abus des faux bergers — abus de pouvoir, abus financier, négligence des faibles — et souligne la nouveauté du chapitre : Dieu se pose désormais lui-même comme garant des institutions religieuses, et suscitera un pasteur unique, son serviteur David, figure messianique que Jésus s'appliquera à lui-même. Le passage élargit aussi l'appel à la responsabilité individuelle jusqu'à l'intérieur du troupeau, où les brebis fortes oppriment les faibles, et annonce une alliance de paix conclue non plus avec le roi mais avec le peuple lui-même.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Après avoir tout détruit, on a dit qu'on allait tout reconstruire. On avait déjà commencé avec le chapitre 33. Je ne sais pas si vous avez fait attention au changement de style, il est assez subtil. Mais le prophète qui est devenu un veilleur, qui appelle à la responsabilité individuelle, ça veut dire qu'on est passé d'une logique de jugement à une logique de conversion. Il ne s'agit plus de détruire, il s'agit de guérir, et de guérir de l'intérieur. L'appel à la responsabilité.
Et voilà que maintenant, dans ce chapitre, on va passer de l'appel à la responsabilité individuelle à l'appel à la responsabilité institutionnelle. Un discours célébrissime sur les bons et les mauvais pasteurs. C'est quoi la différence entre un bon et un mauvais pasteur ? Je vous laisse avec cette question.
Lecture : Ézéchiel 34-35
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, prophétise contre les bergers d'Israël, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu. Quel malheur pour les bergers d'Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N'est-ce pas pour les brebis qu'ils sont bergers ? Vous, au contraire, vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses. Vous n'êtes pas bergers pour le troupeau. Vous n'avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n'avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Vous les avez gouvernées avec violence et dureté. Et elles se sont dispersées, faute de bergers, pour devenir la proie de toutes les bêtes sauvages. Mon troupeau s'égare sur toutes les montagnes et toutes les collines élevées. Mes brebis sont dispersées dans tout le pays. Personne ne les cherche, personne ne part à leur recherche.
C'est pourquoi, bergers, écoutez la parole du Seigneur. Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu : mon troupeau est mis au pillage et devient la proie des bêtes sauvages, faute de bergers, parce que mes bergers ne s'occupent pas de mon troupeau, parce qu'ils sont bergers pour eux-mêmes au lieu de l'être pour mon troupeau. Eh bien, bergers, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre les bergers. Je m'occuperai de mon troupeau à leur place. Je les empêcherai de le faire paître et ainsi ils ne seront plus mes bergers. J'arracherai mes brebis de leur bouche et elles ne seront plus leur proie.
Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même je m'occuperai de mes brebis et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis. Et j'irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées, un jour de nuages et de sombres nuées. Je les ferai sortir d'entre les peuples, je les rassemblerai des différents pays et je les ramènerai sur leur terre. Je les ferai paître sur les montagnes d'Israël, dans les vallées, dans les endroits les meilleurs. Je les ferai paître dans un bon pâturage, et leurs pâturages seront sur les hauteurs d'Israël. Là, mes brebis se reposeront dans de belles prairies. Elles brouteront dans de gras pâturages sur les monts d'Israël. C'est moi qui ferai paître mon troupeau et c'est moi qui le ferai reposer, oracle du Seigneur. La brebis perdue, je la chercherai. L'égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai. Je la ferai paître selon le droit.
Et toi, mon troupeau, ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. Ne vous suffit-il pas de paître dans un bon pâturage ? Faut-il encore que vous fouliez aux pieds ce qui reste du pâturage ? Ne vous suffit-il pas de boire une eau limpide ? Faut-il que vous troubliez le reste avec vos pieds ? Ainsi mes brebis doivent paître dans ce que vos pieds ont foulé et boire l'eau que vos pieds ont troublée.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même je jugerai entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous avez bousculé du flanc et de l'épaule toutes celles qui étaient malades et que vous leur avez donné des coups de corne jusqu'à les disperser hors du pâturage, je viendrai au secours de mes brebis et elles ne seront plus une proie. Je jugerai entre brebis et brebis.
Je susciterai à leur tête un seul berger. Lui les fera paître : ce sera mon serviteur David. Lui les fera paître, il sera leur berger. Alors moi, le Seigneur, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d'elles. Je suis le Seigneur, et j'ai parlé.
Je conclurai avec mes brebis une alliance de paix. Je supprimerai du pays les animaux féroces. Elles habiteront en sécurité dans le désert et dormiront dans les forêts. Je ferai d'elles une bénédiction aux alentours de ma colline. Je ferai tomber la pluie en sa saison : ce seront des pluies de bénédiction. L'arbre des champs donnera son fruit et la terre donnera ses produits. Tous seront en sécurité sur leur sol. Ils sauront que je suis le Seigneur quand je briserai les barres de leur joug et que je les délivrerai de la main de ceux qui les asservissaient. Ils ne seront plus la proie des nations et les bêtes de la terre ne les dévoreront plus. Ils habiteront en sécurité, sans personne pour les faire trembler. Je ferai croître pour eux une plantation, ils seront renommés. Il n'y aura plus dans le pays de gens emportés par la famine. Les nations ne leur feront plus subir de déshonneur. Alors ils sauront que je suis le Seigneur leur Dieu, avec eux, et qu'ils sont mon peuple, la maison d'Israël, oracle du Seigneur Dieu. Vous, mes brebis, les brebis de mon pâturage, vous êtes des humains. Et moi, je suis votre Dieu, oracle du Seigneur Dieu. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dirige ton regard vers la montagne de Séir et prophétise contre elle. Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu. Me voici contre toi, montagne de Séir. J'étendrai la main contre toi, je ferai de toi une solitude désolée. Je mettrai tes villes en ruine. Toi-même tu deviendras un lieu désolé. Alors tu sauras que je suis le Seigneur. Parce que tu as nourri contre eux une hostilité perpétuelle et que tu as livré les fils d'Israël au pouvoir de l'épée au temps de leur débâcle, au temps de la faute finale, oracle du Seigneur Dieu, je te mettrai à sang et le sang te poursuivra. Puisque tu n'as pas haï le sang, le sang te poursuivra. Je ferai de la montagne de Séir une solitude désolée. J'en retrancherai ceux qui la parcourent en tous sens. Je remplirai de victimes ses montagnes. Sur tes collines, dans tes vallées, dans tous tes ravins tomberont les victimes de l'épée. Je ferai de toi une désolation perpétuelle et tes villes ne seront plus habitées. Alors vous saurez que je suis le Seigneur.
Parce que tu as dit : "Les deux nations et les deux pays seront à moi, nous en prendrons possession", alors que le Seigneur était là, eh bien, par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je te traiterai selon la colère et la jalousie dont tu as fait preuve dans ta haine pour eux. Pour eux, je me ferai connaître par la manière dont je te jugerai. Alors tu sauras que je suis le Seigneur. J'ai entendu toutes les insultes que tu as proférées au sujet des montagnes d'Israël : "Elles sont un lieu désolé, elles nous sont données en pâture." Vous l'avez pris de haut avec moi, vous vous êtes répandus en paroles contre moi : j'ai bien entendu. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Alors que tout le pays se réjouira, je ferai de toi une désolation. Tu te réjouis de ce que l'héritage de la maison d'Israël est une désolation ? Je te rendrai la pareille, tu deviendras une désolation, montagne de Séir, et pays d'Édom tout entier. Alors on saura que je suis le Seigneur. »
Commentaire
Je reprends ce discours sur les bons et les mauvais pasteurs. On a commencé d'abord, dans ce chapitre, par parler des faux pasteurs. Verset 2 :
Vous vous êtes nourris vous-mêmes et non les brebis.
Ça, c'est la figure de l'abus spirituel, ce qui reste quand même d'une brûlante actualité. Vous avez trois abus qui sont dénoncés. D'abord un abus de pouvoir : le plaisir de faire sentir son pouvoir sur les autres. Un abus financier, c'est-à-dire profiter des brebis pour se nourrir sur le dos de la bête, si je puis dire. Et un troisième abus, cette fois-ci de l'ordre de la négligence : laisser les faibles errer, laisser les blessés sans soin.
Alors, elle est où la pointe de ce chapitre ? Elle est peut-être là. Écoutez, il faut croire qu'à force de dénoncer les mauvais pasteurs, Dieu a compris la leçon. Il a dû se dire que c'était peu probable qu'un jour les humains deviennent des bons pasteurs. Et donc la nouveauté, c'est qu'il dit qu'il sera lui-même le garant des institutions humaines et religieuses. Il va se faire le berger. Verset 11 :
Voici que moi-même je m'occuperai de mes brebis.
Je le redis, c'est une nouveauté. Dieu se pose lui-même maintenant comme garant des institutions religieuses. Alors que Dieu se compare à un berger, ce n'est pas nouveau, et ça se retrouve même dans d'autres religions. Mais là, il donne l'impression d'intervenir directement dans la pastorale, et ça, c'est nouveau. Là, il vous dit qu'il va chercher, rassembler, guérir. Et même ça va plus loin, parce qu'il ne suffit pas de guérir les maladies : il faut aussi rendre les gens heureux. Il va donner du repos.
Alors, comment est-ce qu'il va le faire exactement ? Comment est-ce qu'il va intervenir directement ? Ça, ce n'est pas dit dans le chapitre, il faudra attendre encore un peu. Ah si, vous avez quand même une indication qui est donnée. Verset 23 :
Je susciterai un pasteur unique, mon serviteur David.
La figure messianique d'un roi à venir qui sera comme le pasteur, l'image de Dieu qui intervient directement dans le peuple. Là, le Messie à venir, ce n'est plus un roi, ce n'est plus un guerrier : c'est un pasteur. C'est une image de la tendresse bucolique de l'ère messianique. Ce qui fait qu'après, ce discours sur les bons et les mauvais pasteurs, c'est Jésus qui se l'appliquera à lui-même. Et ça vous donnera cet autre discours extrêmement beau, le bon pasteur en Jean 10 : « Je suis le bon berger. » Jésus va devenir le moyen par lequel Dieu va intervenir directement dans l'histoire pour garantir la justice des institutions.
Alors je reviens à Ézéchiel. Autre particularité de son discours, écoutez ça, verset 20. Dieu ne va pas seulement intervenir sur les institutions, il va intervenir dans les institutions, au sein même. Ça, ça fait écho à ce qu'on avait dit de l'appel à la responsabilité individuelle. Ce n'est pas simplement les mauvais pasteurs qui exploitent le troupeau : c'est à l'intérieur du troupeau qu'il y en a qui oppriment leurs frères. Verset 21, on vous disait qu'il y avait les plus forts qui poussaient les autres avec leurs cornes. Là, jusqu'à présent, on s'en prenait surtout aux élites pour dire qu'elles avaient dévoyé le peuple. Bon, l'appel à la responsabilité morale individuelle, si jamais on veut jouer le jeu jusqu'au bout, c'est-à-dire que maintenant on ne pourra plus non plus se cacher derrière les chefs et les élites. C'est chaque brebis qui va être responsable maintenant.
Et c'est là que vous aviez ce verset, le verset 25 :
Je conclurai avec mes brebis une alliance de paix.
Ce n'est plus avec David le roi simplement qu'il conclut une alliance : l'alliance va passer du chef au peuple lui-même. Ça, je n'en dis pas plus, mais vous sentez qu'on est en train de monter en puissance, là ? Attendez le chapitre 36.
Proverbes 13,16-20
Tout homme avisé agit à bon escient, mais l'insensé déploie sa folie.
Un messager malveillant tombera dans le malheur, le remède, c'est un ambassadeur fidèle.
Misère et mépris à qui refuse l'éducation, gloire à celui qui tient compte des avertissements.
Un désir comblé est bien doux pour l'âme, les insensés ont horreur de s'écarter du mal.
Qui fait route avec les sages deviendra sage, qui fréquente les insensés tournera mal.
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